182 Whatever

28 mars 2007 Par KMS
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182 Whatever : Red House Painters : Dragonflies (Album : I (aka Rollercoaster) 1993)

La curiosité demande du temps oui. Elle devient un luxe des temps modernes.
J’ai vu ce matin la pochette de XO d’Elliott Smith. J’ai laissé un petit mot tentant vainement d’expliquer la sensation ressentie à la vue de cette image et ces musiques fantômes en filigranes.
C’est étrange… voir la pochette de cet album c’est comme de regarder de vieilles photos… avec les vagues de souvenirs qui remontent à la surface. Des images, des gens, des musiques… ça me fait ça aussi pour quelques albums des Red House Painters… des plaisirs de nostalgiques peut être je ne sais pas expliquer ça, comme de regarder en arrière vers des instants qui n’existeront plus.
C’est peut être juste le filtre du temps. Même si le présent n’est que le passé nostalgique du futur.
Mais je tremble de voir comme ce monde me fait de plus en plus peur, comme cette spirale centripète nous aspire pour nous broyer. Parfois je me dis qu’il faudrait mettre un filtre sépia sur le présent pour en atténuer ses couleurs et ses contrastes trop violents. Pour mettre du moins sur ce monde du toujours plus. Entre Angeles et Valse n°2. Entre Ombres et Robe d’été.

Mardi.
Il faut dire qu’en dehors du moment où nous avons fait l’amour, cette journée n’a pas semblé exister, écrasée par un déficit de sommeil et les sollicitations obsessives au travail m’interdisant des rêveries oisives (j’avais écrit oiseuse dans un premier temps sans réfléchir)(finalement c’était peut être mieux oiseuse).

Mercredi.
Les jours défilent. Les écrire, les dire, un par un est encore plus effrayant. Il est possible qu’une partie de nos problèmes vienne du fait que l’on a perdu le goût d’écrire sur des cahiers ou des feuilles à grands carreaux. La ligne rouge et les petites lignes bleues. Dès que j’ai changé de bureau il faut absolument que j’affiche à nouveau des phrases sur le mur derrière moi. Pas seulement, à la maison aussi.
Le piano de Keith Jarrett nous a réveillé ce matin. Il aurait fallu que le soleil entre par la fenêtre mais cela ne nous aurait pas poussé à nous lever plus vite, les corps à moitié enchevêtrés.
J’ai enfin trouvé hier quel était ce disque d’improvisations à l’orgue de Keith Jarrett que j’avais entendu en 1976 ou 1977 sur France Inter. Non pas que je l’aie vraiment cherché durant toutes ces années, mais cette musique était restée quelque part, dans un coin de mon cerveau, coincée dans les lianes de mes souvenirs (j’ai parfois l’image du cerveau comme cette installation d’Ernesto Neto à Beaubourg, où des billes de mousses parfumées aux clous de girofles pendent dans de longs bas de mousseline couleur chair comme des branches d’un arbre de la forêt tropicale). Comme un petit caillou au fond d’une poche retrouvé par hasard. Peut être pour cela que j’ai ressenti le besoin de sentir sous mes doigts toute la journée le petit galet lisse posé sur mon bureau.

Catégorie : Vieilleries

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