193 Elected

22 avril 2007 Par KMS
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193 Elected : CSN & Y : Our house (Album : Déjà vu 1970)

J’aime bien les dimanches d’élections où je retourne dans mon école primaire, puisque je suis toujours inscrit sur les listes électorales de mon ancienne commune, celle où je suis né.

Même si maintenant je vote dans le réfectoire semi enterré dont l’entrée se trouve à l’arrière de l’école, dans cette rue qui a toujours été triste et grise, aux jardinets mités et aux immeubles étroits. Malheureusement je ne vote plus à l’école des filles, lieu de tous mes fantasmes jusqu’à 9 ans lorsque j’étais de l’autre coté du mur, à l’école des garçons.

Je ne sais si ce sont les années qui modifient mon regard, mais cette banlieue me semble à chaque visite un peu plus rouillée, délabrée. Du moins certaines rues ou quartiers puisque de plus en plus fleurissent des résidences rutilantes à la place des vieux pavillons de famille aux jardins étriqués ou des anciens immeubles dont certaines façades s’effritaient déjà à l’époque, mais qui font parties des paysages de mon enfance. La proximité immédiate de Paris aura attiré les promoteurs et la ville est en train de changer complètement. Je regrette de n’avoir pas su garder la mémoire de certains lieux maintenant détruits.

Après avoir voté, je suis passé quai Blanqui prendre en photo l’ancien pavillon de mes grands-parents maternels avant qu’il ne soit détruit. Je n’ai réussi à photographier qu’un morceau de toit et le pavillon mitoyen lui aussi muré. Dans ce qui était le jardin du pavillon, où je jouais le jeudi après-midi avec mon cousin Pascal, se trouve maintenant la bulle de vente d’un futur programme immobilier (Un immeuble R+3 en pierre blanche Dans un emplacement exceptionnel face à la Seine et à quelques pas du centre ville dit le prospectus), occultant complètement la maison. Même la petite usine derrière, dont les machines faisait trembler le sol des chambres la journée, est murée et vouée à la démolition. Mes grands-parents, tous deux décédés depuis déjà pas mal d’années, avaient laissé ce pavillon vers 1971/1972, je me souviens plus exactement, pour s’occuper d’une loge de gardiennage dans grand ensemble appartenant à la société HLM de la SNCF dont mon grand-père était retraité. Le jardin avait déjà été réduit quelques temps après leur départ en raison de l’élargissement des voies de circulation du quai.

Je suis entré à l’intérieur du bureau de vente. Il y avait une odeur infâme de plats en sauce surgelés trop vite réchauffés. Le vendeur, ne s’attendant pas à une visite à cette heure du sacro-saint repas dominical, était en train d’avaler son brouet ignoble en écoutant la radio à fond les ballons, une serviette nouée autour de son cou pour éviter les tâches de sauce sur sa chemise blanche de parfait vendeur.

Je lui ai expliqué que le pavillon qui se trouvait juste derrière était celui où je jouais quand j’étais enfant. Je lui ai parlé de l’usine derrière, des ouvriers qui blaguaient avec nous dans la cour sur laquelle donnait l’arrière du pavillon, de la cuisine à gauche en entrant, le salon à droite, de la grande chambre au fond où se trouvaient quatre lits au quatre coin de la pièce. Je lui ai dit que ça me faisait drôle de savoir que tout allait disparaître, que c’était comme de gommer un bout de ma mémoire. Je ne suis même pas certain de lui avoir gâcher son déjeuner… manquerait plus que le résultat de ce soir désastreusement à droite…

Catégorie : Vieilleries

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