775 Je me souviens #30 (Slowdive)

3 février 2011 Par KMS
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Slowdive : Rutti (Album : Pygmalion 1995)

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(Photo Guillaume Cloarec)

Je me souviens être resté tout le temps de ce morceau, immobile, à 3 000m d’altitude, entre l’ubac et l’adret, entre le froid vif et mordant du matin et le bleu acier du ciel, regardant le soleil apparaître lentement derrière la montagne en face.

Le casque sur les oreilles, le monde avait disparu le temps des 10mn de ce morceau.
Réveillé bien avant les autres, j’avais pris la première remontée, vers 8h30, 8h45. Arrivé là-haut, tout en haut, je m’étais laissé glisser sur la crête. C’est là que le morceau a commencé, il était sur une K7, compilée juste avant de partir. Je me suis arrêté.

L’album venait de sortir. 1995. Cela semble aujourd’hui à 2 000 années lumière de la maison. On faisait encore des compilations sur des K7. J’hésitais dans ma vie comme j’hésitais entre les deux vallées. Descendre par la gauche ou par la droite. Les difficultés étaient globalement les mêmes. Du moins sur la montagne.

Je semblais atteindre un état d’apesanteur. Il n’y avait personne ou si peu que je ne les voyais pas ou plus. Tout semblait devenir d’une légèreté infinie. Le paysage devenait abstraction. Une ligne de crête, le trait scintillant du rayon du soleil perçant le sommet, ce blanc lumineux en contraste avec ce bleu. Un de ces moments en équilibre. Fragile. L’écho des notes claires de la guitare se fondait avec les paillettes de neige scintillant dans la lumière.

Slowdive tutoyait aussi des sommets sur cette chanson, ceux du Laughing stock de Talk Talk. Pas rien. Une musique dans l’épure, dans l’abstraction, en parfaite harmonie avec cette solitude glacée du matin, dans le vent de Peclet. Et tout ce blanc. Les yeux cachés par les lunettes de soleil, j’ai regardé le soleil monter au loin le temps de la chanson. Lentement.

J’ai oublié ce qu’il y avait ensuite sur la K7. J’ai choisi mon coté et mis les skis dans la pente. Ce n’était peut être pas le bon versant…

10 minutes de beauté indicible. Qu’est-ce que c’est dans une vie? Quand la musique se fond avec l’air et la lumière. Dans la solitude. Quand on devient aussi impalpable que le vent. On vit parfois pour des minutes pareilles.

Slowdive. Un lent plongeon. Les mots ne sont jamais innocents. Le choix de cette chanson ne l’était pas non plus.

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Catégorie : 'til 1999, Je me souviens

8 Responses to “ 775 Je me souviens #30 (Slowdive) ”

  1. anakin on 3 février 2011 at 23 h 12 min

    Grand groupe, pas assez porté au pinacle.
    J’aimerais avoir ton rythme de publication.

    « Le choix de la chanson n’est pas innocent ». Comme toujours, non ?

    • KMS on 4 février 2011 at 8 h 35 min

      Mon rythme de publication? Tu parles, 2 trucs de 10 lignes par semaine. 3 au maximum. Et je crains que ça ne diminue encore…

  2. Frédéric on 8 février 2011 at 13 h 56 min

    Mardi matin, une douceur printanières semble vouloir s’installer et réchauffe les pierres blondes et noires de mon petit village d’Ardèche… j’ouvre les fenêtres et ferme le chauffage… au loin, en face, les montagne du Vercors se détachent nettement… promesses d’échappées dans le blanc et le ciel… il faut que je regarde l’enneigement des stations… vais-je pouvoir skier?… Une envie de musique… peut être une nouvelle et belle découverte… je lance Kill Me Sarah… me voilà embarqué dans Slowdive et le texte qui l’accompagne… Je me laisse emporter… 10 minutes c’est long, suffisamment pour laisser ma pensée glisser sur ces belles pentes enneigées… la voix amplifiée, élargie par une boite de résonance? illustre parfaitement l’espace décrit par l’auteur du site… les caresses sur la cymbale évoquent la poudreuse… Je me laisse emporter… Le texte et bien écrit… Touchant… Je me demande… Pourquoi envoyer des morceaux de vie personnels dans ce grand vide blanc et froid qu’est le web?… Moi qui déteste les blogs débordants de narcissisme, de voyeurisme et d’ego, moi qui ne participe à aucun blog… j’ai envie de répondre ici… il s’agit de musique oui… partager des morceaux de musique, des morceaux de vie… que dire?… De l’autre côté du miroir quelqu’un à été touché…

    • KMS on 8 février 2011 at 20 h 13 min

      Que répondre. A mon tour j’ai été touché par le commentaire. Il est question de partage, c’est probablement pour cela que ce blog (et la satisfaction de mon égo bien entendu)(soyons lucide) existe encore alors qu’il va avoir neuf ans…

  3. Dahu Clipperton on 15 février 2011 at 20 h 50 min

    (de re-passage après une période de fatras)

    Ce morceau est si beau, j’ai toujours pensé à la banquise, à d’immenses étendues de glace en l’écoutant… (même les montagnes je trouvais ça presque trop « terrestre »^^)
    Et placé en ouverture de « Pygmalion », c’était une façon de se saborder, d’annoncer la couleur (très blanche, pour le coup) : le grand plongeon dans le vide. Le Talk Talk de la fin, on l’entend tout au long de ce disque (cette guitare sculptée pour ouvrir le bal…). En particulier sur « Blue skied an’ clear » qui est une sorte d’hommage/décalque de « I believe in you », non ?

    • KMS on 16 février 2011 at 10 h 52 min

      On ne voit pas toujours les mêmes images sur les mêmes musiques (et heureusement). C’est d’ailleurs assez intéressant ce phénomène. Je rêve d’une machine capable de donner forme aux images que l’on imagine avec la musique.

  4. eyeless on 14 mars 2011 at 15 h 41 min

    … une des plus belles chansons du monde rien de moins … de l’abandon, du silence, de l’apesanteur (un plongeon hors gravité ?). Quelques larmes de mélancolie ou du bonheur on se sait pas. De l’oubli surtout. Ce genre de chansons n’a pas de prix. Un peu comme le plaisir de te lire de temps en temps.

    • KMS on 14 mars 2011 at 21 h 18 min

      C’est très flatteur. Je ne suis pas certain de mériter.