201 Piss factory

10 mai 2007 Par KMS
Imprimer cette note Imprimer cette note

201 Piss factory : Iggy and The Stooges : Search and destroy (Album : Raw Power 1973)

« Dans une société industrielle qui confond travail et productivité, la nécessité de produire a toujours été antagoniste au désir de créer. Que reste-t-il d’étincelle humaine, c’est-à-dire de créativité possible, chez un être tiré du sommeil à six heures chaque matin, cahoté dans les trains de banlieues, assourdi par le fracas des machines, lessivé, bué par les cadences, les gestes privés de sens, le contrôle statistique, et rejeté vers la fin du jour dans les halls de gares, cathédrales de départ pour l’enfer des semaines et l’infime paradis des week-ends, où la foule communie dans la fatigue et l’abrutissement ?
De l’adolescence à l’âge de la retraite, les cycles de vingt-quatre heures font succéder leur uniforme émiettement de vitre brisée : fêlure du rythme figé, fêlure du temps -qui-est-de-l’argent, fêlure de la soumission aux chefs, fêlure de l’ennui, fêlure de la fatigue. De la force vive déchiquetée brutalement à la déchirure béante de la vieillesse, la vie craque de partout sous les coups du travail forcé. Jamais une civilisation n’atteignit à un tel mépris de la vie ; noyé dans le dégoût, jamais une génération n’éprouva à ce point le goût enragé de vivre.
Ceux qu’on assassine lentement dans les abattoirs mécanisés du travail, les voici qui discutent, chantent, boivent, dansent, baisent, tiennent la rue, prennent les armes, inventent une poésie nouvelle. Déjà se constitue le front contre le travail forcé, déjà les gestes de refus modèlent la conscience future. Tout appel à la productivité est, dans les conditions voulues par le capitalisme et l’économie soviétisée, un appel à l’esclavage. »

Raoul Vanegeim : Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations (1967)

Bien sûr c’est de l’utopie, du rêve. Bien sûr. C’est juste que ça fait plaisir, de rêver un peu. Ca fait plaisir de lire des textes pareil. Quand on veut accroître la soi-disant valeur du travail. Du rêve, de l’utopie, bien sûr. Mais qu’on ne vienne pas me dire que ce texte n’est qu’un tissu de mensonges. Il n’est que la stricte vérité, la stricte réalité quotidienne. On est bien obligé de faire avec, plus ou moins, ou plutôt non, je me sens obligé de faire avec. Un choix. Le mien. Avec mes raisons. Je fais avec. Même si je ne l’accepte pas. Mais c’est mon choix aussi de ne pas me laisser duper par cette politique spectacle. On peut me pisser dessus, mais il ne faut pas me dire que c’est de la pluie.
On peut se moquer du situationnisme et de ses utopies poussiéreuses, mais c’est bien ce que dénonçait déjà Debord il y a 40ans, la Société du spectacle. Rien de d’autre que ça. Montre en or et yacht privé, signes extérieurs de richesse, 4×4 et célébrités. Ce rêve de carton pâte que l’on fait miroiter aux classes laborieuses et aux autres, à tout le monde, en prime time sur la première chaîne. Ces rêves de parvenus qu’ils rêvent de devenir.
Je ne fais que pisser contre le vent. Je ne cherche à convaincre personne. Je n’ai pas de discours politique. Je ne cherche même pas à avoir raison. Ou tort. Je ne fais que cracher dans la soupe de ce système dont je profite, comme beaucoup. Parce que parfois ça me fait du bien.
Je ne fais que pisser contre le vent. Je ne fais que dévider des propos incohérents parce que ce soir je suis las. Fatigué de ne pas avoir le temps de penser. Fatigué par avance de cet avenir que ce président nous promet. Fatigué de ces miroirs aux alouettes de pacotille. Moi je veux juste le temps de rêver. Le temps de créer. Dans cette société d’égoïsme écrasant, je ne veux être que moi. Alors je raconte n’importe quoi.
Je ne fais que pisser contre le vent. De toute manière, ça ne mouille que moi.

Catégorie : Vieilleries

Comments are closed.