774 Jeune homme chic (Stinky Toys)

1 février 2011 Par KMS
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Stinky Toys : Sun sick (Album : Stinky Toys 1977)

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« La nuit dans la ville. Londres, New York Berlin ou Paris : la lumière est noire comme un reflet sur du cuir fantasmatique. Vision de St. Mark’s Place onomatopoétique et reptilienne. Portobello est désert et je cherche un ami. Jim Carradine doit être rentré sa limousine blanche n’est plus devant le bar. Sally s’allonge doucement sur un sofa et Dinah est partie au tapin. C’est la NUIT que sortent les panthères électriques : ils ont revêtu des costumes noirs parce qu’ils portent le deuil du jour et ils dissimulent leur regard derrière des lunettes métallisées comme le son qui sort d’un ampli sursaturé. Et puis chaque matin le soleil réapparaît : Aton ouvre son œil d’or il se livre à des attouchements troubles avec sa sœur la lune, la lumière blanche recouvre la ville c’est le moment de rentrer dans cette chambre d’hôtel vide de mettre un disque de Lou Reed sur la stéreo… Caroline dort les veines ouvertes sur un lit baroque et son sommeil défie l’éternité… Lenny Bruce a une seringue dans le bras; il a perdu son amie Honey Harlow, jamais plus ils ne seront ensemble pour mourir et Nico caresse les touches de son harmonium… IT’S JUST A DREAM…
1977 : l’année du PUNK…

IT’S 1977 OK.
WALK ACROSS THE USA
ANOTHER YEAR FOR ME AND YOU.
ANOTHER YEAR WITH NOTHIN’TO DO…

1977 : l’année du PUNK les médias s’interrogent sur ce nouveau mouvement qui après avoir conquis les States et l’Angleterre s’attaque maintenant à la France. Le punk c’est une ombre en marche, un pauvre acteur qui geint et crie pendant une heure sur la scène et puis qu’on n’entend plus. C’est un récit peuplé de bruit et de fureur, dit par un idiot. .. et qui ne signifie rien. »

Vingt ans ou pas loin que je n’avais pas ouvert Un jeune homme chic d’Alain Pacadis. Ces quelques lignes extraites du prologue devraient donner viscéralement et immédiatement envie de se ruer sur ce livre sans aucune autre explication.

Retrouver la morsure de cette écriture expressive, vive. La naissance de la scène punk française, de septembre 76 à octobre 77, le journal d’un loser pas si beautiful que ça mais Pacadis s’en foutait. Les Stinky Toys, Elli et Jacno presque à toutes les pages, Metal Urbain, les Asphalt Jungle de Patrick Eudeline, Mont de Marsan, le pub rock, les premiers 45T des Sex Pistols, Clash, Iggy, Patti Smith, Television, la scène punk Londonienne et New-Yorkaise, les New York Dolls, tout le reste… Cette époque encore entre deux, en transition, les premiers mois. Mes quinze et seize ans, je vivais ça de loin par procuration, au travers des écrits de Rock & Folk et surtout de Best un peu plus en avance sur la vague punk que son confrère.

Plus que ça, dans ces pages il y a la chronique de la ville, des chemins souterrains. Les prémices du clinquant des années 80, d’un naufrage annoncé. Une bombe à mèche courte qui n’allait pas tarder à péter.

Le bouquin de Pacadis est essentiel pour comprendre la déflagration de cette année là, 1977, justement parce qu’il ne cherche pas à expliquer, il y raconte juste ses errances, un pied sur le trottoir un pied dans le caniveau. Une écriture sentant la sueur, le vomi et le danger, où l’on entend les craquements du vinyle comme au début de cette chanson des Stinky Toys. Indispensable.

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Catégorie : 7 Tease, Music of my mind

One Response to “ 774 Jeune homme chic (Stinky Toys) ”

  1. LOw WARNER on 4 février 2011 at 16 h 25 min

    Bonjour,
    la jouissance intégrale que de lire votre explicite concernant ces brumes urbaines, que j’ai pas pu connaître, arrivé trop tard de 4 ou 5 ans. M’enfin Grand frère était là et m’a refourgué la bonne came, coup de bol inouï pour un rejeton working class sans aucun moyen, dans une ville assez loin de Paname pour ne pas subir les premiers soubresauts de la punkitude parisienne. Putain ! Tous les noms que vous citez continuent de résonner dans ma tête en 2011, rien à faire, et c’est tant mieux, et c’est incroyable cet ancrage dans un temps donné que le punk-rock 77 aura suscité chez les gens sensibles, on va dire, à « l’air du temps ».
    Putain de bande-son quand même.
    En tout cas merci de vos chroniques que je retrouve après longue absence, toujours si justement édifiantes, quelque part. Chouette de retrouvaille.
    À vous lire et à entendre tantôt !