767 Elegie (Dimitri Shostakovich)

13 janvier 2011 Par KMS
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Dimitri Shostakovich : Quatuor à corde n° 15 op 144 : I Elegy, Adagio (Album : Brodsky Quartet 2004)

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(Photo ©KMS 2009)(Notre Dame, La Charité sur Loire)

Shostakovich disait de ce quatuor, son dernier, écrit en 1974, qu’il fallait le jouer « de façon à ce que les mouches tombent en plein vol et que le public commence à quitter la salle par ennui ». D’ennui ici, il ne peut être question, malgré son souhait.

Il ne lui restait qu’un an à vivre. Il savait, depuis déjà quelques années, qu’il n’en n’avait plus pour longtemps. La mort, il l’attendait. C’était déjà depuis quelques quatuors, sa plus grande inspiratrice. Celle des autres. Dans l’ultime, c’est de la sienne qu’il s’agit.

Les quinze quatuors de Shostakovich font partie des plus belles pièces musicales contemporaines, tous styles confondus. Des oeuvres d’une modernité incroyable.

L’élégie ouvrant ce dernier quatuor, est d’une beauté ascétique terrifiante.

L’interprétation du Brodsky Quartet, si pour son intégrale, n’est peut être pas la meilleure malgré son excellent niveau (les versions du quatuor Rubio ou du quatuor Eder lui sont supérieures dans son ensemble de mon point de vue), donne une sensualité charnelle à ce mouvement qu’on ne retrouve chez aucun autre.
La musique semble hésiter perpétuellement entre Eros et Thanatos. Il y a, dans le grain de l’archet sur les cordes de cette version, celles du violoncelle et de l’alto plus particulièrement, le registre grave, une tension érotique fascinante.

Il y a, bien sûr, aussi, cette tristesse froide et humide qui sourd entre les notes. Celle de la pierre humide. Celle qui glace les os. Les notes du violon, semblant parfois, percer comme la lumière au travers d’un vitrail sombre. Juste le temps d’éclairer un dernier face à face avec soi-même.

On pourra aussi, au détour de quelques mesures, entendre l’influence que cette musique aura pu avoir sur certains morceaux des Canadiens de Godspeed You! Black Emperor ou de The Silver Mt Zion. Comme dans les cordes de Stumble Then Rise on Some Awkward Morning, pour ne citer qu’un exemple.

Ce mouvement n’est que le premier de cet ultime quatuor. Les suivants, malgré leur beauté, n’atteignent pas la sérénité mortifère de cette élégie. Belle à faire tomber les mouches en plein vol.


(on pourra lire en complément cet article concis mais précis et instructif sur les quatuors de Shostakovich)

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Catégorie : Ecoute s'il pleut

10 Responses to “ 767 Elegie (Dimitri Shostakovich) ”

  1. PdB on 13 janvier 2011 at 22 h 36 min

    c’est pas gai gai comme affaire, mais c’est beau, et c’est vrai que c’est actuel, incroyable… ces quatuors-là sont magnifiques, les plus belles pièces de tous les temps oui… et même triste, cette musique arrive à nous faire du bien tu vois

    • KMS on 14 janvier 2011 at 9 h 46 min

      C’est aussi actuel parce que ce n’est pas non plus très vieux, ça date de 1974, mais quand même…

  2. A.S on 13 janvier 2011 at 23 h 35 min

    Je n’avais jamais fait le lien, maintenant évident, avec GYBE !

    ça m’a fait songer aussi à la Symphonie n°3 de Gorecki : http://www.youtube.com/watch?v=miLV0o4AhE4

  3. anakin on 14 janvier 2011 at 12 h 11 min

    C’est ce qu’il me fallait.

  4. Mathieu on 15 janvier 2011 at 11 h 24 min

    « « de façon à ce que les mouches tombent en plein vol et que le public commence à quitter la salle par ennui ». D’ennui ici, il ne peut être question, malgré son souhait. »

    Et on pourrait aussi reprendre ces quelques mots pour Godspeed You Black Emperor !

  5. synecdoque on 15 janvier 2011 at 12 h 55 min

    c’est très très beau. je n’avais jamais fait de rapprochement avec la musique d’Efrim et ses potes; bon sang mais c’est bien sûr. j’écouterais les canadiens avec une oreille différente ce soir … let there be light ! merci

  6. KMS on 15 janvier 2011 at 14 h 47 min

    Alors après, peut être qu’Efrim n’a jamais entendu parler de Shostakovich, mais en tout cas dans les ambiances on retrouve quand même une influence, et pas seulement ce seul mouvement de ce dernier quatuor, il y en a d’autres aussi.

  7. synecdoque on 15 janvier 2011 at 16 h 23 min

    et superbe photo complètement raccord pour le coup.

  8. elise on 15 janvier 2011 at 21 h 57 min

    il n’y a pas qu’à chostakovitch que godspeed et ASMZ ont emprunté : gorecki c’est évident et aussi la symphonie no1 de Mahler, et sans doute pas mal d’autres