761 Legs (Joanna Newsom)

26 décembre 2010 Par KMS
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Joanna Newsom : No provenance (Album : Have one on me 2010)

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Sur chaque pochette intérieure des trois disques, comme sur le livret, elle étend ses longues et jolies jambes dans un intérieur cosy et chaud en arrangeant ses cheveux tout aussi longs, lâchés au départ, qu’elle ramène en chignon ensuite au fil des clichés.

Une sobriété du décor contrastant avec le capharnaüm de la pochette extérieure du coffret renfermant les trois disques. Le choix de montrer ainsi ses jambes dénudées par un short ou un robe très courte, on ne sait pas, n’est pas innocent. C’est entre celles-ci qu’elle vient caler sa harpe. L’endroit y est très certainement doux et agréable. Les notes y sont en tout cas cristallines.

Invariablement, à chaque écoute de ce disque, je me retrouve transporté en 1981. A l’automne 1981, sorte de no man’s land temporel et affectif où des heures durant allongé sur le lit étroit de la chambre durant des semaines il me reste comme un sentiment d’aliénation. Il ne semble après toutes ces années, n’avoir écouté durant ces semaines, ces mois, que les trois mêmes disques en boucle. Fragments d’inexistence.

Un mélange hétéroclite et étrange. Ou bien le souvenir des autres disques est tombé en poussière, ou tellement là qu’ils n’étaient même plus présents comme Supertramp ou Dire Straits. Pas une époque très brillante. A vouloir être une illusion on finit par n’être plus grand chose.

Dans ces trois disques il y avait Sheik Yerbouti de Zappa et une K7 avec d’un coté Françoise Hardy où sur un mélange maison de deux de ses albums récents elle disait écouter de la musique saoule à tomber par terre. Et sur l’autre face, le premier album de Kate Bush, celui avec Les hauts de Hurlevent et surtout toutes ces petites chansons parfois cruelles, un peu acides de la 2ème face de l’album.

Cet album de Joanna Newsom me fait penser à ces chansons au piano de Kate Bush, sur ce disque où l’on voyait aussi ses longues jambes sur la pochette alors qu’elle était accrochée à un cerf-volant (Kite). Ce sont les inflexions de sa voix, sa tonalité, sa particularité aussi. Une mélancolie sous-jacente, plus douce qu’insidieuse, comme de toucher un velours du passé au coloris un peu désuet.

Même si la musique de ce disque renvoie des années en arrière, à une époque où l’on ratait toutes les marches consciencieusement sans se rendre compte de son immobilisme, elle a certaines vertus apaisantes. Un disque à regarder le temps qui passe un dimanche après-midi d’hiver.

Sur la première face, ma préférée des six, une chanson s’appelle 1981. Ça ne peut être qu’une coïncidence.

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Catégorie : 1981, Music of my mind

8 Responses to “ 761 Legs (Joanna Newsom) ”

  1. gilda on 26 décembre 2010 at 16 h 49 min

    Tiens c’est suffisamment rare (très) pour être signalé, mais là je n’accroche pas : ni pour la harpe, ni pour la voix. Peut-être qu’il faut être un gars pour rêver avec ces éléments là (je ne parle pas de la pochette à moins que d’emblée elle ne m’ait mise à l’écart ?).

  2. BluesElephant on 27 décembre 2010 at 12 h 12 min

    Non, non ce n’est pas une histoire de garçon (quoi que les jambes sûrement…). Je retourne moi aussi à l’époque de « The Kick Inside » quand j’entends cette sirène chanter et pincer les cordes de sa harpe : c’est presque le même envoûtement. « Presque » parce qu’avant Kate Bush, je n’avais jamais entendu un tel chant, jamais entendu jouer un piano comme ça. L’avantage du « droit d’ainesse ». Il parait que la mélancolie c’est le bonheur d’être triste alors merci pour ce merveilleux spleen !

    • KMS on 28 décembre 2010 at 15 h 36 min

      Je crois qu’il y a autant de garçons que de filles qui ne supportent sa voix en raison de sa particularité, mais c’est ce qui en fait don charme.

  3. Benjamin F on 29 décembre 2010 at 10 h 15 min

    Ce très joli texte me rappelle cette phrase de Céline : « La véritable aristocratie humaine, on a beau dire, ce sont les jambes qui la confèrent, pas d’erreur. »

    … de quoi tomber irrémédiablement amoureux.

    • KMS on 29 décembre 2010 at 12 h 31 min

      Cela dit j’ai aimé Joanna Newsom avant même de voir ses jambes (hein comme quoi).

  4. maryse hache on 29 décembre 2010 at 11 h 16 min

    oui « acide » je dirai aussi / étrange comme from time to time, à la fois en lien avec la texture de la voix et le son de la harpe, j’entends des accents de musique et de voix d’asie (pour le peu que j’en connais)
    gratitude / mes balades chez vous sont toujours belles découvertes

    • KMS on 29 décembre 2010 at 12 h 31 min

      Merci de passer ici écouter les musiques, je ne garde cette page que pour ça je crois bien…

  5. PdB on 29 décembre 2010 at 15 h 43 min

    ouais, mais les textes sont bien aussi – et les photos aussi (pour cette fois-ci parce que celle-là, avec ses guiboles, sa voix machin truc et le bazar, ça me gave un peu – les jambes interminables blablabla…) (et celle que j’aime est grande, c’est pas le sujet) (pauvre chérie avec ses cheveux qui la gênent, pour chanter) (c’est pas facile d’être belle) (y’a plein de trucs à faire) (jdis pffff…) (:°))