Carte postale #1

31 juillet 2007 Par KMS
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Carte postale #1

Ainsi le jour se levait sur la campagne pluvieuse, j’étais au volant de ma voiture et je pensais à Dean Moriarty. Je pensais au vieux Dean Moriarty, à Neal Cassady plutôt. Le vrai Dean Moriarty. Je me disais que je n’aimais plus conduire. J’aimais ça jeune. J’aimais faire la route au volant. Il y a longtemps. Un « roule toujours » à très petite échelle. Et puis au fil des années… conduire longtemps m’ennuie…
Après Rennes, le soleil est apparu. L’air était clair et limpide. Comme lavé de toutes saletés. La route presque déserte. Un de ces instants où un tiers (ou un quart)(ou la moitié qu’en sais-je d’ailleurs) du cerveau s’occupe seul de la route et ou l’autre partie divague. Je me disais
- Pourquoi tu écris?
- Pour me dessiner

Ainsi divaguait mon esprit avant d’arriver à Vannes. Après avoir pensé à Neal Cassady, qui aura, bien après Kerouac et Sur la route, conduit le bus des Merry Pranksters de Ken Kesey l’auteur de Vol au dessus d’un nid de coucou, lors de ses virées acid test (voir le bouquin de Tom Wolfe du même nom).

Dans l’appartement que j’ai loué, le propriétaire, un ancien marin, a accroché au mur du salon une grande carte du monde. Il a indiqué à l’aide d’épingles à tête verte, tous les ports où il a accosté. Il y a une myriade de points verts sur la carte. Ma fille m’a dit il est allé à Shangaï comme Tintin.

J’ai cherché où était Valparaiso. Dans mon esprit, ou plutôt dans un vague souvenir de chanson de marins on parle de Valparaiso comme but ultime du marin. Mais il n’y est pas allé, comme sur toute la cote ouest de l’Amérique du sud d’ailleurs. Il n’a pas passé le Cap Horn, ni même le canal de Panama, je suis sûr que ça reste un regret pour cet homme. Mais de Bahia Blanca en Argentine, à Tokyo, en passant par Melbourne, Le Cap, la mer rouge, jusqu’à Lulea au nord de la Suède, ce monsieur aura fait des milliers et des milliers et des milliers de kilomètres.
Au cap de bonne espérance, il accroché une petite bouée à l’épingle qui marque le cap. Peut être pour indiquer qu’il l’avait franchi. Il y a sûrement des tas d’histoires cachées sous les pointes vertes de ces épingles et sur les lignes invisibles qui les relient.

Il y a une seule épingle différente. Noire. Plantée sur Moroni, aux Comores, ces îles entre la Tanzanie et Madagascar. J’aimerai bien savoir pourquoi celle-ci est noire au lieu d’être verte. Est-ce pour marquer un début ou une fin? Ou quels évènements sombres laissent présager la pointe noire de l’épingle? Si je l’ai au téléphone je lui poserai la question. Je suis certain qu’il sera content que l’on ait remarqué qu’une épingle soit de couleur différente. Je suis certain que ce n’est pas un détail insignifiant.
Il doit être difficile de s’arrêter, lorsque toute sa vie, on a été en mouvement de la sorte. Un peu comme Neal Cassady peut être d’ailleurs, qui s’est juste arrêté au bord d’une voie ferrée… mort…

Catégorie : Carte postale, Vieilleries

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