758 Les samedis musicaux #38 (Captain Beefheart)

18 décembre 2010 Par KMS
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Captain Beefheart : Brickbats + Odd Jobs (Album : Bat Chain Puller 1976)

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Les gens meurent c’est la vie. Hier c’était le tour de Don Van Vliet à 69 ans, plus connu sous le pseudonyme de Capitaine coeur de boeuf, Captain Beefheart.

Je me souviens de ma première rencontre auditive avec Captain Beefheart, je devais avoir 16 ou 17 ans je ne sais plus. A force de lire des critiques ou des références à Trout Mask Replica j’ai voulu l’écouter. Je n’y ai rien compris, mais alors rien de rien. Trop, trop tôt. Je m’étais presque senti trahi par tous ces gens dont j’avais lu les mots élogieux concernant cet album en entendant ce capharnaüm sonore.

Il faudrait du temps avant qu’il ne devienne un incontournable. Trout Mask Replica c’était comme si quelqu’un avait secoué les bandes dans tous les sens et que toutes les notes, les rythmes et les paroles se soient mélangées sans que personne ne réussisse à les remettre dans l’ordre.

BING BAM BANG DZOING HAAAAA KERANG KERANG. Parce que la musique de Beefheart est une musique d’onomatopées explosant dans toutes les directions à la fois. « Je fais une musique non-hypnotique pour rompre l’état catatonique. ». Le Captain et son Magic Band avaient rendu dingues les voisins du ranch de Topanga Canyon où ils répétaient les chansons.

La musique de Beefheart c’est descendre un escalier en ratant deux marches sur trois alors qu’en fait on voulait aller dans l’autre sens (ou inversement).

J’ai retrouvé sa trace beaucoup plus tard, avec Doc at the radar station, son avant dernier album, je devais avoir deux fois l’âge auquel je m’étais risqué sur Trout Mask Replica. J’ai rattrapé mon retard ensuite. Même avec les albums perdus. Comme Bat Chain Puller.

Enregistré en 1976, l’album dont la production n’était a priori pas terminée avait été envoyé chez Virgin Records. Mais Van Vliet se trouva pris au même moment dans la tourmente juridique qui opposait Frank Zappa et son manager Herb Cohen qu’il accusait entre autre d’avoir utilisé ses royalties pour financer l’enregistrement du disque de Beefheart. L’issue du procès permis à Zappa de récupérer les bandes de l’album. Il n’en autorisa pas la diffusion. A l’heure actuelle, la Zappa Family Trust qui gère les droits du père Frank n’a toujours pas autorisé la sortie de l’album.

On retrouvera des chansons de cet album disséminées au gré de ses albums suivants, principalement sur Shiny Beast, mais dans des versions généralement bien inférieures aux enregistrements originaux et surtout sans cet aspect brut, direct et rugueux qui fait toute la qualité de ces enregistrements. Il suffit de comparer la version originale de Brickbats (où l’on peut entendre le saxo si particulier de Captain Beefheart) et celle (néanmoins excellente) figurant sur Doc at the radar station (spotify).

Une seule chanson ne vit jamais le jour sur un autre album, Odd jobs, avec ses guitares cinglantes sur lesquelles Captain Beefheart lit une de ses poésie. Le son des guitares était important pour Beefheart, il avait même listé dix conseils pour jouer correctement de la guitare allant de écoutez les oiseaux à n’essuyez pas la sueur sur votre guitare en passant par marchez avec le diable.

Les bandes furent allègrement piratées (avec plus ou moins de réussite sonore…) au fil des ans. Celles-ci ayant été envoyées à l’époque (probablement par Herb Cohen lui-même) à des radios qui les diffusèrent.

L’album contient des chansons remarquables et bâtissait un pont idéal entre la rugosité et la folie de Trout Mask Replica et Lick my decalls off, baby et les blues spatiaux et dérangés de Spotlight Kid.

A partir de 1982, Beefheart arrêta la musique pour se consacrer à la peinture. Depuis le début des années 90, souffrant d’une sclérose en plaques, il était le plus souvent cloué dans sa chaise roulante.

Anton Corbijn réalisa en 1993 un court documentaire sur Beefheart (vidéos ci-dessous). Il apparait immobile devant un écran où sont projetés des images, évoquant sa vie et la peinture d’une voix terriblement fatiguée, il n’avait pourtant que 52 ans. Ces quelques minutes d’images seront sa dernière apparition publique même si l’on a vaguement pu entendre sa voix sur deux participations à des disques sorties au début des années 2000…

(on pourra lire l’excellent article que Lester Bangs lui avait consacré en 1980 et regarder les vidéos de son passage à Chorus sur Antenne 2 un dimanche midi de 1980… Dirty blue jean (ne pas rater la fin rien que pour sa tête), Best batch yet, Bat chain puller et son solo de sax, Safe as milk et Big eyed beans from Venus et son « hit that loooooong lunar note… »)

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Catégorie : 7 Tease, Samedis Musicaux

5 Responses to “ 758 Les samedis musicaux #38 (Captain Beefheart) ”

  1. The Civil Servant on 20 décembre 2010 at 13 h 50 min

    Ah je me doutais que tu écrirais quelques phrases intelligentes sur Beefheart. Que pour ma part, tu dois bien t’en douter, je n’ai pas vraiment suivi. Disons que j’ai du entendre Trout Mask Replica à peu près à la même époque que toi, et que j’ai de suite décidé qu’il me faudrait le ranger au magasin des souvenirs enfouis. Pas eu ton courage (abnégation ?) de m’y remettre. A la même époque il en fut de même de Throbbing Gristle et Cabaret Voltaire sur lesquels je décidai aussi de ne pas revenir.
    Il y avait tant et tant de choses à découvrir (et encore aujourd’hui d’ailleurs) qu’une vie ne pouvait y suffire. Dès lors, des choix s’imposaient.
    Chacun d’entre eux fut respectable.

    • KMS on 20 décembre 2010 at 16 h 38 min

      Le truc c’est de ne pas commencer par Trout Mask Replica. The spotlight kid ou Clear spot sont très netettement plus abordable. Ou Safe as milk. Parce que quand même c’est rater quelque chose.

      • The Civil Servant on 20 décembre 2010 at 23 h 54 min

        J’ai noté les deux que tu indiques.
        J’écouterai.

  2. PdB on 20 décembre 2010 at 21 h 17 min

    je le connais pour en avoir entendu parler, pour l’avoir aussi entendu, style Zappa (en vrai c’est pas mon genre) (j’aime l’harmonie) (je suis un peu con, c’est vrai aussi) (mais c’est comme ça, je m’accepte) (mais je n’aime pas non plus le consensus) (je le préfère au conflit cependant) (mais j’aime aussi les conflits pour foutre sur la gueule aux connards) (c’est important qu’ils sachent ne pas avoir devant eux l’avenir) (putain)

  3. Ben on 30 décembre 2010 at 10 h 13 min

    Pour ceux qui voudraient écouter ce fameux Bat Chain Puller dans son intégralité, il se trouve ici :

    http://qualitybootz.blogspot.com/2010/12/captain-beefheart-and-magic-band.html