757 La danse des méduses (Efterklang)

15 décembre 2010 Par KMS
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Efterklang : Himmelbjerget (Album : Under giant trees 2007)

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(Photo ©KMS 2008, Aquarium du Croisic)

Il y a un beau livre de Francis Paudras évoquant sa rencontre avec le pianiste Bud Powell et la fin de sa vie. La danse des infidèles. Je crains qu’il ne soit assez tristement épuisé depuis pas mal d’années. La danse des infidèles parce que c’était le titre d’un de ses morceaux. Bertrand Tavernier y a tiré l’histoire de ‘Round Midnight même si Bud Powell a été métamorphosé en saxophoniste brillamment interprété par Dexter Gordon. J’y pensais en regardant cette danse silencieuse des méduses, la danse des infidèles, même s’il n’y a pas de rapport…

Il y a une fascinante beauté lente et quasi surnaturelle dans les mouvements fluides des méduses. Une sorte de danse amniotique, une sérénité qui fait défaut. Irréelle et impalpable comme un rêve, comme un rêve humide…

Francis Paudras raconte une anecdote touchante dans son livre. Bud Powell a souvent été interné dans des hôpitaux psychiatriques. Chose courante dans les années 40/50, plus particulièrement quand on était noir, jazzman et de surcroît attiré par des substances opiacées. Lors de l’un de ses séjours, où il subissait des thérapies constituées principalement d’électrochocs, comme il ne pouvait plus jouer de ce piano qui était toute sa vie, pour tenter de combler sa détresse, il avait dessiné un clavier sur le mur de sa cellule et laissait ses doigts courir sur les touches imaginaires, continuant à entendre sa musique intérieurement…

Les méduses ne peuvent être infidèles, elles ne se reproduisent que lorsqu’elles meurent. Je n’écris plus que des histoires imaginaires, le soir, avant de trouver le sommeil, des histoires ou des phrases dont les mots ne touchent plus le papier ni le clavier.

Il n’y a toujours pas de rapport mais la chanson d’Efterklang va bien avec la danse des méduses, belle, lente et vaporeuse, un peu irréelle aussi. Il faudrait fermer les yeux pour l’écouter mais on ne verrai plus les méduses. Tout ça est très décousu…

Elle va bien avec le froid aussi et il n’y a pas plus de rapport à part peut être parce qu’ils sont Danois. D’ailleurs les notes ultimes de ce morceau semblent fondre sur la peau comme des cristaux de neige…

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Catégorie : Ecoute s'il pleut

5 Responses to “ 757 La danse des méduses (Efterklang) ”

  1. hyperlaxe on 15 décembre 2010 at 22 h 00 min

    C’est infiniment beau et triste…

    • KMS on 15 décembre 2010 at 22 h 20 min

      Les méduses ou Efterklang?

  2. pa on 16 décembre 2010 at 15 h 52 min

    Ce morceau d’Efterklang m’est étonnamment agréable, pourtant je n’ai jamais réussi à écouter d’album post Tripper. Il faut dire qu’entre temps je les ai vu en concert et que ça m’a dégoûté d’écouter les albums suivant.

    Ce livre semble en effet un peu rare http://www.amazon.fr/Danse-infid%C3%A8les-Bud-Powell/dp/2869290489 mais ton article donne envie.

  3. gilda on 26 décembre 2010 at 23 h 26 min

    Ce livre de Francis Paudras, lu à la fin des années 80 (ou tout début des 90) a été d’une grande importance pour moi : j’ai compris combien lorsqu’on croisait quelqu’un pourvu d’un génie particulier mais malhabile à la vie et malheureux en ville ou bien en situation de détresse pour des causes extérieures, la seule chose à faire était de se mettre de côté pour aider.

    Ce ne sont pas des Bud Powell que j’ai croisés, mais quelques personnes néanmoins un peu exceptionnelles, et l’enseignement de Francis, je l’ai de mon mieux appliqué.
    Et tant pis pour le prix à payer.

    Longtemps que je n’avais pas songé à ce livre, merci de me l’avoir remis en mémoire.

    PS : et de constater que presque tout Bud qui se respecte a dans son entourage au moins à un moment une Buttercup fatale à son talent et à son rapport au monde. Comme une fatalité ?