228 Sur le pont

11 juillet 2007 Par KMS
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228 Sur le pont : Faust : Psalter (Album : 71 minutes 1996)

C’est dans la petite ruelle au pied du palais des glaces, celle où l’on se sent écrasé par la hauteur et la puissance du bâtiment, avec l’arche qui surplombe le passage, juste après la niche taillée dans le rocher où parfois se positionnent des musiciens, que cet homme au téléphone a demandé à son interlocuteur (trice?) s’il était quelque part. Tu es quelque part là?. J’imaginais l’autre répondre non, je suis nulle part. Mais là, ce matin ensoleillé, la personne était quelque part visiblement. J’imaginais que cela puisse être hypothétique. Qu’elle pouvait parfois être quelque part, parfois nulle part, fondu dans l’éther, sans jamais savoir à l’avance. Le type devait téléphoner à un elfe feu-follet protéiforme. Ou quelque chose d’approchant.
Avignon intra-muros, durant le festival, on se sent ailleurs en tout cas. Pas nulle part. Juste autre part. Des gens partout. De la bonne humeur. Des chants. De la musique. La facilité de parler avec les gens autour. On se demande si le temps ne s’est pas un peu envolé dans le vent qui souffle dans les rues étroites. Il existe mais il est plus léger. On boit des coups en terrasse au soleil, d’ailleurs des terrasses il y en a plein, parfois des cachées au détour d’une rue, des qu’on aurait pas soupçonnées à ces endroits. Il y a des gens qui viennent chanter, d’autres parler. Sur les murs, les grilles, partout, il y a des centaines d’affiches tissant des patchworks étonnants.

On prend le temps même s’il est rythmé par les horaires des pièces que l’on veut voir et puis de toute manière on change souvent de destination. On y rencontre des gens adorables qui jouent de belles pièces où ils sont beaux à fleur de peau même dans la douleur surtout dans la douleur, et d’autres dans la douceur surtout dans la douceur sur fond de batterie et violon trafiqué. Comme celle de la nuit, sous les arbres, sur ces places entourées de vieilles pierres. Et puis la lumière et puis le ciel et puis le soleil et puis toi.
Il n’y a plus trop de réalité dans les rues d’Avignon durant le festival et c’est peut être ça qui me plait. Comme si le rêve devenait la normalité, le quotidien.
Allongé sur le lit dans la chambre de l’hôtel l’autre soir en rentrant, j’ai pris le ventilateur en rafale. Il tourne, il tourne. J’ai des idées de musique en boucle. Son sur son. J’ai des idées qui tournent comme les pales du ventilateur et je sème des grains de pavot sur les pavés d’Avignon…
Entre les pavés il y a des mots aussi. Il y en a partout en fait, partout même dans l’air. Des mots qui font des phrases ou pas. Des mots qui en évoquent d’autres ou pas. Comme un jeu de piste vers un autre part.
Je pensais à tout ça aujourd’hui en écoutant John Zorn, ce que je fais rarement, sans raisons apparentes, pendant que dehors il faisait gris.
J’aime bien les endroits où on se sent ailleurs, où on a la sensation d’être quelque part, où je n’ai plus peur de perdre mon temps

Catégorie : Vieilleries

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