241 Des histoires

28 août 2007 Par KMS
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241 Des histoires : Mendelson : Scanner (Album : Personne ne le fera pour nous 2007)

Additif du 30/08/07 : Le titre est de nouveau en écoute avec la bénédiction du groupe mais vous ne pouvez pas le charger. A la place, aller acheter l’album ici.

Je ne sais pas toi ce que ça te fait, mais moi, parfois, les chansons de Mendelson, ça me rappelle des histoires, des histoires de vacances d’il y a longtemps, avec mes parents, des histoires de gens, à la campagne, parce qu’on plantait la tente comme ça dans des champs, ils faisaient ça mes parents et moi j’aimais pas trop mais voilà, à quoi, 9, 10 ou 11 ans, ton avis on s’en fiche. Ou du moins avant, les parents, ils s’en fichaient de ton avis. Alors on campait comme ça et ma mère faisait la cuisine sur un réchaud à gaz.
On campait derrière une maison tout le temps. Un grand oncle ou un cousin de cousin de mon père, en Haute-Savoie. On campait comme ça, et il y avait toujours un moment où on allait chez des gens qu’on ne connaissait pas mais où le cousin du cousin nous amenait avec lui. Des fermes avec un merdier toujours hallucinant dans la cour plein de ferrailles rouillées, des vielles machines agricoles. Ou alors ils avaient des maisons qui n’étaient pas terminées. On voyait les parpaings, s’il pleuvait il fallait patauger dans la boue pour arriver à la porte. On allait chez ces gens là, je ne savais jamais quoi dire. Je n’aimais pas y aller.

A l’intérieur, les parents, ils parlaient, pas les miens, les autres surtout, ceux de la campagne. Ils passaient en revue toutes les familles du village ou quelque chose comme ça. Parfois, dans les fermes, il y avait des enfants de mon âge mais ils me faisaient un peu peur, ces garçons de la campagne, bien plus délurés que moi, les filles elles me parlaient parfois mais moi je ne savais pas quoi leur dire. Alors je ne restais pas dans la cour, avec les enfants. Je rentrais retrouver mes parents. Et j’écoutais ce que racontaient les autres.
Des histoires de gens qui se déchiraient pour des sommes ridicules, ou pour n’importe quoi, des qui ne se parlaient plus depuis des années. Souvent des histoires de fâcheries. Je me disais, peut être juste qu’en ville, ces choses là elles se taisent, alors qu’à la campagne, les gens, ils sont toujours dehors alors tout le monde voit ce qui se passe. Il y avait souvent un vieux célibataire. Un vieux garçon que tout le monde chambrait. Alors le François quand est-ce que tu te maries. Et moi je voyais bien, le François, il était aussi gêné que moi, quand les filles, elles me parlaient. Il marmonnait un truc le François dans son verre de vin ou de Ricard comme quoi fallait pas s’inquiéter pour lui, et le laisser tranquille surtout, le laisser tranquille.

Une année on a campé derrière la maison du Louis, c’était le frère de mon grand-père. Un vieux garçon. Je ne l’ai jamais vu qu’avec ses bottes en caoutchouc noir et son short qui avait dû être beige à l’origine. Quand il enlevait ses bottes, on voyait une marque noire sur ses mollets, je m’en souviens. Il vivait comme ça tout seul dans sa ferme et on avait campé derrière chez lui, derrière cette ferme pouilleuse, perchée à mi-colline, en plein champs entre deux villages. Il n’y avait pas de toilettes dans sa ferme, pas de salle de bains, pas d’eau chaude.
Un jour, il était parti dans les champs, je traînais comme ça, je suis rentré chez lui, dans sa ferme. Il y avait un tel merdier là dedans ça ne pouvait que m’attirer. Je suis monté à l’étage, c’était une sorte de grenier, il y avait une drôle d’odeur et un peu de foin par terre, sur le plancher, éparpillé comme ça. Et des grosses merdes. Le Louis, il devait venir chier parfois dans son grenier, l’hiver peut être je ne sais pas, ou les jours où il était trop bourré pour aller jusqu’à l’étable je n’ai jamais su. Mais il ne nettoyait pas, il laissait les merdes sécher comme ça, sur le plancher avec un peu de paille. Je suis redescendu vite fait. J’ai rien dit. En bas, dans la pièce principale qui faisait cuisine, il y avait une poule qui traînait là. C’était un foutoir, un foutoir…

Les chansons de Mendelson, parfois, elles me font penser à ça, à l’année de ces vacances, derrière chez le Louis. Ou d’autres, dans des champs derrière d’autres maisons, il y a presque quarante ans, presque quarante ans.

En 1987 ou 1988, j’ai reçu une lettre d’un notaire, m’expliquant que suite au décès de Louis D. je pouvais faire valoir ma part dans l’héritage puisque mon grand-père et mon père étaient morts. L’héritage était à partager entre sa soeur, un autre frère, Pétrus, le renégat de la famille parce que plusieurs fois divorcé et avec une sale réputation, et moi. L’héritage, c’était la ferme et trois champs pelés. J’ai repensé au grenier, avec les étrons du Louis sur le plancher. J’ai écrit au notaire, j’ai refusé l’héritage, j’ai laissé les deux autres se déchirer un peu plus pour trois fois rien. J’ai repensé au grenier, c’était pas possible.

Nota : On est dans un monde tellement mal fait, que l’album de Mendelson, le nouveau, n’est disponible que sur leur site (Personne ne le fera pour nous, c’est pour ça), mais à 18 euros c’est donné, surtout pour un double album. Moi je serais toi, mais je ne suis pas toi, je le commanderai tout de suite. Même si les deux trois chansons en début du premier disque ne sont pas mes préférées, les autres, les autres, elles me font penser à des histoires, à des gens. Et puis tu en connais toi, des groupes français, comme ça, avec cette musique, ces guitares, ces histoires?

Catégorie : Vieilleries

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