256 Tears of rage

27 septembre 2007 Par KMS
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256 Tears of rage : Bob Dylan : The Death Of Emmett Till (Album : Freewheelin’ outtakes 1962)

« Sais-tu ce qu’est le temps? » Sa voix est si douce que je crois l’avoir inventée. « Le temps est notre manière d’empêcher que tout se produise d’un coup. »
Je lui réponds ainsi qu’il me l’a appris, il y a longtemps, l’année où ma voix a mué. « L’heure qu’il est? Tu sais ce qu’est le temps? Le temps c’est juste une chose après l’autre. »

Richard Powers : Le temps où nous chantions

Une chose après l’autre, une note après l’autre… Il est beaucoup question de musique d’ailleurs dans ce livre. D’intervalles, de gammes, de notes. De temps aussi. Et de deux frères musiciens métis (père juif, mère noire), de leur famille, au temps de la ségrégation raciale, au travers de l’histoire contemporaine américaine.
J’ai repensé à Another Country de James Baldwin que j’avais beaucoup aimé, complètement différent, en moins viscéral, mais qui aborde aussi le racisme ambiant de la société américaine dans les années 50/60 sur fond de jazz.

Hier soir, je lisais un chapitre racontant l’histoire d’Emmett Till, histoire que je ne connaissais pas. Dylan en avait fait une chanson en 1962, jamais publiée, trouvable uniquement sur le bootleg des outtakes de Freeewheelin’ mais je dois avouer que je n’avais jamais fait attention aux paroles.
Etrange de voir comme parfois des pièces de puzzles différents s’emboîtent comme cela par hasard. Surtout que je suis actuellement dans une phase d’obsession Dylanienne, où je récupère un nombre important d’enregistrements pirates de concerts à la recherche de versions différentes de Tangled up in blue.

J’avais des envies de meurtre hier soir dans mon lit, à la lecture du récit du lynchage d’Emmett Till par deux bouseux sudistes. Avec ce sentiment terrible d’injustice, puisque ces deux assassins avaient été déclarés non coupable par un tribunal de bons blancs bien sudistes.

La mort d’Emmett Till fit grand bruit aux Etats-Unis, grâce au courage et à la pugnacité de sa mère, qui enleva elle-même les clous et les vis du cercueil de son fils, afin d’en voir le corps, puisque les pompes funèbres refusaient de l’ouvrir suite à la demande de l’état du Mississipi. Quand elle vit le corps de son fils, complètement défiguré par les coups, elle s’évanouit. A son réveil, elle voulut que le monde entier sache ce qu’il avait subit. Le magazine Jet publia une photo d’Emmett dans son cercueil qui fut ensuite reprise dans toute la presse. Cette photo qui bouleverse tant les deux frères du roman. Sa mère décida également de laisser le cercueil ouvert durant la cérémonie funéraire, afin que tout le monde puisse voir son fils, afin de montrer comment étaient traités les noirs dans ce pays.

Deux semaines après l’enterrement d’Emmett Till, les deux bouseux furent acquittés (make me feel ashamed to live in a land where justice is a game chantera Dylan (toujours lui) quelques années plus tard à propos d’Hurricane Carter). Ce jugement et les photos du cadavre d’Emmett suscitèrent une telle indignation, qu’ils précipitèrent l’essor du mouvement des droits civiques américains. On était en 1955.
Emmett Till avait été battu à mort pour avoir « mal parlé » à la femme d’un des deux bouseux et parce qu’il était noir… Il avait 14 ans…

Twas down in Mississippi no so long ago,
When a young boy from Chicago town stepped through a Southern door.
This boy’s dreadful tragedy I can still remember well,
The color of his skin was black and his name was Emmett Till…

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Catégorie : Obsessions, Vieilleries

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