746 Usure (Glenn Gould)

17 novembre 2010 Par KMS
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Glenn Gould – Bach : Livre I : Prélude et fugue n°4 en Do mineur (Album : Le Clavier bien tempéré 1962)

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(Photo ©KMS 2009)

Peut être que je ne veux plus que du silence. Peut être que je ne veux plus que le goût de ton sexe sur ma langue. Et les notes de Bach par Gould, presque du silence, en ombre au ciel gris et vide, avec ce jeu sans legato, aux notes très détachées, comme on voudrait l’être par rapport au monde extérieur.

Comme d’autres j’ai écouté The Promise de Springsteen mais ce qui me reste ces jours-ci ce sont les trente ans de The River et les absences qui les accompagnent. Sur The promise les chansons sont comme des vieilles photos un peu jaunies. Quelque chose d’anachronique. On y était peut être, on n’y est plus, on est ailleurs, le temps emmène ailleurs. Comme de revoir d’anciens amis perdus de vue et de mesuré le chemin parcouru depuis. Le temps a passé, les gens aussi. On a tous des souvenirs d’obscurité à la limite de la ville. On oubliera les promesses.

J’ai remis Bach, les suites pour violoncelle cette fois ci, avec les branches nues des arbres traversant l’horizon figé de la fenêtre du bureau. Le son clair comme l’air froid et vif de ce matin. Le frottement épidermique de l’archer sur les cordes, ces glissements imperceptiblement sexuels.

Derrière traîne un voile de poussière d’usure. Scories dérisoires d’existence. Souffle court et apnée. On voudrait s’envoler, prendre de l’altitude, on reste plombé les deux pieds dans l’automne et les feuilles humides en décomposition. Ombres lentes aux contours flous.

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Catégorie : Music of my mind, Sexties

6 Responses to “ 746 Usure (Glenn Gould) ”

  1. PdB on 18 novembre 2010 at 0 h 11 min

    C’est bien, la tarte aux quetsches est revenue sans qu’on sache spécialement pourquoi, ces jours-ci.
    Sans doute parce que c’est ainsi qu’on se sent le plus vivant,
    On peut imaginer, s’envoler, laisser derrière soi tout ce que ce monde a de frelaté, d’ignoble (tu vois par exemple un type m’a demandé-un commanditaire- de lui faire un bilan de mon action, je le lui ai donné-mais je ne le lui ai pas facturé, j’ai eu tort, ce genre d’organisme ne se manifeste que lorsqu’il sent qu’on a sur lui quelque chose qui, s’il le découvrait lui pèserait plus que ce qu’il pense pouvoir demander, enfin bon- c’était il y a huit semaines, tu vois que je suis patient, le type ne bouge plus, ne dit plus mot, et va s’empresser de céder ma place à l’un de ses amis sur lequel il aura plus de prise-et quand je dis « ma » place, j’usurpe évidemment; et bien sûr,ces lignes sont déjà beaucoup trop pour ce qu’est ce type; je devrais m’en foutre, tu vois, laisser cela et écouter cette musique, ce que je fais (merci, ce que c’est loin, et chaud, et beau et bleu) et oublier, penser que je m’en vais,ce week-end, quelques jours, penser que cela ne sert à rien, regarder plutôt devant moi, mais toujours, quelque chose me dit que ces agissements m’ôtent quelque chose de mon âme, vraiment, détruisent quelque chose de ce que je pense être bien, ou le bien, et je me dis aussi qu’à nouveau, essayer de croire dans cette ordure d’humanité a quelque chose d’incroyablement naïf, innocent, clair tendre et doux, comme l’amour voilà, et que, pour le reste, ça ne vaut même pas un crachat.
    Sans doute.
    C’est un truc pour lequel j’ai travaillé deux années, que j’ai pris sur moi de faire avancer, heureusement pas seul. Le temps passe. Cet après-midi, sur le boulevard, j’ai fait quelques photos (je prépare les vases co avec mon amie de Fenêtre open space) et j’ai pensé à ce que j’allais écrire soit une vraie fiction qui mettra en scène mon ami (ce n’était pas tellement mon ami) mort il y a quelques mois (il s’est jeté d’un pont) et un dialogue de lui à moi sur ce boulevard.
    J’aime particulièrement lorsque le morceau s’arrête, vers 2′30, ça me plaît bien.
    J’aime bien cette musique, elle me rappelle ma fille qui, parfois, dans la chambre du couloir, joue elle aussi Bach, doucement avec une certaine application, un dérapage, une note ici ou là moins assurée et que je suis là, dans la salle, à travailler pour gagner ma vie et l’argent pour payer le loyer et les habits et ces aliments et tout le reste.
    C’est vrai, lors de ce travail pour la boîte dont ce type est à présent une sorte de chef, je me suis vraiment bien amusé, avec ma copine H. Qui devra dire que, dans le travail, il ne faudrait pas s’amuser ? Ce n’est pas que je sois tellement blessé par ce genre d’agissements (j’en ai connu d’autres, et j’en connaîtrai d’autres, l’imagination de l’humanité pour faire sentir sa force et le mal est incommensurable, je sais bien), seulement je vois que ce genre de prise de pouvoir, de position, de mise sous tutelle de quelque chose qui n’appartient que parce que on en a acheté la marque est justement la marque du monde et des hommes.
    Bach, Gould, ta musique fréquemment, KMS, le piano, le cinéma et les livres, le ciel bleu ou gris parfois, le vent (le vent), mon amie et l’amour, mes enfants, voilà tout : roulez jeunesse…

    • KMS on 18 novembre 2010 at 8 h 15 min

      Ah mais j’en fais tout le temps des tartes, aux quetsches ou non, juste je ne le dis pas à chaque fois non plus…
      Il faudrait que je pense aussi à ces vases communicants puisque j’ai dit que je participais au prochain.

  2. anakin on 18 novembre 2010 at 0 h 23 min

    Je n’ai pas envie de gâcher ce moment. Alors j’écoute regarde et lis.

    • KMS on 18 novembre 2010 at 8 h 16 min

      Surtout que c’est autre chose que le dernier Blonde Redhead (ah ah)(pardon).

  3. secondflore on 18 novembre 2010 at 9 h 43 min

    « Presque du silence ». Bien vu.
    Et l’image des photos jaunies pour The Promise, parfaite. Et encore, des mauvaises photos, pour beaucoup (incroyable chronique, cette chronique en lien, mais elle rejoint d’autres que j’ai pu lire. A ce point, là encore, la métaphore ne peut être que visuelle. de l’aveuglement).
    Salutations aux feuilles qui tombent, et au violoncelle qui monte vers la fin de cette note.

    • KMS on 18 novembre 2010 at 10 h 16 min

      Voilà, elles sont anecdotiques ces chansons de Springsteen, ce n’est pas par hasard qu’il les avaient laissées de coté à l’époque. Il y en a 2 ou 3 qui sortent du lot, mais là trop de bonus tue le le bonus ça n’a pas d’intérêt.