740 Les samedis musicaux #34 (Van Morrison)

31 octobre 2010 Par KMS
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Van Morrison : You Don’t Pull No Punches, But You Don’t Push the River (Album : Veedon Fleece 1974)

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J’aurais pu dire que c’est le disque qui boucle la boucle. Celle débutée avec Astral Weeks, en 1968. Pour cela qu’il en est si proche d’ailleurs. Bien plus que Moondance. Pourtant bien plus connu. C’est le disque qui boucle la boucle mais l’histoire l’a oublié.

J’aurais pu dire également que la densité de la production de Van Morisson entre 68 et 74 laisse pantois. On ne va pas tous les citer mais Astral Weeks, Moondance 70, Tupelo Honey 71, St Dominic’s preview 72 (avec le dalalada ta teleletele immortel de Jackie Wilson said (I’m in heaven when you smile)), un live d’anthologie 74. Et Veedon Fleece. Le dernier de la liste. Sorti un mois après le live. Trop, trop tôt, sûrement. Tombé dans l’oubli à peine sorti ou presque.

J’aurais pu dire ce qui n’explique rien. En dehors du fait que ce disque a été rangé aux oubliettes du rock ce qui est dommage quand on sait qu’il se hausse au niveau d’Astral Weeks (un des plus grands disques de tous les temps), la sophistication musicale en moins.

Van Morrison est certainement au faîte de sa gloire lorsqu’il l’enregistre et en même temps pas au mieux puisqu’il vient de divorcer de sa femme, même si c’est lors d’un voyage dans son Irlande d’origine avec sa nouvelle « fiancée » (il faut savoir se consoler) qu’il trouvera l’inspiration. L’histoire dit qu’il a écrit les trois quarts des chansons de l’album durant ce séjour. Il les enregistrera d’ailleurs dans la foulée, dès son retour à Los Angeles.

C’était la première fois qu’il revenait en Irlande depuis 1967. L’influence de ce retour se sent non seulement dans la photo de la pochette où on le voit dans le parc du Sutton Castle Hotel dans la baie de Dublin, avec à ses cotés les chiens des Baskerville, mais aussi dans la musique, avec l’utilisation insistante sur certaines chansons d’une flûte très Irlandaise, ou dans les accents traditionnels de Country Fair.

Les chansons sont automnales, intimistes, introspectives, parfaites pour un week-end de Toussaint. Van Morrison semble vouloir s’arrêter et regarder sa vie passée. Comme si soudainement, il avait vieilli trop vite.

Le genre de disque qu’on ne veut pas écouter trop souvent, de crainte de lui faire perdre sa patine particulière en l’usant, de crainte de laisser échapper l’atmosphère particulière cachée entre les sillons, ce repli sur soi-même. Un disque qu’il est préférable d’écouter seul, un disque d’égoïste. On en dira pas plus, ou peut être que son falsetto sur Who Was That Masked Man donne la chair de poule, ou que You Don’t Pull No Punches, But You Don’t Push the River il atteint les sommets de Madame George et ce n’est pas peu dire, ou que Come here my love ferait pleurer des pierres.

Pour un peu, on préfèrerait qu’il reste oublié ce disque. Parce que sa découverte se mérite, qu’il faut le préserver du soleil, le laisser dans l’ombre, ne le sortir que dans les grandes circonstances, lorsque le jour est tombé. Comme un vieil alcool fort.

William Blake and the Eternals oh standin’ with the Sisters of Mercy, looking for the Veedon Fleece. On pourra se demander ce qu’est ce Veedon Fleece. Quelques exégètes se seront penchés dessus, énonçant des théories plus ou moins plausibles. Van Morrison brouillera les pistes à la manière d’un Dylan, disant qu’il ne sait pas ce que cela signifie, que c’est le nom d’un personnage imaginaire, qu’il n’en a aucune idée. Comme s’il fallait absolument conserver à ce disque sa part de mystère.

Après celui-ci, Van Morrison n’enregistrera rien durant trois ans. Après celui-ci, Van Morrison n’atteindra plus jamais le niveau des années entre Astral Weeks et Veedon Fleece. Raison de plus pour ne pas user ce disque, le moule en est définitivement cassé.

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Catégorie : 7 Tease, Samedis Musicaux

7 Responses to “ 740 Les samedis musicaux #34 (Van Morrison) ”

  1. puzzledoyster on 31 octobre 2010 at 22 h 29 min

    tiens, je l’ai écouté ce matin…prendre une autre porte d’entrée dans une oeuvre qui m’avait (pour le moment) toujours rebuté (oui, même Astral Weeks, qui m’ennuie profondément)…et cette fois, je n’ai pas envie de la claquer !:-)

    • KMS on 31 octobre 2010 at 22 h 50 min

      Alors il faut se servir de celui-ci pour rentrer dans Astral Weeks (pas possible de ne pas rentrer dans Astral Weeks non?).

  2. Esther on 1 novembre 2010 at 9 h 16 min

    Magnifique disque en effet… Avec Astral Weeks, Moondance et Tupelo Honey, c’est un carré magique pour moi.

  3. Erwan on 2 novembre 2010 at 15 h 28 min

    Shearwater reprend l’intro de ce titre sur Home Life, ce n’est pas crédité alors je ne sais pas si c’est une inspiration ou un plagiat mais c’est vraiment la même intro!
    http://open.spotify.com/track/57Mvh2cuE93cFc7qlbm99y

    Très belle chanson!

    • KMS on 2 novembre 2010 at 20 h 07 min

      C’est ce qu’on appelle un plagiat inconscient non? :-)

  4. PdB on 2 novembre 2010 at 23 h 04 min

    Très belle chanson, en effet… comme marquée années soixante dix, où tout devenait absolument possible, où tout pouvait tourner dans le sens où nous le pensions, où nous le voulions… tu sais quoi, je pense aux brigades rouges, je pense aux maos qui enlevaient des généraux, tu te souviens (non, t’avais tout de suite quatorze piges quand crâne d’oeuf est arrivé au pouvoir ici, avec ses petits déjeuners chez les éboueurs – tu te souviens de ça ? football et accordéon ? quelle blague – moi c’était jussieu, les disques tombés des camions mais toujours trop chers, et le spectre de l’armée, tu vois comme les choses ont changé… jm’en fous, mais la chanson est cool et ressemble comme deux gouttes d’huile à ce monde-là…

    • KMS on 3 novembre 2010 at 9 h 58 min

      Bien sûr que je m’en souviens de Giscard… et la loi Haby et les manifs de 76. Tiens comme dans le film de Klapisch, Le péril jeune, c’est pile poil cette année là et c’était exactement ça.