272 Dead souls

29 octobre 2007 Par KMS
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272 Dead souls : Joy Division : 24 hours (Album : The complete BBC recordings 2000)

He’s lost control, he’s lost control again…

Ainsi donc il n’a pas écouté la deuxième face. Je me suis toujours posé la question. Savoir s’il s’était pendu pendant ou après la première ou la deuxième face de The Idiot.
Dans Control, il est clair que c’est la première face qu’il écoute. On le voit nettement poser le disque sur la platine. Le dessin du sillon découpant les différentes plages du disque ne laisse aucun doute. Sur la deuxième face il n’y a que trois chansons. Ici c’est la première. Et il ne le retourne pas. Il laisse le bras de la platine posé sur le disque. La dernière chanson écoutée par Ian Curtis a donc été China girl et j’ai trouvé ça terriblement triste. Mass production, qui clôt la seconde face, aurait eu une autre dimension. Mais c’est un détail…

Control.

Je me souviens, Londres, octobre ou novembre 1986, un hôtel vers King Cross, un hôtel de week-end Londonien finalement moins pire que d’autres. Une chambre sans fenêtre avec trois lits pour les trois garçons, dessus de lit marron/vert, papier peint dans les mêmes tons représentant des scènes de chasse au renard, un mobilier de bois sombre, une odeur de rance mêlée à celle du tabac froid.
Et puis le samedi en fin d’après-midi, avant de repartir se mêler à l’atmosphère des pubs, on rentre et on s’assoit quelques instants pour se reposer. Il y en a un qui déballe ses achats et il y a une K7 blanche avec une image funéraire dessus. Joy Division a répondu François à ma question, Closer, on m’a dit que c’était bien.
Je n’écoutais que du vide à cette époque, ne lisait plus la presse rock depuis six ans, j’avais complètement décroché. Pour bien comprendre, j’avais dû acheter un Fleetwood Mac en CD ce jour là, puisque ce format commençait seulement à se développer. Il n’y a pas besoin d’en dire plus…

Il a mis sa K7 dans son walkman et a commencé à écouter. Nous, avec l’autre garçon, on discutait de je ne sais plus quoi mais il y devait y avoir un rapport avec les filles qui étaient à trois dans la chambre des filles au fond du couloir. Au bout d’un moment, après avoir retourné sa K7 il nous a dit quand même c’est vachement bien alors j’ai dit vas-y fait écouter et dans les écouteurs j’ai entendu ce que je ne savais pas encore être la fin de Heart and soul.
Juste ensuite, c’est là que le choc s’est produit, en entendant la grosse basse de Peter Hook jouant le riff de 24 hours. Bon sang c’était quoi ça. Il faut comprendre, j’étais dans le coma à cette époque, je n’écoutais que des disques vides. Et là ce riff de basse, je ne sais pas comment dire, ça m’a fait comme un électrochoc, avant même d’entendre la voix de Ian Curtis, une voix d’outre-tombe et je ne connaissais pas son histoire, j’ai dû en avoir la chair de poule. Je suis revenu en arrière pour écouter une nouvelle fois ce morceau et ses changements de rythmes nerveux.

Control donc…

Avec l’esthétique superbe du noir et blanc granuleux d’Anton Corbijn, le mimétisme étonnant de Sam Riley, mais aussi des déceptions liées principalement au fait que le film est tiré du livre écrit par Deborah Curtis qui donne SA vision des choses. Est-ce pour cela que les aspects créatifs, musicaux, sont tant laissés de coté, parce que Deborah n’était pas là dans ces instants?

Il est dommage de ne pas avoir parlé de la Factory, de ce lieu (et du label) d’une importance primordiale dans la musique de Joy Division et Mancunienne en général. Le regretté Tony Wilson est montré comme une sorte d’excentrique un peu futile. PAS UN MOT sur Martin Hannett, que l’on aperçoit juste 30s derrière sa console, alors que l’on connaît son importance sur le son de Joy Division et sur leur musique.
Pas un mot là dessus. Sur le son. Pas un mot sur Closer non plus. Comme s’il n’avait pas existé. Pas un mot sur l’album enregistré sous le nom de Warsaw jamais sorti à l’époque. Le reste du groupe est présenté, à part peut être Bernard Sumner, comme une bande de crétins. Pas un mot non plus sur Peter Saville et l’importance de son graphisme.

Il y a par contre le plaisir de voir John Cooper Clarke en personne dans une scène, où on le voit introduire le groupe lors d’un de ses premiers concerts. Il y a aussi cette plaisanterie de Rob Gretton à l’attention de Ian Curtis, après que celui-ci ait fait une crise d’épilepsie sur scène, « ça aurait pu être pire, tu aurais pu être le chanteur de The Fall ».

On insiste dans le film, sur la pression pesant sur les épaules de Ian Curtis mais il ne faut pas oublier qu’à l’époque, Joy Division était un groupe quasi inconnu en dehors d’une scène et d’un public spécialisé ayant quelque intérêt dans le post punk naissant. On est loin de la pression qui pesait sur un Kurt Cobhain après ses millions de Nevermind vendus. Mais c’était peut être déjà trop pour Curtis.

A la vue du film, on pourrait penser, comme le présente sûrement Debbie Curtis dans son livre que je n’ai pas lu, que le suicide de Ian est lié à cette pression et à un déchirement entre elle, Debbie, et cette fille, Annick, dont Curtis était visiblement très épris (on peut le comprendre)(du moins au vu de l’actrice qui tient son rôle…). L’explication de son geste, présentée comme cela dans le film, me paraît un peu trop simpliste, même si la peur de l’évolution de ses crises d’épilepsie est également un élément important.

La pression, Curtis l’avait peut être, l’angoisse de ces concerts où il se vidait de toute son énergie beaucoup plus certainement. Néanmoins il paraît évident que Ian Curtis avait encore des choses à dire, des musiques à chanter…

Malgré tout, ces réserves n’arrivent pas à gâcher le plaisir pris à voir ce film très esthétique dont les 2h filent comme un rien, avec des angles de vue parfois d’une beauté sublime, le passé de photographe de Corbijn ressortant pleinement lorsqu’il filme les extérieurs de cette banlieue grise de Manchester.

Control.

Il a bien dû se passer un an au moins avant que je n’achète ce disque, ainsi qu’Unknown Pleasure. Non que je l’ai oublié, mais le vide était sûrement encore trop prégnant en moi. J’étais en état de mort musicale, il faut bien comprendre. Les deux années qui avaient suivies, je m’étais plongé dans le jazz comme dans un sas de décompression. Petit à petit, par petites touches, je revenais à ma vérité. Je n
‘écoutais presque plus de rock, hormis les premiers Cure (que je venais également de découvrir), les Smiths et Joy Division.

Peut être pour cela que je me souviens aussi bien de cet électrochoc de ce samedi en fin d’après-midi à Londres, de la grosse basse de Peter Hook jouant le riff caractéristique de 24 hours et de la voix de Ian Curtis glissant sur ma peau.

Now that I’ve realised how it’s all gone wrong,
Gotta find some therapy, this treatment takes too long.
Deep in the heart of where sympathy held sway,
Gotta find my destiny, before it gets too late.

NOTA : Belle critique de Jean Pierre Turmel chez Gonzaï

Catégorie : Obsessions, Vieilleries

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