734 Les samedis musicaux #32 (Bill Evans)

16 octobre 2010 Par KMS
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Bill Evans : Theme From M*A*S*H (aka Suicide Is Painless) (Album : You must believe in spring 1980)

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Cela fait trente ans que Bill Evans est mort, le 15 septembre, à l’âge de 51 ans. Ça n’a pas fait trois lignes dans les journaux. Ni même ici.

Bill Evans était pourtant un des plus grands pianistes du siècle dernier et reste une référence incontournable (il suffit d’écouter Brad Mehldau ou Esbjorn Svensson). Il est l’instigateur principal du virage modal du jazz de Miles Davis sur Kind of blue et a amené dans le piano jazz des éléments de Ravel, Rachmaninov et surtout Debussy, sa plus grosse influence, qui lui donnera ce style si particulier dans les voicing de ses accords avec l’abandon quasi systématique de la note de base de l’accord qu’il laisse jouer à la contrebasse et l’utilisation fréquente des intervalles de seconde mineure.

Bill Evans a également définit le piano trio moderne, en plaçant sur un même niveau que le piano, la contrebasse et la batterie, en donnant même un rôle important à la contrebasse dès ses premiers trios en 1959.

Bill Evans c’est le piano virtuose sans la virtuosité. Elle est présente sans qu’elle soit envahissante et sans venir phagocyter le jeu et la musique. Bill Evans c’est l’émotion du frisson.

Il était un pianiste d’une telle limpidité, que l’on peut entendre dans son jeu, les influences des drogues qu’il prenait suivant les époques. L’héroïne dans les années 60, qui lui donne ce style lent, retenu, aéré, vaporeux, tout en légèreté. Contrairement aux derniers enregistrements de la fin des années 70 et les enregistrements des ultimes concerts de 1980, où l’influence des torrents de cocaïne qu’il s’enfilait se ressent sur la nervosité et la sécheresse de son jeu, dans la rapidité d’exécution également. On pourra si l’on souhaite, faire l’écoute comparée de My romance joué en 1961 (sous héro) au Village Vanguard, et le même morceau 20 ans plus tard (version cocaïne donc) toujours au Village Vanguard, 2 mois avant sa mort (ou les deux à la suite)(spotify)

You must believe in spring est sorti en 1980 juste après sa mort malgré qu’il fut enregistré en 1977 avec son dernier trio. Un de ses plus beaux albums dont on peut s’étonner qu’il n’ait souhaité qu’il sorte plus tôt. You must believe in spring est un album de mort. C’en est peut être la raison. Le premier morceau, B minor Waltz est dédié à sa femme Ellaine qui s’était suicidée en se jetant sous un métro au début des années 70. En 1979 son frère Harry, qui l’avait initié à la musique en premier, se suicide également. Bill Evans lui dédiera a posteriori We will meet again que l’on trouve également sur ce disque.

Tout dans son jeu, sur tous les morceaux de l’album, évoque une douleur et une tristesse profonde, particulièrement sur le sublime The Peacocks qui est probablement un des somments de sa discographie. Même sur You must believe in spring, le morceau, qui n’est autre que la Chanson de Maxence (video) dans les demoiselles de Rochefort de Jacques Demy.

Le dernier morceau de l’album original est plus surprenant, ce choix aura peut être donné des idées à Brad Mehldau lorsqu’il reprendra des chansons de Radiohead, de Nick Drake ou des Beatles, puisque ce n’est autre que le thème de M.A.S.H. (video), le film de Robert Altman sur la guerre du Vietman primé à Cannes en 1970. Là encore le choix n’est pas innocent puisque le sous titre de la chanson est Suicide is painless, les paroles du refrain. Le morceau deviendra un des classiques de Bill Evans sur scène les dernières années de sa vie. On comprendra aisément pourquoi.

(Tout l’album est en écoute sur spotify)

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Catégorie : 7 Tease, Jazz in my pants, Samedis Musicaux

11 Responses to “ 734 Les samedis musicaux #32 (Bill Evans) ”

  1. Mathieu on 16 octobre 2010 at 21 h 12 min

    Ah cette contrebasse et ce piano, le morceau est magnifique …

    • KMS on 16 octobre 2010 at 21 h 41 min

      C’est très important chez Bill Evans la contrebasse, il lui a donné un rôle dans le piano trio qu’elle n’avait pas avant. Sans Bill Evans pas de Keith Jarrett avec Gary Peacock.

  2. rock_0la on 16 octobre 2010 at 21 h 30 min

    Bel hommage Monsieur ! Il y a régulièrement des choses, comme ce Bill Evans que tu évoques à juste titre, que j’exhume du fin fond d’une étagère consécutivement à la lecture de ces « Samedis musicaux » et ça me va très bien. Merci et tchintchin ! Sinon je voulais dire un truc à propos de Suicide is painless mais c’est très con, j’ai oublié.

    • KMS on 16 octobre 2010 at 21 h 43 min

      A croire qu’il a été un peu oublié Bill Evans, au profit de ces disciples. Pas une mauvaise chose en soi, mais il ne faut pas l’oublier. Et puis tout le monde devrait avoir sur ses étagères le Sunday at the village Vanguard.

      • Laurent H on 18 octobre 2010 at 12 h 08 min

        Ah Sunday at the Village Vanguard… Les petits bruits et les applaudissements pour rappeler qu’on est en live alors que tout est si parfait. Et LaFaro. Et Jade Visions.

  3. rock_0la on 16 octobre 2010 at 21 h 45 min

    ah oui voilà … ça n’a rien à voir bien entendu mais ça m’a fait penser aussi à réécouter le ‘Suicide is Painless’ de Lady & Bird avec du Keren Ann et du Bardi Johannsson dedans.

  4. Ptilou on 18 octobre 2010 at 11 h 20 min

    Quand même un n° spécial dans Jazz Mag du mois sur Bill Evans, avec notamment une interview intéressante de ce pianiste d’exception.

    Très beau disque, que ce « spring »

    • KMS on 18 octobre 2010 at 11 h 49 min

      Ah tiens je vais essayer de le trouver. Quand je parlais de journaux je ne pensais pas à la presse spécialisée, mais plutôt aux quotidiens qui ont tous évoqués la mort d’Hendrix à 3 jours près.

  5. Esther on 20 octobre 2010 at 6 h 12 min

    Un de mes albums favoris de l’immense Bill Evans. Le génie de l’économie et de la colorisation de l’espace. J’adore Evans.

  6. [...] l’influence essentielle des drogues dans/sur la musique.  J’avais néanmoins, dans une note sur Bill Evans proposé d’écouter deux versions d’un même morceau, où l’on décelait [...]