336 Flotsam

21 mars 2008 Par KMS
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336 Flotsam : Stephen Malkmus : Out of reaches (Album : Real emotional trash 2008)

C’est vrai qu’il fascine. C’est vrai aussi qu’on ne sait pas pourquoi. C’est peut être juste le propre de ces évènements improbables. Comme ce cargo planté là sur la plage des Sables d’Olonne.
Ca fascine peut être parce ça perturbe la banalité quotidienne de l’existence. Ce qui est important finalement ce n’est pas tant ce bateau de 88m échoué sur la plage traditionnellement familiale des Sables, mais ce qu’on imagine, la vie des gens autour, ceux qui viennent le long de la plage voir ce cargo.

Ce cargo culte comme le chantait Gainsbourg sur un de ses plus beaux textes (même s’il parlait des avions…).
Je sais moi des sorciers qui invoquent les jets, dans la jungle de Nouvelle Guinée, Ils scrutent le zénith, convoitant les guinées, que leur rapporterait le pillage du fret
Peut être qu’ils se rêvent naufrageurs tous ces gens. Ou ils se disent que ça leur ressemble, que ça ressemble à leur vie, et à leurs échecs. Ce bateau posé là. On navigue on navigue et on jour on s’échoue comme ça sur une plage et c’est terminé tout s’arrête là. Sur une plage ou ailleurs. Autant choisir la plage et la vue sur la mer après tout.

Ce cargo échoué, c’est comme le poids des souvenirs qui s’abattent subitement sur les épaules sans qu’on ait rien demandé. Ca tombe d’on ne sait où et la seule chose qu’on sait faire c’est tourner autour. On ne sait pas à qui ils appartiennent ces souvenirs mais on les devine lourds de sens, de douleurs. C’est comme un miroir qui nous renvoie l’image de nos vies, ce cargo échoué là, sur cette plage où je n’ai pas mis les pieds depuis plus de quinze ans.

On ne sait pas trop en fait, ce que ça nous fait, à part nous fasciner. Et puis au moins il n’a pas fait de saleté celui là. Pas comme l’Erika , ou comme ces cochons de Total qui ont encore chié dimanche dernier 400 tonnes d’hydrocarbures quelques kilomètres plus haut sur la côte, à Donges, vers l’estuaire de la Loire. Un putain de mazout tellement pourri qu’il faut masques et gants pour nettoyer les cotes et éviter tout contact toxique.
Le cargo lui est propre, on lui a vidé son mazout. Il est serein. Il attend là, tranquillement, qu’une haute marée permette de le tirer de cette plage.

Il y aurait des histoires à imaginer, sur fond de cargo échoué et de station balnéaire hors saison, dans ces périodes recélant des solitudes douces amères. Des histoires de vie qui s’arrêtent comme ça, de ruptures, des histoires couvant sous la cendre et se révélant autour du cargo, celui qu’on va voir et revoir, en fin de journée le long de la plage, avant de rentrer à la maison.

Peut être que comme Gainsbourg dans sa chanson, on espère qu’il nous ramène nos amours perdues, nos espoirs envolés ou nos rêves d’enfants. C’est peut être ça qu’il a dans sa cale. C’est peut être cela que viennent tenter de deviner tous les promeneurs sur le boulevard en front de mer.

Aujourd’hui il a repris la mer, tracté par un remorqueur. C’est mieux ainsi. Il ne finira pas découpé au chalumeau. On aurait alors découvert ce qui se cache dans son ventre. On aurait sûrement été déçu.

N’ayant plus rien à perdre ni Dieu en qui croire
Afin qu’ils me rendent mes amours dérisoires
Moi, comme eux, j’ai prié les cargos de la nuit

Et je garde cette espérance d’un désastre
Aérien qui me ramènerait Melody
Mineure détournée de l’attraction des astres.

Catégorie : Vieilleries

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