702 L’orage (Tom Waits)

28 juin 2010 Par KMS
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Tom Waits : Burma shave (Album : Foreign Affairs 1977)

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C’est étrange comme parfois, après les orages, après les éclairs, après la pluie, après le tonnerre, j’entends parfois, venue de loin, peut être même d’encore plus loin, comme le vent souffle toujours après que la dernière goutte de pluie soit tombée, une voix montant du sol avec l’odeur de la poussière mouillée. C’est étrange comme elle ressemble souvent à celle de Tom Waits à un tel point que ça ne peut pas ne pas être la sienne.

Sur une version live de 79 en Australie, un truc pirate, va savoir s’il y avait de l’orage ce soir là, il raconte, mais je crois que tous les soirs l’histoire changeait un peu, suivant l’alcool, suivant l’orage ou la pluie ou le soleil, enfin à cette époque là ça changeait tout le temps, il raconte qu’il a plu toute la journée le jour où Elvis Presley est mort et c’était en août, And only a legend can make it do that!.

Il parle de Presley ou plutôt c’est un des personnages même si on ne sait pas vraiment, sûrement qu’il fait trop sombre pour bien comprendre. Alors le jour où Elvis est mort il a plu toute la journée et Elvis en fait il était peut être seulement fatigué de réparer tous les coeurs brisés du monde entier, un sacré boulot soit dit en passant. C’est même Elvis qui lui a donné un préservatif la nuit de la soirée de promo de son lycée, il n’y a pas ça chez nous, ce soir là il lui a sauvé la vie, A legend never dies, he just teaches you everything he knows, to give you the courage to ask her out.

Il raconte ça, ce soir là, ces soirs là, avec sa voix qui charrie des graviers par brouettes entières, comment Elvis lui a appris à peigner ses cheveux comme il faut ou comment il lui a donné son premier blouson de cuir. Le jour où Elvis Presley est mort, pendant que la trompette joue Summertimes de Georges Gershwin. Il faut voir sa tronche quand il raconte ça, les personnages semblent sortir de la nuit comme ça pour une danse irréelle et puis repartent ailleurs. Il en raconte tant et tant qu’il en oublie la mélodie ce qui est dommage parce que la mélodie de cette chanson, surtout à la fin des couplets comme une plainte Buuuuuuurma Shaaaave c’est toute la chaleur de la terre humide qui remonte à ce moment là on en prend plein les narines, avec ce voile un peu trouble sur la peau, pas de la sueur, pas de la pluie, quelque chose d’autre mais humide comme du désir. Comme le jour où Elvis Presley est mort. Elvis got more ass than a toilet seat quelqu’un a dit ça, more ass than a toilet seat, ça fait peur et rêver en même temps…

Ce n’était que l’introduction, les explications, ou même pas, il se sentait presque comme obligé d’en raconter plus sur scène que sur le disque, les histoires dans les histoires de la chanson, parce que tout se mélange, comme si l’orage avait tout délavé. Ou peut être juste parce que ça lui rappelait le jour où Elvis Presley est mort, quand il avait plu toute la sainte journée, And only a legend can make it do that! et la trompette au milieu elle sonne comme les éclairs dans le ciel..

Il y a eu de l’orage ce soir. Des éclairs striant le ciel sombre. La pluie. J’ai mis Tom Waits, parce que sa voix a l’odeur de la poussière mouillée mais pas seulement, j’ai dû dire ça cent fois mais je ne m’en lasse pas. Je ne savais pas quoi dire, je l’ai laissé raconter son histoire.

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Catégorie : 7 Tease, Ecoute s'il pleut, Obsessions

5 Responses to “ 702 L’orage (Tom Waits) ”

  1. KMS on 28 juin 2010 at 22 h 22 min

    Pour les curieux qui ont regardé la vidéo et se demandent où est l’histoire de Presley, elle n’est pas là, pas ce soir là, mais on y entend la trompette jouer Summertimes. Je mettrai peut être un jour la version pirate enregistrée en Australie où il raconte l’histoire avec Presley.

  2. PdB on 29 juin 2010 at 7 h 37 min

    Pour Tom Waits, t’as peut-être raison poussière réduite avec l’eau ou quelque chose… mais j’ai pensé à Janis Joplin, sa reprise aussi de Summertime, et je me suis demandé pour ces histoires de reprises et de standard, reprendre les vieux tubes des anciens (tu sais il y avait dans le métro des affiches d’un spectacle sur Joe Dassin; ou les apparitions des sosies de Bamby ou quelque chose, une photo de Gonzagues Saint Brice assis à côté de Michael), pourquoi les aime-t-on si fort, certains ? Et certaines chansons ? Pour ma part, Elvis, je n’ai jamais aimé (sans doute parce qu’il a fait trop de cinéma, je suppose (du mauvais, il me semble)(ou alors ses manières de quetard fou) (ou bien cette mort horrible) – parfois, souvent, je me trouve des attitudes pudibondes de vieux con, et c’est aussi ce que je suis- vieux je veux dire – con aussi parfois je fais gaffe (mais pour vieux, je ne fais pas gaffe) j’ai pensé aussi à ces films sur la Birmanie, Errol Flynn et compagnie, l’alcool et l’écriture, « Ulysse » et « Au dessus du volcan », et Pepe Carvalho, des trucs comme ça qui reviennent avec ce type de chansons, ce type qui chante tellement bien, tellement bien (la trompette à la fin, quelle affaire…! :°)))

    • KMS on 29 juin 2010 at 9 h 19 min

      Elvis il y a des incontournables, tout le début chez Sun, jusqu’en 58 quand il est parti au service militaire c’est énorme, l’essence même du rock. Ensuite faut faire le tri mais il y a aussi de quoi faire. Faut que je lise les bouquins de Peter Guralnik sur lui, dont la première période s’arrête justement en 58. Tiens faut que je me fasse une compil pour les vacances.
      Je trouve que Tom Waits il a plus à voir avec Bukowski mais sans le coté total trash, pour les personnages, ou Fante aussi pour les histoires un peu poisseuses, ou Brautigan aussi pas mal. Mais bon tout ça c’est du bon.

  3. Francky 01 on 29 juin 2010 at 14 h 58 min

    Hello. Encore u très bon papier à la plume virtuose ! Ces derniers temps, j’ai réécouté « Nighthawks at the Diner » (75). Je l’ai réécouté et cela m’a donné envie de faire une suite à un post de 2008, sur mon blog, où je mettais amusé à parler des disques de l’année de ma naissance, c’est à dire 1975.
    Je l’ai égalemment revu, avec beaucoup de plaisir, dans le magnifique « Down by law » de J.Jarmusch. Sacré bonhomme..

    Elvis, je n’écoute pas trop. Mais il faut reconnaitre que c’est une des figure du rock. Le célèbre rock critique Nick Tosches dit de lui : « Il se peut très bien qu’Elvis ait été la figure la plus importante du rock’n'roll. » « C’est le détonateur qui a déclenché la bombe au niveau planétaire » !

    Ce titre de T.Waits est magnifique……..

    A + +

    • KMS on 29 juin 2010 at 21 h 37 min

      J’adore Nighthawks at the diner, un faux live comme il n’en fera plus, et Nick Toshes a bien raison pour Elvis, c’était un bombe à fragmentation qui a déclenché les autres.