351 Books I read part two

7 mai 2008 Par KMS
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351 Books I read part two : Belle & Sebastian : Put The Book Back On The Shelf (AlbumE.P : 3.. 6.. 9 Seconds of Light 1997)

(On a lu quoi et à quel âge la suite donc…)

Eté 1977. J’ai seize ans, je passe mon bac de français en dilettante il faut bien l’avouer. Il faisait chaud cet été là (mais pas autant que l’année précédente). Rock & Folk avec les Humanoïdes associés lancent la collection Speed 17 qui seront les premiers à traduire Bukowski.
Eté 1977, Speed 17 sort S.T.P : A travers l’Amérique avec les Rolling Stones, et moi je découvre la masturbation (ok je n’étais pas très précoce…).

Celui là pour le trouver il faudra aller traîner à Paris mais je sais où le dénicher. Chez Gibert, place St Michel, je le trouve du premier coup. Plutôt que de réviser Diderot, Voltaire et Rousseau, le soir, en écoutant Exile on main street au casque, je dévorais ce bouquin décrivant (romançant diront certains) la tournée sulfureuse 1972 que Robert Frank filmera. (Malheureusement il n’aura l’autorisation de projeter Cocksucker blues qu’une fois par an mais c’est une autre histoire).

Ce bouquin c’était du rock’n roll liquide qui coulait dans mes veines, c’était toute la mythologie sexe, drogue et rock’n roll là dans mes mains sous mes yeux. Quand je lisais ces pages, je me retrouvais en prison avec Mick et Keith, libéré grâce à l’action du maire, j’allais donner un concert mythique en plein milieu de la nuit, dans Boston rongé par les flammes. Sans parler des groupies.
C’est pour cela aussi, qu’après avoir lu quelques chapitres, avec ce putain de disque en bande son, je me branlais la fenêtre ouverte en regardant les étoiles, pour évacuer toute cette tension, toute cette adrénaline.

17 ans. Je crois. Les dates sont floues pour les livres et parfois d’une précision diabolique pour les disques. Je suis en terminale. Au ciné-club du lycée je vais voir Le sel de la terre, Family Life de Ken Loach. Je suis dans une phase, très théorique, sociale et politique.
J’avais vu A l’est d’Eden à la télé avec un James Dean éclatant peu de temps avant, mais ce sont Les raisins de la colère que je lis. Ce livre qui sent la poussière de la vallée de Salinas et la sueur des Okies. Une douzaine d’années plus tard, en voyage en Californie, je ferai un détour pour passer dans cette vallée aux collines rondes.

Dans l’âme des gens les raisins de la colère se gonflent et mûrissent, annonçant des vendanges prochaines. J’ai toujours cette phrase en tête, depuis un peu plus de trente ans. Les raisins de la colère continuent de gonfler. On attend toujours les vendanges.

J’ai 28 ans. Je prends le train pour aller à la montagne quelques jours. C’est l’hiver. Je commence Le voyage au bout de la nuit en voyage. Je l’ai fini au retour, toujours dans le train. Sous un ciel gris, dans des vallées tristes et industrielles aux fumées sombres. Coup de massue. Mais trop tôt. Il m’a fallu le relire deux ou trois ans plus tard pour totalement le pénétrer.
Je l’avais acheté à la Fnuc quelques jours avant de partir. A l’époque j’achetais encore à la Fnuc. C’est bien fini depuis longtemps.
Sûrement le livre où j’ai mis le plus de petits trais de crayons de papier pour souligner des phrases. Pour ces mots acérés, pour cette froide lucidité sans espoir sur l’âme humaine. Ce livre est un rouleau compresseur. J’y retourne tout le temps. J’y retournerai encore.

1997. Je passe un midi à La griffe noire, la librairie à coté du bureau. Sur une des multiples piles vient juste d’être posé un livre avec des vinyles sur la couverture. Haute Fidélité de Nick Hornby. Ca suffit pour attirer mon regard.
Dans cette librairie ils mettent leur avis sur les livres. Sur des petits cartons et même dans la vitrine. Des avis plein de mauvaise foi souvent et c’est ça qui en fait leur charme (du très enthousiasme à la descente en flammes)(il y a même une poubelle en vitrine pour les mauvais livres)

Mais là pas un mot, les vinyles de la couverture et le texte de présentation me suffisent. Quelques jours plus tard, lors d’une émission télé un type chauve et anglais parle de son bouquin. Ok je le commence le soir même. Quelques pages et puis soudain : What came first? The music or the misery? Did I listen to music because I was miserable? Or was I miserable because I listened to music? Do all those records turn you into a melancholy person?
Ca parle de moi ou quoi? Plus j’avançais et plus je me disais que ce type écrivait plus ou moins ce qui se passait dans ma tête. Et puis les disques, les Top 5, les compils, les déceptions sentimentales, tout y était. Résultat presque tout ce que j’écris ici peut être qualifié de Nick Hornbysme.

2004. On commence à ne plus oser dire l’âge. Encore à la griffe noire. Sur celui là, sur la grande table à l’intérieur avec tous ses piles de livres, il y avait un petit carton jaune. Je crois qu’il était marqué dessus ENORME, notre préféré. Ou quelque chose comme ça. Et puis le titre, Le manuel des inquisiteurs. Je repars avec. Il est resté un an sur les étagères, attendant son heure.
Dès les trois premières pages j’ai compris. L’écriture d’Antonio Lobo Antunes allait m’écraser. Si j’écrivais, je voudrais écrire comme lui. Pareil. La narration, le verbe. Avec ces retours dans le passé incessants. Avec ces répétitions pour enfoncer le clou. Avec ce regard désabusé et cette incompréhension de l’absurdité du monde et des hommes en général. Et Lisbonne en prime. Un des rares auteurs, comme Céline, où je sens leurs mots s’enfoncer sous la peau, dans la chair, profondément.

(On aurait également pu trouver dans cette sélection Au-dessous du volcan de M.Lowry (énorme), Ulysses de Joyce (ENORME aussi) et Bob Morane (contre tout chacal)(ah ah). J’ai fait des choix…)

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Catégorie : Vieilleries

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