695 Retour d’Exile (Rolling Stones)

8 juin 2010 Par KMS
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The Rolling Stones : I Just wanna see his face (Album : Exile on main street 1972)

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Bonus track : Cocksucker blues

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Sur l’avant dernière chanson de la 3ème face, I just wanna see his face, sur un tapis d’accord joués sur un piano électrique, Jagger lâche un allright à 1mn54. Le plus formidable allright du rock.
La chanson ne ressemble à rien de ce que les Stones ont fait jusque là. Comme souvent sur Exile, ils ont rebattu les cartes. Keith joue les accords en boucle sur le piano électrique, Mick Taylor tient la basse, Bill Plummer a la contrebasse, Jimmy Miller frappe la batterie avec des mailloches à la place de Charlie Watts. Un morceau anecdotique. Mais il y a ce allright et dans la moiteur de ces deux syllabes toute la classe et la désinvolture fantasmée qui me faisait défaut à 15 ans. Un allright comme un rêve.

On imaginait Jagger, sa bouteille d’alcool à la main, comme sur une des photos de la pochette, Keith à coté pour les choeurs. Allright. Une chanson confuse comme un rêve humide, avec des réminiscences dont on ne se défait pas au réveil. Quand il balance son allright, dans la seconde qui suit, on peut presque entendre tomber à terre les culottes des filles présentes dans le studio. C’est un détail, allright, mais Exile est un disque de détails.

Je l’avais acheté à l’été 76 en rentrant de vacances. Dès le retour j’avais filé chez Gibert à St Michel. L’ampli de la chaîne de mes parents étant en réparation, pour l’écouter j’avais bricolé un branchement de fortune de la platine sur un vieux poste radio qui avait une entrée din. Le problème c’est que je n’avais qu’un canal. J’ai écouté Exile pendant deux mois avec les guitares de Mick Taylor loin dans le mix.

Eté 76 et il était déjà trop tard pour les Stones qui auraient dû s’arrêter après le dernier cri de Jagger sur le merveilleux Fingerprint File, clôturant It’s only rock’n roll en 74 avec une superbe partie de basse de Mick Taylor. Juste après ce petit cri, Aouh, synchrone avec la dernière note de basse. Ils auraient dû arrêter là. Mais en 1976, je ne le savais pas.

L’album a pris une dimension supplémentaire à l’été 77, alors que je passait mon bac de français en dévorant le bouquin de Robert Greenfield, STP à travers l’amérique avec les Rolling Stones. Il avait été édité chez Speed 17. Une collection dirigée par un certain Philippe Manoeuvre.

Le bouquin raconte la tournée Américaine de 72, celle  filmée Robert Frank après avoir  fait la pochette d’Exile. Ce fameux film bien moins sulfureux qu’on ne voudrait le dire. Il y a bien un peu de sexe, un peu de drogues, un peu d’orgies, beaucoup de solitude, beaucoup de vide dans les regards aussi, l’ennui. Les Stones ont bloqué sa sortie. Robert Frank n’ayant le droit de le diffuser uniquement s’il est présent. Cocksucker blues. Le film reprenant le titre d’une chanson très sulfureuse des Stones, jamais sortie officiellement (et qui ne sortira probablement jamais du vivant de Jagger)(quoique)(we’re only in it for the money).

Le blues du suceur de bite. La chanson devait être leur dernier single chez Decca, pour terminer leur contrat. Jagger s’est lâché dans les paroles dans le but inavoué mais évident, de se faire refuser la sortie de la chanson. Objectif atteint. Il faut dire que la ballade acoustique raconte l’histoire d’un écolier ayant visiblement fait une fugue à Londres et se prostitue. L’écolier se demande tout le long du refrain où il pourrait se faire sucer la bite, où il pourrait se faire défoncer le cul. Etant donné que c’est la traduction littérale des paroles on comprendra aisément pourquoi elle n’est jamais sortie en 45T ni même ailleurs. Surtout quand on sait qu’au 2ème couplet le gosse se fait arrêter par un flic qui le sodomise avec sa matraque. Une tranche de vie urbaine. On entend la chanson dans le générique de début du film.

STP donne une idée de ce qu’était une tournée des Stones au début des seventies et permet VRAIMENT de toucher du doigt ce que veut dire sex and drugs and rock ‘n roll.
On passera sur les discussions de chapelle entre Robert Frank et Greenfield sur la véracité de certaines histoires et particulièrement l’anecdote de l’arrestation de Richards dans un aéroport avec la moitié de la troupe des Stones dont Jagger et Robert Frank. Richards ayant balancé une mallette dans la tronche d’un photographe un peu trop pressant. Ce soir là les Stones devaient jouer à Boston, et ils se retrouvent coincés en tôle dans un trou du Rhodes Islands. Pour corser l’histoire, une partie de Boston est en feu, c’est finalement le maire de la ville qui les fera sortir de prison afin qu’ils puissent jouer et que le public rentre chez lui sans foutre la panique dans les rues enflammées. Cause summers here and the time is right for fighting in the street, boy.

Est-ce que les choses se sont réellement passées comme le raconte Greenfield, seuls ceux qui se trouvaient sur la tournée le savent. Mais personne ne parle. Ce qui est certain c’est que les Stones s’étaient fait coffrer. Ensuite, on connait la rengaine, quand la légende devient un fait, imprime la légende…
Miracle des temps modernes, STP a été réédité et on peut voir Cocksucker blues sur youtube.

1977, j’aurais donné quoi pour voir ça, en boucle sur l’écran? Le diable aurait pu débarquer, j’aurais eu de la sympathie pour lui et signé de mon sang au bas de la page.

Cet été là, durant les vacances dans le sud avec les parents, je l’écoutais sur le magnéto K7 que j’emmenais partout avec moi. On n’était pas très loin de Villefranche, une cinquantaine de kilomètres, là où se trouvait Nellcote, la villa de Keith où ils avaient enregistré Exile cinq ans auparavant. Je serais bien aller la chercher cette villa, ça aurait pu faire une belle histoire, tailler la route, mais il me manquait une âme d’aventurier.

Photo D.Tarlé

Plus de 30° sur la côte d’azur, je me baladais en jean, torse nu tout le temps. Comme Keith. Tu ne m’aurais pas fait mettre un short cet été là. J’avais une guitare acoustique pourrie. Je ne savais rien jouer, à part des blues en trois accords en Mi et en La. Ça permettait au moins d’accompagner Stop breaking down, cette reprise de Robert Johnson qu’on trouve sur la 4ème face. Je traversais le petit camping avec la guitare nonchalamment posée sur l’épaule pour aller m’asseoir sous les pins, pas loin du bloc sanitaire, gratter mes trois accords minables en boucle. Exilé sur la rue principale, comme si tout cela n’était pas un rêve. Tu parles. And I only get my rocks off while I’m dreaming.

Elle était venue avec un haut de maillot de bain rouge, je regardais ses seins en essayant de ne pas y penser. Elle devait avoir un an de moins que moi
On a écouté l’album, assis face à face sur les petites banquettes de la caravane de mes parents. J’avais allongé mes jambes sur celle d’en face, celle où elle était assise, tout dans l’attitude… j’essayais de lui expliquer chanson après chanson, ce qui me plaisait, ce trait de guitare, la basse, autre chose. Des mots dérisoires qui ne faisaient qu’éviter les émotions. Elle est partie après Torned and frayed, au début de Sweet black angel, la chanson pour Angela Davis qui, il faut bien l’admettre, n’est pas la plus évidente de l’album.

Si au moins elle avait attendu Loving cup qui clôturait la 2ème face… j’aurais pu lui expliquer. Lui parler de Give me a little drink from your loving cup, elle aurait peut être rougit légèrement et écouté la chanson autrement… if you want to push and pull with me all night… . Ça parait toujours plus simple en prenant les mots des autres, on peut toujours se cacher derrière. Elle est partie avant Loving cup. Je suis resté là un instant. Exilé dans la rue principale. Ça me faisait moins marrer que les Stones sur les cartes postales à l’intérieur de la pochette. On peut rêver, les paroles je ne les comprenais pas, et quand bien même, est-ce que j’aurais osé lui dire ça?

L’histoire de Keith Richards torse nu avec sa guitare n’était pas arrivée comme ça mais à cause des photos de Dominique Tarlé, ce photographe français qui avait eu la chance de pouvoir passer quelques jours à Nellcote. Ses photos je les ai vues pour la première fois dans un dossier spécial Rolling Stones dans Rock & Folk, à l’automne 76. Elles montraient Keith en pantalon, torse nu, toujours avec sa guitare, jouant sur le perron ou dans le salon de la villa. Ça m’avait terriblement impressionné. Je gardais mon jean, on ne m’aurait pas faire mettre un short. Tout dans l’attitude. Est-ce que sur les photos de Nellcote on le voit en short Keith?

Phto D.Tarlé

On y voyait aussi Gram Parsons en visite et les jambes interminables d’Anita qui suscitaient des picotements dans le bas ventre. On peut difficilement imaginer comme ça faisait rêver ces photos, à moins d’avoir eu le même âge ou à peu près, ces années là.

L’année suivante j’avais retenté le même coup avec Exile, autre lieu, autre fille. Quand elle a lu Sweet black angel elle m’a dit qu’ils l’avaient jouée au bal de je ne sais plus quel trou le samedi d’avant. Ça m’avait surpris. Elle avait confondu Angie avec Sweet black angel. Faute éliminatoire. La jeunesse est sans pitié.

Exile est un disque de guitares. Pas de guitaristes. De guitares. Comme sur Turd on the run, ou Shake your hips et la quasi perfection de leur imbrication sur cette reprise de Slim Harpo ( say hey what do you know? there’s Slim Harpo). La sensation fusionnelle des cordes, des notes.

D’une manière générale, le travail de Mick Taylor sur cet album est superbe, on est à des années lumières de ce que le pénible Ron Wood fera à sa suite. Non parce qu’il fait étalage de son talent comme ça sera le cas sur scène en 72 et 73, où il ne fait quasiment que des solos pendant que Keith assure la rythmique. Ici, la complémentarité entre les deux est remarquable. A tel point qu’il est parfois difficile de distinguer les différentes guitares, toutes se fondant dans une pâte sonore et électrique.

On le traitait comme un larbin à Nellcote Mick Taylor. Un larbin de luxe, il était quand même dans le groupe, mais il se voyait convoqué à la villa où il ne logeait pas dès que Richards décidait qu’il fallait descendre au studio. Keith trouvait qu’il jouait trop fort, ou pas comme il voulait. Keith se rendait surtout compte qu’il n’arrivait pas à jouer comme lui.
D’ailleurs les solos incessants de Taylor c’est venu à la suite de cet album, comme si ainsi il se vengeait des conditions chaotiques d’enregistrement, comme s’il expulsait ainsi toute sa frustration.

Le rock de toute manière, à la base, est une musique de frustration. Ça explique la réussite de cet album. Il n’est que frustration. Comme la période adolescente que je traversais alors.

Photo D.Tarlé

C’est aussi le paradoxe de ce disque. De quoi les Stones pouvaient-ils être frustrés. Eux qui avaient tout. La gloire, l’argent, les filles, le sexe, la drogue, tout le reste. Pourtant Exile est un disque de frustration. Frustration de l’Angleterre avec l’exil fiscal forcé dans le sud de la France. La frustration musicale pour Mick Taylor, écrasé par Keith. La frustration de Wyman et Watts devant faire des aller-retour incessant entre leur villa et Nellcote pour attendre que Keith veuille bien descendre à la cave et daigner prendre sa guitare, se rendre compte parfois aussi, que leurs parties avaient déjà été enregistrées sans eux. La frustration des heures d’attente pendant que Keith montait se shooter dans sa chambre et s’évanouissait sur son lit. La frustration de Jagger, finissant par s’installer à Paris parce que Bianca, sa nouvelle femme ne supportait pas toute la troupe, surtout Anita, refusant de mettre les pieds à Nellcote, et faisait des aller-retour en avion pour venir poser sa voix sur les quelques bandes difficilement enregistrées pendant son absence, tout cela pendant que Bianca attendait d’accoucher (I gave you the diamonds you give me disease écrit Jagger partout sur la pochette). La frustration des conditions d’enregistrement difficiles. La drogue, la cave humide qui désaccordait les guitares… on pourrait en faire une liste à rallonge.

Tout ça explique l’ambiance si particulière de cet album, et ce son sale, vaguement boueux, que les séances interminables à Los Angeles d’overdubs et de mixage n’ont jamais réussit à enlever. Tout ce qui fait finalement toute la qualité de ce disque.

Cet album pue aussi le stupre à plein nez. L’odeur de la baise, des couples illégitimes, l’odeur de l’interdit, celle poisseuse et acre de la sueur de la défonce au soleil. Ça sent aussi l’embrouille. C’est d’ailleurs comme ça que c’est terminé l’escapade sur la côte d’azur. Keith a commencé par se faire voler ses guitares par ses dealers (dont la Flying V qu’il avait à Hyde park en 69). Ça a continué par une descente de flics, perquisition à la villa, drogues. Des types qui fournissaient Nellcote avaient fini par les donner aux flics. Ça a viré en jus de boudin. Avec Keith et Anita se voyant accuser de trafic , obligés de partir comme des voleurs par le premier avion, abandonnant toutes leurs affaires dans la villa. Même la collection de disques de blues de Keith.

La musique de ce disque est moite, elle pousse au sexe. Surtout la 2ème face, celle acoustique, avec Sweet Virginia, Torned and frayed, Loving cup, elle est faite pour ça. La face que tu écoutes la nuit l’été, avec la peau qui frissonne. Du moins je pensais ça, du haut de mes seize ans, la main agitée sur mon sexe dressé. J’approchais le lit de la fenêtre pour mieux voir le ciel et ne pas tendre le fil du casque. En regardant les étoiles, et en écoutant Exile on main street tard le soir; je trouvais que ça donnait une sophistication agréable au geste. Avec Mick Jagger parlant de smelly bordellos. Ca allait bien avec l’idée que je me faisais de cette musique. Les smelly bordellos. Je jouissais avec toute la violence de mes seize ans… well, I lost a lot of love over you….

Le seul qui n’était pas frustré, et encore, c’était Keith. Si c’était le cas, il s’enfilait dans les veines ce qu’il fallait pour ne plus y penser.
Exile c’est le dernier VRAI album de Keith Richards. Sur Exile il a encore le pouvoir, surtout que Jagger passait plus de temps avec Bianca qu’avec le groupe. Après Exile, Keith trop défoncé, laissera le pouvoir à Jagger. Dès Goat’s head soup il posera sa main sur le groupe de manière définitive et plus rien ne sera pareil.

Exile, c’est aussi l’album des sidemen qui se trouvent crédités avec le groupe sur la pochette comme s’ils en faisaient partie, et non en musiciens additionnels. La section de cuivres de Keys et Price et surtout l’irremplaçable Nicky Hopkins pour lequel Ray Davies des Kinks aura composé Session man. Ce n’était que justice, sans le piano de Nicky Hopkins, Exile serait tout autre. Imaginons seulement Loving cup sans cette intro remarquable (bien entendu non créditée), le travail sur Let it loose, et tous les autres morceaux où il est présent.

Les glimmer twins laisseront même Mick Taylor co-signer le remarquable Ventilator blues et son ambiance poisseuse. Ce qui en langage Stonien signifie qu’il l’a ENTIEREMENT composée. Taylor a écrit la chanson parce que dans la cave de la villa, dans le coin où il était pour enregistrer, à coté de son ampli, il n’avait qu’un petit ventilateur qui fonctionnait mal pour le rafraîchir. Ev’rybody’s gonna need a ventilator. Frustration encore.

Ce n’était pas un choc musical cet album, juste la sensation de plonger dans un disque rock de « grands ». Rien de novateur, pas de sentiers inexplorés, pas d’album « séminal » comme on dira plus tard, pas de bouleversement du paysage musical. Un album de blues, de rock, de boogies, de ballades. Comme Jagger le chantera deux ans plus tard, ce n’est que du rock’n roll et j’aime ça.

Dès le riff d’intro de Rocks off rappelant un peu celui de Brown Sugar sur un tempo différent, quand Jagger balançait son oooh yeah on était dans la cave de Nellcote, même si le traitement des voix doit sûrement plus aux sessions de Los Angeles qu’aux charmes de la côte d’azur.

Un album de détails et il y en a plein. Sweet Virginia, le speed caché dans la chaussure et le désert sous l’ongle du gros orteil. Casino Boogie et une basse jouée par Keith dans un style typique de guitariste. Casino Boogie, ses paroles en cut up et la slide de Mick taylor, le sax de Bobby Keys, le génie dans les cymbales de Watts pour la coda, le désoeuvrement de Jagger sur la riviera, Dietrich movies, close up boogies, Kissing cunt in Cannes.

Phto D.Tarlé

Let it loose les nuits d’été c’était comme de sentir une langue agile sur ses parties les plus sensibles, les plus intimes, avec les arpèges de la guitare passés dans une cabine Leslie. Cet instant de grâce fugace, quand Charlie Watts frappe ses toms, en appel, juste après le pont, avant l’attaque des cuivres, plus loin aussi, quand Jagger chante mayyyyyyybe your friends think I’m just a stranger, ces quelques roulements, peut être les plus judicieux de toute sa carrière. Un des rares morceaux où chacun des Stones est à sa place avec son instrument de prédilection.

La 4 ème face n’a jamais vraiment été mon amie. Si on peut mesurer l’usure des faces d’un vinyle, on se rendrait compte que celle-ci l’est bien moins que les trois autres. Les trois précédentes ont toujours suffit à mon plaisir. Malgré All down the line et son hear the diesel drumming mais il s’essouffle trop vite. Le diesel de la locomotive on l’entendra l’année suivante, en 73, dans ce train spécial affrété par RTL pour un concert donné spécialement pour la France à Bruxelles. Bruxelles parce que Keith après ses frasques sur la côte d’azur ne pouvait mettre le pied en France sans être arrêté.

Shine a light, donne à penser que Keith avait déjà posé ses oreilles sur quelques disques de reggae. Malgré ça, la chanson restera pour moi la préfiguration des ballades un peu merdiques (les puristes Stoniens vont hurler) qu’on trouvera sur Goat’s head soup et It’s only rock’n roll (l’ultra pénible Can you hear the music sur Goat’s head soup, au milieu des autres ballades sirupeuses de Jagger), sans parler de Fool to cry et de la suite. Seul morceau vraiment dispensable de l’album.

La 4 ème face n’a jamais vraiment été mon amie. Sauf pour Soul survivor. La chanson qui donnait envie de remettre la 1ère face et de repartir pour un tour.

What a drag it is getting old… 2010. Les Stones font de la pub à la télé pour la réédition d’Exile, une pub minable, comme si on avait pas encore compris que les temps avaient changé depuis longtemps…

La nouvelle réédition est sans intérêt. La précédente réédition des années 90 avec le fac similé des pochettes est très proche et le son moins compressé, plus agréable. La version de luxe à 100 € est du vol qualifié. Tout ça pour ne même pas avoir mis toutes les cartes postales de l’album original.

Les bonus sont une arnaque. Des instrumentaux sur lesquels Jagger a posé sa voix en 2009. Quel intérêt? En dehors de deux titres, entièrement d’époque (mêmes versions que celles des bootlegs circulant depuis des lustres), dont un Soul Survivor chanté à moitié en yaourt par Keith qui vaut son pesant de smack.

Je reste persuadé que c’est un disque générationnel. Celle qui a suivi la mienne l’a très probablement ignoré. Même si Pussy Galore l’a repris intégralement en 86. Les suivantes encore plus. Il fallait probablement être là, dans les seventies, avant 77, pour rêver avec ce disque.

Ne l’achetez pas, ou alors un vinyle d’époque, en vérifiant qu’il y a bien toutes les cartes postales même si je n’ai jamais vraiment compris l’histoire qu’elles racontent. Ne l’achetez pas, vous n’y trouverez pas tous les rêves que j’y ai mis. Ils ne sont cachés que dans les sillons de mon exemplaire usé. Ne l’achetez pas, vous n’y trouverez pas la fille avec son haut de maillot de bain rouge.
Ne l’achetez pas, c’est mon disque, pas le votre. Allright?

P.S : France 5 diffuse le jeudi 10 juin à 20h35, le documentaire Rolling Stones : la french connection sur l’enregistrement de cet album à Nellcote. Même si la bande annonce fait moyennement envie, on pourra toujours y grappiller quelques images.

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Catégorie : 7 Tease, Music of my mind

41 Responses to “ 695 Retour d’Exile (Rolling Stones) ”

  1. pommedepin on 8 juin 2010 at 22 h 27 min

    Wahou.

    • KMS on 8 juin 2010 at 23 h 09 min

      Fais pas ton Jagger hein.

  2. Starsky on 8 juin 2010 at 22 h 49 min

    C’est bien le lit près de la fenêtre ouverte. C’est tout ce qu’on a perdu vingt ans après (ouais désolé) cette compétence à s’enivrer de la nuit, des arbres dans le noir, des étoiles. Je ne sais pas. Ça revient des fois ?

    • KMS on 8 juin 2010 at 23 h 10 min

      Oui on a perdu tout ça, passer des nuits à écouter des disques au casque en regardant les étoiles. Si je fais ça maintenant je m’endors avec le casque sur les oreilles avant que le disque soit fini.
      On en garde des petits trucs, des petits moments, mais je ne suis pas certain que cela revienne de la même manière non. C’est juste différent.

  3. Erwan on 9 juin 2010 at 1 h 13 min

    Wahou bis.
    Par contre trop tard je l’ai déjà acheté (pas la réédition). Mais c’est sûr qu’il ne doit pas me faire le même effet qu’à toi. Et de toute façon je préfère largement Let It Bleed.

    • KMS on 9 juin 2010 at 10 h 58 min

      Il faut dire que sur Let it bleed il y a Gimme Shelter, mais je suis plus attaché à Exile ou à Sticky Fingers en fait.

  4. Mathieu on 9 juin 2010 at 7 h 40 min

    Une épopée ! Superbe ! J’ai tout lu d’une traite !

  5. disso on 9 juin 2010 at 10 h 41 min

    Ha ouais.
    Au delà de la musique, j’ai toujours pensé qu’il y avait un truc supplémentaire chez certains qui fait qu’on rentre dans la légende (ou pas) et Jagger et Richards l’ont, ce truc. Même quand un album n’est pas au top du top (et on est d’accord qu’Exile n’est pas leur meilleur), il y a quelque chose de crade et magique à la fois qui emporte l’adhésion. C’est pour ça qu’aujourd’hui encore, ils peuvent être vieux, ridés, obsédés par le fric, complètement à bout de souffle dans leur créativité, quand j’entends les Stones chanter, je succombe. Parce que le plaisir est aussi parfois purement cérébral, parce que les écouter ça renvoie à ces photos là et d’une certaine façon à ce que le rock peut parfois avoir de mythique.

    • KMS on 9 juin 2010 at 11 h 02 min

      Ah par contre je ne succombe pas du tout quand je les entends sur leurs enregistrements récents. Mais alors pas du tout du tout. Ils sont complètement grillés depuis bien longtemps. C’est pour ça aussi que le coup des bonus que Jagger a complété en 2009 c’est totalement inutile.
      Pour le reste je suis d’accord, pour cela qu’Exile est mon préféré (mais pas le meilleur).

      • disso on 9 juin 2010 at 11 h 38 min

        J’ai oublié de dire que ce post est excellent (mais est-il besoin que je le dise?)

  6. Richard on 9 juin 2010 at 10 h 45 min

    Putain de bonne chronique ! J’en frissonne encore.
    Rien vécu de tel avec cet album, découvert bien trop tard pour m’en faire un matelas de fantasmes. Mais je continue à en puiser les richesses à chaque cycle d’écoutes (oui, Exile s’approche en boucles… et ne se rend jamais vraiment). Je ne désespère pas qu’il finisse par réinventer mon adolescence.

  7. Vincent on 9 juin 2010 at 11 h 45 min

    Très bien, je ne l’achèterai pas. C’est effectivement un disque générationnel.

  8. Leroy Brown on 9 juin 2010 at 12 h 02 min

    Super papier…J’ai le docu récemment sorti en DVD (Stones in Exile) mais pas encore eu le temps de regarder.

    Pour ceux que ca intéressent, un petit docu récemment sorti des archives du service public belge : http://blog.sonuma.be/the-rolling-stones/ C’est une cuvée de 1964 donc bien avant Exile mais ça permet de se replonger dans l’esprit de l’époque.

    • KMS on 9 juin 2010 at 13 h 29 min

      Ils étaient encore à peu près sages en 64. Ça s’est fortement dégradé ensuite :-)

  9. Jeff on 9 juin 2010 at 14 h 24 min

    Un camping sous les pins à 50 bornes de Villefranche en 77 ?
    T’aurais pu m’appeler au moins, je serais venu en voisin taper le boeuf avec toi…

    Bon, à part ça, j’ai vu le film de ce soir à Cannes, pendant la quinzaine des réalisateurs et … comment dire… c’est vraiment pour les fans hardcore… tu m’as compris quoi !

    • KMS on 9 juin 2010 at 19 h 21 min

      En fait il devait y avoir un peu plus en km mais j’étais dans le massif des Maures.
      Sinon je crois que ce documentaire est foireux oui mais je vérifierai demain soir quand même.

  10. Benoît Perrier on 9 juin 2010 at 18 h 02 min

    Fuck yeah.
    Merci pour une superbe chronique d’histoires privées (la tienne, celles des Stones) qui ne nous a pas privé d’histoires. Et qui touche très juste.
    « Le rock de toute manière, à la base, est une musique de frustration. » Voilà un point esthétique judicieux qui gagnerait à être plus souvent rappelé.
    Nellcôte.

    • KMS on 9 juin 2010 at 19 h 23 min

      Ça s’est perdu cette histoire de frustration je crois, ça ne ressort pas ou très rarement dans les productions actuelles alors qu’à la base c’est ça (les rock des 50’s, le 1969 des Stooges, plein d’autres exemples…). C’est peut être aussi pour cela que la musique rock ne fait plus partie de la contre culture…

      • Benoît Perrier on 10 juin 2010 at 17 h 57 min

        Si ça s’est raréfié, je ne crois pas que ça se soit perdu. Par contre, le gros de la frustration s’est peut-être déplacé du côté de l’auditeur.

        Mes exemples sont datés et de deuxième main, mais si on prend le deuxième album des Liars ou Mars Volta, ou des choses volontairement raréfiées (Earth?, Bohren?), on suscite quand même une frustration chez l’auditeur (en termes d’appréhension, d’impénétrabilité [rocks off, quand même, hein] ou de climax retardé ou refusé [idem]), une frustration dont d’aucuns redemandent. Après, du point de vue des émetteurs, difficile de dire s’ils sont frustrés dans leurs moyens d’expression ou de production… effectivement, je dirais que non. Peut-être par contre sont-ils frustrés par le contenu de leurs efforts, ou sa nécessité.

        Cela dit, je soulignais le point car il me semble un bon critère pour distinguer entre rock et pop. Usuellement, la seconde va vers l’auditeur, le caresse dans le sens du poil et fait une très large partie du travail pour lui, quand le premier est plus confrontant, ne se gêne pas pour mettre mal à l’aise et jouit souvent de l’ambiguïté. Donc le concept de frustration est un bon raccourci.

  11. The Civil Servant on 10 juin 2010 at 10 h 20 min

    Ah , ah il fallait une fille !
    Celle-ci n’est pas en imper jaune mais en maillot de bains rouge (mais je l’imagine bien aussi).

    Connu trop tard pour avoir ce genre de souvenirs (le skeud, pas la meuf à gros seins)
    Beau papier.
    Et je plussoie (on dit ça maintenant non ?) ce que dit Benoit Perrier à partir de ce que tu écris : le rock est évidemment une affaire de petits mecs frustrés (Teenage Kicks)

    • KMS on 10 juin 2010 at 13 h 45 min

      Ah mais bien sûr qu’il faut une fille, il y a des filles dans le rock.
      D’ailleurs dans cette histoire je n’en ai pas parlé parce que ça aurait fait trop long, mais il aurait fallu raconter les histoires avec Anita ou Bianca, pour montrer leurs influences sur ce disque.
      (et puis je n’ai pas dit qu’elle avait des gros seins, tu vois tout de suite tu fantasmes).

  12. Francky 01 on 11 juin 2010 at 11 h 28 min

    quel putain de bon papier tu as écrit là ! Cette plume énergique, épileptique et ce mélange très « gonzo » entre le sujet traité (L’album des Stones) et ton histoire, ta vie.
    Franchement, sans complaisance, tu arrives au niveau de Lester Bang ! Différement et en dessous quand même mais quelle plume.
    Analyse très pertinente du disque et de son contexte…et ton style font que le texte nous embarque et que l’on veut plus le lâcher.

    Je suis d’accord avec toi, la réédition 2010 pue arnaque. Énorme buzz médiatique, pub, projo à Cannes en même temps avec Sieur Mick Jagger….C’est là que l’on mesure le chemin parcourut. Les R.Stones sont devenus une Entreprise ! « Where is my mind ? » disait Pixies. Mais là, on dirait plutôt à propos des Stones : Where is the rock’n'roll ?

    A + + +

    • KMS on 11 juin 2010 at 22 h 31 min

      Là je ne sais que dire à part merci et aussi que bien entendu je suis bien loin du niveau de Lester. Déjà je ne me suis pas effondré sur ma machine en tapant l’article.

      Après cette réédition n’est que du commerce, le rock est loin, bien loin depuis longtemps pour les Stones.

  13. fox on 13 juin 2010 at 17 h 42 min

    Pas mal le film sur la 5, finalement…

    • KMS on 14 juin 2010 at 9 h 37 min

      Moins pire que ce je craignais. Les courts passages en live étaient bien. Le reste il faut faire le tri dans les images qui parfois n’ont rien à voir avec l’histoire. Et ça aurait été bien de dire quand les images provenaient de Cocksucker blues. Ça reste un truc pour fan only.

  14. meerkat on 13 juin 2010 at 18 h 57 min

    Wahou ! Superbe ! Quel billet, qui entremêle la légende et la vie ! Je suis complétement replongée dans mes années d’adolescence, les Stones, LE groupe de mon adolescence. Quand ils ont déboulé pour la première fois pour moi avec Time is on my side, plus rien n’a été pareil. L’envie de danser, d’aimer, de se libérer. Nellcote me faisait bien rêver. Allez hop, je me repasse Exile sur la platine.

  15. Thomas on 14 juin 2010 at 11 h 08 min

    Quel excellent article… j’en avais un dans les tuyaux mais là, j’efface le doc de ce pas.

    Concernant la remarque finale, c’est en effet fort probablement un disque générationnel. Je ne me suis jamais posé la question en ces termes (trop de générations d’écart, sans doute ;)), mais c’est vrai que s’il y a un classique des Stones dont j’ai toujours eu plus ou moins l’impression qu’il me manquait un truc pour le comprendre… c’est celui-ci…

    • KMS on 14 juin 2010 at 13 h 00 min

      En fait c’est en écrivant le texte que ça m’est venu cette histoire de génération mais j’en suis vraiment persuadé. Les générations suivant la mienne (et ça commence à en faire quelques unes) ont au mieux un intérêt poli pour ce disque mais pas de passion (sauf exception forcément…).

      Mais raison de plus pour ne pas bazarder ton papier bien au contraire, histoire d’avoir une vision différente de la chose :-)

      • Haz on 14 juin 2010 at 13 h 15 min

        je te confirme que je n’ai jamais rien eu à faire de ce disque…

      • KMS on 14 juin 2010 at 13 h 19 min

        Même la version Pussy Galore? Sinon ça ne me surprend pas vraiment.

        http://kmskma.free.fr/?p=2938

  16. Thomas on 14 juin 2010 at 15 h 25 min

    Forcément, tu me tentes. D’autant que je tourne autour depuis une bonne semaine. Remarque, si ça se trouve ta remarque « génrationnelle » va me débloquer (ce que le cerveau humain fait, des fois…)

  17. Olivier on 20 juin 2010 at 19 h 11 min

    Vive Mick Taylor, un de ms guitaristes préférés! Et vive Exile On Main Street, un album que les groupes d’aujourd’hui auraient du mal à refaire tant il est poisseux et juteux, rongé jusqu’à la moëlle!

  18. Olivier on 21 juin 2010 at 11 h 32 min

    Borhinger avait une émission à lui, sur la radio. J’aimais bien. Et pourtant, il avait bien moins de talent que toi.
    Merci, et bravo.

    • KMS on 21 juin 2010 at 20 h 41 min

      Merci. C’est beau un blog la nuit?

  19. Christophe on 26 juin 2010 at 9 h 21 min

    Je n’ai pas une si belle histoire personnelle collée à cet album, qui est loin d’être mon préféré, même si c’est l’un de ceux que je me repasse le plus souvent. Sûrement à cause de cette richesse, ce côté foutraque, pas aseptisé, pas « conceptualisé ». On ne sent pas la volonté de sortir un truc cohérent, où ce qui serait trop différent serait abrasé, repassé dans le moule. Et ça, ça m’attire toujours (je lui préfère Goats pour son blues, moins pour ses passages soupe, et d’accord avec Shine a light, peu motivant).

    Alors c’est sûr, toutes ces histoires sur l’enregistrement, dont je connaissais des bribes mais qui ne m’avaient jamais accroché, prennent parfois un relief quand elles sont superbement mises en situation.

    Et là, c’est le cas avec ce papier, très beau, très léger et pourtant si essentiel sur ce dont il parle (le jean torse nu, les pieds sur la banquette à faire comprendre le puits sans fond d’un album hors du commun à une fille…). Je ne sais pas si on peut remercier, mais je le fais : c’était un très beau moment de lecture et d’émotion.

    Mais qui, bien entendu, ne me fera pas vaciller jusqu’à préférer Exile à Their satanic majesties ou à Beggars ou à Let it bleed. Mais bon, ça plaide pour cet album de nous faire revisiter les morceaux ainsi, j’en avais fini par ne plus l’écouter et seulement l’entendre…

    Merci, donc.

    PS : mon vinyle acheté d’occas’ n’a jamais eu de carte postale (bouhouhou) et sa pochette a des petits trous (6) et du scotch (pour la reformer le jour où j’ai décroché ce bijou de mon mur de chambre d’ado). La version cédé, c’est celle avec le fac similé de la pochette cartonnée dans un boîtier cristal trop grand pour rentrer dans mes étagères alors millimétrées pour faire entrer les cédés classiques et pas plus, un maximum sur 2m x 1.
    Mais depuis presque 10 ans, je n’écoute plus que la version apple lossless sur mes bécane ou lecteurs. Bye bye poésie…

    • KMS on 26 juin 2010 at 16 h 27 min

      Ah pas les cartes postales c’est très très dommage. J’ai la même version cd sinon et elle est bien suffisante même si effectivement elle est pénible à ranger car plus haute que les boîtiers normaux. Mais comme j’en ai plusieurs de cette réédition je les ai mis ensemble dans un coin en bout d’étagère.

  20. Ska on 28 juin 2010 at 16 h 51 min

    Le récent texte de Thomas sur ce disque m’aura permis d’arriver là…
    Et comme ça fait du bien de lire un si bon texte ! J’aime vraiment beaucoup comment les souvenirs personnels se mêlent à une évocation très précise du disque.
    Il faut vraiment que je m’attarde plus souvent par ici…

  21. leblogdedarcy on 27 septembre 2010 at 14 h 03 min

    Bon vu que tu réponds pas sur Twitter .. .Heu je l’ai acheté, oui, pas le DVD que j’ai vu sur la 5 cet été, mais le double. Et je suis entièrement d’accord :  »La nouvelle réédition est sans intérêt ». Ce n’est pas tant les titres c

  22. leblogdedarcy on 27 septembre 2010 at 14 h 11 min

    Désolé, foutu clavier. Oui je disais alors,  »on ne sent pas le cul des filles non plus ».. .
    Non sans dec, déçu de la piètre qualité sonore de ce double cd.
    Je sais pas ce qu’ils ont fait mais je n’y retrouve pas du tout ce que tu dis dans ton billet. (merci à twitter d’ailleurs)..
    Voilà, sinon je cherchais à voir Cocksucker blues et les liens sur youtube étaient morts… Merci
    Sinon pour ma petite histoire, j’étais mome, j’avais 11 ans et j’allais en vacances cet été à côté de Nice, sur cette place juste à côté de cette villa Nellcote, à Villefranche sur mer… Je n’ai pas mémoire d’avoir vu les stones cet été dommage cela aurait peut-être changé ma vie…

    • KMS on 27 septembre 2010 at 14 h 47 min

      On trouve toujours les vidéos sur youtube, elles ont été repostées :
      http://www.youtube.com/watch?v=vtTfwGTqYzw
      (enfin ça c’est la 1ère mais la suite est sur le coté)

  23. anns on 12 août 2011 at 0 h 34 min

    LOVE LOVE LOVE