609 Mes albums de la décennie #15 (Elliott Smith)

12 décembre 2009 Par KMS
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Elliott Smith : Happiness / The gondola man (Album : Figure 8 2000)

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Ce siècle n’avait pas un an, la voiture roulait sur la route entre Embruns et Grenoble, celle qui passe par Gap, dans la montagne, pas très haute encore dans ce coin là. Les nuages sont devenus noirs et la pluie est apparue, violente et grise. Il y avait un peu de circulation, la conduite devenait pénible, pas seulement à cause de la fatigue. On était en milieu d’après-midi mais il faisait sombre comme peut l’être la montagne sous un orage d’été.

Le disque s’est terminé. Il était difficile avec la route, la pluie, de fouiller dans la pochette pour en trouver un autre. Un geste machinal sans regarder a pioché une compilation des Inrocks dans les quelques disques se trouvant dans le bac de la portière. Elle devait dater du printemps, de cette époque où les inrocks faisait une compil’ par saison. Elle était restée là, oubliée. La pluie de ce jour là, la route et la tristesse du retour ont lavé les chansons de ce disque. Sauf deux. In the sun de Joseph Arthur. Et, au début du disque de mémoire, Happiness d’Elliott Smith.

On n’était pas encore arrivé à la terrible côte de Laffrey, célèbre pour ses accidents, en descente vers le la. La pluie s’était arrêtée, je remettais systématiquement en boucle, la chanson d’Elliott Smith et celle de Joseph Arthur. Elliott. Les garçons m’en avaient parlé pas si longtemps avant, mais peut être pas de la bonne manière, ou j’avais été sourd à leurs arguments. Avant ça, le néant. C’était ces années au milieu des 90’s, d’hibernation et de surdité.

Alors quand on est à Paris on achète ce disque, ces disques puisque le Joseph Arthur est venu le même jour. En 2000 on était encore à une époque où pour écouter un disque il fallait en passer par les bornes d’écoutes de la Fnac. Il ne faudrait pas encore bien longtemps avant que ça ne change. Aujourd’hui, on se ruerai immédiatement sur le reste de la discographie. D’une manière ou d’une autre. Là, Figure 8 suffisait pour le moment.

Quelques semaines plus tard en regardant Good Will Hunting à la télé, la surprise de reconnaître la voix d’Elliott Smith dans le film. Between the bars where I’m seeing you…. Angeles, magnifique, plus loin, et à la toute fin du film, quand on voit Matt Damon s’éloigner dans sa voiture, do you miss me miss Misery comme tu avais dit. Le lendemain j’ai acheté Either/Or et XO. Sans attendre. Sans aucun doute, les deux disques les plus écoutés de toute la décennie. Il y aura ensuite, des destins croisés avec (à cause)(grâce) ces disques, des valses n°2, des cupid’s trick, des fils de Sam, des incompréhensions, parcelles d’existence mêlées, brouillées…

Le 22 octobre 2003, cette année sombre, noire, on apprenait qu’Elliott Smith était mort la veille. J’avais allumé une chandelle romaine. On apprendra ensuite les détails sordides, les coups de couteau dans la poitrine. Le mal de vivre d’Elliott devenait de plus en plus prégnant dans les enregistrements pirates de concerts qu’on récupérait en attendant le nouvel album. Ces chansons qu’il stoppait par lassitude. On sentait bien que ça n’allait pas. Son dernier disque, un single avec deux superbes chansons, était sorti sur le label Suicide Squeeze records…

Les chansons d’Elliott Smith font souvent à l’intérieur, quelque chose qui ressemble à une feuille de papier que l’on déchire. A chaque écoute. C’est forcément le cas d’Happiness. Depuis il manque. Il n’est pas le seul. Dans un rêve étrange l’année dernière, un type disait il y a des morts mais c’est la vie. On en est toujours là…

what I used to be will pass away and then you’ll see, that all I want now is happiness for you and me

(The gondola man, le petit interlude instrumental que l’on trouve à la fin d’Happiness m’a toujours fait penser à un morceau de King Crimson où l’on entend une mandoline jouer un motif identique. Je me suis toujours demandé si c’était voulu ou non.)

(En complément, un excellent article sur Elliott Smith.)

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Catégorie : Music of my mind, Obsessions

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