604 Mes albums de la décennie #10 (Hood)

7 décembre 2009 Par KMS
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Hood : They Removed All Traces That Anything Had Ever Happened Here (Album : Cold House 2001)

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C’est un disque d’hiver. Un disque d’Angleterre pluvieuse aux rues courbes et aux maisons basses. Un disque de maison froide de solitude.

You can feel the winter approach. Lundi matin. Le pare-brise de la voiture était gelé il a fallu gratter. Le froid s’insinue à l’intérieur. Au détour d’un virage parfois, dans la banlieue encore un peu déserte à cette heure là, on découvre des visages blafards dans la lumière des phares, stoïques dans l’attente d’un bus ou d’un car. Corps emmitouflés, aux mouvements rigides.

C’est souvent une histoire de mouvement. La photo de la pochette fait penser à un paysage d’hiver, forcément d’hiver, défilant derrière une fenêtre de voiture ou de train, sûrement de train, une vitre où l’on collera ses désespoirs passés, ses pertes ses oublis ses angoisses. Il suffit comme souvent de fermer les yeux pour voir défiler ces paysages, dans ces moments où l’on ne voit plus que le mouvement parce que les pensées sont loin. On laisse toujours quelque chose sur les bas cotés des voies de chemin de fer. Ce disque a ramassé ce que l’on a laissé tomber.

On se laisse emporter par la beauté cristalline d’Enemy of time et de Branches Bare, deux des plus belles réussites de l’album, avec The winter hit hard, ses couches sonores protéiformes et cette chanson au titre à rallonge qui ouvre l’album avec l’archet sur les cordes du violoncelle en frisson glacé.

A perte de vue des lacs gelés chantait Bashung, ici ce sont plutôt des champs blanchis par le givre, des arbres décharnés, silhouettes sombres abandonnées. La musique se veut minimale et foisonnante en même temps, par ses trouvailles sonores, ses empilements de sons. Des rythmes électroniques parfois crachouillés par des machines cacochymes, des bleep synthétiques opposés aux vibrations des instruments acoustiques, une touche de clarinette basse, violoncelle, guitare, batterie, bricolage, sons étranges et métalliques. Les sons secs de la campagne froide et la mélancolie des instants en jachère.

Une partie de la réussite de ce disque admirable vient de la collaboration avec les rappeurs (Doseone et Why?) de cLOUDDEAD, dont le premier et indispensable album (Spotify) sorti en 2001 mériterait d’être au coté de Hood dans cette sélection. Ça tient aussi à l’électronique très « Fenneszienne » qui craquèle comme du givre sur une vitre. On en revient toujours au froid.

Le disque est sorti à l’hiver 2001 on ne s’en étonnera pas. Un des chefs d’oeuvre de la décennie. Il n’y en a pas eu beaucoup.

(Tout l’album est en écoute sur Spotify, on ne se fera pas prier)

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Catégorie : Music of my mind

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