600 Mes albums de la décennie #6 (Radiohead)

2 décembre 2009 Par KMS
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Radiohead : The National anthem (Album : Kid A 2000)

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C’était un temps où les albums ne fuyaient pas encore. Ça n’allait pas durer bien longtemps. Rien que l’année suivante avec Amnesiac c’était foutu. C’est peut être bien le premier album que j’ai récupéré comme ça, en sortie de fuite. La décennie des plombiers.

Le Fender Rhodes cale son groove dans la réverbération, la petite voix éraillée à gauche qui dit kid A kid A pendant qu’à droite un citron se promène, tout est à la bonne place, ça commence comme ça. Elle disait souvent, hier je me suis réveillée en suçant un citron. Ça se voulait acide sûrement. Va savoir. Hier je me suis réveillée en suçant un citron. Tout est à la bonne place oui.

Ils avaient rangé leurs guitares et cassé leurs vieux jouets, on ne s’y attendait pas, c’était probablement la meilleure manière pour débuter le nouveau millénaire. Prendre tout le monde à rebrousse poil. Dans ce bricolage électronique.

On trouve dans ce disque des influences qui n’apparaissaient pas avant. Il y a du Cluster. Il y a de l’Autechre aussi, beaucoup. On y trouve des cris de baleines en rut sur How to disappear…
I’m not there, this isn’t happening
ces fameuses ondes martenots envoutantes sur cette chanson en accords suspendus qui lui donnent cette sensation flottante. Tout est à la bonne place.

On avait vu, Johnny Greenwood sur le plateau de Canal +, bataillant avec ce drôle de clavier il avait l’air plus heureux qu’avec sa guitare. Quand il bricolait ses machines aussi, tous ces boutons qu’il tournait sur Idiotheque.

L’harmonium plaintif comme la voix de Yorke sur Motion Picture Soundtrack aussi. La basse krautienne ou Canienne sur The National Anthem avec ces cuivres échappés de l’Art Ensemble of Chicago ou du workshop de Charlie Mingus en ludions affolés. Ils reprendraient d’ailleurs Can sur scène, à Paris, sous le chapiteau à St Denis, où on se demandait ce que l’on faisait là, dans ce terrain vague et cette grande tente surgit de nulle part. Tout est à la bonne place.

Alors quoi dire. Il y a eu un moment en 2001, juste avant qu’Amnesiac ne sorte, où Motion Picture Soundtrack avait ouvert un gouffre sous mes pieds alors que je restais suspendu dans les airs. Incroyable sensation de puissance illusoire et éphémère. In a little while I’ll be gone. Même pas le temps de le dire.

Il y en a même qui ont trouvé que l’on pouvait mixer le disque avec lui même, 17 secondes plus tard. 16 secondes 8 pour être extrêmement précis. Seventeen seconds. C’était juste 20 ans plus tôt. A measure of life chantait Robert Smith. 17 secondes. Le résultat est étonnant. Tout est à la bonne place.

Il y avait eu cette histoire aussi, des premiers exemplaires défectueux, retirés de la vente. On suivait ça dans des forums Caramail, ça ressemble à la préhistoire, ça ne fait que 10 ans pourtant. La terre n’a pourtant pas tourné plus vite pour cette décennie. Est-ce nous qui ne savons plus nous arrêter? Ou bien?

Dix ans plus tard les disques fuient, le monde fuit, les hommes fuient, tout le monde fuit. On peut se demander, si tout est toujours à la bonne place…

(Au passage, on signalera que c’est la 600ème chanson sur cette page.)

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Catégorie : Music of my mind

One Response to “ 600 Mes albums de la décennie #6 (Radiohead) ”

  1. Francky 01 on 14 février 2010 at 2 h 03 min

    EXCELLENT album, pour moi, mon n°1 de la décennie, voir de toutes les décennies !!!
    Un chef d’oeuvre, un disque inusable, indépassable, le disque de tous les superlatifs !!

    A + +