676 La fille aux yeux tristes (Biff Bang Pow!)

22 avril 2010 Par KMS
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Biff Bang Pow! : Baby you just don’t care Album : Songs for the sad eyed girl 1989)

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There is no one in this world that I love…

La fille est un peu floue. La mise au point a été faite volontairement ou non sur les feuilles des arbres et des buissons derrière elle. A la réflexion c’est certainement volontaire, afin qu’elle ne se détache pas trop du feuillage, et donner une impression légèrement fantomatique, ou d’éphémère. Un flou comme un faux mouvement alors que son attitude a priori immobile, les mains sagement posées sur ses genoux, vient infirmer.

La fille a un joli visage délicat. Elle est jeune et la blancheur de son teint, accrue par la surexposition de son visage, contraste sur le noir de son manteau et les zones d’ombre du sous bois où a été prise la photo. Le noir et blanc du cliché accentue volontairement ce contraste.

Biff Bang Pow! Songs Fo the sad eyed girl

La fille est indéniablement jolie. Au verso de la pochette on apprend son nom. Cover star : Belinda McConnell White. Le photographe n’aura pas manqué de jouer sur la blancheur de son visage et de son nom. Toujours au dos de la pochette, un cliché en miniature dans le coin en bas à droite montre Belinda, debout, dévoilant la finesse de sa silhouette dans ce qui semble être le jardin d’une maison qu’on peut imaginer victorienne. C’est l’aspect dense de la végétation du jardin qui faisait penser à un sous bois.

On peut se demander si les chansons de l’album ne lui sont pas destinées. She kills me, If you don’t love me now, you never ever will, Someone to share my love with, Hug me honey…
On comprend le pourquoi de toutes ces chansons, la fille sur la pochette est en partance. Elle tourne la tête comme dans un signe de refus. Elle va bientôt se lever et disparaître, passer la grille de la maison et s’en aller à pieds sur la route étroite qui chemine devant. On ne voit pas ses yeux et c’est dommage, on aurait ainsi pu savoir si elle avait vraiment les yeux tristes comme semble l’indiquer le titre du disque.

Il est difficile de ne pas penser à la campagne humide anglaise et à des silhouettes floues de filles parties sur d’autres routes en écoutant les chansons du disque. Avec cette mélancolie doucereuse qui suinte des arpèges des guitares, toutes en douceur. Ils ont fait des disques plus rock, plus électriques, les Biff Bang Pow!, mais celui-ci se veut dans l’évanescence des choses éphémères, comme de la brume matinale, vite chassée par le vent et le soleil.

Biff Bang Pow!, le nom est étrange, il vient d’une chanson de The Creation qui porte ce titre, un groupe Mod ayant existé entre 66 et 68. Alan McGee était très fan de la chanson et du groupe. Lorsqu’il a créé son label en 83, il lui a d’ailleurs donné le nom du groupe : Creation Records.

Creation tout le monde connait, ou pour le moins, les groupes mythiques signés sur le label, The Pastels, Primal Scream, Felt, My Bloody Valentine (dont la légende dit que le budget faramineux dépensé par Kevin Shields pour l’enregistrement de Loveless aura ruiné le label), The House of Love, Ride, Slowdive, Teenage Fanclub, Boo Radleys et… Oasis (mais après la vente du label à Sony en 92). Si le label est connu (et reconnu), le groupe de McGee est toujours resté plus ou moins dans l’ombre.

McGee écrivait les chansons, la musique d’une manière générale. C’est lui chante, peut être pour la fille de la pochette en espérant qu’elle ne parte pas mais on se doute bien que c’est trop tard, qu’elle a déjà quitté la photo et est déjà loin. C’est peut être même pour cela que la mise au point est faite sur le feuillage, comme si la fille n’était déjà plus là.

On peut se demander ce qu’elle en pense plus de vingt ans plus tard la fille de la pochette. Si elle y pense parfois à ce disque. Elle se dit peut être qu’il serait bien que les albums de Biff Bang Pow! bénéficient de rééditions soignées puisqu’il est quasiment impossible de les trouver. Histoire que les chansons ne sombrent pas dans l’oubli. Peut être aussi parce qu’ainsi elle aurait l’impression d’exister à nouveau un peu peu plus. Comme lorsqu’elle posait pour les pochettes de disques, avant de ne s’en aller discrètement vers un ailleurs inconnu…

(on pourra en apprendre beaucoup plus sur Biff Bang Pow! en lisant Blogonzeureux de Pol Dodu aka JC Brouchard. Pas seulement parce qu’au dos de la pochette du premier album des Biff Bang Pow!, Pass the paint brush honey, on peut y lire que This LP is dedicated to our dear friend JC Brouchard, Rheims (sic)…)

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Catégorie : I live in the 80's, Music of my mind

12 Responses to “ 676 La fille aux yeux tristes (Biff Bang Pow!) ”

  1. catnatt/belam on 22 avril 2010 at 15 h 47 min

    Joli….

    • KMS on 22 avril 2010 at 18 h 01 min

      La chanson? La pochette?

  2. catnatt/belam on 22 avril 2010 at 18 h 15 min

    tout, c’est pr ca que j’avais pas précisé…. J’aime la pochette, cette jeune femme comme déjà absente, le texte suggestif et la chanson.
    Un genre de totale

    • KMS on 22 avril 2010 at 21 h 26 min

      J’ai fait une nouvelle adepte de Biff Bang Pow! alors (enfin j’espère)(je fais dans le prosélytisme).

  3. PdB on 22 avril 2010 at 20 h 05 min

    La mélancolie de l’absence, c’est quelque chose qu’on construit, je crois : en même temps, il est peut-être bien utile de la laisser partir (elle sera une chanson, c’est mieux que rien) : malgré tout (je veux dire la chanson, ça va, la pochette, ça va aussi), je ne suis pas tellement sûr de la réalité de ce type de procédé… Si on interchangeait, juste comme ça pour rigoler, au lieu d’une fille on met un garçon, au lieu d’un garçon qui chante, on met une fille, c’est la même chose ? Je vais vous dire, plus ça va, plus cette différence des sexes (des genres dit-on maintenant) m’insupporte, plus ça va plus la mode des voiles à lak et des barbes idem – à foison, à Belleville, plus a va, plus y’en a : il y a cinq ans, pas de ramadan, aujourd’hui (enfin dans quelques mois) à fond la caisse…
    Y’a pas de rapport, je sais bien…
    Non, pas rapport…
    Hein

    • KMS on 22 avril 2010 at 21 h 24 min

      Ah oui on pourrait interchanger mais est-ce que cela serait vraiment la même chose? Ce n’est pas le fruit du hasard le choix de cette pochette, comme le choix des chansons du disque. Il a choisi la pochette parce qu’il trouvait que ça allait avec les chansons, ou en tout cas que ça correspondait avec sa sensibilité de l’instant. Le hasard n’existe pas vraiment.

      Après si c’est une fille qui chante on change de groupe, mais est-ce que les filles qui chantent mettent des photos de garçons sur les pochettes de leurs albums c’est bien moins sûr finalement.

  4. Benjamin F on 23 avril 2010 at 1 h 49 min

    Comme prévu, je me suis procuré Oblivion, c’est très mélancolique tout en restant rageux. Bien que pas forcément shoegaze, ce n’est vraiment nullement étonnant qu’ils aient été chez Creation. Thanks for the stuff.

    • KMS on 23 avril 2010 at 8 h 56 min

      D’autant moins étonnant que c’est le groupe d’Alan McGee le fondateur de Creation comme je l’explique au-dessus :-)

      • Benjamin F on 23 avril 2010 at 9 h 43 min

        Lol, oui, oui j’avais bien lu, je voulais justement souligner que ça ne dénotait pas, qu’il y avait une cohérence avec la ligne générale de Creations. A aucun moment on se dit qu’il n’y avait pas de logique à ce que son propre groupe soit sur Creations. Enfin c’était le sens de mon « nullement étonnant ». Bon après ce n’est qu’un avis suite à l’écoute d’Oblivion. Peut-être que les autres albums dénotent plus…

  5. Bishop on 23 avril 2010 at 11 h 23 min

    J’aime quand tu parles de pochette. Je ne connaissais pas du tout sinon (encore).

  6. Dahu Clipperton on 2 mai 2010 at 3 h 02 min

    Salut KMS, ça faisait une paye que je n’étais pas passé chez toi… (je te passe les détails du pourquoi du comment de pas de connexion et autres^^)
    Si tout l’album est dans cette veine, lente, évanescente, et… triste, je crois que je vais m’efforcer de mettre la main dessus. Elle est vraiment belle, cette chanson.
    (« Seven seconds », que tu avais mise juste avant, m’emballe moins)

    Sur la pochette, c’est curieux, je trouve que la surexposition donne au visage de la demoiselle quelque chose de dur, douloureux, comme endeuillé. Mais peut-être que ce sont mes yeux…

  7. KMS on 23 avril 2010 at 13 h 03 min

    Oui il y a une certaine logique dans tout ça (sauf Oasis en fait).