585 Je me souviens #18 In Berlin, by the wall (Einsturzende Neubauten)

9 novembre 2009 Par KMS
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Einstürzende Neubauten : Steh Auf Berlin (Album : Kollaps 1981)

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« In Berlin, by the wall, you were five foot, ten inches tall, it was very nice. Candelight and Dubonnet on ice »

Je me souviens des images au journal télévisé ce soir là tard et le lendemain, il y a vingt ans, de ces Berlinois avec des marteaux dérisoires, des barres de fer, des pioches, s’attaquant au mur qui avait coupé leur ville, leur pays en deux depuis 28 ans. Je me souviens avoir suivi les évènements en direct à la télé. On y voyait ces gens dansant et applaudissant, debout sur le mur, et cette foule passant les check points. Je me souviens aussi plus tard, le lendemain je crois, de cette image de Mstistlav Rostropovitch jouant un prélude de Bach devant le mur, coté ouest, reconnaissable par tous ses tags colorés, en direct sur France 2.

Le plus impressionnant, n’était peut être pas la chute de ce mur de béton, mais la chute du mur de la peur, qui faisait franchir en masse, la frontière aux Allemands de l’est.
J’étais au chômage depuis quelques mois, dans ces périodes de désoeuvrement où l’on suit avec espoir tout évènement télévisuel susceptible de pimenter l’ennui morne du quotidien. Il est dommage qu’à cette époque je n’écrivais pas. J’eusse aimé pouvoir lire, vingt ans plus tard, mes réflexions sur l’actualité de ces jours là.

C’était toute une époque qui s’effondrait en même temps que le mur. Les gens de ma génération ont tous eu quelqu’un de leur famille ou de leurs amis (voire eux-mêmes) parti faire leur service militaire (cette « chose » existait encore…) dans l’une des bases du secteur Français de Berlin et ayant raconté ce mur coupant la ville en deux, les miradors, les mesures de sécurité. La peur que suscitait le monde de l’Est de l’autre coté. La peur qui étreignait ceux qui pouvaient passer le mur pour une courte visite ou pour une mission militaire. La peur de l’inconnu aussi.

C’était peut être ces récits et le fait que la ville ainsi encerclée faisait penser à une île qui m’a toujours fasciné. Le fait aussi qu’elle fut fortement ancrée dans la culture musicale contemporaine.

Après l’album culte de Lou Reed il y avait forcément la trilogie Berlinoise de David Bowie. Low/Heroes/Lodger. Même si elle porte bien mal son nom puisque seule une partie de Low (la 2ème face) et l’intégralité de Heroes ont été enregistrés à Berlin où Bowie s’était installé avec Iggy Pop en 77. Plus précisément au studio Hansa, Hansa by the wall, puisqu’il se situait le long du mur, dans le secteur sud-ouest de la ville, à Tiergarten. Ce même studio où U2 en mal d’inspiration ira y enregistrer Acthung Baby en… 1990.

L’influence de la ville et de son mur se fait sentir dans la musique de Heroes, plus particulièrement sur la deuxième face majoritairement instrumentale où la musique de Sense of doubt évoque la lenteur des rondes des gardes Est Allemands le long du mur une nuit d’hiver.

En 1982 c’est Nick Cave et son Birthday Party qui viendront s’installer à Berlin. Cave y passera une grande partie des années 80. Il y écrira son roman et y fondera ses Bad Seeds avec un certain Blixa Bargeld qui dès 1980 noyait sa musique sous un déluge de bruits industriels et de percussions métalliques au sein d’Einstürzende Neubauten.
S’il y a une musique qui caractérise le Berlin des années 80, sa position particulière en même temps que le développement d’une culture alternative et hors normes par son coté difficile et exigeant, c’est bien celle-ci. A un tel point que la musique d’Einstürzende Neubauten changera après 1989 en s’adoucissant et en se normalisant (ceci reste néanmoins relatif).

Il faut absolument regarder cette vidéo d’Autobahn filmée en 1981 à Berlin pour comprendre l’atmosphère irréelle de la ville de ces années là. De tels décors urbains expliquant finalement assez bien l’émergence d’une scène alternative et des squats d’artistes fleurissant un peu partout dans la ville.

L’incorporation dans la musique du groupe de bruits de perceuses, de marteaux piqueurs, de marteaux frappant la pierre ou le métal, préfiguraient quelque part la bande son de la destruction du mur par les Berlinois les 9 et 10 novembre 1989. Comme dans Steh Auf Berlin (Réveille toi Berlin) figurant sur leur premier album datant de 1981.

Je me souviens aussi que l’année suivant la chute du mur, on m’avait offert, probablement à noël, un CD un peu particulier de la 9ème symphonie de Beethoven. L’enregistrement de celle-ci avait eu lieu à Berlin le 25 décembre 1989, le premier noël de la ville après la chute du mur.

La particularité du disque, une édition limitée (enfin pas tant que ça puisque j’ai le n° 60337), est d’offrir un petit morceau du mur de Berlin. Connerie marketing de l’époque. Ils ont même ajouté « L’évènement de l’année » en lettres noire sur fond jaune. C’est probablement ce qui avait dû décider la personne (oubliée) qui me l’avait offert…

On trouve donc dans le boîtier du CD un petit morceau de pierre dont un certificat en atteste formellement la provenance du mur de Berlin, dont on imagine qu’il provient du travail de l’ouvrier avec son marteau et son burin figurant sur la photo de la pochette. L’interprétation de la 9ème est par ailleurs assez bonne, même si l’on est loin des sommets de celle de Furtwangler en 1951 avec Elisabeth Schwarzkopf. On sent néanmoins dans les choeurs du dernier mouvement, An die Freude (Ôde à la joie), qui est d’ailleurs l’hymne Européen, une certaine exaltation, signe de l’importance de l’évènement célébré.

Le packaging assez ridicule de la chose donnant néanmoins une piètre idée de la récupération mercantile d’un évènement historique à la fin des années 80… tout à fait dans le ton des commémorations vingt ans plus tard…

Je ne suis jamais allé à Berlin, même après toutes ces années. Ça viendra. Je l’espère. Je sais que j’irai marcher un peu le long du tracé de l’ancien mur parce que son absence comme son ancienne présence fait partie d’une certaine manière de ma vie. Même si quelque part, je regretterai son influence sur la musique d’Einstürzende Neubauten. Mais cela pèse finalement assez peu dans la balance…

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Catégorie : 1981, I live in the 80's, Je me souviens

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