574 Je me souviens #17 Cure 87

22 octobre 2009 Par KMS
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The Cure : The Snakepit (Album : Kiss me Kiss me Kiss me 1987)

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Je me souviens que Kiss Me Kiss Me Kiss Me est le dernier album des Cure que j’aie acheté en vinyle à sa sortie, en 87. Même si j’ai aussi Disintegration et Entreat, mais ils ont été achetés d’occasion bien après leur sortie. C’était une fin et un début en même temps cet achat, le CD qui balayait le vinyle, et on était exactement dans ces instants là. Les études terminées, chacun avait son appartement, quelques uns commençaient à se mettre sérieusement en couple mais en même temps personne n’avait encore d’enfant. Il y avait toujours le week-end ce petit sentiment de liberté et d’insouciance minutée.

Cure était une sorte d’oasis rock au milieu du classique et du jazz que j’écoutais principalement ces années là, entre 87 et 89. N’ayant pas été capable d’écouter ce qu’il fallait j’écoutais autre chose. Un virage à 90° si ce n’est plus. Je découvrais Coltrane et les opéras de Wagner. Cure nageait entre deux eaux au milieu de ces immensités musicales.

La première fois que j’ai entendu cet album, c’était un samedi après-midi dans l’appartement de Philippe et de sa copine dont le nom s’est perdu au fil du temps, sur ses enceintes, ses Pierre Etienne Léon M4 qui seraient miennes l’année suivante puisque je lui rachèterais. Elles trônent toujours dans mon salon.

On avait trainé les magasins de hi-fi cet après midi là. Entre garçons. Virée parisienne de différents magasins et écoute comparée. On commençait à gagner notre vie on pouvait commencer à se payer du matériel de qualité.

On bossait tous mais on avait gardé quelque chose du rythme étudiant avec des sorties fréquentes le soir en semaine, à moins de trente ans tu peux encore t’amuser à ça, le corps suit sans problème. Le pire c’est qu’on y croyait à cette nouvelle vie. Travail, carrière, famille, ça fait frémir rien que de l’écrire, même si ça n’était qu’à l’état larvaire cette année là chez les uns et les autres on sentait bien des espoirs partagés. On avait été formaté pour ça de toute manière. Il ne fallait pas s’en étonner.

Je n’écoutais Cure que depuis deux ans, depuis The Head on the door, même s’il y avait eu le maxi Let’s go to bed avant ça. J’avais vite rattrapé mon retard cela dit. Je jouais déjà mon snob en préférant les anciens, la trilogie 17 seconds/Faith/Pornography.

Kiss me trois fois en était bien éloigné, dans la continuité de The head on the door. Un drôle de disque, inégal, insatisfaisant, avec cette dose d’artificialité que l’on retrouvait dans nos vies. Ces synthés trop présents, cette volonté d’en faire trop. Ce son brouillon comme pour masquer le manque de substance. Trop superficiel pour vraiment convaincre. C’était indécelable à ce moment là mais c’était juste une musique catalysant un certain air du temps de ces années, avec tout ce qu’il pouvait y avoir de concessions pour y arriver.

On en était là nous aussi. C’était les années 80, on était dans le ton, même si ce n’était pas très malin. Il ne me faudrait pas tant que ça ensuite, pour lâcher l’affaire. Robert Smith se reprendrait aussi avec Disintegration. Le dernier de la bande vu pour la dernière fois il y a dix ans y était toujours, on ne savait plus quoi se dire. La quoi? carrière professionnelle? Sa nouvelle voiture? Les autres étaient déjà perdus de vue depuis quelques temps. Les disparitions de la vie. Les gens disparaissent c’est toujours comme ça.

Il y a avait pourtant quelques chansons perdues au milieu de ce double album qui sortaient un peu du lot. Torture, If only tonight we could sleep et son sitar, The Snakepit et son coté arabisant, et forcément Just like heaven, ce morceau qui avait été composé à l’origine pour le générique de l’émission Les enfants du rock. Philippe l’avait acheté en cd cet album et s’était fait avoir d’une chanson, Hey you (pas la meilleure cela dit)(loin de là), qui ne rentrait pas sur le cd. Ca permettait de nous amuser dans des pseudos querelles stupides sur les supports, défendant (déjà) le vinyle contre le cd que Philippe portait au pinacle.

La pochette en tout cas, ces lèvres brillantes sous un rouge à lèvre rouge vif, était bien plus belle en vinyle. Même si elle annonçait une sensualité qu’on avait du mal à retrouver dans la musique.

Il y en avait eu d’autres des samedis comme ça, mais celui là est resté peut être bien parce que ce jour là je suis tombé amoureux de ses enceintes quand on a enlevé Kiss me par 3 et mis la compil avec Other voices et sa grosse basse qui sonnait comme jamais.

J’ai pris rapidement ce disque samedi dernier pour l’écouter dans la voiture (j’ai fini par le graver sur cd malgré tout)(sans Hey you) en amenant ma fille à un anniversaire, parce que l’étagère où il se trouve est à coté de la porte, départ précipité pas le temps de chercher. C’était le hasard mais il n’y a jamais vraiment de hasard. Toutes ces images me sont revenues sur le chemin du retour. Un peu plus de vingt ans plus tard, Just like heaven fait toujours un petit frisson le long de la colonne vertébrale pour tout ce qui lui est attaché.

Les disques finalement, ressemblent à ces souvenirs en filaments enfermés dans des flacons que l’on voit dans les histoires d’Harry Potter. Pour les lire il faut utiliser un drôle d’appareil où il faut enfoncer sa tête. On n’en est pas si loin avec les disques. J’y ai inscrit entre les sillons des des disques des souvenirs oubliés. Il suffit d’écouter les disques pour les retrouver.

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Catégorie : I live in the 80's, Je me souviens, Obsessions

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