660 Les samedis musicaux #16 (Fela)

13 mars 2010 Par KMS
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Fela : Expensive Shit Album : Expensive shit 1975)

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Fela Anikulapo (celui qui porte la mort dans sa gibecière) Ransome Kuti (qui ne peut être tué par la main de l’homme) a toute sa vie violemment combattu la corruption et la dictature militaire du Nigeria avec sa musique. Les pouvoirs en place successifs lui ont bien rendu. Cela lui a valu d’être emprisonné plusieurs fois. Sans compter les agressions dont il a été victime, la pire étant certainement lorsque l’armée a donné l’assaut en 1977 à sa communauté (la Kalakuta Republic) où il vivait avec sa famille et ses musiciens, et l’a incendiée après avoir balancé par la fenêtre sa mère alors âgée de 78 ans qui décèdera ensuite de ses blessures.

En 1974, un épisode plutôt comique donna matière (si j’ose dire) à une des chansons phares de Fela, enregistrée avec Africa 70, la meilleure formation avec laquelle il ait enregistré.

Après que Fela se soit sorti d’une accusation de possession de marijuana, la police tenait absolument à le coincer sous ce prétexte, ce qui aurait permis au pouvoir de le faire taire. Le lendemain la police de Lagos débarqua en force à la Kalukuta republic avec un mandat et un joint qui devait être la pièce à conviction trouvée sur Fela. Seulement le malin Fela leur piqua le joint et l’avala. La police l’embarqua en prison afin de récupérer dans les excréments de Fela le joint censé l’accuser.

En prison, Fela, aidé par ses co-détenus, réussi à aller aux toilettes pendant que les gardes dormaient. Il finit par y retourner plus sous la surveillance d’un garde qui recueillit précautionneusement la merde de Fela censée contenir les restes du joint. Les excréments furent envoyées dans un laboratoire à grands frais afin d’être analysés. Les résultats furent négatifs et Fela ne manqua pas de raconter l’histoire dans une chanson se moquant de l’intérêt de la police pour sa merde. Expensive shit.

Pour bien narguer jusqu’au bout le pouvoir en place, Fela, (qui était loin d’être ange en la matière), poussera l’ironie jusqu’à poser à l’arrière de la pochette, langoureusement allongé en slip sur des peaux de bêtes, soufflant des volutes épaisses d’une fumée très certainement pas si innocente que ça.

Postface : Des années plus tard, Fela est devenu une comédie musicale à Broadway. Même s’il en aurait été très certainement très flatté, je suis assez triste de voir qu’un si grand musicien se retrouve traité de la même manière que Queen, le roi lion ou Grease. Times they are a changing disait Bob, pas certain que cela soit toujours un très bonne chose…

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Catégorie : 7 Tease, Samedis Musicaux

7 Responses to “ 660 Les samedis musicaux #16 (Fela) ”

  1. PdB on 14 mars 2010 at 23 h 09 min

    elle est bien, cette histoire-là.
    Elle fait penser aux artistes. Il y en a un qui a fait des boites de conserves avec sa merde, et qui les a vendues (ce n’est aps tant qu’il les ait bendues qui est rigolo, mais plutôt qu’il y en ait eu pour les acheter). J’aime bien sa musique en attendant (en attendant quoi, j’en sais rien).
    J’y vais pas mardi, mais si ça se trouve ( je ne sais pas si pierre ménard la lira) tu entendras ma recette pour faire un bar tabac à l’espace Jemmapes (ma fille l’a appelée « recette de salade humaine », j’avais mis un numéro plutôt bidon de 136 pour l’adresse sur le faubourg…)

    • KMS on 15 mars 2010 at 9 h 54 min

      Ah je croyais que c’était vendredi mais j’ai dû mal voir.
      C’est Wim Delvoye, un artiste Belge qui a fait la merde en boîte. Le truc ce n’était pas qu’il la mette en boite mais plutôt qu’il a fabriqué une machine faisant de la merde.
      Il est aussi connu pour avoir fait des radios aux rayons X de fellations et pour avoir aussi tatoué des cochons…

      • PdB on 15 mars 2010 at 10 h 24 min

        le genre de type cool quoi, ce Wim…
        ah non, c’est moi qui me plante : mardi c’est un autre truc (un truc à pierre ménard, je sais plus bien quoi), t’as raison, c’est vendredi châteaulandon : remarque jpeux pas y aller pas non plus

  2. iT Had to be you on 15 mars 2010 at 18 h 31 min

    Passionnante ton histoire. Le morceau aussi.
    Et pourquoi la Kalakuta Republic dérangeait-elle autant le pouvoir en place ?

    • KMS on 15 mars 2010 at 21 h 07 min

      C’était une dictature militaire totalement corrompue avec une population dans la misère. Fela était opposé au gouvernement, presque toutes ses chansons ont un message politique et dénonce les pratiques du pays.

  3. Bishop on 16 mars 2010 at 16 h 57 min

    Fela, cela reste toujours une immense classe. J’aime bien ce que font le fistons aussi mais bon le père c’est l’hypnose, la politique, l’Afrique, une putain d’âme.

    • KMS on 16 mars 2010 at 19 h 16 min

      Oui ils ne sont pas vraiment à la hauteur les enfants mais je trouve ça sympathique qu’ils continuent l’oeuvre du père en quelque sorte. Tony Allen a sorti un album aussi l’année dernière.