648 Je me souviens #21 (Magazine)

17 février 2010 Par KMS
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Magazine : Back to the nature (Album : Secondhand Daylight 1979)

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Je me souviens que cet album a marqué une sorte de cassure. Un tournant. Le problème c’est que je n’ai pas tourné du bon coté. La cassure je la situe avec ce disque. Ce n’était peut être pas le seul. Mais je me souviens bien qu’elle avait demandé d’un air dédaigneux ce que c’était ce disque. J’avais surtout compris que si je voulais espérer avoir une chance je pouvais le ranger. Pourtant, ce disque, il y a des passages, ça me retourne à l’intérieur.

C’est quoi ce disque?

Du moins, c’est ce que je me dis maintenant. A l’époque, ça ne devait pas me toucher plus que ça. Il n’a pas fallu le dire deux fois. Le disque il a été rangé. Police passait mieux. Juste le début d’une longue descente. On oublie ou plutôt non on n’oublie pas.

Parfois, début des années 80, je me repassais Magazine comme un plaisir honteux, dans la solitude, en voiture, quand il faisait beau, cruising with Howard. Et puis ensuite on ne fait même plus l’effort. On est sur la pente on se laisse glisser. Non pas que ça ait servi à quelque chose de ne plus écouter ce disque. Sexuellement parlant. A la réflexion il eut mieux valu continuer à l’écouter.

Là on en était même pas à Permafrost avec ma phrase préférée, I will drug you and fuck you on the permafrost. J’avais bien compris que ça ne serait pas la peine d’aller jusque là. Autant arrêter le massacre. Regatta de blanc venait de sortir, elle connaissait par coeur les paroles de Message in a bottle. Je n’allais pas insister bêtement avec Magazine. En même temps, I will drug you and fuck you on the permafrost, il fallait être bien naïf pour y croire. Elle voulait juste marcher sur la lune.

C’est quoi ce disque?

Avec le temps on se dit que pourtant la fille n’en valait pas la peine mais on sait aussi que tout ça on l’avait déjà en soi. Ce revirement. Cette rentrée dans le rang. On n’était pas assez fort encore pour tenir sa position. Le regard des autres était bien trop important sans qu’on le sache. On n’allait pas s’en passer pour une histoire de disque. De toute manière, 1979, on m’aurait demandé si je préférais Magazine ou Police, je n’aurais pas hésité une seconde pour le groupe de Sting. Sometimes I forget that we’re supposed to be in love, Sometimes I forget my position. La façon dont Devoto articule ces mots là dans ParadeSome-times I for-get myyy po-SI-tion.

Avec le temps on se dit aussi qu’on a été très con, mais on n’aurait pas su faire autrement de toute manière. Plus tard, on voudrait réécrire des passages entiers de son existence, changer les cassures, prendre les bonnes directions. Celles que l’on considère comme meilleures vingt ans plus tard. A l’époque, la bonne direction, on savait où elle était. On n’a pas hésité une seconde à la suivre. Après, plus tard, on change. Mais la vie ça sert à ça, à changer. Sinon, à quoi bon.

C’est quoi ce disque?

Pour tout dire, ce disque je l’avait acheté avant même d’avoir lu une seule critique, à cause de Real Life, le premier. Les années de progressive n’étaient pas très éloignées, il en restait quelque chose dans ce goût parfois immodéré pour les sons de synthés acérés de Dave Formula. Après avoir lu la critique express dans Rock & Folk, rejetée en fin de rubrique, le doute s’était déjà installé. Alors ensuite, je n’ai pas fait d’effort non plus. Maybe it’s right to be nervous now.

Il a fallu attendre le début des années 90 pour s’y remettre. Après avoir accroché le wagon Joy Division en cours de route. Pas de rapport, en dehors de Manchester. Juste la même séquence de rattrapage. Découvrir par la même occasion qu’il y avait eu un troisième album derrière (et aussi un quatrième). Comme si en sortant d’une période d’hibernation on découvre que le monde a continué d’évoluer. Depuis ce temps là, les trois premiers albums de Magazine font partie de ceux dont je ne me séparerais sous aucun prétexte. Ils ne sont pas si nombreux finalement. Ces disques qui font toujours un truc au creux du ventre quand on les écoute.

C’est quoi ce disque?

Tout ça est revenu comme un boomerang en apprenant la mort du chanteur des Knack. Mymymymy Sharona. Encore un 45T qu’on avait usé sur le jukebox du café de la fac. Essayer de faire écouter Magazine derrière ça… My Sharona, tout le monde accrochait là dessus. Marco avait acheté le 45T, ça lui donnait un avantage.

Ce qui est surprenant, c’est que la nuit précédente j’avais rêvé d’eux, de ces garçons et de ces filles. Pas revus depuis tellement longtemps. Le rêve était très bizarre et mélangeait de manière anachronique des personnes et des lieux. Tout ce monde allait et venait dans une maison où je ne pouvais avoir été. On n’écoutait pas de musique, dans le rêve, mais il y avait toutes les personnes de cette époque. Les corps se frôlaient beaucoup, plus que dans mes souvenirs. She’s caressing me with the hidden hands of the only kind of violence.

C’est quoi ce disque?

Sur le ton de la cruauté d’une innocente jeunesse. You’ve got me dying of thirst in the meantime. On pardonne plus aux autres qu’à soi-même. On cherchait juste la vraie vie. Je devais être salement en déséquilibre, pour qu’un simple souffle me fasse chuter.

La tronche de pierrot lunaire de Devoto hante mes obsessions musicales depuis plus de quinze ans. Comme A song under the floorboard. Comme les Somewhere else, something else, on my mind du refrain de Cut Out Shapes. Les We’re up in the air, We’re down on the ground de Back to the nature, avec le rythme en suspension le temps d’une noire juste avant. Comme les vrombissements de la basse de Barry Adamson, qui ne sonnera jamais comme ça avec les Bad Seeds de Nick Cave. Comme les riffs de la guitare du regretté John McGeoch, surtout les riffs de McGeoch.

Pas des chansons de nostalgie non. Juste des chansons qui font partie de la vie, de la mienne. Même pas en raison de souvenirs accrochés aux notes comme de vieilles affiches à moitié arrachées d’un mur. Non. Juste une vibration à l’unisson avec le rythme interne. Quelque chose proche de l’inexplicable.

Tout ça est revenu comme un boomerang. Entre les poussière d’un rêve et My Sharona. Mais c’est quoi ce disque? C’était l’autre soir, j’étais seul. J’ai remis un à un et dans l’ordre, tous les albums de Magazine. Thank you for letting me be myself again.

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Catégorie : 7 Tease, Je me souviens

18 Responses to “ 648 Je me souviens #21 (Magazine) ”

  1. F on 17 février 2010 at 22 h 57 min

    la musique je sais pas, mais ton texte est magnifique – en tout cas dans l’endroit qui nous fait mal à nous tous (c’est pas la 1ère fois) – en 79 j’étais plein trip free jazz, François Jeanneau, les synthés Openheimer, le violoncelliste Jean-charles Capon

    • KMS on 17 février 2010 at 23 h 19 min

      Le jazz, free ou non d’ailleurs, est venu plus tard, sur la 2ème moitié des eighties, je crois que c’était une manière de revenir sur les rails.

      (tu ne pouvais pas écouter le morceau? Le lecteur ne s’afficherait-il pas sous Mac?)

    • F on 17 février 2010 at 23 h 47 min

      si t’inquiète, écoute parfaite et player impec, mais une fois j’ai écouté ton extrait j’aime bien prolonger – et c’est souvent ! ceci dit, là ça fait 45′ des Peel Sessions, je regrette pas mais je crois que vais zapper _ Real Life y a vraiment un truc original

      • KMS on 18 février 2010 at 8 h 32 min

        Ah oui je m’étais dit qu’il fallait que je mette le lien spotify de l’album systématiquement (du moins quand on le trouve), il faut que j’y pense.

    • F on 17 février 2010 at 23 h 59 min

      embrayé sur Clash pour retour fondamentaux en continuité !

  2. F on 17 février 2010 at 22 h 59 min

    au fait, c’est bon, je viens de trouver dans Spotify, Magazine – je me lance dans « John Peel sessions »

  3. drgbs on 18 février 2010 at 9 h 28 min

    on ne prend pas de mauvaises routes (enfin sauf dans des cas extremes), on ne tourne pas du « mauvais côté » on agit seulement selon sa personnalité du moment
    et puis sinon ça ne ferait de belles histoires

    • KMS on 18 février 2010 at 11 h 05 min

      On est d’accord. Sur le moment c’est toujours la bonne direction. Bon en même temps j’aurais pu me mettre à écouter de la variété française bien franchouillarde du début des 80’s dont je n’ai même pas un nom qui me vient à l’esprit.

  4. Starsky on 18 février 2010 at 23 h 10 min

    C’est marrant ces histoires de routes, de rupture avec des sons et des gens et puis de retour. Si tu continues d’écrire ces choses-là, je ne suis pas sûr de pouvoir tenir moi. Suis encore petit dans ces mouvements. Je reviens tout juste (mais suis pas parti pour les mêmes raisons et sur des routes que j’aime encore profondément). Tu parles que ça me touche. Comment je fais après, là, pour aller me coucher ?

    • KMS on 19 février 2010 at 8 h 48 min

      Il faut lire le matin comme ça pas de problème pour dormir. Il ne faut peut être pas trop se poser de questions. Je trouve que je me suis trop laissé porter par le courant pendant longtemps, mais on finit décider d’où on veut aller.

  5. PdB on 18 février 2010 at 23 h 58 min

    Alain Chamfort, tiens (avec un nom comme ça, normalement, tu peux pas l’oublier).
    On met autant de temps à lire le texte que la chanson a celui de débouler pour faire parcourir des chemins qui donnent même des souvenirs qu’on n’avait pas, mais qui étaient quand même là. Comme le rêve. Des choses comme ça.
    Ou alors Michel Jonasz ou William Sheller.
    J’arrête, ça va.
    Mais bon, en même temps juste en 79, on les recevait à la radio, et ils nous parlaient gentiment de leurs bazars, tu vois…

    • KMS on 19 février 2010 at 8 h 49 min

      Ah mais ils sont écoutables ceux-la… ou à peu près… d’ailleurs je les ai même écoutés dans les années 80…

  6. boultan on 1 mars 2010 at 1 h 25 min

    c’est vrai que c’est bien torché tout ça (je le rappelle juste une fois par an, sinon tu passes plus les portes)

    • KMS on 1 mars 2010 at 10 h 00 min

      Non ça c’est juste quand j’ai perdu les clés c’est différent.

  7. grommeleur on 2 avril 2010 at 20 h 30 min

    Ben moi je préfère sans hésitation Real Life.
    http://www.deezer.com/fr/#music/magazine/real-life-300591
    Voilà, c’est tout, chacun son histoire …

    • KMS on 2 avril 2010 at 21 h 17 min

      Ah mais Second hand daylight n’est pas mon Magazine préféré, je préfère Real Life et The correct use of soap qui n’est pas loin d’être mon favori.

  8. grommeleur on 2 avril 2010 at 20 h 31 min

    Tiens c’est marrant, le thème s’appelle Magazine Basic …

  9. Al on 2 décembre 2011 at 15 h 47 min

    Je me souviens que c’est le 2e Magazine que j’ai écouté (après Real Life ?) et que j’ai toujours trouvé ça très surfait, comme Costello, comme Joe Jackson. D’ailleurs je me demande si Closer(Joy Division)n’est pas de la même année… pour moi la claque est plutôt là