540 Je me souviens #14 L’éclipse (Mercury Rev)

23 juillet 2009 Par KMS
Imprimer cette note Imprimer cette note

Mercury Rev : Hole (Album : Deserter’s songs 1998)

Je me souviens de l’éclipse, cela fera dix ans au mois d’août. Ils parlaient hier au journal télévisé de celle totale survenue en Inde.
Je me souviens avoir vu celle de 1999 sur la passerelle au-dessus de la marne pas très loin du bureau, celle qui mène à une petite île. Symbolique ou non, peu de temps après j’allais bazarder ma vie d’alors par pan entier. Il y aurait trop de chose à dire sur ces instants qu’il vaut mieux les taire.

L’éclipse était un moment irréel. Lorsque la lune à presque totalement recouvert le soleil, le fleuve est devenu d’huile. Il n’y avait plus un seul frémissement à sa surface. Le silence était presque complet. Les oiseaux s’étaient tus. La température a chuté de quelques degrés. Il ne faisait pas totalement nuit puisque l’éclipse à Paris n’était pas totale, mais la pénombre était forte, aidée en plus par le ciel couvert de gros nuages qui avaient néanmoins eu la bienséance de se pousser légèrement pour nous laisser voir le spectacle.

J’écoutais alors jusqu’à plus soif ce disque de Mercury Rev. Je découvrais juste les Red House Painters avec retard. Toutes ces musiques nouvelles pour moi participaient aussi en un sens aux bouleversements en gestation.

Cette éclipse c’était comme de passer de l’autre coté du miroir d’Alice. Sans être certain de pouvoir revenir en arrière. Encore eut-il fallu le vouloir. Il y avait dans les trouées des nuages ce disque lumineux presque totalement voilé comme des promesses d’ailleurs.

Cet album a tourné en boucle toutes ces semaines là, avec Ocean Beach et Mustango qui allait sortir quelques jours après avec Ok Computer en soutien. Ca a duré jusqu’à l’automne comme ça.

« Time, all the long red lines, that take control ». Comme des voiles arachnéens. Piano électrique. Accords plaqués. Basses &alternées. Les cordes, les flutes qui tissent leur tapis sonore aux mille coloris étincelants. « [...]you had t’ pick the one tonite… ». Batterie. Et puis l’envoûtement de la scie musicale qui flotte dans les airs. Fascination.

Ce disque fait de l’humidité à l’intérieur, même dix ans plus tard. On l’a écouté hier soir, après l’orage, c’est peut être pour ça aussi. Il reste magnifique. Pas seulement Hole et ses quatre accords en boucle (D/Bm/F#m/G), the way we met, the way I lit your cigarette aussi, plus loin, indéfiniment, elle s’évanouissait au fond de l’océan dans l’Opus 40 avec Levon Helm à la batterie (excusez du peu). Mercury Rev a sombré dans les boursouflures ensuite. On pouvait encore sauver quelques chansons d’All is dream mais on oubliera les suivants… Celui là restera.

Les sensations de l’éclipse ont disparu. Il aurait fallu pouvoir garder ce petit moment où tout s’est tu. For a minute there I lost myself chantait Thom Yorke, là, durant ce petit instant, j’avais perdu le monde autour.

Tags :

Catégorie : 'til 1999, Je me souviens

Comments are closed.