537 Petit Journal II (Mogwaï)

16 juillet 2009 Par KMS
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Mogwaï : Chocky (Album : Come on die young 1999)

Depuis le 21 décembre 2007, j’interviens plus ou moins (souvent moins) quotidiennement dans le Petit Journal pour y raconter ma journée en plus ou moins (souvent plus) deux (2) lignes. Cette deuxième sélection couvre la période du 2 Avril au 31 mai 2008 (la 1ère partie).
(il est judicieux de mettre la musique (fort) avant de lire, d’en profiter pour respirer et de la laisser se dérouler en même temps que les phrases).


On mène des vies de faussaires ridicules et aveugles dans nos pardessus étriqués. Fatigué à l’envers du changement d’heure. Comme si j’avais perdu un bout de mon corps les dix derniers jours. Vais tenter de laisser reposer en écoutant Jarrett en bleu. Est-ce qu’on était plus heureux il y a 25 ans ? Si c’était le cas on ne le savait pas. « On ne peut rien ravoir du passé » écrit Joyce dans Ulysses. « Comme de tenir de l’eau dans sa main« .

Vu sur les bus les affiches du film de Scorsese sur Les Stones. Autant No Direction home est essentiel. Autant filmer ces vieillards maintenant… Avec la participation de Christina Aguilera dit l’affiche. Gasp. Ils ont déjà trop piétiné le mythe pour qu’il en reste quoi que ce soit de toute manière. « You’ll still be in the circus when I’m laughing, laughing on my grave« .

Ils ne vont pas détruire la Battersea power station ? Je croyais qu’il y avait un projet d’aménagement. Un bout d’histoire rock qui disparaitra. Ca n’intéresse pas grand monde je le crains. Je le crains… Et de prendre ce matin en photo le (beau) livret de mon vieux Quadrophenia. J’ai toujours pensé que c’était la Battersea. Mais alors ?

Je lis Antònio Lobo Antunes et Lisbonne et les ruelles étroites d’Alfama me manquent d’un seul coup. En même temps que son écriture m’écrase. Il faudrait le lire dans les jardins du Castelo São Jorge en gardant un oeil sur la ville en même temps. Derrière les façades sombres il y a ses personnages je le sais. Je le sais, on a angoissé plus ou moins toute la journée. Et puis en 45s ça s’est envolé. Ce soir je me suis dit une nouvelle fois comme on se répète une évidence, que le violoncelle est l’instrument le plus mélancolique. Elle pensait ça aussi.

Ah mais c’était hier. Alors il en reste quoi. Trop peu de choses. Une vague histoire de cheminées à Vitry comme un rebond. Le reste s’est dissout avant que je n’aie pu l’attraper. Comme de la fumée. Mis des vieux Donovan. Ce type est injustement mésestimé, oublié. Ses disques des 60’s sont des merveilles. Elle s’est endormie dans le canapé sur Guinevere.

Il y a des jours comme ça qu’il faudrait gommer tout de suite. Hop. Plus rien. Bien plus simple. Direction La Baule. On the beach. Ou presque. Pas loin en tout cas. Le temps de respirer un peu. Le besoin s’en faisait sentir. Les parenthèses ne durent qu’un souffle. La Baule est plus calme que l’été à cette période. Dans les rues, les personnes ont parfois un petit coté suranné d’un autre siècle.

C’était l’été hier ou bien. Le marché le matin avait encore des allures de vacances. Je me suis rendu compte que je n’avais rien écrit durant une semaine. Ca ne m’était pas arrivé depuis longtemps.

Drôle de rêve la nuit dernière. J’en souris encore. D’où me vienne des idées pareilles. Passé l’après-midi en directoire. J’ai trouvé que cela faisait très empire ou IIIème république. Quelque chose d’inutile au nom désuet. Il faut bien manger. Albert Hofmann, inventeur du LSD est mort il y a deux jours. La culture rock lui doit énormément, ce type mérite une statue. Même si certains auront grillé leur cerveau au passage (hello Syd). Expo Patti Smith à la fondation Cartier. Des polaroids qui m’ont touché, parlé. Un endroit un peu bordélique où l’on se sent bien.

Ah c’était vendredi. Les jours chômés comme ça, j’ai toujours l’impression de les voler ça leur donne encore plus de saveur. Sinon acheté plein de disques et traversé la moitié de Paris en vélib. Grimpé sur les rochers de Fontainebleau. Je redeviens un gamin dès que je les escalade. Est-ce que ça restera toujours, ça, cette envie de grimper sur les rochers, et d’aller m’asseoir sur le plus haut ?

Des jours comme ça où on a l’impression d’avoir été creusé à l’intérieur avec une petite cuillère. Des bracelets qui tintent aux poignets. Non. Au poignet. Juste le droit. En enlevant les silences entre les tintements, j’imaginais une musique électronique allant autour. On s’amuse comme on peut en réunion. Fini les livres importants. Se dire qu’avant internet je ne n’aurais jamais osé raconter l’anecdote sur STP. Ou bien est-ce l’âge qui gomme la pudeur?

Une histoire de maillot de bain trop grand. Ca tient à rien parfois, un moment dont on se souviendra. J’ai des mélancolies jazz en noir et blanc ces derniers soirs. Peut être parce que ça va avec le vent doux que laisse entrer la fenêtre ouverte.

Expo photo sur les grilles du jardin du Luxembourg. Trente ans de photos. Près de la moitié sont des images de guerre, de famine, de terreur, de catastrophe. C’est tout ce que le monde nous laisse ? Aller retour à Cheverny avec les enfants pour visiter le château de Moulinsart. Ou presque. Sur le pont enjambant la Loire à Blois, j’aurais bien pris à gauche pour continuer sur les berges du fleuve. Envie de campagne. De calme. D’air.

Journée comme de la fumée. On souffle il n’en reste pas grand chose. Ou les échos de Nick Cave ce soir. Comme un présent antérieur. Passé trop vite. Parlé trop longtemps avec un candidat. Du coup soirée à espace réduit. Le souffle de la trompette ensuite, comme on baisse le rideau sur la scène. Attendu pour rien. Un temps de cendre humide. Piano violoncelle voix aérienne entre les gouttes. La moiteur ensuite. Notes brisées, caviar d’aubergine et beaujolais blanc. Musiques touchantes, thé au lait et chocolat praliné. Samedi musical à mâcher.

Louise Bourgeois cet après-midi. Drôle de femme. Au 4ème niveau dans un recoin, une vidéo étonnante où elle se raconte. Failli réécouter Black and blue ce soir, et puis le téléphone a sonné. Mais pensées bleues… Et en 68 on aurait fait quoi si on n’avait pas eu 7 ans. Question posée souvent mais pas de réponse forcément. Repensé à mes maigres souvenirs. Presque entendu la voix du grand-père traitant tous ces jeunes de voyous. (I dont know but I been told, A big legged woman aint got no soul… se méfier des chiens noirs)

Certaine lassitude ou lassitude certaine je crains de ne pas avoir de doutes. Finalement plus rien ne sort. On s’éteint. Soirée aux urgences pédiatriques et puis rassuré ce matin. Je ne peux aller aux urgences sans penser qu’on devrait y envoyer en stage intense et prolongé tous ceux qui veulent brader l’hôpital (en même temps que l’école, la culture…).

Peut être qu’enfin cela va se calmer. Peut être qu’enfin cette pression, ce stress va cesser. Pour respirer. Il est tem
ps. A hard rain is gonna fall (à la radio en 63) et ça n’a pas raté. Avec la première version des bottes de cuir Espagnol. Pour aller avec les chaussures. Tout se tient finalement. Tout se tient.

Suis passé sur les quais, en face de la centrale EDF, celle des cheminées. Ca y est, ils ont démoli l’ancien pavillon de mes grands-parents, et la petite usine derrière aussi. Comme s’ils gommaient un peu mon passé… Parfois se sentir étranger à ne même plus comprendre les gens autour, comme s’ils parlaient une langue étrangère. On opine, on dit oui, on dit non. Et puis ça ira bien. On se lasse de faire semblant. Je ne sais pas. C’est étrange en ce moment. On est tous un peu perdu. Je ne sais pas si c’est bon signe.

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Catégorie : 'til 1999, Ecoute s'il pleut

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