483 Je me souviens #7 (Alain Bashung)

15 mars 2009 Par KMS
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Alain Bashung : Fan (Album : Pizza 1981)

Je me souviens au début de la décennie, dans un pub Irlandais d’une petite rue Parisienne, une fille m’a offert un livre illustré de paroles de chansons de Bashung. Elle y avait glissé entre les pages, quelques rêves égarés de vagues perpétuelles. J’avais mes fantaisies militaires, mais le reste, je n’écoutais plus, elle me l’a remis dans les oreilles.

Je souviens de 1981, à l’automne, où j’écoutais Pizza en boucle, Rebel et cet étranger au regard sombre, en traversant la Marne au pont du petit parc, pour aller chez la jolie Dominique aux yeux dorés, une poupée, rien qu’une meuf, mais elle ne m’apprenait rien, surtout pas à aimer. Sur le prospectus ça disait provisoire.
Fan, le mot était barré à l’arrière de la pochette du vinyle. Ces cons, sur le cd, la réédition, ils n’ont rien compris, ils ont écrit Fan. Fan parce qu’il chantait j’pourrai plus jamais être un fan. Les détails qui défient le temps.

Deux ans avant, ça paraissait une éternité en 81, de ces vingt ans où six mois bouleversent parfois autant qu’une décennie, quand demain est toujours plus important qu’hier, on usait Gaby sur le juke-box du café près de la fac, dans cette petite salle en L, avec les banquettes le long du mur. Le café et son juke-box, c’est une histoire entière, de ces jours où on se devine enfin exister par soi-même.

Je leur avais expliqué Johnny Kidd, Shakin’ all over sur Live at Leeds, les Pirates. On se tassait tous là, les filles et les gars mélangés, ça se frottait et ça bandait discrètement dans les jeans un peu serrés, on n’osait pas se lever parfois. On leur avait chanté Gaby aux filles, en mimant les paroles pour les faire rire. A quoi ça sert d’avoir 18 ans si ce n’est pas pour faire rire les filles. Peut être que c’était humide dans les culottes des filles aussi. On se le dit maintenant.

Quand je me sens mal, c’est que je vais bien, parce qu’avant attention j’chantais plus rien, en suivant les bords de marne. Je crois que c’était pour cette phrase cette chanson. Même si on ne savait pas vraiment s’il disait chantais ou sentais. Ca rigolait déjà moins. Je ne savais pas expliquer pourquoi. Il y a une mélancolie terrible dans les paroles de Pizza, éteins une à une les lumières, sur fond d’orgue farfisa à la Costello. C’était encore les années Supertramp. Il reste l’image d’un disque écouté toujours seul dans la voiture.

L’année d’après, ou bien est-ce la suivante je ne sais plus, il y aura n’essayez pas de m’éteindre, je m’incendie volontaire. Des mots qu’on traine avec soi des années.
On se le gardait comme un plaisir solitaire celui là. Comme si les autres ne pouvaient comprendre ces synthés froids et cette boîte à rythme rudimentaire. Ces paroles comme des lames de rasoir. Je ne sais même plus où est le vinyle. Un des rares qui ait disparu.

La fille au livre des chansons illustrées est partie il y a presque cinq ans, un peu de la même manière que Bashung hier, à un âge où on ne devrait pas avoir le droit de mourir. J’avais oublié ce livre jusqu’à ce soir, je n’ai pas été le chercher ça ne sert à rien.

Les vivants sont plus importants que les morts, aucun express disait Bashung, aucun express… sinon toi. Allez vas-y, remets nous Johnny Kidd…

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Catégorie : 1981, I live in the 80's, Je me souviens

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