504 Je me souviens #10 (Simple Minds)

3 mai 2009 Par KMS
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Simple Minds : Waterfront (Album : Waterfront 1984)

Je me souviens que je m’asseyais à l’envers dans les fauteuils de cuir blanc du salon en L des parents d’Eric cette année là et peut être la suivante aussi. Sauf quand ses parents étaient là. Quand on était seuls c’était quasi systématique. Peut être une forme d’originalité qui pourtant n’a jamais été mon fort, ou bien une manière de montrer la décontraction de ces instants dans cette grande pièce du pavillon blanc.
Je m’asseyais à l’envers Quand on ne trouve pas sa place on essaye des positions différentes. C’était inconscient.

Le pavillon a été vendu il y a au moins quinze ans maintenant, je passe devant presque tous les matins pour aller au bureau, dans la descente. On roule lentement à cet endroit, ils ont mis un dos d’âne juste avant, j’ai souvent un regard pour la maison et la fenêtre de la cuisine au-dessus de la descente du garage.

La piscine est probablement toujours derrière. C’était pour la piscine que l’été on préférait venir chez Eric dès que ses parents n’étaient pas là et c’était assez souvent. Pour la piscine. Mais là on était dans le salon, c’était la fin du printemps ou l’automne. Probablement l’automne puisque dans les images des souvenirs je ne me sens plus militaire pour autant que je l’ai été à un moment donné, mais mi-septembre 84 je terminais ce foutu service militaire ennuyeux. Néanmoins comme je rentrais tous les soirs ça pouvait être juin ou juillet mais la couleur du soleil était plutôt automnale.

On avait ouvert les grandes portes fenêtres il faisait bon. On était là à ne rien faire, la bande habituelle, Eric, le Phil, le Giorgio. 1984 et on ne se posait pas encore de question. C’en est même à se demander si ce n’est pas la dernière année sans question. La suivante avec la fin de la fac en amènera, ensuite avec le travail, le reste, c’en était fini de l’insouciance.

Je ne savais pas ce que j’étais, ce que j’allais devenir, plus que tout je m’en foutais. On verrai plus tard. On ne pensait pas que plus tard viendrait si vite.

1984 était une drôle d’année. Les débuts de Canal + et de MTV, des clips diffusés à foison, l’arrivée du CD. Une année en bascule. On pensait en rigolant au bouquin d’Orwell sans se rendre compte qu’il n’avait que quelques années de retard.

C’était l’automne à la réflexion. J’allais reprendre les cours à la fac peu de temps après. C’était notre saison Simple Minds. A partir du moment où on arrivait à empêcher Eric de nous balancer Duran Duran que j’ai toujours détesté, même dans mes pires années et là on est en plein dedans.

Il y a des instants qui restent c’est comme ça. Je me souviens d’une K7 avec des titres inscrits à l’encre violette. Giorgio me l’avait passé, dessus il y avait New Gold Dreams. J’aimais bien Big Sleep, je n’ai jamais su s’il y avait un rapport avec Raymond Chandler. Ce jour là Eric a mis Sparkle in the rain qui était sorti quelques mois plus tôt mais qu’il venait d’acheter. On n’était pas fort sur les nouveautés. J’avais abandonné ça, les sorties des nouveaux disques, la presse rock, j’avais abandonné beaucoup trop de choses.

J’avais quand même fait le malin lorsque j’avais reconnu la reprise de Street Hassle sur la 2ème face, même si je n’écoutais plus Lou Reed depuis quelques années. Il y avait quand même quelques restes.

Si on avait su, on aurait plutôt écouté les premiers albums, ceux d’avant le virage pop, Real to real cacophony, Empire and dance, Sons and fascination. Mais on ne savait pas et je crois surtout qu’on s’en foutait. On ne les aurait pas aimés. Ces albums là je les ai achetés bien plus tard, au gré de brocantes ou de magasins d’occasion. Les seuls qu’il m’arrive encore vraiment d’écouter d’ailleurs.

On avait fini l’après-midi comme ça, à boire des bières dans le salon ou à coté de la piscine suivant les rayons du soleil. Le salon avec les fauteuils en cuir blanc où je m’asseyais à l’envers. Parfois en travers des deux accoudoirs, les jambes pendantes. A écouter des disques et discuter sans rien faire d’autre, sans se poser de question.

Les choses et la temporalité étant ce qu’elles sont, on est passé à l’apéro. Allez remets nous Waterfront. Au départ c’était juste parce que j’aimais bien cette chanson et le tontondontondontondontondontondon insistant de la basse. On mettait un autre disque et puis ça revenait allez remets nous Waterfront. C’est devenu le running gag de la fin d’après-midi. Allez remets nous Waterfront, je veux entendre le tontondontondontondontondontondon de la basse. Elle a un son foireux cette basse pourtant mais ça ne faisait rien, Eric remettait la première face. Ainsi de suite.

Parfois on changeait, je disais remets nous Big Sleep et on écoutait la première face de New Gold Dream. Et juste derrière, allez remets nous Waterfront. Alors on se retapait toute la première face de Sparkle in the rain.

It takes two or three to make company, il y avait cette phrase sur Book of brillant things, sur la première face aussi, c’était exactement ça. Une compagnie. Au bord de la piscine ou dans le salon blanc avec les portes fenêtres ouvertes. Avec l’apéro, ça nous faisait marrer de plus en plus. Allez vas-y remets nous Waterfront. On épargnera les détails et les rires crétins d’une bande d’ahuris de plus en plus alcoolisés.

Je ne sais pas combien de fois on a dû écouter cette face ce jour là. Il a dû user son album en une journée. Allez remets nous Waterfront. Avec la chaleur de l’apéro on s’était installé près de la piscine à grignoter le saucisson, les petites saucisses et les chips en se resservant des coups tout le temps. On mimait le jeu de la basse, le tontondontondontondontondontondon, avec de plus en plus de conviction en dansant sur le bord de la piscine. Allez remets nous Waterfront. Le plus étonnant c’est que personne n’a finit tout habillé dans la piscine, c’était pourtant la spécialité maison, surtout quand il y avait des filles…

On avait attaqué directement les digestifs après l’apéro avec la nuit. On sentait de plus en plus d’hésitations dans la démarche d’Eric pour aller remettre le disque. Je ne sais plus jusqu’à quelle heure on l’a écouté. Vers la fin il y avait des grands blancs avant qu’un de nous ne dise allez remets nous Waterfront mais plus personne ne se levait pour aller le remettre. Je suis resté dormir chez Eric ce soir là. Les autres habitaient à cent mètres, c’était plus facile (quoique) pour rentrer.
Le lendemain matin on a évité de remettre ce disque. On avait bien essayé mais il renforçait notre mal de crane.

J’ai continué à écouter Simple Minds encore quelques années ensuite au début des années 90, c’était terminé il n’était plus question de les écouter. Je ne m’asseyais plus à l’envers dans les fauteuils non plus.

Ils ne sont pas terrible ces deux disques, bien sûr maintenant c’est évident. Mais c’est comme U2, il m’arrive de les écouter parfois, juste pour me souvenir de ces types dont certains sont partis dans le grand sommeil et d’autres perdu de vue volontairement ou non depuis longtemps, dispersés par la vie.

La dernière fois que j’ai vu la piscine c’est en me promenant sur les chemins qui serpentent sur les coteaux entre les pavillons. Il y en a un qui passe juste derrière la maison d’Eric. Il y a quelques années déjà. C’était un dimanche après-midi, c’était l’automne aussi. Cette fois là c’est certain, je m’en souviens bien. Il y avait des feuilles mortes qui flottaient sur la piscine. Intérieurement j’entendai le tontondontondontondontondontondon de la basse de Waterfront.

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Catégorie : I live in the 80's, Je me souviens

One Response to “ 504 Je me souviens #10 (Simple Minds) ”

  1. -Twist- on 20 janvier 2011 at 22 h 59 min

    Très chouette texte.
    Mes cousins qui ont une quinzaine d’années de plus étaient fans de Simple Minds. Et moi, tout petiot à 5 ou 6 ans au milieu des années 80, j’en ai bouffé. Et je n’en garde vraiment pas un mauvais souvenir.