632 S.O.D. #28 (XTC)

18 janvier 2010 Par KMS
Imprimer cette note Imprimer cette note

XTC : River of orchids (Album : Apple Venus 1999)

Adobe Flash Player

La ville était enfouie dans le brouillard ce matin. Un coton épais et humide. Un des rares avantages de l’hiver avec la neige. Avec cette faculté de transformer les bâtiments et les hommes en spectres. Le brouillard, et sa chape de lenteur artificielle. Parfait le lundi matin pour atténuer la réalité du retour au bureau et d’un week-end trop vite passé.

Quand il se lève, le brouillard dévoile le monde lentement, par petits morceaux. Un peu à la manière dont les éléments se dévoilent dans cette chanson d’XTC. J’y pensais ce matin, le regard perdu derrière la fenêtre au bureau.

La goutte d’eau qui tombe d’abord. Venue de nulle part. Le brouillard c’est de l’humidité. Un do joué à la contrebasse puis une nouvelle goutte d’eau. Les cordes, en pizzicato, registre aigu, la contrebasse joue un la et c’est parti. Les pizzicati des cordes dans le registre grave dessinent des contours encore un peu vague mais comme un pantin qui prend vie, les instruments et les notes se mettent tous en mouvement, s’ajoutant les uns aux autres, comme des taches de couleurs apparaissant une à une sur un tableau pointilliste à la Seurat. Juste quand arrivent les trompettes. Avant la voix.

La voix clamant ces paroles oniriques, cette histoire de pissenlit rugissant sur Picadilly Circus (Heeeey! I heard the dandelions roar in Piccadilly Circus) que le chanteur nous dit entendre. C’est surprenant, on comprend qu’il nous interpelle.
La voix. Pendant que les instruments continuent leur danse claudicante, la voix, seule d’abord, continue de nous raconter son histoire sortie tout droit d’Alice au pays des merveilles. Puis, comme pour les instruments, une deuxième s’ajoute à la première et nous fait part de sa moue dubitative par ses hmmmm en réponse aux affirmations de la première.

Les choeurs à l’unisson, pour le refrain, se mêlent aux trompettes sur le tapis des cordes pincées, entrainant la troupe, compagnie hétéroclite et brinqueballante dans une marche sans fin sur la rivière des orchidées où les voix sortent maintenant de tous cotés.
Une part de Philip Glass, une part de Gil Evans, deux parts de comptines avec une tranche de chants joyeux sur le coté comme le dit très bien Andy Partridge.

Take a packet of seeds, take yourself out to play, I want to see a river of orchids where we had a motorway. Et si, le brouillard, en se levant, dévoilait une ville totalement différente de la réalité. Une ville débarrassée de son béton gris et de ses fumées délétères. Une ville où les pissenlits rugissent dans Picadilly Circus mais pas seulement. Une ville où l’herbe est toujours plus verte lorsqu’elle perce au travers du béton. Comme il le dit, dans la chanson. Take a packet of seeds, take yourself out to play, I want to see a river of orchids where we had a motorway. Et si, le brouillard, en se levant, dévoilait une ville totalement différente de la réalité. Une ville débarrassée de son béton gris et de ses fumées…

Tags : , ,

Catégorie : 'til 1999, Obsessions, Song of the day

One Response to “ 632 S.O.D. #28 (XTC) ”

  1. Dahu Clipperton on 6 mai 2010 at 17 h 16 min

    Qu’est-ce que tu l’as bien décrite ! C’est très drôle de lire ton texte sans mettre la chanson… évidemment, quand on la connaît par coeur (je l’ai écoutée des centaines de fois^^). Le mariage impossible entre Philip Glass et (à mon oreille) Brian Wilson…

    Cet album est de toute façon une merveille. Je crois que c’est un des tout premiers disques où je me suis dit qu’au fond, je n’étais pas réfractaire à la grandiloquence (qui n’est pas forcément un terme péjoratif, à mon sens, mais peut-être que je me trompe), un terme assez adéquat quand on écoute « I can’t own her », « Easter theatre », ou « Harvest festival » (je mets « Greenman » autre part, avec son côté « Orient hollywoodien »^^). Dire que toutes les parties orchestrales ont été enregistrées en 2 jours…

    Par contre, son successeur, « Wasp star » est assez décevant, dommage. Et plus rien depuis (à part Partridge qui livre ses fonds de tiroir)