Dälek : Paragraphs Relentless (Album : Abandoned Language 2007)

C'est la musique de la ville. Industrielle et sale. Rampante comme une menace sourde. La musique de la ville, le lundi matin, pas envie, négation.
La musique de la ville. Inquiétante. Avec ses fumées malodorantes. Ses sirènes hurlantes. Ses douleurs violentes. Cette haine de tous les instants. Oppressante aussi. A bloquer la respiration. C'est juste ça. Ce disque. Il laisse des scories de suie un peu partout. Musique de nuit balayée par des projecteurs inquisiteurs. On navigue en plein cauchemar Orwellien. C'est le monde. On y vit. Juste un miroir de nos vies quotidiennes.
On est au 21ème siècle. Le monde court à sa perte. Ce disque montre la direction. Essentiel.

A ECOUTER FORT

Pour l'anecdote, le disque est sorti sur Ipecac, l'impeccable label de l'éructant Mike Patton. Les curieux pourront s'exploser les tympans et se délecter de ses performances vocales (il y a des morceaux où l'on ne peut décemment pas appeler "ça" du chant même si c'en est) sur l'excellent Moonchild (lien Spotify) enregistré avec John Zorn sur lequel d'ailleurs il ne joue pas (sic)(écoutez, c'est vraiment bien).

Les garçons de Dälek ont également sorti en 2004 un opus remarquable, en collaboration avec Faust, le superbe Derbe respect, alder. Ces deux groupes étaient fait pour se rencontrer et mélanger leurs bétonneuses et leurs bruits urbains inquiétants.

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Sonic Youth : I love golden blue (Album : Sonic Nurse 2004)

Il n'est pas certain que beaucoup d'autres groupes des années 80 aient tiré aussi bien leur épingle du jeu dans les années 2000 que Sonic Youth. De toute manière rien que les récentes rééditions de Goo et Daydream Nation mériteraient leur place au panthéon de l'électricité distordue.

Après s'être fait descendre injustement un peu partout pour NYC Ghosts and Flowers sorti en 2000, qui mérite largement une nouvelle écoute et en vinyle uniquement tant le son du cd est une catastrophe, beaucoup les avait enterrés prématurément. La collaboration avec Jim O'Rourke n'annonçant rien de très engageant non plus.

Que ce soit avec Murray Street ou ce Sonic Nurse pour lequel j'avoue un penchant obsessionnel, Sonic Youth aura montré sa capacité à traverser les décennies comme si le temps n'avait pas (trop) d'effets sur eux. Même si la Jeunesse Sonique l'est bien moins qu'avant (jeune ET sonique), même si la prise de risque a presque totalement disparu du moins pour tout ce qui n'est pas sorti sur leur label SYR, réservé à leurs enregistrements les plus expérimentaux (on conseillera particulièrement J'accuse Ted Hughes et Andre Sider af Sonic Youth) ce disque est inspiré et brillant. Il reste toujours quelques fumeroles toxiques dans leur musique, de celles qui s'insinuent insidieusement dans tout le corps et leurs guitares sont toujours aussi efficaces (ce son).

Sur ce titre à l'introduction éraillée, la voix de Kim Gordon prend des accents grave et chaud à la Nico. Sonic Nurse est un disque fait pour rouler, tranquillement, sur des autoroutes dégagées, un disque de mouvement intérieur. Ça ne s'explique pas c'est comme ça. Et puis j'adore la pochette, un tableau de Richard Prince, ce qui est un argument imparable.

(en bonus track on ajoutera la très belle expo Sonic Youth etc : Sensational Fix dans l'ex base sous-marine Allemande de Saint Nazaire, lieu improbable s'il en est).

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Red House Painters : Katy Song (Album : II (Rollercoaster) 1993)

On vient à peine de prendre la route que déjà on fait une embardée et c'est la sortie de route. Comme dit Neil Young "Your Cadillac has got a wheel in the ditch and a wheel on the track". Cet album date de 1993.

On peut se demander ce qu'il fait là. Mais comme pour le précédent, j'avais accumulé du retard dans les années 90. Ou plutôt j'essayais de rattraper celui que j'avais pris dans les années 80. Du coup je n'ai écouté les Red House Painters avec Ocean Beach qu'en 99. Puis acheté tous les autres consciencieusement, un par un. Dans le désordre.

Ce fameux Rollercoaster, c'était en 2000, début 2000. Je l'ai usé toute la première moitié de cette décennie en regardant le monde le front collé à la fenêtre. Peut être aussi parce que ces années là ma vie ressemblait aux montagnes russes abandonnées de la pochette sépia. Des hauts, des bas, des zones en friches...

Dans la musique de Kozelek il y a tout ce que j'aime. La mélancolie nostalgique, la beauté calme, les blessures mal cicatrisées.Les guitares aussi. Paisibles ou hurlantes. Toujours sur un tempo lent, parfois même pesant. La voix bien sûr. Les petites phrases dans les paroles qui font mouche à tous les coups. Tout pour être éternellement amoureux des disques des Red House Painters.

Leur musique c'est une ballade en forêt à l'automne avec seulement le craquement des feuiles mortes sous les pieds. Peut être aussi le vent, qui fait presque perler une larme au coin de l'oeil.

Toutes les chansons de cet album sont remarquables même si les préférences vont à Things mean a lot, Grace Cathedral park, Funhouse, Take me out, New Jersey, Mistress, Dragonflies... Toutes en fait. Toutes. Dont Katy Song.
Kozelek dédie son recueil de paroles Nights of passed over à Katy. Ce n'est pas un hasard. Il ne savait pas, quand il a écrit cette chanson, qu'elle reviendrait. Mais c'est une autre histoire... plutôt triste. Il faut dire qu'avec de telles paroles que j'ai lissées de mon doigt à l'infini, on comprend qu'elle soit revenue. [...] but for some reason you didn't glass on the pavement under my shoe... without you what does my life amount to? . Et les arpèges minimalistes sans fin de la guitare à l'open tuning étrange (D# A# D# G C F), avant que les vocalises de la dernière partie ne déroule leur tapis volant.

Les Red House Painters sortiront un dernier très bon album en 2001, Old Ramon avec le fabuleux Void (feel the void in me now...). Mais ce Rollercoaster est bien plus représentatif de mon début de décennie. Kozelek fondera ensuite Sun Kil Moon et sortira quelques albums sous son nom. Mais de cela on reparlera un peu plus tard...

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Yo La Tengo : Everyday (Album : And Then Nothing Turn Itself Inside-Out 2000)

Ten years gone... Il n'y a que quelques jours que j'ai pris conscience que la décennie actuelle était en train de s'éteindre. La plus dingue décennie que j'ai vécue. La plus dure aussi peut être par moments, mais la plus belle, sans hésitation aucune. La plus belle. Ça m'est revenu en pleine figure parce que tout le monde fait son top des albums de la décennie. Avec plus ou moins de succès. Finalement comme souvent, ce sont les blogs qui s'en sortent le mieux, parce que les disques choisis représentent quelque chose pour les personnes qui en parlent. Comme ici ou (ailleurs aussi sûrement).

Je me suis dit que je pouvais aussi, revenir sur mes albums de la décennien, en quelques lignes, en quelques souvenirs. Pas de classement, pas de méthode (sic), pas de chronologie (sic)(again)(ah ah). Il y aura même des albums antérieurs à l'année 2000, cette fameuse année 2000. Pas de top 10 ou top 20 ou quoi que ce soit. Je ne sais même pas combien il y en aura. Ça nous occupera pour le mois de décembre...
Juste des disques de ces dix dernières années, des disques importants pour moi. Des disques parfois mineurs parfois non, des disques avec lesquels j'ai traversé cette décennie. Le précédent en fait aussi partie, comme un avant goût. Mais cette chanson là est bien la première.


Pas de chronologie, mais lorsque ce disque est sorti en février 2000 c'était probablement un des premiers grands disques de cette année qui n'avait pas vu tous les systèmes informatiques s'effondrer comme tous les alarmistes le craignaient. Cette chanson était aussi ma première chanson de Yo La Tengo totalement inconnu auparavant. A tort. C'était comme un réveil. Comment j'avais pu hiberner aussi longtemps. Pas certain qu'il soit dans beaucoup de classements ce disque. Et pourtant...

Ce qui est étonnant c'est de voir comme la pochette ressemble à ma situation à cette époque là. Cet homme debout à droite, devant la maison éclairée, à la nuit tombée, qui semble attendre qu'on le laisse rentrer, ou qui semble partir ce n'est pas évident, on ne sait pas trop, mais je ne faisais que ça à l'époque, attendre. Et puis partir. C'était l'hiver il faisait froid, c'était à peine si je touchais à nouveau terre après la folie des derniers mois de 1999 aux stigmates indélébiles.

J'ai cette chanson tatouée sous la peau, là où personne ne peut voir. Les notes étirées de la guitare jouées à l'E-bow, le rythme de la batterie sur les toms, les voix en harmonie comme un filet de vent s'engouffrant dans le blouson au moment du départ mais pas seulement. I want summer sad songs behind me . Il n'y avait rien qui pouvait sonner plus juste. Comment j'avais pu ignorer cette musique aussi longtemps.

When Monday comes I want nothing, Come Tuesday morning I want the same, je vivais comme ça, que pour le week-end, et encore pas tous, le reste n'était que long distance phone call et c'est tellement plus joli dit en anglais. Our way to fall à suivre n'était que la deuxième lame, celle censée couper avant qu'on ne se rétracte. Ces deux chansons là suffisaient. Le reste ensuite importait peu mais il était à la hauteur de cet incipit.

Ce n'était peut être pas ma première chanson de la décennie mais c'était juste comme un rayon de soleil au matin venant te frapper le visage avec la sensation terrible d'être heureux de vivre. Ça n'arrivait pas tous les jours. Mais ce jour de février à la première écoute de cette chanson, c'était ça. Ça, et rien d'autre.

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mercredi, novembre 25, 2009

Arab Strap : Piglet (Album : Philophobia 1998)

Va pas falloir me demander grand chose non. Juste trois phrases comme ça pas plus. Même pas des phrases. Des mots à la suite des autres serait plus juste.

Je crois qu'il n'y a que la voix traînante d'Aidan Moffat qui m'apaise. Cette musique cotoneuse. Ces histoires de cul avec cet accent Ecossais. En fait ça ne parle pas que de cul mais aussi de sa séparation d'avec sa copine. All characters in this book are genuine, il le dit à l'intérieur de la pochette. Il parle de livre parce l'histoire est écrite comme une nouvelle. It was the biggest cock you'd ever seen, ça commence comme ça son histoire.

Un texte. Pas des chansons. Sur fond d'histoire de cul. Philophobie, la peur de tomber amoureux. C'est peut être ça qui rend ce disque si attachant. Cette manière de déballer ses histoires de fesses, parfois touchantes, sur fond de couple qui se déchire avec cette voix endormie, sur cette musique envoutante.

C'est étrange parce que je fais toujours les mêmes associations. Ça montre aussi l'importance de ce disque. C'est étrange parce que la fois précédente où j'avais mis une chanson de ce disque, elle était accompagnée d'une citation de Cercle de Yannick Haenel. Ça disait "[...] bien fait pour moi : appartenir au "monde du travail", c'est collaborer à son propre écrasement.". Et justement on en est toujours là...

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Tom Waits : Red Shoes by the drugstore (Album : Blue Valentines 1978)

Tu les voyais comment tes 18 ans. Ou plutôt tu les vois comment quand tu y penses maintenant. Je veux parler des couleurs. Plus le temps passe plus il ne reste que des couleurs dans les souvenirs.

Ils sont jaune les miens. Un jaune ocre un peu tremblotant du tube lumineux que j'allumais au-dessus de mon bureau le soir quand j'étais allongé sur mon lit, sur le mur opposé de la petite chambre. Il faisait une lumière chaude ce tube, avec la lumière se diffusant dans la pièce. C'est la couleur de mes 18 ans cette lumière. Celle qui restait allumée jusqu'à plus d'heures, pendant que j'écoutais des disques. Au casque passé les 22h30, heure à laquelle mes parents allaitent se coucher en règle générale.

Elle baignait la petite pièce dans une ambiance chaude cette lumière. Du moins je l'ai conservée ainsi dans mon esprit. Quelque chose d'un peu magique. On avait pensé, dans des années là, qu'à l'âge de 18 ans des choses changeraient, on voyait ça comme un cap à franchir, celui qui nous débarrasserait des tempêtes adolescentes. On ne savait pas encore que c'était illusoire mais on allait vite s'en rendre compte. J'avais acheté Blue Valentine de Tom Waits. Sa voix rauque, éraillée me fascinait complètement. Mes copains ne comprenait pas Tom Waits. On était début 79. Tom Waits était déjà un extra-terrestre.

C'est étrange de garder le jaune en mémoire puisque la pochette est dans les vert malgré le titre et les bleus à l'âme des chansons. Mais c'est la lumière des nuits de ces mois là, assez étranges. Tout en équilibre précaire.

A l'arrière de la pochette, on voit une station service de nuit, bien crasseuse, bien pouilleuse. Tom Waits y serre une fille contre le capot d'un pick-up sur lequel est peint Blue Valentine en lettres rouges sur l'aile droite. La fille a des longs cheveux blonds qui faisaient rêver et une belle robe rouge. Je me suis toujours demandé si elle avait les chaussures assorties. Si c'était elle, la fille de la chanson, celle avec les chaussures et la robe rouge, qui marche sous la pluie la nuit devant le drugstore, la pluie comme du Chablis renversé. De toute manière cétait un album de nuit, de pluie. Il y avait ça dans toutes les chansons. La nuit, la pluie. Et les filles.

Je ne savais pas que c'était Ricky Lee Jones au dos de la pochette, coincée contre Tom Waits. C'était sa femme à l'époque. D'ailleurs on ne savait pas encore qui était Ricky Lee Jones. On le saurait après avoir vu et revu Subway, ce mauvais film de Luc Besson au milieu des années 80. Ricky Lee Jones c'est la fille qui chante quand ce crétin de Christophe Lambert danse avec Isabelle Adjani sur le quai déserté de la station Chatelet du RER. Forcément si tu n'as pas eu dans les 20 ans et quelques quand c'est sorti ça ne te dit rien. Ce n'est pas comme s'il était bien ce film. Mais si on n'avait aimé que des choses biens...

Blue Valentine. Il est quasiment impossible de se souvenir de l'effet de cet album à la première écoute. Comme bien souvent c'était le samedi soir chez Jean Bernard Hebey sur RTL. Elle s'appelait Poste Restante l'émission. Tous les samedis soirs ou presque j'étais collé au poste, baigné dans la lumière jaune de la chambre. Tom Waits. Il charriait tellement de choses dans sa voix, on avait l'impression de pouvoir en faire quelque chose, on se disait que ça ne ne pouvait pas être inutile, d'écouter cette voix, qu'on y trouverait bien quelque chose. Quelque chose qui faciliterait un peu les choses avec les filles. Mais Tom Waits il ne passait pas plus avec elles qu'avec les mecs. Et puis, en 78, personne ou presque ne connaissait Tom Waits. Jusque là on ne l'entendait que dans les articles de Philippe Garnier dans Rock & Folk, même sans écouter les disques.

Il y a de ces chansons là dessus pourtant. Des trucs qui te parlent mais peut être qu'il faut avoir vécu un peu pour ça. Normalement. A 18 ans on connait quoi de la vie. Je n'avais pas encore vieilli prématurément pourtant en 78/79. Mais ces histoires de cartes postales de putes de Minneapolis, ces histoires de chaussures rouges, de Roméo qui saigne, de $29 ça parlait, ou plutôt ça racontait des histoires. C'était le truc de Tom Waits, raconter des histoires. Forcément, je m'imaginais dans un bar enfumé, jouer des chansons de Tom Waits sur un piano collé contre le mur, peut être sur un piano avec la touche de Fa aigu jaune de nicotine.

J'ai un vague souvenir d'avoir vu un des concerts à la télé à cette époque là. Ça avait aussi déclenché le truc. A partir de cet album. Pas le meilleur de Tom Waits pourtant, mais le premier album qu'on écoute d'un artiste, il en reste toujours quelque de particulier que le temps ne gomme jamais. Ça allait bien avec la lumière jaune de la chambre le soir. Quand les pensées s'évadent. Sur des airs de blues crasseux. C'était comme de boire un alcool fort, un de ceux encore réservé aux grands mais qu'on goûtait dès qu'ils n'étaient plus là.

Pendant longtemps j'ai sauté le premier morceau. Cette reprise du Somewhere de West Side Story. Ça ne collait pas. Ce n'était pas ma musique. C'était celle de mes parents West Side Story. Pas la mienne. Je commençais systématiquement par la seconde chanson. Celle des chaussures rouges. Il a fallu que je rachète l'album en cd à la fin des années 80 pour redécouvrir la chanson. Ce n'était plus la chanson de quelqu'un, juste une reprise pour ouvrir un disque de Tom Waits. Je me suis remis à écouter la première chanson de ce jour là.

A la fin de la deuxième face il y a Blue Valentines, avec ces accords humides, qui t'assènent que tu as raté quelque chose dans ta vie. On rentre dans le morceau comme on marche dans une flaque d'eau les soirs de poisse. Il fait prendre dix ans de plus. Invariablement. Quelque soit son âge. Dix ans de plus rien qu'à l'écouter. A 18 ans on peut encore se permettre d'écouter des disques qui font vieillir...

Ce disque sonne blues, sonne bleu, sonne noir. Mais à chaque fois que je l'écoute, je revois la lumière jaune ocre, un peu baveuse, du tube de lumière qui se trouvait au-dessus de mon bureau éclairait ma petite chambre le soir et cette chaleur qui abritait de la pluie, celle des chansons de ce disque.

(L'album est en écoute intégrale sur Spotify)

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Boris with Merzbow : Flower sun rain (Album : Rock Dream 2008)

Les Japonais aiment le bruit. Le bruit et l'électricité. L'invraissemblable foisonnement des mégalopoles de l'archipel, la densité de population y étant certainement pour quelque chose. Il y a néanmoins très certainement d'autres facteurs entrant en compte dans ce goût immodéré pour l'outrage sonore et le feedback des guitares psychédéliques.

Au sein du courant Japanoise, on trouve l'un des bruitistes le plus radical de la planète, l'empereur du bruit, à savoir Masami Akita, plus connu sous le nom de Merzbow, qui aura poussé le bruit au-delà de l'ultraviolence sonore.

Sur Rock Dream (clin d'oeil aux Rock Dreams de Guy Peellaert?), enregistré en concert (triple vinyle s'il vous plait), il accompagne en invité, assez discrètement d'ailleurs (tout est relatif), le trio Japonais Boris, avec la frêle et envoutante Wata à la guitare au son redoutable, qui, comme les filles d'Ooioo, produit un volume sonore inversement proportionnel à son physique gracile.

On pourra également noter que Boris n'est pas non plus dénué d'humour puisque la pochette de leur album Akuma no uta parodie celle de Bryter Later de Nick Drake dont la musique est tout de même aux antipodes de nos bruyants Japonais.

Sur des tempos généralement lents et pesants, le trio délivre ici une avalanche de métal et feedback sur des mélodies parfois d'une rare douceur (si, si) malgré le volume sonore. Merzbow ajoutant ses nappes bruitistes liant la pâte sonore dans une sorte de maelström noisy étourdissant. Le tout restant très écoutable. Je déconseillerais néanmoins l'écoute intégrale du disque en cas de migraine sauf à vouloir repousser les limites du masochisme.

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jeudi, novembre 19, 2009

Ooioo : Uda Hah (Album : Armonico Hewa 2009)


J'ai des soupirs Japonais. Vieux souvenirs de Cure. Le début de la fin. Ou la fin du début mais une fin de toute manière. Des soupirs Japonais. C'était un beau nom pour un album qui n'en était d'ailleurs pas vraiment un.

Il y avait du brouillard ce matin. Mine de rien il a sauvé la journée de l'ennui juste le temps qu'il se dissipe.

Des soupirs Japonais. Ooioo pour isoler des bruits de fond en parasites. Ces amazones aux peintures de guerre. Aux échos étranges, mélange de pulsions africaines tribales et jazzy, d'accents no wave électriques et débridés. No wave quand ces jours-ci sont plutôt no word.

On rentre à la nuit, balayé par les phares des autres voitures. Sur les trottoirs les piétons comme des ombres. Les lumières rouges, les lumières vertes (et le vin de framboise) comme des phares à l'entrée d'un port, règlent notre marche en avant. On va nulle part vite en oscillant sauvagement, avec cette lumière qui ne s'éteint jamais.

On se déplace de manière immobile. On ne garde que l'impression de mouvement. C'est le monde autour qui bouge. Nous, on reste là, figé, les pieds ou les roues dans le bitume. On pousse des soupirs Japonais. En se disant qu'ils dépaysent. En mouvement immobile.


NOTA : Ces quatre Japonaises ont eu le bon goût d'appeler KMS un morceau de leur album précédent, et ça c'est la classe internationale.

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After Dinner : Ironclad Mermaid (Album : Paradise of replica 1989)

Des perles. Nacrées et irisées. Sa voix, sa musique. Des perles.
Rester au Japon. Quelques temps. Ou plus. Rester au Japon. Après dîner. C'était un Chirashi.

Je ne sais pas s'il y a des mots pour décrire cette musique. Baroque. Folle. Pure et complexe à la fois. Pas violente. Douce. C'est comme si on voyait les étoiles dans le ciel s'allumer une à une, s'éteindre puis se rallumer. J'y trouve parfois des échos d'Henry Cow.

Ou des anciennes réminiscences de dessins, enfant, sur la buée des vitres l'hiver, tracés avec le doigt, juste pour le petit bruit du chuintement de la peau sur la vitre humide. Regarder ensuite, les gouttes d'eau perler, et faire comme des larmes au dessin. Une certaine idée de la beauté...

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lundi, novembre 16, 2009

Nisennenmondai : Pop Group (Album : Neji/Tori 2008)


Lundi matin. Réveil. Trop tôt. La nuit non terminée. Le manque. De sommeil. D'envie.
Bruit.
Lundi. Les files d'humains. Les uns derrière les autres. Avec la haine du prochain à fleur de peau.
Bruit.
Les files de voitures. Ininterrompues. Ressentir la ville comme des bruits.
Bruit.
Les carcasses métalliques en grincements stridents. Bruits de broyeuses. Bruits de tôles. Crissements. En accéléré.
Bruit.
Tous les jours. Recommencer. Encore. Pareil.
Bruit.
Des existences qui ne sont plus que bruits. Le monde.
Bruit.
Inlassables. En accéléré. Plus vite.
Bruit.
Le métal contre le béton. Le béton contre le béton. Le métal contre le métal. Les hommes contre les hommes.
Bruit.
Les hommes contre les hommes.
Bruit.
Des paroles comme des bruits. Des écrits comme des bruits. Un état comme des bruits. Des informations comme des bruits. Des peurs comme des bruits. Des pensées comme des bruits. Des jours comme des bruits. En accéléré.
Bruit.
Des vies comme des bruits. Des hommes et des femmes comme des bruits. Les autres comme des bruits. L'asphyxie par le bruit.
Lundi.
Bruit.
Demain. Encore.
Bruit.


(NOTA : Que le
Bruit
n'empêche pas d'écouter les trois (3) filles de Nisennenmondai (mattez la batteuse))

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Beth Gibbons & Rustin man : Show (Album : Out of season 2002)

Sur une chanson de ce disque, Sand River, elle chante ces deux mots, Autumn leaves, d'une manière qui colle à la peau. Avec cette façon de laisser trainer la voix sur leaves. J'y repensais ce matin en allant au marché en voyant toutes les feuilles tombées des arbres cette nuit avec le vent. Autumn leaves. Le reste de la chanson n'est pas vraiment à la hauteur de ce début, de juste ces Autumn leaves, peut être le beauty's got a hold on me à la suite mais le reste est un cran en dessous. Dommage.

J'avais oublié ce disque pas complètement inoubliable non plus ce qui explique cela (je crains que tout le monde ne l'ait oublié en fait) malgré quelques belles choses dessus. Je n'avais pas dû l'écouter depuis cet automne 2002 où Beth Gibbons en hiatus de Portishead l'avait sorti avec Paul Webb (Rustin man) (ancien bassiste de Talk Talk).

L'album se veut calme et dans des ambiances jazzy soft. C'est peut être ça le problème, inégal, il manque un peu de prises de risques et est trop propre à mon goût. Il manque sur la moitié des chansons le petit grain supplémentaire qui le rendrait plus accrocheur. En dehors des Autumn leaves, d'une ou deux autres chansons (Funny Time Of Year et Drake). Et d'une perle d'une tristesse insondable noyée au milieu, parfaite les samedis après-midi d'automne sous un ciel sombre, méritant d'être sauvée de l'oubli dans lequel je l'avais laissée.

Un piano, un violoncelle, une voix, quelque chose dans ce mélange, surtout dans sa voix, glissant sur l'épiderme. De celle qui fait frissonner, comme si elle était baignée par l'esprit de Nina Simone. Une émotion palpable. Let the show begin, It's a sorry sight, Let it all deceive, Now I'm pains in me that I've never found. Pas grand chose pourtant. Quatre mesures en boucle sur un seul et même accord de Si bémol mineur 7, arpégé sur le même motif durant toute la chanson, et la basse jouant une note par mesure, Sib, La b, Fa# et Fa. Le violoncelle en écho de la voix par instant. Autant dire rien musicalement. Rien. Mais pour un peu ça nous tirerait des larmes.

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Miles Davis : Nuit sur les champs Elysées (take 2) (Album : Ascenseur pour l'échafaud 1957)

Les lumières brillaient dans Paris hier soir peut être aussi un peu en raison de ce joli concert. J'ai traversé la place de Clichy pour retrouver la rue de Douai, la descendre jusqu'au square Berlioz. C'était aussi la trompette dans ce concert. Ce type discret, bien droit, dans l'ombre, intimidé aussi, très attentif, dont la trompette renvoyait des éclats de lumière rouge. C'est parti de là.

L'air était clair comme il peut l'être en hiver. Je suis rentré tranquillement en prenant un chemin différent, j'ai emboîté la rue de Calais puis je suis descendu la rue blanche et filé par Chateaudun, pour remonter par la rue La Fayette.
Miles Davis était dans la voiture et j'ai repensé au film de Louis Malle, Ascenseur pour l'échafaud, aux scènes du Paris nocturne de l'époque, les phares des voitures et les rues bien moins éclairées, les voitures aux carrosseries imposantes, la démarche de Jeanne Moreau sur le rythme de la contrebasse, une lenteur qui n'existe plus, les vitrines qui scintillent.

Il ne jouait pas ce disque Miles dans la voiture, des choses plus modernes et plus électriques. Tout comme la ville maintenant.

J'avançais doucement, je pensais aux images floues de ce film, il me reste des images floues, ou bien est-ce que la netteté s'efface avec les années? Et le noir et blanc granuleux, comme de la fatigue sous les paupières. Parfois, certains soirs, basculer le monde en noir et blanc, pour le ralentir. Les images en noir et blanc sont plus lentes. Hier soir je roulais en noir et blanc.

(Pour PdB qui marche dans Paris la nuit)

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The Apartments : Every Day Will Be New (acoustic version) (AlbumSingle promo : Sunset Hotel 1994)

Je me suis réveillé trop tard. Je suis monté dans le trains des Apartments et de Peter Walsh quand Apart est sorti. En 2000 alors qu'il datait de 97, un peu en catimini. Le plus faible sûrement. Avant qu'ils n'aillent s'arrêter sur une voie de garage. Oubliés de beaucoup. La carrière des Apartments est de toute manière un modèle de discrétion.

C'est là que je suis remonté dans le temps, année après année pour retrouver leurs (rares) disques. 95, A life full of farewells, le plus beau peut être même si à chaque fois que j'écoute Drift, qui m'a fait remonter jusq'en 92 je me pose la question.
Je suis ensuite remonté loin. Jusqu'en 1985 pour le premier album en points de suspension, et en 85 j'étais aux antipodes de The Apartments, pas seulement parce qu'ils viennent d'Australie. Il y a eu, bien avant, un EP sorti en 1979 en Australie et à jamais disparu.

Ce début de millénaire avec ces automnes humide et ces hivers venteux collait parfaitement à cette musique. Sans même parler du reste. Comme si quelque part on concentrait en quelques années une vie pleine d'adieux. J'ai probablement cherché longtemps dans l'écho des chansons de ces disques des réponses à des questions qui n'en avaient pas.

Il en reste des disques que l'on déguste maintenant comme un vieil armagnac vintage ou un cognac hors d'âge. Des instants rares à savourer.
Cet après-midi j'ai remis sur la platine tous les disques de The Apartments. Dans le désordre, comme pour renverser et bouleverser le grand sablier du temps. Juste parce que ce soir Peter Milton Walsh joue sur scène à Paris...

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Einstürzende Neubauten : Steh Auf Berlin (Album : Kollaps 1981)

"In Berlin, by the wall, you were five foot, ten inches tall, it was very nice. Candelight and Dubonnet on ice"

Je me souviens des images au journal télévisé ce soir là tard et le lendemain, il y a vingt ans, de ces Berlinois avec des marteaux dérisoires, des barres de fer, des pioches, s'attaquant au mur qui avait coupé leur ville, leur pays en deux depuis 28 ans. Je me souviens avoir suivi les évènements en direct à la télé. On y voyait ces gens dansant et applaudissant, debout sur le mur, et cette foule passant les check points. Je me souviens aussi plus tard, le lendemain je crois, de cette image de Mstistlav Rostropovitch jouant un prélude de Bach devant le mur, coté ouest, reconnaissable par tous ses tags colorés, en direct sur France 2.

Le plus impressionnant, n'était peut être pas la chute de ce mur de béton, mais la chute du mur de la peur, qui faisait franchir en masse, la frontière aux Allemands de l'est.
J'étais au chômage depuis quelques mois, dans ces périodes de désoeuvrement où l'on suit avec espoir tout évènement télévisuel susceptible de pimenter l'ennui morne du quotidien. Il est dommage qu'à cette époque je n'écrivais pas. J'eusse aimé pouvoir lire, vingt ans plus tard, mes réflexions sur l'actualité de ces jours là.

C'était toute une époque qui s'effondrait en même temps que le mur. Les gens de ma génération ont tous eu quelqu'un de leur famille ou de leurs amis (voire eux-mêmes) parti faire leur service militaire (cette "chose" existait encore...) dans l'une des bases du secteur Français de Berlin et ayant raconté ce mur coupant la ville en deux, les miradors, les mesures de sécurité. La peur que suscitait le monde de l'Est de l'autre coté. La peur qui étreignait ceux qui pouvaient passer le mur pour une courte visite ou pour une mission militaire. La peur de l'inconnu aussi.

C'était peut être ces récits et le fait que la ville ainsi encerclée faisait penser à une île qui m'a toujours fasciné. Le fait aussi qu'elle fut fortement ancrée dans la culture musicale contemporaine.

Après l'album culte de Lou Reed il y avait forcément la trilogie Berlinoise de David Bowie. Low/Heroes/Lodger. Même si elle porte bien mal son nom puisque seule une partie de Low (la 2ème face) et l'intégralité de Heroes ont été enregistrés à Berlin où Bowie s'était installé avec Iggy Pop en 77. Plus précisément au studio Hansa, Hansa by the wall, puisqu'il se situait le long du mur, dans le secteur sud-ouest de la ville, à Tiergarten. Ce même studio où U2 en mal d'inspiration ira y enregistrer Acthung Baby en... 1990.

L'influence de la ville et de son mur se fait sentir dans la musique de Heroes, plus particulièrement sur la deuxième face majoritairement instrumentale où la musique de Sense of doubt évoque la lenteur des rondes des gardes Est Allemands le long du mur une nuit d'hiver.

En 1982 c'est Nick Cave et son Birthday Party qui viendront s'installer à Berlin. Cave y passera une grande partie des années 80. Il y écrira son roman et y fondera ses Bad Seeds avec un certain Blixa Bargeld qui dès 1980 noyait sa musique sous un déluge de bruits industriels et de percussions métalliques au sein d'Einstürzende Neubauten.
S'il y a une musique qui caractérise le Berlin des années 80, sa position particulière en même temps que le développement d'une culture alternative et hors normes par son coté difficile et exigeant, c'est bien celle-ci. A un tel point que la musique d'Einstürzende Neubauten changera après 1989 en s'adoucissant et en se normalisant (ceci reste néanmoins relatif).

Il faut absolument regarder cette vidéo d'Autobahn filmée en 1981 à Berlin pour comprendre l'atmosphère irréelle de la ville de ces années là. De tels décors urbains expliquant finalement assez bien l'émergence d'une scène alternative et des squats d'artistes fleurissant un peu partout dans la ville.

L'incorporation dans la musique du groupe de bruits de perceuses, de marteaux piqueurs, de marteaux frappant la pierre ou le métal, préfiguraient quelque part la bande son de la destruction du mur par les Berlinois les 9 et 10 novembre 1989. Comme dans Steh Auf Berlin (Réveille toi Berlin) figurant sur leur premier album datant de 1981.

Je me souviens aussi que l'année suivant la chute du mur, on m'avait offert, probablement à noël, un CD un peu particulier de la 9ème symphonie de Beethoven. L'enregistrement de celle-ci avait eu lieu à Berlin le 25 décembre 1989, le premier noël de la ville après la chute du mur.

La particularité du disque, une édition limitée (enfin pas tant que ça puisque j'ai le n° 60337), est d'offrir un petit morceau du mur de Berlin. Connerie marketing de l'époque. Ils ont même ajouté "L'évènement de l'année" en lettres noire sur fond jaune. C'est probablement ce qui avait dû décider la personne (oubliée) qui me l'avait offert...

On trouve donc dans le boîtier du CD un petit morceau de pierre dont un certificat en atteste formellement la provenance du mur de Berlin, dont on imagine qu'il provient du travail de l'ouvrier avec son marteau et son burin figurant sur la photo de la pochette. L'interprétation de la 9ème est par ailleurs assez bonne, même si l'on est loin des sommets de celle de Furtwangler en 1951 avec Elisabeth Schwarzkopf. On sent néanmoins dans les choeurs du dernier mouvement, An die Freude (Ôde à la joie), qui est d'ailleurs l'hymne Européen, une certaine exaltation, signe de l'importance de l'évènement célébré.

Le packaging assez ridicule de la chose donnant néanmoins une piètre idée de la récupération mercantile d'un évènement historique à la fin des années 80... tout à fait dans le ton des commémorations vingt ans plus tard...

Je ne suis jamais allé à Berlin, même après toutes ces années. Ça viendra. Je l'espère. Je sais que j'irai marcher un peu le long du tracé de l'ancien mur parce que son absence comme son ancienne présence fait partie d'une certaine manière de ma vie. Même si quelque part, je regretterai son influence sur la musique d'Einstürzende Neubauten. Mais cela pèse finalement assez peu dans la balance...

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Stinky Toys : You close your eyes + Lonely Lover (Album : Stinky Toys 1977)

C'est quand qu'on va mourir ? Je posais cette question hier. C'est quand qu'on va mourir ? Pour Jacno c'était dans la nuit de jeudi à vendredi. Encore un putain de cancer...

Il y a des gens quand ils s'en vont, ils emmènent avec eux un bout de notre jeunesse, un bout de notre adolescence. Jacno c'était d'abord les Stinky Toys pour moi. Un des tout premiers groupes punk français dès 76.

Etait-ce la présence de la jolie Elli Medeiros au chant qui faisait qu'on en parlait autant dans la presse (jusqu'à faire la couverture du Melody Maker malgré des commentaires peu élogieux sur leurs concerts)? Il n'empêche qu'ils avaient fait la première partie des Sex Pistols en 76 lors d'une tournée Anglaise. On suivait leurs aventures dans les pages du "Rock d'ici" de Best ou les colonnes de Rock & Folk.

Je me souviens particulièrement de ce pastiche de roman-photo que Rock & Folk avait publié dans le n° de juin 77 (En couverture Stevie Nicks (les filles du rock)(sic) et en disque du mois : The Beatles Live at the hollywood bowl). Les Stinky Toys ne sortiraient leur premier 45T que le mois suivant.
Il y avait dans ces images quelque chose du rêve rock'n roll qui faisait obligatoirement rêver les ados dont je faisais partie. La belle Elli faisait fantasmer aussi il faut bien l'avouer...

    
(il faut cliquer sur les images pour les voir en grand)(le texte accompagnant les images est croquignolet aussi)

Leur premier album, bien moins mauvais que ce que l'on avait bien voulu en dire dans la presse à l'époque, je crois bien que c'est le 2ème disque punk que j'ai acheté, juste après Nevermind the bollocks... Avant le premier Clash pourtant sorti plus tôt. Tiens c'était il y a tout juste trente ans.
Je n'ai jamais acheté le suivant, sorti trop tard, le monde avait changé. Jacno l'avait d'ailleurs très bien compris puisqu'il était passé à autre chose dès 1979 et en forme géométrique sortait Rectangle et Triangle. Des petits bijoux de pop synthétique plus influencés par Kraftwerk que le punk.

Il en suivra le duo électro-pop avec la jolie Elli sur lequel on dansera au début des années 80 (Anne cherchait l'amour, Main dans la main (et la mini jupe rouge d'Elli...), Je t'aime tant...). Ces deux albums que j'avais chacun sur une face d'une K7 C90 et qui ont été volées dans la voiture il y a bien longtemps... Il y a aura aussi la B.O. et leur apparition dans Les nuits de la pleine lune de Rohmer... Plein de chose que je n'avais pas écoutées depuis longtemps. Jusqu'à hier soir...

Et puis peu importe après tout. Avec le temps il en restait surtout ces rêves brumeux d'adolescence sur fond de jeunesse punk et libérée, comme dans ce foutu roman-photo, cette jeunesse qu'on n'aura pas su vivre ainsi.


Bonus track : un détail du verso de la pochette en forme de clin d'oeil à quelqu'un qui se reconnaîtra

Nota 1 : La chanson Lonely lovers sera adaptée quelques années plus tard pour Lio, deviendra méconnaissable et Amoureux solitaire
Nota 2 : les deux morceaux craquent un peu, ils sont repiqués directement du vinyle

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King Crimson : 21st century schizoid man (Album : In the court of the crimson king 1969)

empreinte du chat sa griffe en terre sur ton visage ce qu’il lacère en toi ce qui du sang de cicatrices empreinte posée d’une marque tu ne t’en déferas plus ce signe de reconnaissance cette connivence même fausse empreinte ça et l’être non mais plus jamais comme sans empreinte du chat griffe d’acier griffe métal griffe aveugle tandis que là un peu plus haut plongent et fouaillent charcutent au-dedans cervelle mâchée lobes éventrés leur cri qu’ils en réclament davantage s’acharnent évident à pleines mains qu’il n’en reste rien quand s’ouvrira la porte que libérée l’ombre qui s’y glisse poison paranoïa poison du seul et des mains vides poison silence twenty first century schizoïd man ces traces de sang enchevêtrées difficile d’encore oser un pas quand ces flaques ces fils de fer barbelés trop peur de s’y engluer de s’y déchirer assis dans ton fauteuil n’en plus bouger attendre attendre sourire en coin regarder se consumer le bûcher des politiques tant de flammes tant de corps tu n’as plus que paroles pour pleurer les innocents twenty first century schizoïd man semences de mort du creux de ta paume aux tréfonds de tes entrailles derniers sillons qui vaillent et qu’on n’en parle plus puisque reine l’avidité des aveugles silence et recroqueville te tais t’oublies t’émeus t’indigne lointain de tout hors de ta portée que crèvent de faim les poètes ou qu’agonisent des gosses dans un coin de ton toi l’image et sa chanson le refrain pathos qui glisse pas de trace sinon la griffe griffe d’acier griffe de métal griffé aveugle quand rien de ce que tu as tu n’as vraiment besoin twenty first century schizoïd man

Michel Brosseau

"Tiers Livre et Scriptopolis sont à l'origine d'un projet de vases communicants: chaque premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d'un autre. Circulation horizontale pour produire des liens autrement. Ne pas écrire pour, mais écrire chez l'autre."

Dans le cadre ce projet j'ai ouvert ma porte à Michel Brosseau, vous pouvez donc retrouver mon texte chez lui.

D'autres participants :
Petite racine et Juliette Mézenc
Annie Rioux et Philippe Maurel
Ligne de vie et Balmolok
Biffures Chroniques et L’arbre à palabres
Enfantissages et La méduse et le renard
Tentatives et Brigitte Célérier
Pierre Ménard et Joachim Séné

mercredi, novembre 04, 2009

Cornelius : Omstart (Album : Sensuous 2007)

Je n'ai pas envie d'y retourner demain. Pas envie de me lever. pas envie d'aller travailler. Pas envie de voir ces gens. Pas envie de leur parler.
Je voudrais juste qu'on me laisse tranquille. Qu'on me laisse dormir le matin. Qu'on me laisse traîner tranquillement. Lire les infos en buvant mon thé.
Je n'ai pas envie d'y retourner demain. Pas déjà, c'est trop tôt.
J'ai juste envie, demain matin, de rester tranquille, et d'écouter Cornelius (il faut écouter) toute la journée et me dire qu'un jour j'irai au Japon.

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Bauhaus : Bela Lugosi's Dead (Album : Press The Eject And Give Me The Tape 1979)

C'est encore une histoire de basse. Il y a eu cette journée sombre comme un film de Murnau, cette humidité poisseuse. On imaginait déjà à la nuit les halos brumeux autour des lampadaires et le pavé luisant. Un temps de vampire si tant est que les vampires traînent encore leurs capes noire dans nos villes surpeuplées et qu'ils soient sensible à la météo.

Réécouté des vieux Bauhaus toute la journée. Ça avait commencé hier soir. Des jours comme ça où on laisserait se dérouler à l'infini le motif répétitif de la basse de Bela Lugosi's dead. Ces trois notes en descente.

Trente ans qu'elles se répètent. Etonnant même qu'elles ne finissent pas par lasser. Après on ne sait plus si le pouvoir évocateur de cette musique tient vraiment dans ces trois notes, dans la voix inquiétante (pour ne pas dire sépulcrale) de Peter Murphy, dans la guitare ou dans tout l'imaginaire et l'inconscient collectif auxquelles elles se rattachent rien que par l'évocation de cet acteur spécialisé dans les rôles de vampire.

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Alice Coltrane : Turiya And Ramakrishna (Album : Ptah, the El Daoud 1970)

J'avais juste envie de me taire. Me taire et écouter la beauté du piano d'Alice Coltrane dans ce morceau magnifique. Avec le gondement de la contrebasse de Ron Carter. On voudrait qu'il ne s'arrête pas ce morceau, parce que l'on sait que lorsque la dernière note aura finit de résonner on aura perdu quelque chose. Quelque chose qu'on ne retrouvera qu'en remettant ce morceau au début...

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