Tyrannosaurus Rex : Dwarfish Trumpet Blues (Album : My People Were Fair and Had Sky in Their Hair... But Now They're Content to Wear Stars on Their Brows 1968)

Disons le tout net, Devandra Banhart est un sale copieur. Il a tout pompé sur Tyrannosaurus Rex. La guitare, les percussions fleurant bon le henné et le patchouli, le folk hippie garanti made in shilom, tout. Jusqu'à la voix chevrotante de Marc Bolan. Oui le Marc Bolan qui après avoir raccourci le nom de son groupe en T.Rex (il a bien fait), s'est lancé dans le glam rock avec le succès que l'on connait (Telegram Sam, Get it on, Hot Love et Children of the revolution entre autres).

A la fin des années 60 et avant de passer à l'électrique, Tyrannosaurus Rex faisait dans le folk mêlant influences Indiennes et fééries sorties directement du Seigneur des anneaux. Quatre albums (très bons d'ailleurs) sortis entre 1968 et 1970. La suite de l'histoire est connue (Cf. ci-dessus) jusqu'à ce 16 septembre 1977 où sa petite amie, Gloria Jones, fracassa sa Mini 1275GT contre un platane, tuant sur le coup Marc Bolan alors qu'il commençait à être oublié de tous.

Son premier album au titre à rallonge a également trois particularités. La première est que l'on y entend John Peel lire un conte inspiré par Tolkien à la fin d'une chanson. La deuxième est que c'est un des premiers albums produits par Tony Visconti qui se révèlera surtout quelques années plus tard en produisant Electric Warrior de T.Rex mais aussi la trilogie Berlinoise de David Bowie (Low/Heroes/The lodger).

La dernière concerne la pochette hallucinante de ce disque. Celle-ci a été dessinée par George Underwood, un ami de Bowie qui transformera également à l'aérographe la photo de la pochette immortelle de Ziggy Stardust.... Le même George Underwood qui est entré dans l'histoire le jour où il a frappé David Bowie lorsqu'il avait 15 ans, dans une bagarre stupide pour une fille. Son coup de poing ayant blessé l'oeil gauche de Bowie, entraînant une dilatation permanente de sa pupille, lui donnant l'impression d'avoir des yeux vairons.

Quant à ce copieur de Devendra, vous n'entendrez plus ses disques de la même manière après avoir entendu Tyrannosaurus Rex.

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David Sylvian : Small Metal Gods (Album : Manafon 2009)

J'habite près du cimetière. Enfin pas très loin, une cinquantaine de mètres. Je ne le vois pas de mes fenêtres, elles donnent sur le parc à l'arrière. Généralement on n'y pense pas. Sauf à la Toussaint où les trottoirs sont envahis de voitures et où les chrysanthèmes fleurissent devant l'entrée.

Je ne vais jamais dans les cimetières je n'aime pas ça. Sauf en touriste. Pour les vielles tombes ou pour l'ambiance.

Le temps pour ce jour de repos est un temps de Toussaint. Gris, lent et morne. Un temps à traîner et à écouter le nouveau David Sylvian qui peut difficilement s'écouter en dehors de l'automne agonisant ou de l'hiver. Il parait austère comme une robe de bure (neuve)(je précise) au premier abord ce disque, tout autant, voire un peu moins, que le précédent, Blemish. Il faut le laisser pénétrer l'esprit, le corps.

La musique de David Sylvian c'est la feuille morte qui se décompose lentement sur le sol humide sous une bruine fine mais pénétrante comme sa voix. Le bruit de fond de la pierre et du bois humide. Les instruments sont ici accessoires même si on y entend les bruits étranges de Fennesz.

Les chrysanthèmes ocre seront vite fanés sur les tombes, la rue devant le cimetière retrouvera son calme habituel. On profitera de ce disque jusqu'au printemps.

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Mendelson : Marie Hélène + Café Tabac (Album : Live 2001)

Il y avait du brouillard hier matin. Enfin une brume plutôt qu'un brouillard. Ou un brouillard timide, qui se cache un peu, qui n'ose pas. La lumière du soleil se perdait dans cette brume montant de la terre humide et froide, c'était beau. Comme on n'a pas le temps comme il faut y aller on ne prend même pas le temps de vraiment de regarder. Il aurait fallu faire des photos. Ça va finir qu'un matin je prendrai l'appareil et je n'irai pas au bureau. Je n'irai plus au bureau. Pour aller photographier la brume ou le brouillard quand il se sera un peu plus affirmé. Le matin. Quand la lumière du soleil se cache derrière.

Ça a pris la journée mais ce matin au bureau j'ai mis Mendelson, à cause du brouillard de la veille. C'est pareil la musique de Mendelson. C'est la lumière du soleil dans la brume. Tu sais il y a des chansons comme ça on ne peut pas s'en débarrasser. Elles restent collées à l'intérieur. Le brouillard je l'avais déjà mise. La chanson 155. Tu vois comme ça file, ça fait presque trois ans.

C'est marrant parce que dans la chanson il parle d'une voie de garage perdue dans le brouillard avec des tour fantômes gardant des terrains des vagues et le fleuve de boue. Il y a quelque chose comme ça juste avant le pont sur la Marne. Elle n'est pas boueuse la marne en ce moment, ce n'est pas l'époque, mais le brouillard sur ce grand espace nu avec les wagons posés là, c'était comme cette chanson. Je n'ai pas pris de photo il n'y a plus qu'à imaginer. Faut fermer les yeux pour ça. Fermer les yeux et rêver. Est-ce qu'on le fait si souvent que ça. Se dire tiens là je vais imaginer. Imaginer c'est comme partir en voyage. Même dans le brouillard.

Ce matin il n'y avait plus de brouillard. Mais on a pris notre temps. C'était bien.

(Comme j'avais déjà mis Le Brouillard (que l'on peut quand même écouter), j'ai préféré mettre Marie Hélène ("si elle savait que tu l'as perdu ton tricycle...") + Café-tabac, mais de toute manière, je l'ai déjà dit au moins dix fois, il y a ce live sur leur site à charger gratuitement. Et il est totalement INDISPENSABLE...)(comme leurs albums qu'il faut TOUS acheter)

(et regardez donc Moindre Poésie, un beau documentaire sur Pascal Bouaziz et Mendelson)

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Centenaire : Farmers Underground (Album : 2 (the enemy) 2009)

Je vieillis. Je le sens bien. A l'intérieur. Le corps s'affaisse. Lentement mais sûrement. Je vieillis ça se voit. Bien sûr, les "gens de mon âge" ne dansent peut être pas souvent dans leur salon sur des musiques bruyantes. Peut être qu'ils ne jouent pas souvent de air guitar même sans qu'il y ait de musique. Peut être qu'ils ne frappent pas souvent des batteries imaginaires dans des gestes improbables. Peut être qu'ils ne glissent pas en chaussettes sur le carrelage de la cuisine et du couloir. Peut être non. Mais je vieillis.

"People my age They don't do the things I do" chantait Neil Young sur I'm the Ocean en 95, il avait juste cinquante ans. Comme Morrissey et son malaise sur scène ce week-end. On vieillit, je le sens bien.

Souvent les paroles d'Iggy Pop reviennent en mémoire. A mesure que l'on approche des 50 elles deviennent plus qu'évidence. Surtout quand on sent la fatigue dans les os, dans les muscles. On se demande parfois si on ne commence pas à entrer dans une période sursitaire. Mais en même temps on finira peut être tous centenaire...


(Ce 2ème album de Centenaire, sorti cette année chez Clapping Music, est passé plus inaperçu que le Yeti Lane alors qu'il est plus intéressant de mon point de vue. Et pour une fois que j'aime bien un album Français qui en plus a un petit coté Hood sur cette chanson...)

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Love Live Life + One : Love Will Make A Better You (Album : Love Will Make A Better You 1971)

Il faut l'avouer, je ne sais absolument rien de ce groupe Japonais. On trouve d'ailleurs peu de choses sur eux sur le net. Gageons que si l'ineffable Julian Cope n'avait pas classé cet album au 6ème rang de son classement dans Japrocksampler il serait encore plus obscur.

Enregistré au début des seventies c'est le seul album de ce groupe aux dimensions a priori variables, intégrant des musiciens d'horizons divers. La première plage qui fait toute la première face de cet album extrêmement rare en vinyle (il y en a deux à vendre en ce moment à 400 € ou à 600€)(je ne l'ai pas, pas la peine de venir me cambrioler) mélangeant allègrement un jazz tutoyant le free avec des plages expérimentales avant d'être laminé par des guitares fuzz sur lesquelles nage une flute traversière flirtant avec du progressive rock.

Les morceaux plus courts de la 2ème face tirent nettement vers une sorte de rock garage psyché (ces guitares fuzz qui déchirent tout) avec des accents jazzy ou funky à la Funkadelic des deux premiers albums. Tout cela est parfois confus mais a gardé une fraîcheur étonnante. En tout cas sur cette chanson, les guitares un peu en vrac balancent la sauce, les pédales fuzz dans le rouge.

(Compte tenu que l'album est quasiment introuvable (même la réédition cd), on pourra "l'écouter" ici)

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The Cure : The Snakepit (Album : Kiss me Kiss me Kiss me 1987)

Je me souviens que Kiss Me Kiss Me Kiss Me est le dernier album des Cure que j'aie acheté en vinyle à sa sortie, en 87. Même si j'ai aussi Disintegration et Entreat, mais ils ont été achetés d'occasion bien après leur sortie. C'était une fin et un début en même temps cet achat, le CD qui balayait le vinyle, et on était exactement dans ces instants là. Les études terminées, chacun avait son appartement, quelques uns commençaient à se mettre sérieusement en couple mais en même temps personne n'avait encore d'enfant. Il y avait toujours le week-end ce petit sentiment de liberté et d'insouciance minutée.

Cure était une sorte d'oasis rock au milieu du classique et du jazz que j'écoutais principalement ces années là, entre 87 et 89. N'ayant pas été capable d'écouter ce qu'il fallait j'écoutais autre chose. Un virage à 90° si ce n'est plus. Je découvrais Coltrane et les opéras de Wagner. Cure nageait entre deux eaux au milieu de ces immensités musicales.

La première fois que j'ai entendu cet album, c'était un samedi après-midi dans l'appartement de Philippe et de sa copine dont le nom s'est perdu au fil du temps, sur ses enceintes, ses Pierre Etienne Léon M4 qui seraient miennes l'année suivante puisque je lui rachèterais. Elles trônent toujours dans mon salon.

On avait trainé les magasins de hi-fi cet après midi là. Entre garçons. Virée parisienne de différents magasins et écoute comparée. On commençait à gagner notre vie on pouvait commencer à se payer du matériel de qualité.

On bossait tous mais on avait gardé quelque chose du rythme étudiant avec des sorties fréquentes le soir en semaine, à moins de trente ans tu peux encore t'amuser à ça, le corps suit sans problème. Le pire c'est qu'on y croyait à cette nouvelle vie. Travail, carrière, famille, ça fait frémir rien que de l'écrire, même si ça n'était qu'à l'état larvaire cette année là chez les uns et les autres on sentait bien des espoirs partagés. On avait été formaté pour ça de toute manière. Il ne fallait pas s'en étonner.

Je n'écoutais Cure que depuis deux ans, depuis The Head on the door, même s'il y avait eu le maxi Let's go to bed avant ça. J'avais vite rattrapé mon retard cela dit. Je jouais déjà mon snob en préférant les anciens, la trilogie 17 seconds/Faith/Pornography.

Kiss me trois fois en était bien éloigné, dans la continuité de The head on the door. Un drôle de disque, inégal, insatisfaisant, avec cette dose d'artificialité que l'on retrouvait dans nos vies. Ces synthés trop présents, cette volonté d'en faire trop. Ce son brouillon comme pour masquer le manque de substance. Trop superficiel pour vraiment convaincre. C'était indécelable à ce moment là mais c'était juste une musique catalysant un certain air du temps de ces années, avec tout ce qu'il pouvait y avoir de concessions pour y arriver.

On en était là nous aussi. C'était les années 80, on était dans le ton, même si ce n'était pas très malin. Il ne me faudrait pas tant que ça ensuite, pour lâcher l'affaire. Robert Smith se reprendrait aussi avec Disintegration. Le dernier de la bande vu pour la dernière fois il y a dix ans y était toujours, on ne savait plus quoi se dire. La quoi? carrière professionnelle? Sa nouvelle voiture? Les autres étaient déjà perdus de vue depuis quelques temps. Les disparitions de la vie. Les gens disparaissent c'est toujours comme ça.

Il y a avait pourtant quelques chansons perdues au milieu de ce double album qui sortaient un peu du lot. Torture, If only tonight we could sleep et son sitar, The Snakepit et son coté arabisant, et forcément Just like heaven, ce morceau qui avait été composé à l'origine pour le générique de l'émission Les enfants du rock. Philippe l'avait acheté en cd cet album et s'était fait avoir d'une chanson, Hey you (pas la meilleure cela dit)(loin de là), qui ne rentrait pas sur le cd. Ca permettait de nous amuser dans des pseudos querelles stupides sur les supports, défendant (déjà) le vinyle contre le cd que Philippe portait au pinacle.

La pochette en tout cas, ces lèvres brillantes sous un rouge à lèvre rouge vif, était bien plus belle en vinyle. Même si elle annonçait une sensualité qu'on avait du mal à retrouver dans la musique.

Il y en avait eu d'autres des samedis comme ça, mais celui là est resté peut être bien parce que ce jour là je suis tombé amoureux de ses enceintes quand on a enlevé Kiss me par 3 et mis la compil avec Other voices et sa grosse basse qui sonnait comme jamais.

J'ai pris rapidement ce disque samedi dernier pour l'écouter dans la voiture (j'ai fini par le graver sur cd malgré tout)(sans Hey you) en amenant ma fille à un anniversaire, parce que l'étagère où il se trouve est à coté de la porte, départ précipité pas le temps de chercher. C'était le hasard mais il n'y a jamais vraiment de hasard. Toutes ces images me sont revenues sur le chemin du retour. Un peu plus de vingt ans plus tard, Just like heaven fait toujours un petit frisson le long de la colonne vertébrale pour tout ce qui lui est attaché.

Les disques finalement, ressemblent à ces souvenirs en filaments enfermés dans des flacons que l'on voit dans les histoires d'Harry Potter. Pour les lire il faut utiliser un drôle d'appareil où il faut enfoncer sa tête. On n'en est pas si loin avec les disques. J'y ai inscrit entre les sillons des des disques des souvenirs oubliés. Il suffit d'écouter les disques pour les retrouver.

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Miles Davis : Willie Nelson (Album : Complete Jack Johnson Sessions 2003)

Non il n'y aura rien à dire. Juste Miles. La basse hypnotique de Dave Holland et on parlait de basse hier. Le groove de Jack Dejohnette. La guitare de McLaughlin et surtout celle de Sonny Sharock qui doit expliquer ces bruits d'extra-terrestres en perdition. Un Miles presque bruitiste du coup. Sur le coffret des Jack Johnson sessions, il y a six prises totalement différentes de Willie Nelson. Oui. Ce Willie Nelson aussi étrange que ça puisse paraître.

Miles. On y reviendra. Les cinquante ans de Kind of Blue. L'expo We want Miles à la cité de la musique. On y reviendra.
Là ce soir il n'y a rien à dire. Juste que Jack Johnson était un boxeur (le premier qui me parle du surfeur aux chansons mièvres...). Noir. Le premier noir champion du monde chez les poids lourds en 1908. A une époque où il était mal vu que les boxeurs noirs battent les blancs.

C'est justement ce qu'à fait Jack Johnson. En 1910, lors du premier "combat du siècle", Johnson battit un crétin qui avait déclaré vouloir prouver qu'un blanc était meilleur qu'un "nègre". Il jettera l'éponge au 15ème round. Ca ne fit qu'accroître la popularité de Johnson auprès des noirs. Mais le soir même des émeutes raciales éclatèrent. Ou plutôt, on considéra bien souvent comme "émeute" les scènes de joie du peuple noir devant la victoire d'un des leurs. Bien entendu celles-ci furent réprimées, elles firent au moins dix morts.

Pour la société blanche Jack Johnson avait un autre défaut. Un très gros défaut. Il aimait les femmes. Les femmes blanches. Il fut marié trois fois. Trois fois à des blanches. Il aurait voulu se faire haïr il n'aurait rien trouvé de mieux. Et cela fait partie des raisons pour lesquelles Miles Davis a voulu lui rendre hommage. Il aimait également les voitures rapides. Comme Miles. Forcément la société blanche finit par le coller en prison pour avoir passé une frontière d'état avec une femme blanche... Johnson est mort en 1946, dans un accident de voiture. Après être parti en colère d'un dîner où l'on avait refusé de le servir en raison de sa couleur de peau.

Sur Yesternow, figurant sur l'album Tribute to Jack Johnson de Miles Davis, dont une petite partie de cette prise de Willie Nelson est inclue dans le "collage" global du morceau (Yesternow est constitué de passages provenant de diverses sessions et montées ensemble par le producteur Teo Macero), tout à la fin, on entend la voix de l'acteur qui joue le rôle de Jack Johnson dans le film sur sa vie dire cette phrase que Miles Davis aurait pu reprendre à son compte : "I'm Jack Johnson. Heavyweight champion of the world. I'm black. They never let me forget it. I'm black all right. I'll never let them forget it."

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Built to spill : Oh Yeah (Album : There is no emeny 2009)

J'ai traîné ma fatigue en bandoulière dès les premières heures de la matinée, lourde comme un animal mort, paupières piquantes et pensées brumeuses. Des journées où l'on se sent comme perdu dans le brouillard, enveloppé dans cette sensation flottante et cotonneuse, pas désagréable s'il n'y avait ces poids derrière les yeux. J'ai fini légèrement hagard devant l'écran dans l'après-midi après avoir usé mon quota de réunion et de paroles pour la journée.

Sans trop savoir, après le Hit Parade des Wedding Present je me suis enfin décidé à écouter ce disque qui ne m'est parvenu que par vagues montantes et descendantes sans rien pouvoir en retenir quand au milieu, comme un gué subitement apparu, Oh Yeah m'a tiré de ma torpeur, l'a accompagnée, en déroulant un tapis rouge et moelleux pour mes pensées traînantes et a sauvé ma journée. Encore une histoire de guitare rampante. Electrique et sinueuse. Comme cette fatigue insidieuse. Je me suis dit ce disque à dix ans. Ou en tout cas quelque chose d'hier mais pas d'aujourd'hui. Demain j'aurais peut être déjà tout oublié de ces instants.

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Cd 1    Cd 2
Cd 3    Cd 4
Mix  
The Flaming Lips : Riding To Work In The Year 2025 (your invisible now) (Album : Zaireeka 1997)

Zaireeka est une bizarrerie musicale unique en son genre. Il a beau être indiqué 4 compact discs sur la pochette ce n'est pas un quadruple album. Il y a pourtant bien 4 disques dans le gros boîtier. Mais ce n'est pas un quadruple album. Juste un album simple. Mais sur quatre disques. C'est bien là la particularité de celui-ci et il fallait être un cinglé comme Wayne Coyne pour en avoir l'idée.

Pourquoi quatre disques alors? Puisqu'il n'y a que huit chansons entre 2 et 10mn. Tout simplement parce que les pistes des huit chansons sont réparties sur les 4 CD. Pour écouter une chanson avec il faut lire les 4 cd EN MÊME TEMPS ! Ou seulement deux. Ou trois. Voire même un seul mais ça n'a pas grand intérêt. C'est là où le concept devient intéressant (ou ridicule c'est selon). Il faut donc mettre chaque disque dans un lecteur séparé, se munir de trois ami(e)s (pour la version intégrale), chacun le doigt sur le bouton pause du lecteur. Au début de chaque chanson, un point de synchronisation est positionné pour que chacun cale son lecteur. Puis au signal tout le monde appuie en même temps sur Play. Tout est d'ailleurs très clairement indiqué dans le mode d'emploi.

La meilleure façon d'écouter ce(s) disque(s) est d'utiliser des lecteurs situés dans des pièces différentes (sur l'ordinateur, sur les appareils dans les chambres, la cuisine, que sais-je) et de bouger ensuite entre les pièces pour "mixer" la chanson à sa guise. Le concept est intéressant même si en temps normal il est IMPOSSIBLE d'écouter l'intégralité des chansons puisque réparties sur ces 4 foutus disques (tu as toujours quatre personnes sous la main à la maison toi?). Néanmoins la manipulation est déjà plus simple avec seulement deux disques et donne des résultats intéressants. Surtout que les combinaisons sont multiples, le 1 avec le 2, ou le le 3 avec le 2, ainsi de suite.

La musique quant à elle est du pur Flaming Lips produit par Dave Fridmann, proche de the Soft Bulletin que ce disque annonce, ça explose et ça dégouline en même temps. Comme il est dit : "The record also contained frequencies not normally heard on commercial recordings and on rare occasion has caused the listener to become disoriented."

Il est clair que c'est une idée de cinglé (il suffit de lire l'avertissement sur le boîtier) et que les Flaming Lips n'ont pas dû en vendre des tonnes. A ma connaissance c'est le seul exemple de disque produit de la sorte et permettant de telles variations et de jouer sur l'espace sonore, même si Under the Jaguar sun de Nadja sorti cette année s'en approche mais avec seulement deux disques.

Le procédé a néanmoins l'avantage de ravir Wayne Coyne qui explique dans le livret que, outre le fait que le titre de l'album provient de la contraction de Zaire et d'Eureka (suivent des explications fumeuses sur les raisons de cette contraction), l'idée vient de une expérience appelée The parking lot experiment où des cassettes audio sont jouées dans des voitures situées à différents endroits d'un parking pour faire une oeuvre audio avec une dimension supplémentaire à savoir l'espace dans lequel est joué celle-ci, et avec d'intégrer le hasard avec les décalages rythmiques inhérents aux problèmes de synchronisation. A l'usage il est vrai que l'écoute même de seulement deux disques en même temps sur deux lecteurs différents et de préférence dans deux pièces différentes donne des résultats surprenants et bouleverse la manière d'écouter la musique.

On s'en rendra compte avec Riding To Work In The Year 2025 ou l'écoute séparée des quatre parties donne parfois l'impression d'écouter quatre chansons différentes. Le mix des quatre parties donnant encore autre chose. Comme le mix de seulement deux ou trois parties entre elles donnerait encore un autre morceau. Libre à chacun finalement de s'amuser comme il veut et c'est justement ce qu'a voulu Wayne Coyne en sortant de disque pour le moins étrange.

(Comme il est ici impossible de démarrer les 4 lecteurs en même temps, j'ai mixé la chanson afin de pouvoir l'écouter en entier. Mais vous pouvez essayer de les caler pour en lire plusieurs en même temps.)

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Kraftwerk : Heavy Metal Kids (AlbumBootleg : K4 Bremen radio 1971)

Il s'est mis à faire froid dans la ville ce matin. Les fumées de l'usine après le port paraissaient plus denses dans les rayons froids du soleil se cachant derrière les deux grands silos à droite. Les voitures en paraissaient plus bruyantes et métalliques.

J'ai remis mes vieux Kraftwerk depuis lundi. Ca va sûrement avec tout ça et même plus. "Je suis l'opérateur du mini calculateur. Je fais le compte, le décompte. Je compose. Et décompose". Je passe mes journées à mettre des chiffres dans des cases ou sur des courbes ou sur des feuilles. Des chiffres et des chiffres...

Sur ce bootleg enregistré à la radio de Brême en 71, on est loin des mélodies proto technoïde et électro-pop qui feront leur gloire quelques années plus tard. Ralph Hütter (un des 2 fondateurs) avait quitté le groupe pour quelques mois, alors que Michael Rother et Klaus Dinger jouaient encore dans le groupe juste avant d'aller fonder Neu ! (prononcer Noï). Le groupe s'en trouvait déséquilibré et les deux futurs Neu ! (prononcer Noï) tirait l'électronique expérimentale de Krafwerk vers des grooves hypnotiques qui seront leur marque de fabrique (entre autre)(prononcer Noï).

Je pensais à leur musique industrielle des deux premiers albums (oubliés dans les rééditions sorties ce mois ci on se demande bien pourquoi) ce matin, au milieu des fumées, dans ces paysages d'acier et de béton. J'ai eu envie de réentendre ce concert toute la journée.

Assez étonnement, le début du morceau après les éructations de la flute traversière de Florian Schneider passée dans des oscillateurs et divers filtres électroniques, fait penser à du proto doom metal puis tout s'accélère dans une orgie de Kraut métal proche du Black Sabbath des premiers albums avant que tout s'arrête brusquement laissant le public sans voix dans le studio.

Je ne suis pas certain que le titre originel du morceau fut vraiment Heavy Metal Kids mais il n'y très certainement aucun rapport entre ce morceau et le glam rock très daté mid seventies du groupe homonyme.


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mercredi, octobre 14, 2009

Hush Arbors : Fast Asleep (Album : Yankee Reality 2009)


Très clairement j'aime la guitare saturée, au son garage, qui débarque par instant dans cette chanson au rythme lancinant. Le type qui fait du bruit, là dans le coin. Comme s'il était à l'extérieur de la chanson. Juste ce qu'il fallait.

Je ne connais rien de ce groupe à part que la pochette de l'album est jolie et je crois que ça s'est perdu au fil du temps, d'acheter des disques pour leur pochette. D'acheter des disques tout court aussi cela dit. C'est le problème du format CD aussi. Trop petit.

Et puis l'album est dédicacé à Link Wray, l'inventeur du son de guitare saturé, et ça c'est un signe.

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Hrsta : Une Infinité De Trous En Forme D'Hommes (Album : Stem stem in electro 2005)

Je comprends de moins en moins cette vie qu'on mène. Je comprends parfois de moins en moins cette vie tout court. Je comprends de moins en moins ce qu'on fait tous à s'entasser de plus en plus là, les uns sur les autres, dans ces villes sans âmes. Qu'est-ce qu'on s'étonne après de cette violence partout. A voir son espace vital se réduire comme ça on n'en peut plus des autres. Je comprends de moins en moins ce qu'on fait tous les matins et tous les soirs à la queue leu leu dans nos voitures ou comprimés comme des sardines dans des boîtes en fer. Le monde va crever d'asphixye dans 50 ou 100 ans, bientôt, à se demander si ce n'est pas finalement ce qui peut lui arriver de mieux.

Je comprends de moins en moins pourquoi on nous fait crever là dedans. Pourquoi on nous appuie sur la tête toujours un peu plus fort partout au bureau dans la rue dans tout ce que l'on fait. Sans même savoir si ceux qui appuient se rendent vraiment compte de ce qu'ils font. Je comprends de moins en moins qu'on ne nous laisse pas le temps. De vivre. De respirer. De regarder. Je comprends de moins en moins qu'il faille attendre des années pour éventuellement pouvoir le faire.

Je comprends de moins en moins pourquoi je ne prends pas le temps le matin de regarder la grosse boule jaune du soleil se lever derrière le terrain vague avec les wagons tagués. Je comprends de moins en moins pourquoi je ne prends pas le temps le matin de prendre la Marne en photo, tous les jours différentes sous la lumière. Je comprends de moins en moins pourquoi je dois me presser comme ça. Je comprends de moins en moins pourquoi je dois supporter ces gens que je n'aime pas.

Je comprends de moins en moins pourquoi je ne trouve pas le courage de sortir de ce cercle infernal. Je comprends de moins en moins pourquoi je ne bazarde pas tout ça pour partir ailleurs, quelque part où l'on respire et où l'on peut s'asseoir au bord de l'eau tranquillement. Je comprends de plus en plus qu'il faut en sortir avant qu'il ne soit trop tard et trop tard c'est souvent bientôt. Je comprends de moins en moins tout ça. Journée de merde.

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Serge Teyssot-Gay : Les gens d'ici (Album : On croit qu'on en est sorti 2000)

"D'un bout du monde à l'autre, d'un bout à l'autre du temps, rien que des hommes qui tournent en rond, gardiens et gardés, qui s'emplissent et qui se vident, ils ne savent pas pourquoi on les a fichus là, ils s'imaginent qu'ils payent pour une faute, que c'est à cause du bon dieu, ils n'osent pas s'avouer que c'est à cause de rien du tout."

C'est en 1940 que George Hyvernaud fut fait prisonnier et interné dans un Oflag en Poméranie, un de ces camps de prisonniers destinés aux officiers. Il en sera libéré en 1945. Il y a aura passé presque 5 ans. C'est de cette rude expérience qu'Hyvernaud en tirera ses carnets d'oflag et La peau et les os, ce terrible récit qui sortira en 1949 mais restera longtemps ignoré. Ce n'est qu'après sa mort en 83, à la réédition de ses oeuvres qu'on prendra la réelle mesure de ce texte.

Livre sur l'(in)humain, la condition humaine bafouée, l'horreur quotidienne, la folie, et le retour à la vie, la "normale" qui ne l'est plus, celle d'avant. La peau et les os coupe le souffle autant par son style incisif que par le récit.
C'est ce récit au rythme sec que met parfaitement en musique Serge Teyssot-Gay (guitariste de Noir Désir doit-on le préciser?). Des boucles rythmiques, des guitares, des nappes de synthés, sur des ambiances variées Teyssot-Gay arrive parfois à angoisser autant avec sa musique que par le texte qu'il récite. Disque fort que l'on peut ranger sur bien des aspects à coté e ceux d'Arnaud Michniak.
On plonge ici dans l'aliénation, dans l'odeur rance de l'humain entassé, dans la dignité effacée sur des rythmiques trainantes comme le pas des prisonniers tournant en rond ou attendant leur tour devant le baraquement des chiottes.

(On peut noter que le tableau sur la pochette est l'oeuvre de Paul Bloas, un peintre graphiste Brestois, qui peint principalement sur des affiches géantes des corps fantômes, collées ensuite sur les murs des villes sur lesquels elles vieillissent petit à petit.)

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jeudi, octobre 08, 2009

Nick Drake : Fruit tree (Album : Five leaves left 1969)

Je voulais mettre quelque chose de dissonant, d'expérimental, de bruyant et arythmique. Quelque chose de détestable parce que c'était une journée à se faire détester. Et puis j'apprends la mort de Robert Kirby.

Robert Kirby était un arrangeur, la personne qui écrit les parties orchestrales accompagnant une chanson. La liste des artistes avec lesquels il a travaillé est longue comme un quinquennat de droite sans opposition pertinente. Mais on peut citer Vashti Bunyan, Paul Weller, les Strawbs, Ben & Jason, Elvis Costello, John Cale, et surtout Nick Drake pour lequel il a enveloppé dans un écrin de velours les chansons de Five leaves left et Bryter Layter.

Son travail sur Five leaves left mérite une entrée au panthéon. Mettre en valeur les chansons des autres est un art. Il suffit d'écouter Fruit tree pour comprendre à quel point Robert Kirby maîtrisait le sien. Je serais détestable un autre jour...

(Flashback : River man)(et puis cet album a quarante (40) ans)

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A place to bury strangers : I Lived My Life to Stand in the Shadow of Your Heart (Album : Exploding head 2009)

Trop de travail. Le temps de rien. Des jours, des semaines la tête dans l'étau il n'en sortira pas grand chose c'est le problème. Ce besoin d'électricité, d'électricité un peu sale, pour tenter de laver le stress.

Une musique tendue plutôt que des chansons apaisantes pour contrer cette tension. Il y aurait sûrement beaucoup de choses à dire sur ce genre de stratégie. Des chansons gaies pour chasser la tristesse ou au contraire, se baigner dans la mélancolie des chansons pour alléger la sienne? Des chansons lentes et douces pour se calmer ou au contraire saturer l'air d'électricité ou de bruit violent pour se laver la tête du stress. Chacun sa méthode.

Hier n'était que Sunn o)) et Merzbow, aujourd'hui est électrique et noisy comme le nouvel album d'A place to bury strangers. Même si leur album précédent était plus rèche, plus grinçant et moins "produit", celui-ci fait l'affaire. Quelque part entre Jesus & Mary Chain et les inusables My Bloody Valentine. Du larsen thérapeutique pour avoir envie de donner des coups de pied dans les murs. Ce soir le temps est à l'orage. Ce n'est pas un hasard.

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Hood : As evening changed the day (Album : Singles compiled 2003)

Ca faisait longtemps que je n'avais pas mis Hood. Et puis ça revient toujours à l'automne ou à la pluie, j'y pensais dans les rues humides en rentrant. A l'arrêt sur la vitre arrière de la voiture me précédant je voyais se refléter le mouvement des nuages. Toute la journée j'avais entendu des nouvelles peu réjouissantes sur l'avenir de la planète. Sur ces coups de pelles qu'inlassablement tous les jours nous donnons pour creuser un peu plus sa tombe. Je ne suis pas le dernier. Même fenêtres fermées je sentais l'odeur des feuilles mouillées.

On est entré dans l'humide. La couleur des murs a changé. Le reflet dans les flaques d'eau. Des choses imperceptibles qui changent comme ces rétrécissements lumineux. Est-ce avec l'âge que je les sens de plus en plus tous les ans, comme une menace approchante? Jours d'automne pluvieux On a beau ralentir les gestes la nuit tombe.
After all this time chante-t'il après 3mn15 il faut parfois être patient. Après tout ce temps.

(et puis un mix de chansons plus ou moins rares de Hood)(avec un clin d'oeil à Jandek dont on parlera bientôt)

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Pentangle : Sweet Child (Album : Sweet Child 1968)

Les vrais guitar heroes des sixties et seventies n'étaient pas ceux que l'on croyait. Oublions l'ultra pénible Clapton, le versatile Jeff Beck, le copieur Jimmy Page, Alvin Lee qui n'en finit pas de rentrer chez lui, les machines à jouer 197 notes à la seconde à la Eddie Van Halen ou la pyromanie Hendrixienne.

Les vrais guitar heroes étaient discrets, habillés comme ton vieux copain de fac et jouaient du folk Anglais, principalement acoustique, dans deux groupes : Fairport Convention pour Richard Thompson et Pentangle pour John Renbourn et Bert Jansch (à qui Jimmy Page a piqué tous ses plans acoustiques et ses accordages, sans même parler de chansons non créditées...). On pourra également y ajouter John Martyn et de l'autre coté de l'Atlantique, l'extraordinaire John Fahey viendra compléter ce quartet.

John Renbourn et Bert Jansch étaient de plus épaulés par un fantastique contrebassiste en la personne de Danny Thompson qui accompagnera ensuite pour le meilleur et pas mal de pire John Martyn (on pourra écouter son jeu remarquable dans Hunting Song en vidéo ci-dessous).

Fondé au début de 1967, Pentangle représentera le fer de lance du folk Britannique avec Fairport Convention, les deux groupes ayant injecté rock (Fairport Convention) et jazz (Pentangle) dans leurs musiques traditionnelles. La ressemblance entre les deux groupes ne s'arrête pas là puisque tous les deux possédaient une chanteuse à la voix remarquable (parfois énervante aussi) : Sandy Denny pour FC et Jacqui McShee pour Pentangle (à l'origine une chanteuse de jazz) et ses looooooongs cheveux blonds.

Si tous les autres agités du manche seventies sont devenus depuis bien longtemps (merci la vague punk) totalement inécoutables pour cause de pénibilité chronique, la finesse des guitares entrelacées de Renbourn et Jansch est toujours un plaisir et les disques de Pentangle une musique parfaite pour un samedi après-midi d'automne.

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The Go-Betweens : Your turn, my turn (AlbumSingle : Your turn my turn/World weary 1981)

Je ne me souviens de rien de 1981. Ou si peu. Quelques Kodachrome de vacances au Grau du Roi encore qu'il soit bien possible que les images se mélangent avec celles de 82. Quelques clichés de Camargue, de filles trop vite parties, voire même jamais arrivées. Des beaux paysages pour masquer ce qui ne s'avouait pas.

Je me souviens du 10 mai par contre. Je révisais mollement mes partiels devant la télé en attendant les résultats. Il reste le souvenir de la joie en voyant apparaitre la tête de Mitterrand. Les klaxons dans les rues, les cris, la joie. Du balcon j'ai observé l'agitation dans mes rues de banlieue en gardant un oeil sur la télé. Ils disaient à la bastille à la bastille. J'y serais bien allé mais seul je n'ai pas osé. Mes amis s'en foutaient ou votaient à droite. Je ne suis pas allé à la bastille. Avoir 20 ans en mai 81, avoir voté pour Mitterrand et ne pas être allé à la Bastille ce dimanche là, était très certainement significatif de la décennie qui allait venir.

J'ai raté mon 10 mai comme j'ai raté les années 80. J'étais content pourtant ce soir, de ce changement attendu. On en espérait tant, depuis des années. La réalité ensuite sera décevante mais la réalité est souvent décevante.

Musicalement il ne reste rien non plus ou si peu. Du tout venant pas toujours très reluisant. Supertramp, Springsteen, Dire Straits, Police, sans parler de Christopher Cross et de Phil Collins qui me vaudront certainement d'aller pourrir sur les ruines de l'enfer.

Quelques restes parfois, de manière sporadique. Surtout Remain in light des Talking Heads comme une queue de comète. Mes vieux Magazine, que j'écoutais seul, comme un plaisir honteux. Je ne lisais plus la presse musicale, n'écoutais même plus Bernard Lenoir et Feedback ou rarement. Juste pour se rendre compte que j'étais largué, que ça ne me parlait plus. Si tu laisses tomber la presse ou les émissions spécialisées, l'information musicale ne te parvient que par les canaux grands publics. Fnac, radios généralistes. On voit le résultat. Il faudra attendre 82 pour l'expansion des radios libres.

De toute manière, est-ce que j'avais encore envie de ce post-punk rugueux qui n'intéressait que moi. La new wave et ses synthés me conviendrait mieux les années suivantes. Et encore, pas la meilleure... En 1981 ce n'était rien. Ou si peu.

Pendant que je végétais musicalement, les Go-Betweens enregistraient leur premier album au fin fond de leur Australie et sortait ce single. Je ne suis pas certain que grand monde aura remarqué ce disque à l'époque. C'est plus les Inrocks qui leur auront donné le statut de groupe culte quelques années plus tard à l'époque où le magazine était mensuel et pertinent. Il n'aurait peut être pas fallu grand chose pour ne pas les rater mais parfois même les yeux ouverts on est aveugle.

Les Go-Betweens étaient encore un trio à leurs début, beaucoup plus proches d'un post punk Velvetien proche des Feelies avec des angles plus arondis, moins rugueux, mâtiné de Jonathan Richman. A partir de leur 3 ème album ils adouciront leur musique sans pour autant la pervertir pour finir par aboutir au fabuleux 16 lovers lane. J'en étais bien loin de toute manière, en 81 comme en 88.

1981, je n'écoutais rien ou si peu. On pourra écouter les post punk mixes de Musicophilia consacrés UNIQUEMENT à 1981, pour se rendre compte de la richesse de cette année là et de ce que j'ai eu à rattraper bien plus tard.

Il reste quand même de l'automne 81, des images étranges, un peu froides et humides, de ma chambre et les chansons solitaires et douces amères du premier album de Kate Bush en décalage temporel. Elle chantait Ah feel it feel it my love. Je n'étais pas certain de ce que je ressentais.

1981. Si l'on pouvait choisir une année à revivre dans sa vie je choisirais celle-ci, justement parce que je n'y ai rien vécu. Ou si peu.

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