vendredi, juillet 31, 2009

Fela Anikulapo Kuti : Roforo fight (Album : Roforo fight 1972)

Un Fela torride (euphémisme) pour annoncer les vacances (3 semaines).
Les disques de Fela sont parfaits pour les chaudes nuits d'été.
Des cartes postales de temps en temps comme d'habitude.

The Feelies : Original love + Third Uncle (AlbumBootleg : December 14 1977 )

J'ai écouté ce concert tout le mois de juillet au bureau, inlassablement, comme s'il y avait là dedans une intemporalité si forte qu'elle nous sortirait de l'époque actuelle. Enregistré une semaine avant mes 17 ans au CBGB alors que les Feelies en étaient à leurs débuts et pourtant ils sonnent là comme s'ils avaient déjà plusieurs années d'éxpérience. On sent bien aux applaudissements peu nombreux qu'il ne devait pas y avoir foule ce soir dans le club du Bowery.
1977 et il n'y a jamais eu un mot sur les Feelies ni dans Best et Rock & Folk. De toute manière le premier (et remarquable album) ne sortira qu'en 1980. A se demander si 1977 ne serait pas LA plus grande année en matière de rock.

Le concert du 2ème set (puisqu'il y en a eu deux ce soir là) est hallucinant, avec entre autre cet enchaînement d'Original love et du Third Uncle de Brian Eno qu'on trouve à l'origine sur le remarquable Taking Tiger Mountain (by strategy). Avec ces guitares tendues et nerveuses, une sorte d'urgence du geste et de la voix et la sensation de réinventer quelque chose d'essentiel à l'instant même où ils montent sur scène.

En admettant qu'un jour un savant fou, forcément fou, invente une machine à voyager dans le temps mais qu'on ne puisse pas faire plus de cinq voyages, je prendrais bien un ticket pour ce 14 décembre 77 pour aller voir les Feelies au CBGB. Comme j'en prendrai bien un autre pour aller voir et entendre le Velvet Underground (La Cave de Cleveland en 68? L'explodible plastic inevitable avec Nico en 67? End of Cole Avenue à Dallas en 69? Le Tea Party de Boston? dilemme...) dont les Feelies s'inspirent d'ailleurs fortement. Il n'y a pas de hasard.

Lilium : Sense and grief (Album : Short stories 2003)

Depuis le 21 décembre 2007, j'interviens plus ou moins (souvent moins) quotidiennement dans le Petit Journal pour y raconter ma journée en plus ou moins (souvent plus) deux (2) lignes. Cette deuxième sélection couvre la période du 2 juin au 1er août 2008 (part 1, part 2).

J’ai repensé à cette histoire sous la douche dimanche matin. Il a fallu que je l’écrive immédiatement ensuite. Ca venait tout seul. Penser à passer plus de temps sous la douche. Et après. Je me dis souvent ça. Et après. C’est comme les traînées des avions dans le ciel. Ca s’efface tout seul. Comme si on avait rêvé. L’après se transforme en autre chose.

Du décibel à tout va, la batteuse tapait fort. Je vais finir par être trop vieux pour ça. Mais ça fait encore du bien. J’aime regarder les gens dans le public durant les concerts. Parfois je voudrais les filmer au ralenti. Repensé encore aux paroles de Fensch vallée en lisant les mots sur l’acier. Impression que Bob m’a vidé. Refaire le plein. La voix de Thalia. Toute la journée ou presque. En l’écoutant, je revoyais des paysages défiler derrière la vitre du train où je n’étais pas.

J’ai regardé la dame faire son strip-tease dans une des petites fenêtres de la pochette en souriant. Je regardais la typo de la pochette comme de vieilles photos de gens disparus. On a écouté la 3ème face et puis j’ai fait un clafoutis. J’ai cherché au mauvais endroit sûrement mais ils m’ont tous détourné de mon chemin, même les machines ont courcircuité la fluidité banale de la journée.

Pris le vélo pour aller au bureau ce qui me fait toujours regretter au retour le soir, d’habiter en haut d’une côte. Je crois aussi qu’il faut traîner derrière soi les années en trop et elles pèsent.

J’attends avec impatience l’avancée technologique qui me permettra de connecter, avec une prise, l’arrière de mon cerveau à l’ordinateur avant de m’endormir, et de retranscrire directement dans word tous les mots qui viennent avant de trouver le sommeil. Anthony Gormley me fascine. Ses corps immobiles. Fixes. J’y pensais en regardant la pluie tomber superbement ce midi. Avec l’envie d’être dehors.

Sophie Calle dans la merveilleuse salle Labrouste. Sentiment mitigé. On lynche un peu trop vite ce X. Les Douleurs exquises étaient bien plus fortes. Traversé la seine en vélib ensuite pour me ravitailler en galettes noires. Semaine stressante, comme si on devait compter à la volée le nombre de notes jouées par McCoy Tyner. Avait joué au loto hier. Rien gagné tu penses. Samedi tranquille. Déboucherai une bouteille ce soir, blanche et minérale. Il y a une chanson de Belle & Sebastian qui dit I know where the summer goes. Ils ont de la chance de le savoir.

Esbjörn Svensson est mort. On écoutait souvent son piano le soir, l’été dernier. Ca allait bien avec la lumière du golfe. C’est l’eau qui l’aura pris... Un type qui tire son nom d’une phrase d’un roman de Cormac McCarthy ça impressionne toujours. Il y a des jours comme ça où je me sens tellement détaché, je pourrais m’envoler. Pas de beaucoup, quelques centimètres. Ca suffirait.

Par moment c’est comme de s’enfoncer lentement dans la boue, la sensation de se faire engloutir. Se démener n’y change rien. On se rêve alors aérien. (      ) (le silence ne s’écrit pas alors je l’ai mis entre parenthèses).

John Zorn n’a allumé qu’un petit feu hier soir mais il était réussi (comprendre bruyant et dissonant). Fasciné par le gonflement de ses joues et ses mouvements de gorges pour aspirer l’air tout en continuant à le souffler dans son vieux saxo terni. Il faudrait filmer sa respiration et son souffle au ralenti. Ecouté des stridences et puis... le blanc. Plus rien. Ou trop. Trop de trop. Les heures ont disparu ainsi. Dans le blanc. Le noir est revenu ce soir seulement, dans le ciel. Lourd comme la chaleur.

Elle a dit un cadeau personnel, quelque chose auquel vous tenez. J’ai fait une compil. Pas certain qu’elle écoute de la musique. Ca sera l’occasion. Pas mis un seul morceau vraiment connu sauf si on me lit. Je me demande sa tête quand elle écoutera Animal Collective ou Iva Bittova et son réveil matin qui fait beep beep. Il écoutait quoi au moment de cette photo ? On se souvient souvent de ce que l’on écoute dans le train. Ou alors c’est moi. Et puis on est allé manger au petit restaurant Réunionais en bas de la cote. Rhum arrangé et rougail.

Presque instinctivement, après tous ces grincements, je mets des musiques apaisées. Celles qui font fermer les yeux. Ces deux jours ont fait du bien. Un ciel de calvaire. Une mer de granit. Heureusement l’accalmie éveille la lumière. Un bleu profond comme un gouffre dans le ciel. Des vieux Prince dans la voiture. Les jours défilent. On ne sait plus vraiment. Ce soir j’irai manger quelques huitres face au golfe. Il n’en restera que des instants fugaces comme cela. Et puis le(s) ciel(s).

Rentrés sous la pluie de Vannes au Mans. Incapable de trouver le bon disque durant tout le voyage. Pris d’une obsession "PhildeJonckheeresque", durant les vacances, j’ai pris la mer et le ciel en photo tous les matins et tous les soirs à partir du même endroit. Comme ça. Pour voir. Petit à petit, on sort les affaires des sacs, on remet les choses en place, on lave. Transition entre les vacances terminées et le travail trop vite repris lundi.

Ecouté des musiques d’étés d’il y a bien longtemps. C’est la période qui me fait ça, jamais su pourquoi. Pas vraiment cherché non plus. Air lourd ce soir, Morphine comme un vent chaud sur la peau, comme les pales d’un ventilateur. Le groupe pas l’opiacé. De la musique qui s’évapore comme une trace de pied humide l’été, sur les tomettes rouges d’une cuisine du sud. Après les Tchi pom pommm de la mémoire. Soudain il y a eu de beaux éclairs, mais les tambours du tonnerre étaient trop loins pour vraiment raisonner. C’est là que j’ai mis Lilium, ça allait avec l’odeur de la poussière mouillée.

Mercury Rev : Hole (Album : Deserter's songs 1998)

Je me souviens de l'éclipse, cela fera dix ans au mois d'août. Ils parlaient hier au journal télévisé de celle totale survenue en Inde.
Je me souviens avoir vu celle de 1999 sur la passerelle au-dessus de la marne pas très loin du bureau, celle qui mène à une petite île. Symbolique ou non, peu de temps après j'allais bazarder ma vie d'alors par pan entier. Il y aurait trop de chose à dire sur ces instants qu'il vaut mieux les taire.

L'éclipse était un moment irréel. Lorsque la lune à presque totalement recouvert le soleil, le fleuve est devenu d'huile. Il n'y avait plus un seul frémissement à sa surface. Le silence était presque complet. Les oiseaux s'étaient tus. La température a chuté de quelques degrés. Il ne faisait pas totalement nuit puisque l'éclipse à Paris n'était pas totale, mais la pénombre était forte, aidée en plus par le ciel couvert de gros nuages qui avaient néanmoins eu la bienséance de se pousser légèrement pour nous laisser voir le spectacle.

J'écoutais alors jusqu'à plus soif ce disque de Mercury Rev. Je découvrais juste les Red House Painters avec retard. Toutes ces musiques nouvelles pour moi participaient aussi en un sens aux bouleversements en gestation.

Cette éclipse c'était comme de passer de l'autre coté du miroir d'Alice. Sans être certain de pouvoir revenir en arrière. Encore eut-il fallu le vouloir. Il y avait dans les trouées des nuages ce disque lumineux presque totalement voilé comme des promesses d'ailleurs.

Cet album a tourné en boucle toutes ces semaines là, avec Ocean Beach et Mustango qui allait sortir quelques jours après avec Ok Computer en soutien. Ca a duré jusqu'à l'automne comme ça.

"Time, all the long red lines, that take control". Comme des voiles arachnéens. Piano électrique. Accords plaqués. Basses &alternées. Les cordes, les flutes qui tissent leur tapis sonore aux mille coloris étincelants. "[...]you had t' pick the one tonite...". Batterie. Et puis l'envoûtement de la scie musicale qui flotte dans les airs. Fascination.

Ce disque fait de l'humidité à l'intérieur, même dix ans plus tard. On l'a écouté hier soir, après l'orage, c'est peut être pour ça aussi. Il reste magnifique. Pas seulement Hole et ses quatre accords en boucle (D/Bm/F#m/G), the way we met, the way I lit your cigarette aussi, plus loin, indéfiniment, elle s'évanouissait au fond de l'océan dans l'Opus 40 avec Levon Helm à la batterie (excusez du peu). Mercury Rev a sombré dans les boursouflures ensuite. On pouvait encore sauver quelques chansons d'All is dream mais on oubliera les suivants... Celui là restera.

Les sensations de l'éclipse ont disparu. Il aurait fallu pouvoir garder ce petit moment où tout s'est tu. For a minute there I lost myself chantait Thom Yorke, là, durant ce petit instant, j'avais perdu le monde autour.

Radiohead : Gagging order (AlbumE.P : Com Lag 2004)

Ca parlait de Radiohead ce matin. Je voulais entendre Kid A mais j'ai mis ce qui trainait sur le disque dur au bureau, et puis quand j'ai entendu cette chanson que j'avais oubliée il y a parfois trop de chansons, j'ai senti sous la peau, les mêmes sensations que me faisaient la voix de Thom Yorke il y a dix ans. Etrange voyage dans le temps. Après il faut secouer ses épaules pour se débarasser des filaments de souvenirs accrochés aux épaules.

Chanson oubliée sur un EP Japonais (les paroles sont en Japonais dans le livret ça donne un coté exotique), même si mon EP préféré reste Airbag/How am I driving avec à l'intérieur du livret, des messages comme your fantasies are unlikely. But beautiful, Have sex really moved you to a different place? ou Oxygen should be regarding as a drug et un texte de Noam Chomsky à la fin. Un EP acheté dans un petit magasin de disque d'Harvard...

La pochette de Com Lag elle, fait penser à ce passage de Tintin et Le Lotus bleu où, accompagné de Tchang, il se fait tirer dessus par un faux photographe qui a caché son arme dans son gros appareil photo. Enfin peu importe, ce ce matin, la voix de Thom Yorke s'est glissée sous ma peau. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas fait le voyage. Et moi non plus...

Crosby, Stills and Nash : Wooden ships (Album : Crosby, Stills and Nash 1969)

Je me souviens avoir vu le film sur le festival de Woodstock. Fin 1976 ou approchant. Quinze ans. 1976 et des images d'un festival de hippies pouvaient encore faire rêver. Elles ne pouvaient que faire rêver. Quinze ans, au cinéma près de la gare, un mercredi après-midi. On devait être trois dans la salle. Des instants qui marquent.
Woodstock dont on fêtera les quarante ans le mois prochain.

Je me souviens des trois premiers morceaux entendus dans le film. Le premier, Going up to the country de Canned Heat a toujours été insupportable. Sur les deux suivants on entend Crosby, Stills, Nash & Young, en même temps que l'écran splitté en deux nous montre les images du champ de Max Yasgur et le montage de la scène. Long time gone et Wooden Ships. Probablement les plus beau passages du film. Wooden ships. C'était la première fois que j'entendais cette chanson. Elle est restée. Avec le volume sonore élevé dans le cinéma, les accords étouffés de l'intro et l'attaque après le petit silence ne pouvait qu'impressionner.

Le reste n'est que souvenirs plus ou moins désuets. Les passages de Santana et le solo de batterie de Soul Sacrifice après les incantations pour faire cesser la pluie (wowowowo wowowo wowooo no rain, no rain), Ten Years After qui veut rentrer à la maison, les Who, les filles se baignant nues, le touchant Richie Havens et sa bouche édentée, les hélicoptères, le Suite : Judie blue eyes des même CSN (sans Y pour celle là) et ses toulouloulou, les seins nus des filles, les avis sur le LSD de mauvaise qualité, Hendrix à la fin, le gimme an F, gimme a U etc de Country Joe, les shiloms de fortune, les couples faisant l'amour dans la forêt, les cheveux longs des garçons, la boue, les filles nues...

J'étais sorti de la salle avec des étoiles plein les yeux. J'ai toujours eu plus de rêve dans la tête que de révolte. L'utopie hippie me chatouillait la nuque comme mes cheveux que je laissais pousser. Les filles avaient l'air de se déshabiller facilement avec cette musique mais ça devait être l'air de la campagne parce que la réalité se révélait nettement plus vêtue.

Paradoxalement, Woodstock marquait la fin d'une période plutôt que son début. Il ne faudra pas longtemps après ça pour qu'on enterre la woodstock generation dans l'anarchie au Royaume Uni et qu'on piétine les sandales hippies à grand coup de Doc Martens. Neil Young lui même, qui refusera d'apparaître dans le film, leur aura réglé leur compte dès 73 (même si l'album ne sortira qu'en 75) avec Roll Another Number (roule un autre joint) sur Tonight the night :
I'm not goin' back to Woodstock for a while,
Though I long to hear that lonesome hippie smile.
I'm a million miles away from that helicopter day
No, I don't believe I'll be goin' back that way.
Plus cérébral probablement, il me faudra attendre 78/79 et le post punk pour tirer un trait sur mes années hippies (sabot en bois et écharpe de trois mètres de long).

Les producteurs du film n'avaient peut être pas été plus loin que le titre de la chanson pour illustrer les images de construction de la scène (un wooden ship?) en plein milieu d'un champ. Elle est en réalité beaucoup moins bucolique (Horror grips us as we watch you die) puisqu'elle évoque à priori les conséquences d'un éventuel conflit atomique entre les USA et l'URSS (on était en pleine guerre froide) (Can you tell me please who won) et la fuite de ceux refusant le conflit sur des bateaux de bois d'où le titre.

Pour la petite histoire, on retiendra que le festival de Woodstock s'est en fait tenu à Bethel, à 70km de Woodstock. Mais le nom de Woodstock était plus mythique. Dylan, qui détestait les hippies et les fuyait comme la peste, y habitait. D'ailleurs il n'aura pas mis les pieds au festival...


jeudi, juillet 16, 2009

Mogwaï : Chocky (Album : Come on die young 1999)

Depuis le 21 décembre 2007, j'interviens plus ou moins (souvent moins) quotidiennement dans le Petit Journal pour y raconter ma journée en plus ou moins (souvent plus) deux (2) lignes. Cette deuxième sélection couvre la période du 2 Avril au 31 mai 2008 (la 1ère partie).
(il est judicieux de mettre la musique (fort) avant de lire, d'en profiter pour respirer et de la laisser se dérouler en même temps que les phrases).



On mène des vies de faussaires ridicules et aveugles dans nos pardessus étriqués. Fatigué à l'envers du changement d'heure. Comme si j'avais perdu un bout de mon corps les dix derniers jours. Vais tenter de laisser reposer en écoutant Jarrett en bleu. Est-ce qu'on était plus heureux il y a 25 ans ? Si c'était le cas on ne le savait pas. "On ne peut rien ravoir du passé" écrit Joyce dans Ulysses. "Comme de tenir de l'eau dans sa main".

Vu sur les bus les affiches du film de Scorsese sur Les Stones. Autant No Direction home est essentiel. Autant filmer ces vieillards maintenant... Avec la participation de Christina Aguilera dit l'affiche. Gasp. Ils ont déjà trop piétiné le mythe pour qu'il en reste quoi que ce soit de toute manière. "You'll still be in the circus when I'm laughing, laughing on my grave".

Ils ne vont pas détruire la Battersea power station ? Je croyais qu'il y avait un projet d'aménagement. Un bout d'histoire rock qui disparaitra. Ca n'intéresse pas grand monde je le crains. Je le crains... Et de prendre ce matin en photo le (beau) livret de mon vieux Quadrophenia. J'ai toujours pensé que c'était la Battersea. Mais alors ?

Je lis Antònio Lobo Antunes et Lisbonne et les ruelles étroites d'Alfama me manquent d'un seul coup. En même temps que son écriture m'écrase. Il faudrait le lire dans les jardins du Castelo São Jorge en gardant un oeil sur la ville en même temps. Derrière les façades sombres il y a ses personnages je le sais. Je le sais, on a angoissé plus ou moins toute la journée. Et puis en 45s ça s'est envolé. Ce soir je me suis dit une nouvelle fois comme on se répète une évidence, que le violoncelle est l'instrument le plus mélancolique. Elle pensait ça aussi.

Ah mais c'était hier. Alors il en reste quoi. Trop peu de choses. Une vague histoire de cheminées à Vitry comme un rebond. Le reste s'est dissout avant que je n'aie pu l'attraper. Comme de la fumée. Mis des vieux Donovan. Ce type est injustement mésestimé, oublié. Ses disques des 60's sont des merveilles. Elle s'est endormie dans le canapé sur Guinevere.

Il y a des jours comme ça qu'il faudrait gommer tout de suite. Hop. Plus rien. Bien plus simple. Direction La Baule. On the beach. Ou presque. Pas loin en tout cas. Le temps de respirer un peu. Le besoin s'en faisait sentir. Les parenthèses ne durent qu'un souffle. La Baule est plus calme que l'été à cette période. Dans les rues, les personnes ont parfois un petit coté suranné d'un autre siècle.

C'était l'été hier ou bien. Le marché le matin avait encore des allures de vacances. Je me suis rendu compte que je n'avais rien écrit durant une semaine. Ca ne m'était pas arrivé depuis longtemps.

Drôle de rêve la nuit dernière. J'en souris encore. D'où me vienne des idées pareilles. Passé l'après-midi en directoire. J'ai trouvé que cela faisait très empire ou IIIème république. Quelque chose d'inutile au nom désuet. Il faut bien manger. Albert Hofmann, inventeur du LSD est mort il y a deux jours. La culture rock lui doit énormément, ce type mérite une statue. Même si certains auront grillé leur cerveau au passage (hello Syd). Expo Patti Smith à la fondation Cartier. Des polaroids qui m'ont touché, parlé. Un endroit un peu bordélique où l'on se sent bien.

Ah c'était vendredi. Les jours chômés comme ça, j'ai toujours l'impression de les voler ça leur donne encore plus de saveur. Sinon acheté plein de disques et traversé la moitié de Paris en vélib. Grimpé sur les rochers de Fontainebleau. Je redeviens un gamin dès que je les escalade. Est-ce que ça restera toujours, ça, cette envie de grimper sur les rochers, et d'aller m'asseoir sur le plus haut ?

Des jours comme ça où on a l'impression d'avoir été creusé à l'intérieur avec une petite cuillère. Des bracelets qui tintent aux poignets. Non. Au poignet. Juste le droit. En enlevant les silences entre les tintements, j'imaginais une musique électronique allant autour. On s'amuse comme on peut en réunion. Fini les livres importants. Se dire qu'avant internet je ne n'aurais jamais osé raconter l'anecdote sur STP. Ou bien est-ce l'âge qui gomme la pudeur?

Une histoire de maillot de bain trop grand. Ca tient à rien parfois, un moment dont on se souviendra. J'ai des mélancolies jazz en noir et blanc ces derniers soirs. Peut être parce que ça va avec le vent doux que laisse entrer la fenêtre ouverte.

Expo photo sur les grilles du jardin du Luxembourg. Trente ans de photos. Près de la moitié sont des images de guerre, de famine, de terreur, de catastrophe. C'est tout ce que le monde nous laisse ? Aller retour à Cheverny avec les enfants pour visiter le château de Moulinsart. Ou presque. Sur le pont enjambant la Loire à Blois, j'aurais bien pris à gauche pour continuer sur les berges du fleuve. Envie de campagne. De calme. D'air.

Journée comme de la fumée. On souffle il n'en reste pas grand chose. Ou les échos de Nick Cave ce soir. Comme un présent antérieur. Passé trop vite. Parlé trop longtemps avec un candidat. Du coup soirée à espace réduit. Le souffle de la trompette ensuite, comme on baisse le rideau sur la scène. Attendu pour rien. Un temps de cendre humide. Piano violoncelle voix aérienne entre les gouttes. La moiteur ensuite. Notes brisées, caviar d'aubergine et beaujolais blanc. Musiques touchantes, thé au lait et chocolat praliné. Samedi musical à mâcher.

Louise Bourgeois cet après-midi. Drôle de femme. Au 4ème niveau dans un recoin, une vidéo étonnante où elle se raconte. Failli réécouter Black and blue ce soir, et puis le téléphone a sonné. Mais pensées bleues... Et en 68 on aurait fait quoi si on n'avait pas eu 7 ans. Question posée souvent mais pas de réponse forcément. Repensé à mes maigres souvenirs. Presque entendu la voix du grand-père traitant tous ces jeunes de voyous. (I dont know but I been told, A big legged woman aint got no soul... se méfier des chiens noirs)

Certaine lassitude ou lassitude certaine je crains de ne pas avoir de doutes. Finalement plus rien ne sort. On s'éteint. Soirée aux urgences pédiatriques et puis rassuré ce matin. Je ne peux aller aux urgences sans penser qu'on devrait y envoyer en stage intense et prolongé tous ceux qui veulent brader l'hôpital (en même temps que l'école, la culture...).

Peut être qu'enfin cela va se calmer. Peut être qu'enfin cette pression, ce stress va cesser. Pour respirer. Il est temps. A hard rain is gonna fall (à la radio en 63) et ça n'a pas raté. Avec la première version des bottes de cuir Espagnol. Pour aller avec les chaussures. Tout se tient finalement. Tout se tient.

Suis passé sur les quais, en face de la centrale EDF, celle des cheminées. Ca y est, ils ont démoli l'ancien pavillon de mes grands-parents, et la petite usine derrière aussi. Comme s'ils gommaient un peu mon passé... Parfois se sentir étranger à ne même plus comprendre les gens autour, comme s'ils parlaient une langue étrangère. On opine, on dit oui, on dit non. Et puis ça ira bien. On se lasse de faire semblant. Je ne sais pas. C'est étrange en ce moment. On est tous un peu perdu. Je ne sais pas si c'est bon signe.

Be my weapon : All were after (Album : March 2009 2009)

Jour férié, lenteur exagérée dans les rues prises par surprise par la chaleur, un doux désœuvrement dans le corps, comme d'être au milieu de deux parenthèses. Déjeuné sous les arbres de la place Ste Marthe, le marché sur le boulevard de Belleville sous le soleil faisait ressembler Paris à une ville du sud.

Il pleuvait dans le soleil ce soir et ça donnait quelque chose de joli à regarder. Comme si la pluie était ralentie par les rayons de soleil perçant au travers des nuages sombres L'après-midi s'est écoulé comme si il n'existait pas (je fais partie de ceux pour qui après-midi est masculin et non féminin) en écoutant de vieux disques de Swell. Cela faisait si longtemps que cela semblait venir d'une autre vie. Il y a des disques parfois, la poussière qu'on trouve dessus c'est du résidu d'existence, de la peau morte de tranches de vie.


(NOTA : pour ceux qui suivent : Be my weapon = David Freel = Swell)

Curtis Mayfield : (Don't Worry) If There's a Hell Below, We're All Going to Go (Album : Curtis 1970)

Quels mots faudrait-il avoir pour expliquer que cet album est un diamant, un diamant noir, un pure merveille. Pureté de la musique, discours politique militant, intelligence des arrangements, le falsetto de Curtis, son jeu de guitare délicat, le groove, tout est là.

Près de quarante plus tard les paroles sont toujours d'actualité, drogues, violences policières, ségrégation, racisme, les mensonges du gouvernement, l'éducation bradée, s'il y un enfer sous nos pieds, ne vous inquiétez pas, on va tous y aller. On en est au même point. L'album anticipe dans le propos le What's going on de Marvin Gaye qui sortira un an plus tard. Même si les petits blancs retiendront plutôt Move on up sur lequel ils sueront des fesses durant l'été.

L'enfer, Curtis s'y rendra directement sans passer par la case départ en 90, quand il prendra une rampe de projecteurs sur la tête. Tétraplégique. Il chantera encore un peu, pas beaucoup, avec de grandes difficultés. Avant d'aller vérifier les propos de cette chanson.

Nina Nastasia : Superstar (Album : Run to ruin 2003)

Depuis le 21 décembre 2007, j'interviens plus ou moins (souvent moins) quotidiennement dans le Petit Journal pour y raconter ma journée en plus ou moins (souvent plus) deux (2) lignes. Des poussières qu'on laisse derrière soi.
J'ai commencé cette semaine à compiler un an et demi d'interventions.

Des jours sont collés ensemble, parfois la césure temporelle est respectée, certains jours ont été mis de coté, sans intérêt.
Je suis surpris de voir comment ces morceaux de phrases décousus, peuvent raconter une histoire lorsqu'on les met bout à bout comme un patchwork. Les lire à la file, c'est comme se passer un film en accéléré.

(Cette première sélection couvre la période du 21/12/2007 au 27/03/2008. Le reste viendra au fil de ces deux mois d'été.)


Aujourd’hui c’est l’hiver. Je vieillis toujours au solstice. Des musiques en fêlures comme la mince pellicule de glace sur les flaques d’eau au creux des trottoirs ce matin, pour ne plus entendre le temps qui passe.
Dans mon dos le craquement des feuilles de papier emballant les cadeaux sous tes doigts, pendant que je compilais dans la difficulté Dylan en trois CD pour le voyage de lundi. Je ferai un jour le disque des chansons oubliées.

Week-end Dylanien, le Todd Haynes sur les grands boulevards après la compil’ d’hier. La cohue Parisienne à la sortie en klaxons exacerbés. Je ne suis pas là, je suis parti, c’est juste ça, la route demain, vers le nord.
Un ciel gris et jaune sur l’autoroute du nord en rentrant de Bruxelles. Ce soir, goûter les délicats chocolats de chez Neuhaus, acheté dans cette galerie brillante.

Rouler jusqu’à Nemours (ville improbable) pour voir la peinture du vent et du plaisir indicible de Zao Wou-Ki. Penser à sa main tenant le pinceau, volant dans un hasard dirigé comme un oiseau porté par le vent.

Un jour comme un autre quand on n’aime pas les fins. La fin est le début de la fin du commencement. Ou l’inverse. Je n’ai jamais su. Trois notes de rien peut être quatre voire cinq, étirées en infimes variations comme des volutes de silence pour respirer un peu enfin.
Pas mis le nez dehors. Gratouillé le riff de No Quarter sur la petite guitare Espagnole en regardant Harry Potter avec ma fille. Journée bougonne. Acheter un livre de Gabrielle Wittkop, et la BO d’I’m not there en quadruple vinyle sur le boulevard où les gens semblaient comme gommés par la pâle lumière grisâtre.

Allongé sur le canapé, Yoko Ogawa et les Music for films d’Eno en fond sonore. Le bruit du vent dehors aussi. L’impression, seulement aujourd’hui, de sortir enfin de cette période de fêtes et chasser ces nuages d’humeur grise persistants.

Rêvé la nuit dernière de pylônes à haute tension qui s’écroulaient les uns après les autre comme des dominos géants. Le monde qui s’écroule ou quoi ? Je m’évadais du bureau en suivant Coltrane dans des régions stellaires. Je crois qu’aujourd’hui il pleuvait de la poussière et ça s’entendait. J’ai eu beau secouer les épaules, je n’ai pas réussi à m’en débarrasser.

Oh the wind the wind is blowing, through the graves the wind is blowing chantait Cohen. On entendait les volets de plastique blanc battre sous les rafales comme un drôle de tambour. On s’est endormi après avoir fait l’amour. Je rêve d’un appareil photo intégré dans le cerveau, capturant exactement ce que je vois par instant. Comme les fumées humides de l’usine ce soir, dans le halo orange des lampadaires le long de la voie ferrée. L’appareil normal a ajouté trop de détails inutiles.

Impossible de l’appeler au téléphone dans le rêve, je tombais à chaque fois sur une autre fille. Ca devait être un complot, même ce crétin de chef comptable était chez moi devant mon ordinateur et des ouvriers installaient une douche dans le placard de l’entrée et un lavabo à la place du frigo. Pourtant il y avait du soleil. Débarrassé le bureau et c’est comme si l’horizon s’éclaircissait. Il faut peu de choses parfois.

Juste le moment où elle s’est allongée sur le lit. J’ai dit ce n’est pas l’heure de dormir elle a dit non en souriant. Le reste après tout... Le temps qui se recroqueville comme une peau de chagrin autour de moi me fait des habits trop petits.

Découragement. N’arriver à rien. Journée blanche, comme ces endroits sur les cartes où il n’y a rien.

Le rose bleu du ciel se reflétait dans les eaux mortes du port autonome ce soir, comme des traits tremblants tracés d’une main malhabile. Combien dans les voitures embouteillées ont vu ces traits de couleur ?

J’ai étalé sur la table de la cuisine le vieux matériel photo de mon père, exhumé de la cave à cause ou grâce à Philippe et ses souvenirs. Un morceau d’existence père/fils confondu dans quelques objets usés.

Il y avait une sorte de crachin Breton ce matin. Et puis, en image fantôme, de vagues nappes de brume. Il manquait le brouillard pour vraiment se cacher. Musiques électroniques hier soir. Il n’y a pas de hasard, jamais, même si le sens des choses nous échappe parfois. Tourner en rond c’est quand même avancer.

Le souvenir de Charlie qui ne trouve pas le tempo. Brian complètement absent, ou ailleurs, déjà noyé en un sens. Keith et ses bottes en serpent, la gibson noire, la basse. Le Jag’ à la voix impressionnante, terrible. Les filles qui font ouh ouh. Un cinéma minuscule vers St Michel. Revendu du passé par poignées aujourd’hui. Malgré les rebuts, je suis surpris du prix qu’on m’en offre. Il reste toujours une part dont on ne peut se débarrasser.

Les deux lignes manquent. Se dire que l’on aurait du continuer sous le 6 février. Se dire qu’on est très discipliné. Acheté deux vinyles de Jandek en rentrant de la promenade à la butte Montmartre. Artiste obscur en contraste avec la lumière de printemps précoce de ce dimanche. Ah et puis Teo Macero est mort in a silent way, l’homme qui collait la musique de Miles Davis pour en faire des albums historiques.

Premier jour de vacances. Rien. Avec le bruit des tubes des échafaudages démontés par les ouvriers dehors. Ils se sont arrêtés juste avant chez moi. Je reste avec des barreaux aux fenêtres pour encore quelques temps. "J’ai dit c’est ça voisin c’est ça, on n’aura qu’à dire comme ça, elle est partie comme quelqu’un qui s’en va." Cette chanson, comme si un jour à l’écouter encore et encore, j’arriverai à comprendre la fascination qu’elle exerce. Peut être juste retourner à Lacanau un jour, un jour ou deux.

Le plombier est venu changer deux robinets aujourd’hui, du coup la cuvette des toilettes fuit, il revient demain la changer et si ça ne s’arrêtait pas si après-demain il fallait changer toute la salle de bain et le jour suivant tout l’appartement et encore le jour suivant tout l’immeuble et le jour d’après... comme la spirale infernale d’un cauchemar...

Reçu un vinyle de Sun Ra en provenance du Japon dans un carton ressemblant à une boîte à pizza. L’idée de pouvoir commander des pizzas au Japon a beaucoup fait rire ma fille qui ne s’étonne pas plus que ça que son père reçoive des disques du bout du monde.

Forcément on pense à la Gibson J200 sur la pochette de Nashville Skyline même si celle là n’est peut être qu’une Epiphone. Forcément on pense aussi au vol 800 de la TWA. Forcément il y aussi la nostalgie des tablatures (injouables) qu’on trouvait dans R&F. Sinon encore des guitares cet après-midi avec des rythmiques extraordinaires de Curtis Mayfield. Thon mi-cuit et gingembre en poudre, fenouil, ananas frais. Après-midi lavasse, même pas touché à la guitare. Comme si je me regardais l’intérieur en y voyant tourner des choses qui ne sortiront jamais. J’ai mis une musique plus dure et plus forte pour moins entendre.

Je me suis senti troué comme un gruyère, comme si le vent me passait dans le corps. On ne donne pas corps aux idées, alors elles fuient par les trous. J’ai mis du scotch en attendant mieux. Parfois c’est juste le besoin de se passer de paroles. De juste laisser couler les choses comme l’eau d’une rivière. Une petite rivière. Avec des bruits de silence.

Drôle de rêve. J’ai repensé aux mugwumps dans Le festin nu mais en plus gentils, en plus "normaux". La fille dans le lit avait un corps chaud et ferme mais je me suis réveillé.

Voté sous la pluie. Cela fait plus de 20 ans que j’ai déménagé mais je vote toujours dans mon ancienne commune. Au moins comme cela je vote dans une commune de gauche. Et un tour suffit. En plus c’est écologique, pas besoin de prendre la voiture pour y retourner dimanche prochain.

Ce paquebot échoué sur la plage des Sables d’Olonne a quelque chose de surréaliste et surtout de fascinant. Il a quelque chose d’intérieur, il renvoie sur soi-même.

On a dîné dans ce restaurant Indien pas très loin où je n’avais pas mis les pieds depuis au moins quinze ans. Surpris de voir que c’était toujours le même propriétaire, encore plus surpris que le patron, toujours aussi gentil, se souvienne de moi après tout ce temps.

Exposition Cellar door au Palais de Tokyo tous ensemble. Etrange mais des éléments très beaux. Par moment un riff de guitare de Sonic Youth sortant des enceintes disséminées un peu partout dans les présentations. Incapable de retrouver le nom de la chanson d’où il provient.

Les vertus apaisantes du bruit, du larsen, des instruments torturés, hurlants. Comme s’il fallait un cocon de papier de verre aux pensées parfois pour s’agiter. J’ai entendu mes vertèbres craquer sous les gestes de la jolie osteo et tout un tas d’os que je ne saurais nommer avec. Le soir j’avais l’impression que mon corps était passé à la broyeuse. C’est ça la vie ? Courir comme ça ? Et pour quoi ? Elle m’a dit tu n’as pas arrêté de courir aujourd’hui. Si au moins c’était pour fuir. Mais non. Je n’aspire qu’à la tranquillité. Qu’on m’oublie.

Ca fait plusieurs fois que je veux mettre ce titre de Monk sur la playlist de la semaine, au dernier moment je mets autre chose. Des choix mouvants. Aujourd’hui le cargo est parti des Sables. On a même oublié si c’était le printemps. Ou hier. Je ne sais jamais. Parfois c’est marrant les noms qui font remonter les images oubliées mais en fait non, comme cet oncle travaillant chez Sciaky à Vitry ou Ivry le long de la seine. Les cheminées de la centrale EDF resteront toujours en persistance rétiniennes.

Ce soir je sens bien que c’est trop tard. Laissé passer trop de choses, les années en premier. Trop tard pour tellement de choses. Le temps c’est comme de l’eau, on ne retient rien dans ses ses mains, ses doigts. Je le sens ce soir, c’est trop tard. De la neige sur les voitures hier soir en rentrant tard. Ecouté de vieux 45T à l’anniversaire de David et sa chanson pour Julien D. Etrange de voir comme les choses peuvent arriver parfois. Juste comme si on fermait les yeux 30s et lorsqu’on les ouvre à nouveau tout a changé.

Malade. Des frissons toute la nuit. Toujours les sensations étranges de la fièvre donnant l’impression anachronique d’une dématérialisation du corps alors que justement il se fait trop présent. Chet Baker et thé au lait pour tenter (vainement) d’adoucir cette foutue crève qui me coupe les jambes. Incapable de rien et j’ai l’impression que c’est encore trop.
mercredi, juillet 08, 2009

Bedhead : Liferaft (Album : What fun life was 1994)

La musique en feuille morte de Bedhead se fondait parfaitement avec le chuintement des pneus sur l'asphalte rendu humide par la pluie. Ca sentait l'automne en avance. L'époque se veut fuyante.
Dans l'air des ondes étranges, au sens inconnu. Un décalage sur l'épiderme.

Ca devrait être tranquille ça ne l'est pas on me vole le temps le jour. Parfois je sens comme une paille géante s'enfonçant dans mon cerveau avec un bruit de suscion obscène comme dans un livre de Burroughs, se sentir aspiré comme ça.
Les notes des injustement méconnus (les groupes sont toujours injustement méconnus, si c'était à juste titre on n'en parlerait pas)(faut être logique) Bedhead pénètrent par les pores de la peau par capillarité, tout est question de peau, de textures charnelles. Il y a des musiques qui sont des pièces d'un puzzle s'emboitant parfaitement et se fondant avec l'organisme.

Tout se fondait sur la chaussée humide, les pneus les idées et la pluie, la saleté de la ville et les corps perdus des piétons, le vent les feuilles et la poussière dans un grand n'importe quoi filant vers le tout à l'égout comme ces mots sans sens.

Fever Ray : Dry And Dusty (Album : Fever Ray 2009)

Resté bloqué ce soir sur l'électro souple et Nordique de Fever Ray évoquant des paysages du Buveur de Lune de Göran Tunström, des paysages de pierre, landes désertes et lait de lune. Je n'ai pas retrouvé le passage que j'avais en tête mais c'était ça. Une nuit froide et sombre et la lune claire sur les pierres. Comme si les pages du livre à cet endroit étaient passées en négatif, écriture blanche sur fond noir. Et des fantômes ondulant comme des brumes blanches impalpables.

Est-ce que l'on boit aussi le lait de lune sur les landes tout là haut dans le pays de Karin Dreijer Andersson? J'ai tout inventé peut être mais je sais que non.

This Heat : 24 Track Loop (Album : This Heat 1978)

Le n°3 de la revue D'Ici Là dirigée par Pierre Ménard vient juste de paraître.

Ce n°3 est consacré à la musique et vogue sur une citation de Rimbaud dans Les Illuminations : La musique savante manque à notre désir.
D'Ici là est une revue belle, moderne, protéiforme puisqu'elle propose mots, musiques et images, développement durable puisqu'électronique (zéro papier).

On trouveau sommaire de ce n°3 par exemple des pièces musicales de David Fenech et Gilles Weinzaepflen, Klimperei, Cats Hats Gowns, David Cristoffel et d'autres, des textes ou illustrations de Jeff Aerosol, Felicia Atkinson, Philippe de Jonckheere, Claro, Benoit Guillaume pour ne citer qu'un tout petit nombre des quarante participants.

On trouvera l'intégralité du sommaire Ici Là. On pourra également feuilleter les 25 premières pages de ce beau n°.

La revue est en vente sur Publie.net au prix de 5,50€ (105 pages)(bande son incluse).

Une rumeur persistante fait même état d'un texte d'un certain KMS, truffé de liens musicaux (bien passer la souris sur le texte) (essentiels à la compréhension) permettant de découvrir des musiques sortant de l'univers musical habituel de cette page.
(Par ailleurs je suis très content et fier d'avoir collaboré à ce superbe n°.)


(NOTA : Ce morceau de This Heat s'écoute FORT)

Marine Girls : Second sight (Album : Lazy ways 1983)

C'est peut être à cause de la chaleur, ou de la période estivale, les vacances, même si cela sera pour plus tard, sans les enfants c'est déjà les vacances. Ou cette force étrange qui me pousse vers le début des années 80 depuis plusieurs mois.
J'ai ressorti les Marine Girls pour la voix de Tracey Thorn (oui la Tracey Thorn d'Everything but the girl)(oui celle que l'on entend chanter sur Protection de Massive Attack) et la nonchalance naturelle de leurs chansons.

Des chansons de soirées d'été. A écouter assis sur un muret de pierre surplombant la plage, avec le ciel s'éteignant doucement. C'est le moment préféré l'été, les soirées, lorsque le soleil se couche, que l'on sent le vent amener un peu de fraîcheur.