Bruce Springsteen : Candy's room + Racing in the streets (Album : Darkness on the edge of town 1978)

Je me souviens que sur la pochette, dans son maillot de corps blanc, il ressemblait à De Niro échappé de Taxi Driver.
Juin 78. J'allais passer le bac dans quelques jours. Une époque où même avoir 20 ans paraissait loin. Je révisais mollement en écoutant Darkness on the edge of town de Springsteen l'après-midi dans ma chambre.

The edge. Le bord. Dans mon esprit y était associé le précipice, comme sur la pochette de Warrior at the edge of time d'Hawkwind que j'avais longtemps désiré (comme sur Close to the edge de Yes aussi oui).
Cette notion me fascinait, sans en comprendre réellement le sens. Un plongeon au fond du gouffre Baudelairien. Un inconnu fantasmé.

Juin 78. On l'avait attendu longtemps cet album. On avait eu le temps d'user Born to run. Le punk était arrivé entre temps balançant des coups de Doc Martens dans tous les groupes avachis des seventies. Springsteen était arrivé à la charnière, peut être pour cela qu'il avait été épargné. Cet été là il sortait ce qui resterait son meilleur album (avec les deux tiers de Nebraska).

Le lycée avait été un grand vide, enfin moins cette dernière année en terminale mais quand même. La suite ne pouvait s'annoncer que meilleure. Pour cela il fallait avoir le Bac. Même si je n'avais aucune idée de ce que j'allais faire ensuite. La perspective de changer d'horizon me suffisait.

Juin 78. Je l'avais acheté la semaine de sa sortie ce disque. C'était rare à l'époque. Juste avant que les cours ne s'arrêtent au début du mois. J'ai fait toutes mes révisions avec lui.

Il reste après toutes ces années, l'image de ces après-midi ensoleillés, passés allongé sur le lit dans la chambre étroite, les volets métalliques presque totalement fermés à cause du soleil. Il ne pénétrait plus dans la pièce qu'un rai de lumière dans lequel dansaient lentement des poussières. Je passais sûrement plus de temps à les regarder flotter doucement dans la lumière qu'à réviser...

Et Candy's room. Surtout Candy's room et ses 2'48.

En dehors du tout début qui devait être retranscrit dans la critique de Rock & Folk, je ne savais pas de quoi parlait cette chanson, les paroles n'étaient pas imprimées sur la pochette. In Candy's room, there're pictures of her heroes on the wall. Ca suffisait pour moi, juste ça. Il ne faut pas grand chose pour s'inventer une histoire finalement.

Sur mes murs il y avait aussi mes héros, où dans un syncrétisme naïf, Peter Gabriel côtoyait Iggy Pop torse nu, Jimmy Page et sa Gibson double manche, Johnny Rotten, les pyramides bleues de Dark side of the moon du Floyd et Bowie en thin white duke.

La fille de la chanson fascinait, ses murs, sa chambre, ça ne pouvait être que sa chambre. Peut être juste parce que mon univers se limitait aux quatre murs de la mienne. Aux quatre murs et aux piles de disques qui grandissaient dans l'armoire. Plus tard, beaucoup plus tard, on comprend que c'est un drôle de numéro la petite Candy, elle ressemble un peu à la fille de Thirteen de Big Star, elle ne doit pas avoir beaucoup plus, question âge. La chanson transpire le détournement de mineur. A l'époque on l'était aussi.

Quand on avait entendu une fois la charleston en double croches de l'intro avec la voix de Springsteen qui parle plus qu'il ne chante, on ne pouvait plus s'en défaire. Et puis l'écho sur la voix, avant que la batterie ne rejoue les doubles croches de l'intro mais sur la caisse claire cette fois ci. Il y avait quelque chose dans cet écho, quelque chose qui nous renvoyait cette histoire même sans la comprendre.

Ma chanson préférée. Avec celle éponyme de l'album, en fin de face deux. Le soir tard, la fenêtre ouverte sur le ciel et les étoiles, je me passais la 2ème face uniquement pour finir sur Darkness on the edge of town. L'obscurité que je voyais au loin, après les cheminées de la centrale EDF.

Jamais on ne retrouve ensuite l'ambiance particulière de ces écoutes, les sensations qui vont avec. Le trait de lumière filtrant entre les volets avançant au fil des heures, la chaleur pesante, et ces chansons qui collaient à la peau. Les lentes, Something in the night et sa batterie lourde, Racing in the street, la voix qu'il avait à l'attaque de celle-ci, ça foutait des frissons. I got a sixty-nine Chevy with a 396. Des histoires de filles, de voitures, de routes. Brucie dreams life is a highway chanteront très ironiquement quelques années plus tard les Prefab Sprout sur Cars and girls.

Tout cet univers qui faisait rêver. On les imaginait belles les filles de ses chansons, avec les yeux brillants (and her eyes that shine like a midnight sun chantait-il sur She's the one sur l'album précédent), prêtes à nous aimer.

Juillet 78. Il faisait gris le jour du résultat du bac. Un samedi. A la télé mes parents regardaient la finale de Wimbledon entre Jimmy Connors et Bjorn Borg. Je ne voulais pas qu'ils viennent avec moi. Ca me laisserait le temps du retour pour trouver des arguments expliquant mon échec au cas où... Le match était interminable. Il n'était pas terminé lorsque je suis revenu. J'avais aperçu la silhouette de mon père derrière la vitre en arrivant de la gare. Il me guettait. Je m'étais dit que j'allais les faire marcher, leur dire que je ne l'avais pas, mais lorsque je l'ai vu derrière la fenêtre j'ai souris, je me suis trahi. J'ai oublié depuis bien longtemps qui avait gagné cette foutue finale.

Dès le lundi, j'allais m'acheter de nouveaux disques, la réussite au bac avait l'avantage des retombées financières, je me souviens encore des deux disques achetés ce jour là. Toujours étrange de voir comme certains sont restés après toutes ces années. Cet après-midi là, je suis revenu en bus du centre commercial avec le 2ème album de Peter Gabriel qui venait de sortir et le Live and Dangerous de Thin Lizzy...

Bien plus tard, on lit l'excellent Speed Queen de Stewart O' Nan (remarquablement traduit par Philippe Garnier), et son univers sorti tout droit des chansons de Springsteen. Ces deux serial killers, comme ceux de Nebraska (la chanson, qui raconte l'histoire de Charles Starkweather et Caril Ann, qui au cours d'un périple au Wyoming et au Nebraska (d'où le titre) ont tué onze personnes, histoire dont Terence Malik a tiré le film Badlands, Badlands, nom de la chanson ouvrant Darkness on the edge of town)(ça va vous suivez?), les grosses américaines trafiquées, le Cadillac ranch, la junk food et toute cette imagerie de l'Amérique white trash qui dérape sur les bas cotés de l'existence.

Pas moyen de ne pas entendre les chansons de Springsteen en lisant ce bouquin. On y renifle même la poussière. Peut être la même que celle qui flottait dans le trait de lumière perçant la semi obscurité de la chambre, en juin 78, quand je révisais le Bac en écoutant Candy's room...

Eyeless in Gaza : Speech rapid fire (Album : Photographs in memories 1981)

Alors l'été est arrivé tout à l'heure, ou il y a peu de temps et le temps justement lui est parti ailleurs, comme s'ils ne pouvaient être là tous les deux. En même temps.

Eyeless in Gaza... est-ce parce que j'ai traversé les années de ces musiques qu'elles me fascinent autant même si en 1981 j'étais loin de ce son et de ce synthé entêtant. Des musiques que je ne peux m'empêcher de trouver encore actuelles et pourtant...

J'ai marché nu sur la terrasse tout à l'heure, pour sentir le vent léger sur mon corps. Je pensais à cette musique de nuit, à d'autres nuits synthétiques sous les étoiles. Cette chanson demain matin n'aura plus la même saveur. Eyeless in Gaza... rien que le nom déjà... on en reparlera...
mercredi, juin 24, 2009

Fleetwood Mac : Storms (Album : Tusk 1979)

Ca m'a pris en rentrant hier midi, après être allé chercher mon déjeuner, il s'est mis à pleuvoir de manière violente, des grosses gouttes, ça n'avait pas arrêté de la matinée, cette alternance averses, vent, ciel gris et froid. J'ai pensé qu'on allait avoir un été pourri. C'est là que j'ai repensé à ce texte.

J'ai regardé la date de création du fichier, c'était il y a quinze mois. Pendant pas mal de temps il n'y a eu que le titre, Fleetwood mac 1980 storms. Avant que je ne l'écrive d'une traite un soir il y a neuf mois. D'un seul jet. Comme pour s'en débarrasser. Je n'avais pourtant pas l'impression de vraiment porter ça.

Je l'ai laissé là ce texte durant des mois. Je ne sais pas si l'été sera pourri mais déjà hier soir j'avais froid et j'y ai pensé.
Je pensais que ça devait rester caché, que l'écrire suffisait. Peut être que non. J'ai longtemps hésité avant de rendre ce texte public. L'impression de manquer de pudeur, de "jouer" sur la corde sensible...

Quelqu'un a dit dans les commentaires il y a quelques jours, est-ce que les choses viennent à soi ou est-ce que l'on va vers elles? Peut être que l'on fait chacun la moitié du chemin. Elles ont fait du chemin les choses pour venir jusqu'à moi. La moindre des politesses étaient de ne pas les laisser toutes seules au milieu du gué. J'ai fait un petit bout de chemin pour les retrouver...

KMS il y a une dizaine de jours



Ouvre tes yeux. Regarde bien. C'est peut être bien la dernière fois que tu verras ici une chanson de Fleetwood Mac. Crois-moi. Probablement la dernière fois. Et tu vas écouter une chanson de Fleetwood Mac avant la fin ce texte. Peut être même que tu la mettras plusieurs fois de suite. Tu n'aurais pas imaginé ça ce matin...

Mais cette chanson. Putain cette chanson... Parce que tu vois, il faut te dire, le week-end du 14 juillet 1980, c'est là que je l'écoutais. Oh avant aussi, ça faisait même plusieurs mois déjà, j'avais dû l'acheter à Pâques.
Ne me demande pas si c'était un samedi ou un vendredi le 14 juillet, je vais te dire, ce n'était pas le problème. Juste, ce jour là, il faisait super froid. Mais froid. Presque comme en hiver. Mon père avait fait du feu dans la cheminée. Le 14 juillet.
J'aurais dû me douter qu'il se passait quelque chose. Ce n'est pas possible si tout va bien qu'il fasse aussi froid un 14 juillet.

Ce samedi là, le 14 ou le 15 juillet, va savoir, le samedi où mon père avait fait du feu dans la cheminée c'est tout ce qu'il faut retenir, j'étais allé chez Brigitte. Brigitte sortait avec Stéphane, Stéphane et Brigitte étaient avec moi à la fac. Dans 15 jours on partirait en vacances ensemble avec Christine. Tous les quatre.

Ce samedi soir là, ce samedi du week-end du 14 juillet où il avait fait si froid que mon père avait fait du feu dans la cheminée, la dernière fois qu'il avait fait du feu dans la cheminée.

[...]Ce samedi soir là j'étais allé chez Brigitte qui habitait pas loin de Corbeil dans un petit village, un grand pavillon, d'autant plus grand que ses parents n'étaient pas là.
Il faisait froid, je l'ai déjà dit, mais tu n'imagines pas à quel point il faisait froid ce samedi soir là, que sûrement c'était la mort qui rodait. Elle ne s'était pas trompée de beaucoup...

On avait mangé tous les trois chez Brigitte, j'étais seul comme un con avec les deux autres qui s'embrassaient de temps en temps pas trop puisque j'étais là, seul, puisque Christine pour une raison oubliée depuis toutes ces années n'était pas là.
Pas une mauvaise soirée cela dit. RTL avait diffusé le concert de Bob Marley au Bourget à partir de 22h ou quelque chose d'approchant. On l'avait écouté assis autour de la table. On était très Bob Marley aussi ces années là, Malgré la déception du nouvel album. On s'en était roulé un. Puis deux. Puis trois. Bob Marley quoi merde. Rastaman vibrations. On n'allait pas écouter ce concert sans s'en fumer quelques uns.

Pendant le troisième ou quatrième pétard, Bob a terminé son concert. On est resté un peu comme des cons devant la radio. Il était plus de minuit, j'ai dit ok je vais y aller. Je crois que de nous trois, il n'y en a pas un qui comprenait ce qui se passait. J'ai dû avaler une bouteille d'eau comme ça direct avant de redire je vais y aller. Je vais y aller.
Dans le froid. Dans le froid de ce putain de week-end du 14 juillet où mon père avait fait du feu dans la cheminée pour la dernière fois.

Quand je suis parti de chez Brigitte, du fin fond de l'Essonne, surtout après trois ou quatre joints bien tassés tu accrois les distances, j'ai mis ce disque. Tusk de Fleetwood Mac. J'en avais fait une K7 pour la voiture. C'était une R16 TL bleu marine ma voiture, avec son levier de vitesse derrière le grand volant. 11 ans, 70 000 kms au compteur mais il avait déjà fait le tour alors ça faisait 170 000 kms. Amortisseurs pourris. Tout était pourri en fait. Toit ouvrant soudé au sintofer. Une ruine. Payée 1 500 Frs à l'époque.

Quand je suis reparti de chez Brigitte j'ai eu un coup de blues terrible. Je me suis assis dans ma R16 bleue marine. Le fait de laisser les autres ensemble. Le fait de rentrer seul. J'ai mis ma K7 de Fleetwood Mac dans l'autoradio qui était ce qu'il y avait de plus récent dans cette voiture. C'était l'ancien de mon père.

Elle était spéciale ma K7. A partir du vinyle, j'avais fait une face avec les chansons lentes. En fait je n'aimais pas les morceaux chantés par le guitariste. Mais les morceaux lents, Sarah, Storm, Brown eyes, Beautiful child, j'ai oublié les titres des autres, les chansons chantées par les deux filles du groupe, la discrète au clavier et la jolie Stevie Nicks celles là me plaisaient.

Je l'avais fait exprès cette face de K7. Je m'étais dit qu'avec des chansons pareilles, si douces, bon sang, les filles tomberaient dans mes bras bien sûr. On peut être idiot parfois. Les filles s'en foutaient.

Alors ce samedi soir là, après le concert de Bob Marley qui avait eu lieu quelques jours plus tôt au Bourget diffusé par RTL (vas-y vérifie sur le net ça doit bien être marqué, juillet 1980), je suis monté dans ma vieille R16 bleue pourrie, j'ai mis cette K7 et cette face là. Je suis resté un peu dans la voiture et il faisait froid, rappelle toi, c'est ce foutu samedi de merde où mon père avait fait son dernier feu de cheminée, un 14 juillet tu te rends compte, à écouter la voix de Stevie Nick chanter Sara. Et Storms. C'était la troisième chanson de la face "lente" de la K7.

Avec ses faux airs de Suicide is painless, elle m'écrasait de sa tristesse humide avec ses arpèges et la voix comme un souffle chaud de Stevie Nicks, et cette intro tellement plombée, Every hour of fear I spend My body tries to cry.... Une chanson comme une spirale sur laquelle on glisse sans s'arrêter.

J'en tremblai en traversant la forêt de Sénart. Le froid sûrement. J'ai remis le début plusieurs fois de suite, tout le long de la route en fait. Sara, Storms, Angel, Brown eyes, Beautiful child. J'en pleurais presque et je ne savais pas pourquoi. Un de ces moments où on a l'impression que le monde entier vient s'appuyer sur tes épaules. J'étais juste un peu en avance.

J'ai garé ma R16 dans la cour de l'immeuble. Il était tard. 1h ou plus sûrement 2h du mat. Dans le salon chez mes parents, dans la cheminée il y avait les dernières braises rougeoyantes du dernier feu de cheminée que mon père avait fait. Un 14 juillet. Je suis resté longtemps devant ces braises. Jusqu'à plus d'heures.

Le lundi, il était tout jaune. Jaune ocre. Je travaillais dans sa boîte d'assurance cet été là. Quand je suis parti le matin j'ai dit ça va P'pa, ma mère a dit on va appeler le médecin.
A l'hôpital ils ont dit on fait les examens, une semaine était passée, j'aillais partir en vacance, avec Stéphane, Brigitte et Christine, sur la côte d'azur et dans la voiture, durant le trajet j'avais mis cette foutue K7 de Fleetwood Mac tu vois je n'en savais rien encore je me disais ça va aller.

J'avais demandé tu crois c'est mieux si je reste il m'a dit mais non ça va aller t'inquiètes pas. Tu sais, ces paroles de parents, qu'on dit toujours aux enfants, t'inquiètes pas. A l'hôpital ils disaient on fait des examens. Alors je suis parti. Le 1er août. Souviens toi, ça ne faisait pas si longtemps qu'il avait fait du feu dans la cheminée. Ils l'ont opéré ce jour là, subitement. [...] Il avait 49 ans, l'âge que je vais avoir dans un peu plus d'un an. Ca me fait peur parfois.

Je pourrais te dire que je l'ai mise dans la voiture le jour de l'enterrement cette K7 mais je n'en sais plus rien. J'ai oublié cette journée. Les détails. Peut être même le reste. En fin d'après-midi quand tout le monde était parti, j'avais pris la voiture et j'étais allé rouler un peu, seul. Je voulais être seul. Je ne me souviens que de lignes droites qui n'en finissaient pas, bordées de platanes, quelque chose comme un vide infini.

Au bout d'une semaine je suis reparti retrouver les autres, dans le sud. Je ne pouvais pas rester à la maison. La plage nous ennuyait alors on a démonté les tentes et on a roulé dans l'arrière pays. Les autres comme moi ne tenaient plus en place. On ne pouvait que bouger. On écoutait ça, Lavilliers, Higelin, The Wall du Floyd et la BO de Midnight Express. Si tu n'as pas eu 18 ou 20 ans ou approchant ces années là, tu ne peux pas comprendre la BO de Midnight Express. Un jour je te raconterai...

Il est à Alfortville sous les feuilles, pas loin des anciens gazomètres, derrière la cité, avec la Seine à portée de regard. Je ne vais pas le voir je n'aime pas ça comme disait Souchon, et ce n'est pas pour rien qu'elle m'a toujours fait quelque chose sa chanson que j'écouterais un ou deux ans après. Pourtant du Souchon t'imagines...

J'ai arrêté d'écouter Fleetwood Mac ensuite, naturellement, remplacé par d'autres disques. Peut être qu'inconsciemment c'était trop associé à ce 14 juillet où mon père avait fait du feu dans la cheminée pour la dernière fois. Plus tard, ça deviendra le groupe que surtout on n'écoute plus. Comme Dire Straits.

[...]Et puis un samedi il y a quelques années, en 2004, en bas de l'escalier mécanique chez Gibert Joseph pour descendre au sous-sol, avec leur foutues rééditions, j'ai vu Tusk sur le présentoir juste en face en arrivant en bas, avec la photo du chien mordant le pantalon. Je suis resté avec l'idée de ce disque en tête toute la journée, je n'arrivais plus à m'en débarrasser.

Je l'ai réécouté ce jour là à la maison, le soir, le vieux vinyle qui craque un peu. J'avais oublié les chansons. Presque toutes. Sauf Sara et Storms. Tout m'est revenu ce soir là.

[...]Voilà. C'est l'histoire de Storms. La mienne. On a tous des histoires avec des chansons. M'en veut pas si je t'ai fait écouter une chanson de Fleetwood Mac, crois moi, ça ne se reproduira pas de si tôt.


KMS septembre 2008

Thalia Zedek : Temporary guest (Album : Been here and gone 2001)

Dans la voiture, lundi matin rapeux mal dormi. On n'écoute pas assez Thalia Zedek. Une voix à la Faithfull. En plus rock (rauque?). A croire que c'est l'héroine qui fait descendre dans les basses. Elle en est revenue aussi, comme la Marianne.
Des accords lourds comme la lassitude, la voix en gueuse de plomb, t'espérais pas t'envoler comme ça. Lundi matin à trainer ça sur le chemin. En traversant la forêt. On n'écoute pas assez Thalia Zedek. Il faudra ressortir les guitares saignantes de Come un jour, un jour ou deux.

Après il y a des voix comme ça qui ralentisse le monde le lundi matin, entre les arbres, dans le petit bout de forêt traversé. La fatigue ausi mais pas seulement. On ferait bien pareil après au bureau, ralentir la rotation, le bruit des autres, leurs voix, tout deviendrait lent et grave, à ne plus être qu'un bourdonnement. Comme ça, en bougeant le curseur magique.
On n'écoute pas assez Thalia Zedek.

Six Organs of Admittance : Home (Album : School of the flower 2005)

L'été n'arrive pas, l'été n'en finit pas d'arriver. Les nuages passent comme en accéléré, toujours les mêmes images. Je draine dans le corps une fatigue qui ne s'élimine pas.
Le soir j'aligne des lignes comme on tire sur une bobine de fil, expérience étrange. Découverte d'une part de révélation à soi même dans cet exercice.

Certains dimanche nous plongent dans une sorte de torpeur aliénante, une brume accrochée aux pensées mal éveillées.

L'été n'arrive pas, l'été n'en finit pas d'arriver laissant dans les rues une pellicule de poussière grise de nuages sur laquelle les gouttes de pluie faisaient des ronds hier à Paris.


(J'ai fait à la va vite ce matin une compil fête de la musique sur Spotify pour oublier les braillards d'un soir et les odeurs de merguez)(on peut ouvrir un compte gratuit ici au besoin pour charger et installer le logiciel)
jeudi, juin 18, 2009

Hrsta : Holiday (Album : Ghosts Will Come And Kiss Our Eyes 2007)

Steely Dan et une chanson des Bee Gees la même semaine, je torpille sérieusement ma réputation indie snob (et encore vous avez échappé à Fleetwood Mac...).

J'ai fait une soirée Canadienne pour effacer cette journée effaçable. Post rock pas obligatoirement post ni rock d'ailleurs. Les étiquettes sont ennuyeuses.
J'avais six ans lorsque l'original des Bee Gees est sorti. La reprise n'en est pas si éloignée. Hormis cette fêlure dans la voix, cette tristesse plus profonde, presque à la rupture, mais les fantômes sont venus embrasser les yeux de Moya.
42 ans plus tard est-ce qu'on se souvient de cette chanson...

Van Morrison : Into the mystic (Album : Moondance 1970)

...tu en connaissais la fin oui ce fameux 18ème épisode qui ne contient que 8 phrases oui 8 phrases et 78 pages dans l'édition Folio française il y a presque dix ans c'était l'été de l'éclipse où la vie basculait sur cette passerelle au dessus de la Marne où la lune masquait le soleil et l'eau s'endormait comme par magie cette fin éblouissante oui les mots comme une lente montée oui du plaisir tendant vers cette apothéose luxuriante et aujourd'hui oui c'est Bloomsday oui et ce livre un des plus grands un jour aller à Dublin oui et faire la promenade de Joyce et tous ces quartiers tous ces lieux avec cette histoire et ces mots oui à l'infini chargés de magie et de folie oui aussi pour entendre oui encore que l'on oui dise Oui.

[...]et les vieilles fenêtres des posadas de deux yeux de feu derrière le treillage pour que son amoureux embrasse les barreaux et les cafés entrouverts la nuit et les castagnettes et la nuit que nous avons manqué le bateau à Algésiras le veilleur qui faisait sa ronde serein avec sa lanterne et O cet effrayant torrent tout au fond O et la mer la mer écarlate quelquefois comme du feu et les glorieux couchers de soleil et les figuiers dans les jardins de l'Alameda et toutes les ruelles bizarres et les maisons roses et bleues et jaunes et les roseraies et les jasmins et les géraniums et les cactus de Gibraltar quand j'étais jeune fille et une Fleur de la montagne oui quand j'ai mis la rose dans mes cheveux comme les filles Andalouses ou en mettrai-je une rouge oui et comme il m'a embrassée sous le mur mauresque je me suis dit après tout aussi bien lui qu'un autre et alors je lui ai demandé avec les yeux de demander encore oui et alors il m'a demandé si je voulais oui dire oui ma fleur de la montagne et d'abord je lui ai mis mes bras autour de lui oui et je l'ai attiré sur moi pour qu'il sente mes seins tout parfumés oui et son coeur battait comme fou et oui j'ai dit oui je veux bien Oui.
James Joyce : Ulysse


(oui je sais, il est né à Belfast Van. J'aurais pu mettre les Virgin Prunes. Certes. J'aurais pu. Into the mystic est parfait)

Steely Dan : Do it again (Album : Can't Buy a Thrill 1972)

Tu vois ça vient comme ça, toujours par hasard, les trucs du passé. Même quand tu ne veux pas. Surtout quand tu ne veux pas. Tout ça parce que Jay Bennett est mort à un âge où on ne meurt pas, les gens plus jeunes que moi ne devraient jamais mourir.
Alors hier, Any Major Dude de Steely Dan reprise par Wilco et on repart un peu plus de vingt ans en arrière. Ces choses là parfois ne devraient pas être permises.

J'avais le costume du banquier ces années là. Pas le golden boy non. Mais tu es là, dans la banque, tu brasses de l'argent, pas le tien, avec ce qu'ils payaient on aurait pas été loin, tu travailles depuis deux ou trois ans, tu as fait tes études, tu sens ce poids social sur tes épaules, tu te déguises en JCD (jeune cadre dynamique). La panoplie des vanités.

Quelles conneries. Il faudra encore quelques années pour comprendre. Qu'on est juste un pion dans leur jeu comme disait Bob. J'avais costar/cravate et voiture GTI. On y écoutait Steely Dan et David Sanborn sur les routes au soleil. Babylon sister shake it! on trouvait ça si cool sur RFM. Steely Dan aurait mérité mieux.

Steely Dan, un groupe qui tire son nom d'un godemiché dans Le Festin Nu de Burroughs.
Mary is strapping on a rubber penis:
"Steely Dan III from Yokohama," she says, caressing the shaft. Milk spurts across the room.

C'est tout Burroughs ça, ce coté éjaculatoire nacré.

Pas un groupe des années 80. Pur seventies. En dehors de Gaucho, loin d'être le meilleur, et sa cuervo gold and the fine colombian. Le décalage total. On écoutait ça juste pour la souplesse des mélodies, ce coté désabusé Californien. On dit ça maintenant histoire de justifier. Les références littéraires, les paroles intelligentes, ça nous passaient au-dessus de la tête, on s'arrêtait juste au superficiel. 1987. J'en étais nulle part.

Le pire dans tout ça, c'est qu'on se pensait heureux dans une sorte de sociabilité avancée et formatée. Un rêve bien propre avec de l'argent lisse et insipide, entouré de gens aux mêmes qualificatifs. Une autre vie. On en vit plusieurs dans une seule. Elles participent toutes malgré ça à forger celle de l'instant présent.

Steely Dan. Ils dataient d'un paquet d'années ces disques pourtant. J'ai toujours soupçonné Michael Jackson d'avoir pompé Billie Jean sur cette chanson, le rythme, l'articulation des accords, le refrain. Peu importe. C'est peu après cette période que je me suis mis à n'écouter que du jazz ou presque.

Vingt ans plus tard on en garde le goût amer du temps perdu même si on sait que... peut être la même amertume que celles des chansons de Steely Dan. Des petites vieilleries qu'on se garde pour soi de temps en temps, comme on sort de vieilles photos d'une boîte en carton ou de pochettes en papier écornées.

KMS 26/05/2008 (j'ai laissé ces lignes enfermées deux semaines, sans vraiment savoir pourquoi...)
vendredi, juin 12, 2009

Current 93 : Poppyskins (Album : Aleph at hallucinatory mountain 2009)

Comme pendu au bout d'un fil. Au dessus du sol, du reste aussi. L'impression d'à peine frôler la moquette du couloir. Se sentir détaché et attaché en même temps.

Il y avait quelque chose comme ça hier soir dans Chaque jour est un arbre qui tombe. Je n'ai pas retrouvé le passage ce soir. Les phrases s'envolent durant la nuit. Je le savais déjà pour les miennes. Mais même dans les livres.

Où bien ai-je rêvé alors que je ne dormais pas. Inventer les phrases manquantes du livre, celles sous-jacentes, non écrites, suggérées, dans l'état un peu second de l'endormissement. Tout en écoutant Unknown Pleasure pour la ixième fois, peut être même plus. Je lisais en suivant la basse, elle m'a peut être emmené ailleurs. Vers des phrases en suspension.

Comme si j'avais posé la tête sur un oreiller surréaliste aux filaments fantômes. Suis-je entré dans le livre ou bien le livre est-il entré en moi? Des choses s'échappent la nuit.


(ce nouvel album de Current 93 est un des plus beaux disques sortis cette année, merveilleuse bande son pour les terreurs nocturnes)

Libellés :


Marquis de Sade : Henry (Album : Dantzig Twist 1979)

Je me souviens avoir vu Marquis de Sade un dimanche midi sur Antenne 2. En décembre 1979, quelques jours avant mes 19 ans. Dans l'émission Chorus présentée par Antoine De Caunes, diffusée tous les dimanches midi après la messe, à l'heure de l'apéro du sacro saint repas dominical de la France Giscardienne.

Cela parait totalement hallucinant trente ans plus tard, d'imaginer une telle émission avec un tel contenu à cette heure de diffusion (comme Alan Vega de Suicide crachant et balançant des fuck à tout le public avec moult doigts d'honneur à l'appui). Les temps changent comme disait Bob...

Tous les dimanches midi j'étais rivé devant l'écran. Je me souviens y avoir vu Dire Straits à leurs débuts (oui bon...), Suicide, Magazine qui venait de sortir son premier album, ces cinglés de Devo, Magma, Odeurs, et tant d'autres perdus dans la nuit des temps (Pere Ubu?)(The Damned?). Les parents n'avaient rien à dire, c'était MON émission. Généralement ils désertaient le salon.

Le jour où j'ai vu Marquis de Sade, je ne me souvenais plus (merci internet) que c'était The Cure qui avait fait la première partie. Les Cure ouvrant pour Marquis de Sade ça peut faire sourire trente ans plus tard...

La première vidéo permet de voir le magnifique générique de l'émission réalisé par Kiki Picasso et l'équipe Bazooka, avant d'y voir le tout jeune Robert Smith dans une des premières version d'A Forest qui s'appelait alors At night (les paroles sont différentes).
Ils ont également joué Three imaginary boys et Killing an arab ce soir là. Je suis passé totalement au travers. Il me faudra encore quelques années avant de me mettre à écouter The Cure.

La deuxième partie de l'émission était consacrée aux Rennais de Marquis de Sade. La vidéo de Skin Disease (en haut à gauche en dessous) permet de voir l'intermède qu'il y avait entre les deux groupes et où Antoine de Caunes présentait les disques de la semaine.
La manière dont il dézingue The Wall du Pink Floyd donne une idée du ton de l'émission.

Je ne me souvenais plus de la qualité incroyable de ce concert, les images gommées par le temps, peut être parce que quelques mois plus tard je tournerais le dos à cette musique. Restait juste le souvenir de les avoir entendus.
Franck Darcel (guitare) et Philippe Pascal (chant) y sont diaboliquement beaux. Le groupe est terriblement efficace. Marquis de Sade avait un son incroyable. Nerveux, tendu, avec cette classe particulière qu'avaient certains groupes français à cette époque. La musique est supérieure à pas mal de groupes cold/new-wave Anglais de l'époque hormis Joy Division dont personne ou presque connaissait l'existence en cette fin 1979.

Probablement le meilleur groupe Français de tous les temps. J'avais acheté leur premier album à la suite de l'émission, celui à la pochette rouge avec ces garçons modernes dessinés avec des visages émaciés. Il en reste le souvenir de chansons comme du brouillard froid et définitif, le métal froid des guitares et les échos d'un sax me paraissant alors totalement incongru.

Trente ans plus tard il a plu toute la journée ou presque, un déluge ce soir, dans la voiture j'écoutais Dantzig Twist. Contrairement à moi le disque n'a pas pris une ride.

(Il semblerait qu'on ne trouve plus les deux albums de Marquis de Sade en cd, mais Dantzig Twist et Rue de Siam ont été réédité en vinyle, je ne peux que chaudement recommander leur achat)




Hugh Hopper : Lonely Woman (Album : Hopper tunity box 1976)

Je ne sais pas si c'est à cause du disque dur mais Hugh Hopper est mort ce week-end. J'ai toujours aimé son jeu de basse.
La seule raison qui me fasse encore écouter parfois la première face du 6 de Soft Machine qu'il avait fondé avec Robert Wyatt et Kevin Ayers. Pour son jeu et le son de basse fascinant sur le morceau qui fait toute la première face. Fanfare et cie.
Il avait aussi écrit Memories qui est une des plus belles chansons chantées par Robert Wyatt. Les disques dur sont impitoyables.

Il pleut. Depuis tout à l'heure. Beaucoup. Une pluie de vacances ratée, de celles dont on traîne l'humidité sous la peau même plusieurs jours après. On peut se demander parfois si les journées ne sont pas en sucre et si la pluie ne les fait pas fondre.
J'ai trouvé que ça allait bien avec cette belle reprise du Lonely Woman d'Ornette Coleman qui est certainement un des plus beaux morceaux du monde. Au moins.

Neil Young : Down, down, down (Album : Buffalo Springfield Box Set 2001)

Le disque dur de l'ordinateur tout neuf s'est bloqué hier soir. Ces choses là ne peuvent-elles être un peu plus fiables. Il n'a pas tenu quatre mois. Ils deviennent quoi quand ils arrêtent de fonctionner? Des disques mous?

Je n'aime pas ça, je n'y peux rien. La dernière fois qu'un disque dur a grillé c'est le week-end où Claire est morte il y a cinq ans. Il n'y a pas de lien forcément mais je ne peux m'empêcher d'y penser en espérant que ces coïncidences ne se reproduisent pas. C'est aussi pour cela que je ne veux pas que les disques durs dysfonctionnent, pas seulement pour la perte de données et tout le temps perdu à tout réinstaller comme je vais devoir le faire. J'ai beau me dire que c'est idiot...

Pas le courage d'aller chez Ground Zero et Souffle Continu pour acheter des disques. Les tracas techniques et le ciel pisseux m'auront découragé. J'ai plutôt commencé à écouter les Archives #1 de Neil Young sur Spotify avant de faire le ménage qui attendra, il y a tant de choses qui peuvent attendre...

Le 2ème cd, en dehors d'une superbe version acoustique de Nowadays Clancy ne peut même pas chanter le blues, on y entend quelques chansons de cette merveille oubliée qu'est le tout premier album solo de Neil Young. Celui où il est dessiné sur la pochette sous un ciel orange à la Van Gogh.

J'en ai ressorti mon vieux vinyle qui crachouille un peu. J'avais oublié comme les chansons de Neil Young sont idéales les samedis après-midi où il pleut et le ciel traîne sa grisaille paresseuse derrière la fenêtre. J'en ai eu des frissons à écouter ces chansons un peu oubliées, au son éclairci par la remasterisation. Cela faisait longtemps que je n'avais pas fait ce dernier voyage vers Tulsa. Des chansons qui couvrent le monde d'un voile de tulle léger et le rende plus flou, un peu embrumé.

Sur ce qui doit être le premier cd de ce coffret, on trouve cette chanson qui deviendra Broken Arrow ensuite (et que l'on trouvait déjà sur le coffret du Buffalo Springfield), Down down down, comme ce foutu disque dur...


( pour mémoire, on pourra toujours refaire un tour Sur la plage pour bien vérifier que les chansons de Neil Young sont parfaites les jours gris)
(Photo : Silence is sexy de Bruno Peinado à la Force de l'art #2 (comme les autres photos de la semaine))


Crystal Stilts : The Dazzled (Album : Alight of light 2008)

J'ai rêvé de la maison cette nuit, les murs étaient en sale état, il y avait encore les gens à l'intérieur. Il y avait un mur salement tagué qui coupait le jardin en deux. En dehors des murs, du moins je l'espère, je n'ai fait que rêver de la réalité ce qui finalement est assez triste pour un rêve.En promenade hier soir à Bagnolet dans le mix audio/vidéo de Pierre Ménard et le Désordre de Philippe De Jonckheere.
J'y vois un lien de cause à effet dans les deux photos prises à la volée ce matin sur le pont. Il faudrait enlever cette rambarde, est-ce que les gens tomberaient plus dans la Marne s'il n'y en avait pas? La réponse est probablement, peut être avec un coefficient de certitude plus prononcé. Mais ça serait plus simple pour photographier la Marne de la voiture.

Par rapport à la photo numérique j'ai gardé trop de réflexes argentiques. Photographier avec la parcimonie calculée due à la limitation de stockage du support (36 poses) et/ou du coût du développement.

Pris conscience de n'avoir jamais utilisé le mode rafale de l'appareil, ni laissé le doigt sur le déclencheur pour prendre plusieurs clichés à la suite. Cela doit passer quelque part avec l'apprentissage du hasard. Quelque part ça résonnait en écho à ce kebab de photos de Wang Du à la force l'art.

Transformer ce quotidien pour en faire quelque chose, triturer la matière, réfléchir à tout ça puisque je ne peux m'affranchir de ces obligations répétitives et alimentaires.
Aussi pour ces raisons que je dois compiler mes interventions quasi quotidiennes sur le petit journal depuis fin 2007.
Le quotidien est comme le siphon d'un lavabo, plus on se fait attirer plus il est difficile d'en sortir.

En allant chercher à Monop' de quoi manger ce midi je suis passé devant les panneaux électoraux devant la mairie. J'ai ressenti un flux de haine m'envahir en passant devant l'affiche de D.M'Bala M'Bala . Rien que leurs sales gueules... Ces gens surfent sur la haine et suscitent de la haine. Je les hais de me les faire haïr. Leur matériel électoral est un appel abject à la haine raciale. Est-ce que les dénoncer n'est pas leur faire trop d'honneur? Est-ce que le mépris n'est pas suffisant afin de ne pas leur faire de pub? Je rêve d'une chasse d'eau géante nous débarrassant de ces étrons. Les haïr, je le crains, c'est déjà se faire avoir...

J'avais attrapé en partant le matin une des routes d'Okay (la basse ou la haute je ne sais plus)(la haute)(je préfère la basse) et le Crystal Stilts (ça devient la mode des groupes en Crystal? Stilts, Antlers, Castles qui d'autre?). Il y a un coté perdu dans un brouillard de chaleur dans le son des Crystal Stilts. Ce coté flou. Ce qui ne veut pas dire grand chose.

Envie d'au moins quatre disques EN MÊME TEMPS ce soir (non, pas Zaireeka)(on en reparlera un jour, un jour ou deux...), il me manque des oreilles c'est une certitude.

Antic Clay : Decades (Album : Hilarious death blues 2007)

Les poubelles rouges fondues d'Anita Molinero comme un coeur explosé. Les organes éclatés de la cité. Le coeur déchiqueté de nos villes.

Est-ce qu'on atteint la limite? Est-ce qu'on n'a pas tout dit depuis le temps? Ne reste t'il pas que l'indicible, la part d'ombre qui le restera. Organismes aux réserves limités, on aura épuisé nos richesses naturelles, nos énergies fossiles internes.

On a aussi plus la pudeur de l'intime quand il n'est pas déchiré, à vif. On mets plus facilement à nu ses souffrances. Comme ces poubelles torturées par la chaleur, aux formes décomposées, tordues par la douleur de la flamme, ont plus de sens que si elles n'étaient présentées telles quelles.
On se raccroche plus à ces filaments sanglants de plastique fondu qu'à une surface lisse et nette.


(NOTA : oui c'est bien une reprise de Joy Division)