Pere Ubu : 30 seconds over Tokyo (AlbumSingle : 30 seconds over Tokyo 1975)

J'ai cherché en vain dans les fissures des trottoirs un peu d'inspiration pour un semblant de poésie urbaine. Tendance à racler les murs et à n'y ramasser que de la poussière trop fine.
Parfois c'est ça, se glisser dans la lézarde d'un mur. Il y a quoi à l'intérieur, qu'est-ce qu'on y trouve de soi. Comme si ça tenait à rien. Une fraction de seconde et tout bascule.
Je finis par en avoir peur. De ces angles vifs en béton au coin des rues.Toujours les mêmes. On a l'impression d'avoir tout dit aussi, c'est pareil. Même sentiment. Le monde est un vide trop plein.

30 seconds over Tokyo de Pere Ubu sonne toujours terriblement ACTUEL (et moderne)(comme la danse du même nom) même près de trente cinq ans après. On a juste continué à creuser notre tombe depuis tout ce temps là. Décembre 75 on était loin de Pere Ubu ici. On ne voyait pas la ville du même regard. Elle a changé depuis ce temps là. Notre regard aussi.

Peut être pour ça qu'on traîne les pieds, usant nos semelles à défaut d'autre chose. Ca ressemble à une mer aride le bitume. On est planté dessus.

Sunn o))) : Etna (Album : Altar 2006)

Expérience sonique et physique hier soir au concert de Sunn o))). Compte tenu de la taille de la salle (grande halle de la Villette) il fallait s'approcher pour bien ressentir la puissance grondante des infra-basses du mur d'ampli. A moins de trois mètres de la scène on a la sensation d'être broyé de l'intérieur par les lentes fréquences basses des guitares à (très) haut volume sonore.

Au premier accord on a un instant de recul tant le choc est puissant. L'impression d'être en apnée comme si l'air avait disparu. Sous la force des vibrations on sent son corps se comprimer, les poumons rétrécir. Le sol tremble et la secousse tellurique se propage dans tout l'organisme. Les organes semblent être aspirés de l'intérieur par une sorte de trou noir sonique en se liquéfiant. Très impressionnant (on ne s'étonnera pas que dans des petites salles certains s'évanouissent). Il n'y avait pourtant que les deux guitaristes sur scène.
Tout est pourtant d'une grande douceur, d'une grande sérénité, dénué de violence et d'agressivité. On est comme porté et laminé en même temps par la vague sonore. Une sorte de douce oppression.

Moment sonore intense qui ne peut laisser indifférent. Assez curieusement on sort de l'heure de concert détendu, comme nettoyé de l'intérieur par les drones métalliques. L'écoute des albums, même à fort volume, ne permettra jamais d'approcher ces sensations surprenantes.

Dans un article écrit pour Crawdaddy en 75 à propos de Led Zeppelin, William Burroughs évoquait les infra-sons et leur puissance. "Infra-sound sets up vibrations in the body and nervous system. Need these vibrations necessarily be harmful or unpleasant? All music played at any volume sets up vibrations in the body and nervous system of the listener. That’s why people listen to it. [...]Especially interesting is the possibility of rhythmic pulses of infra-sound; that is, MUSIC IN INFRA-SOUND. You can’t hear it, but you can feel it.". Hier soir on avait les deux. Le vieux Bill aurait aimé Sunn o))).


(cette vidéo reflète bien (du moins visuellement)(l'église en moins) le concert d'hier. On pourra toujours sourire du décorum (fumée, costumes) mais curieusement devant la scène lorsque l'on se demande si son coeur ne va pas exploser sous la pression des basses fréquences on n'y prête moins attention)
(Cette musique s'écoute à fort volume sonore, il est donc conseillé de monter le son pour écouter ce morceau. Je décline toute responsabilité en cas de défaillance des enceintes)

Wilco : Sunken treasure (Album : Being there 1996)

On y retourne comme des fantômes mécaniques. Une tristesse dans la matinale. Ciel voilé, la chaleur comme un coton sur la peau. On peut toujours se demander ce qu'on fait là on y est de toute manière.

En décalage sur la réalité, on se sent noyé dans la réverb de la fuite, pas plus mal, en retrait, sur le quotidien. Musiques psychotropes sous influences, sixties insouciantes comme du rêve évaporé.
On cherche vainement le voile d'encre qui nous isolerait du reste. Les matins où on se sent désaccordé du monde autour.


(R.I.P. Jay Bennett 1963-2009)
dimanche, mai 24, 2009

L'Altra : Traffic (Album : In the afternoon 2002)

A chaque fois que l'on fuit la ville il est plus difficile d'y revenir. L'autoroute et les voies rapides à l'aller, on rentre par les petites routes en flânant le long de la Loire et à travers les champs. Il aurait fallu rester plus longtemps à regarder les méandres de la Loire du haut de Sancerre, avec le goût spécifique du calcaire et du silex encore sur la langue.

On a suivi la Loire à partir de La Charité sur Loire où il y avait des mots écrits en couleur sur les murs. J'y ai trouvé une vieille édition de The favorite game de Leonard Cohen dans une librairie d'occasion et des taches de lumières dansantes sur des pavés ancestraux.
En descendant le fleuve, à Neuvy sur Loire, on a croisé de près la centrale obsessionnelle bi-hebdomadaire de Philippe et son panache de vapeur blanche.

On pourrait regarder l'eau couler dans sa tranquillité sauvage assis sur la rive durant des heures, dans une sorte de contemplation sereine. Le fleuve fascine, attire, aspire le regard et les pensées. Comme une gomme pour effacer la ville et son trafic incessant, son bruit et ses fumées. Tout ce qu'on a déjà retrouvé.

Captain Beefheart : Dirty Blue Gene (Album : Doc at the radar station 1980)

C'est étrange comme ça vient parfois avec la nuit. On terminait d'écouter The Allender Band dont on reparlera un jour, le temps ça coule entre les doigts, on fait avec ce qui reste.

Ca vient avec la nuit, aussi un peu avec la bouteille de vin mais déjà avant j'entendais Captain Beefheart. Tout ça à cause d'une photo aperçue ce matin en grignotant les céréales devant l'écran. La tronche de Zappa et celle de Van Vliet, un autre monde, une autre époque. Ils s'aimaient autant qu'il se détestaient ces deux là (quoiqu'en fait ils se détestaient en peu plus). J'ai mis Doc at the radar station.

C'est venu comme ça. Avec la photo de ces deux cinglés. Beefheart des fois (oui on dit parfois mais ce soir ça sera des fois) quand il chante, on dirait une ville qui se dessine en accéléré, avec le tracé des routes. Sauf que les siennes sont tout sauf rectilignes. Ca part dans tous les sens, en zig-zag (wanderer?), l'essence du chaos. La musique de Beefheart c'est descendre un escalier en ratant deux marches sur trois alors qu'en fait on voulait aller dans l'autre sens (ou inversement)(suis-je clair).

Il y avait un peu d'appréhension, pas certain que ça passe bien le Beefheart et ses grincements, mais ma chérie trouve ça moins dissonant que pas mal d'autres disques (ah?). C'est pourtant une musique qui rebondit sur les nerfs, un truc de psychotique, pas le disque idéal avant d'aller se coucher de manière générale. J'ai bien dormi.

Beefheart vit planqué dans le désert de Mojave et a arrêté la musique depuis 1982. Il se consacre à la peinture. Peut être qu'il parle aux cactus géants du désert, Beefheart parlait aux arbres avant, ça doit lui manquer sinon.

A place to bury strangers : I Know I'll See You (Album : A place to bury strangers 2007)

Il y a un besoin électrique, présent depuis le début de l'année, quelque chose comme la nécessité de rester éveiller.
Rester éveillé dans ce pays qui vire à l'aigre. A se demander si penser ne sera pas bientôt un délit.

Cette chanson réveille à grand coup de guitares hurlantes les fantômes de Pornography, ceux dont on ne veut pas se séparer.
Un goût certain pour le bruit remonte à la surface, l'envie d'abstraction aussi. Peut être pour masquer le vide des pensées ou s'en laver, s'en échapper. Ou bien est-ce que l'on finit par être anesthésié, par cet environnement, par ce quotidien, par cet étouffement progressif. On peut chercher ça ne change rien ou si peu.

C'était hier. Matin électrique toujours, le soleil pour frôler à peine le bitume, champ magnétique des guitares en lévitation. Derrière la vitre, sensation d'enfermement.

Pan•American : there can be no thought of finishing (Album : White bird release 2009)

J'ai tellement effacé qu'il ne reste presque plus rien.
(cette chanson, si c'en est une, est parfaite pour s'endormir)(elle plutôt déconseillée à l'écoute le lundi matin)(quoique)(pourquoi faudrait-il se réveiller le lundi matin?)

Jomi Massage : Like weather (Album : From Where No One Belongs, I Will Sing... 2005)

Pas eu le temps de regarder la pluie tomber aujourd'hui. A quoi ça sert la pluie, si ce n'est pas pour la regarder faire des ronds dans les flaques ou dégouliner le long des toits, sur les feuilles des arbres.
Eu le temps de rien.
Remonté cette chanson de la cave. Pas si vieille pourtant mais... peut être une chanson idéale pour regarder tomber la pluie derrière la vitre. Les cordes de la guitare font des plocs comme des gouttes.

Jomi Massage raconte qu'un jour elle a acheté un sac sur une brocante, bleu et de forme oblongue. A l'intérieur du sac il y avait un des premiers vibromasseurs électriques des années 60. Le mode d'emploi indiquait qu'il pouvait servir pour masser les épaules, décontracter les points de tension... Un peu comme ceux que l'on pouvait (peut encore? toujours)(peut être de manière nettement plus explicite) trouver dans le catalogue de La Redoute ou des Trois Suisses, dont les pages lingeries auront émoustillés plus d'un ado à une époque où ni internet ni le porno du premier samedi du mois de Canal + n'existaient pas.

Le nom du vibromasseur était Jomi Massage. Joli nom pour une chanteuse.

Betty Davis : Your Mama Wants Ya Back (Album : They say I'm different 1974)

Il faut l'écouter fort cette chanson. Principe de base. La basse pour commencer puis tout de suite la batterie arrive. Ils jouent tous les deux au chat et à la souris quelques mesures. Ca tient à rien le groove. Quatre notes de basse. Une charley, une caisse claire, une grosse caisse. Ils nous en feraient 16 mesures de plus juste les deux là, on ne se plaindrait pas.
La guitare rentre, on dirait des draps que l'on froisse. La voix ne va pas tarder. Elle se roule dans les draps froissés par la guitare. Un clavier balance des accords humides pour accentuer le coup. Derrière, la basse pousse toujours dans les reins avec la batterie.

La dame qui chante ce n'est pas n'importe qui. Betty Mabry (Mademoiselle Mabry; Back seat Betty...). Devenue Davis après avoir épousé le Miles du même nom. La femme au tournant des influences électriques de Miles à la fin des sixties. Celle qui changera sa garde robe, lui fera rencontrer Jimi Hendrix, le confrontera avec l'électricité, avec la soul, lui fera écouter Sly Stone. Ca bouleversera sa musique.

Elle feule au milieu de la chanson. On comprend bien pourquoi elle veut qu'il revienne son type dans la chanson. Ce n'est pas pour passer l'aspirateur. Miles Davis demandera le divorce assez rapidement, Betty étant "too young and wild" à son goût (et peut être parce qu'elle avait couché avec Hendrix...). Quand on sait comment Miles était porté sur le sexe, ça laisse pantois...

The Field Mice : A Wrong Turn and Raindrops (AlbumSingle : Missing the moon 1991)



Le disque s'est terminé, j'entendais les plic ploc de la pluie molle sur les feuilles, comme le clic clac de tes pieds sur les marches dans une vieille chanson des Rolling Stones.

Après-midi entre deux gris, pas assez dormi. J'ai pris les gouttes sur les feuilles, les transparences humides. D'Apple Venus en Colonne Durutti, on traverse Felt et son jour où la pluie est arrivée, on en reparlera de Felt une autre fois, de sa beauté antiseptique ou de ses sept canons,pour arriver sur les faces b de la souris des champs de Sarah. Tiens que des Anglais. Est-ce à cause des gouttes d'eau perlant sur les branches?
Dehors la pluie s'est arrêtée. J'ai grignoté des biscuits au sésame et pavot avec un thé à la vanille.

(on peut éventuellement cliquer sur les images)

Jeniferever : Concrete and glass (Album : Spring tides 2009)

La pochette est ratée. J'imaginais des abstractions maritimes tempétueuses et hivernales, des bleus sombres et des vagues noires profondes et envahissantes. Un mélange de Soulages, de Zao Wou Ki avec des touches de Nicolas de Stael. Et du bleu. Du bleu froid, sombre et profond, traversé de fulgurances blanches, comme des éclairs de lumière. La musique c'est aussi les yeux.

La pochette est ratée. C'est dommage. Ca doit être l'album le plus écouté depuis deux mois. Comme une obsession. Ca faisait longtemps, des répétitions comme cela. Sûrement parce que ça touche un point sensible quelque part. Pourtant on pourrait y trouver autant de qualités que de défaut c'est selon. Un groupe au nom d'apprentie coiffeuse peroxydée. On ne fera pas l'article. Mais voilà.

Ca tient à l'hiver même si ce sont les marées de printemps. Ils sont Suédois ça peut expliquer. Ca tient aux ciels gris en mouvement, ça tient au vent, surtout au vent, celui qui fait voler en arcs brisés les sacs plastiques entre deux immeubles. Ca tient à ça. A L'Altra aussi. A d'autres choses enfouies. Ca ne s'explique pas. Ca ramène des souvenirs non vécus.

Pour un peu je ne voudrais même pas le partager celui là. Tant que je n'ai pas compris ce qu'il éveille au fond. Ces vibrations sous-cutanées.
Il manque juste cet océan transfiguré en traits bleus et matière noire sur la pochette.

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Simple Minds : Waterfront (Album : Waterfront 1984)

Je me souviens que je m'asseyais à l'envers dans les fauteuils de cuir blanc du salon en L des parents d'Eric cette année là et peut être la suivante aussi. Sauf quand ses parents étaient là. Quand on était seuls c'était quasi systématique. Peut être une forme d'originalité qui pourtant n'a jamais été mon fort, ou bien une manière de montrer la décontraction de ces instants dans cette grande pièce du pavillon blanc.
Je m'asseyais à l'envers Quand on ne trouve pas sa place on essaye des positions différentes. C'était inconscient.

Le pavillon a été vendu il y a au moins quinze ans maintenant, je passe devant presque tous les matins pour aller au bureau, dans la descente. On roule lentement à cet endroit, ils ont mis un dos d'âne juste avant, j'ai souvent un regard pour la maison et la fenêtre de la cuisine au-dessus de la descente du garage.

La piscine est probablement toujours derrière. C'était pour la piscine que l'été on préférait venir chez Eric dès que ses parents n'étaient pas là et c'était assez souvent. Pour la piscine. Mais là on était dans le salon, c'était la fin du printemps ou l'automne. Probablement l'automne puisque dans les images des souvenirs je ne me sens plus militaire pour autant que je l'ai été à un moment donné, mais mi-septembre 84 je terminais ce foutu service militaire ennuyeux. Néanmoins comme je rentrais tous les soirs ça pouvait être juin ou juillet mais la couleur du soleil était plutôt automnale.

On avait ouvert les grandes portes fenêtres il faisait bon. On était là à ne rien faire, la bande habituelle, Eric, le Phil, le Giorgio. 1984 et on ne se posait pas encore de question. C'en est même à se demander si ce n'est pas la dernière année sans question. La suivante avec la fin de la fac en amènera, ensuite avec le travail, le reste, c'en était fini de l'insouciance.

Je ne savais pas ce que j'étais, ce que j'allais devenir, plus que tout je m'en foutais. On verrai plus tard. On ne pensait pas que plus tard viendrait si vite.

1984 était une drôle d'année. Les débuts de Canal + et de MTV, des clips diffusés à foison, l'arrivée du CD. Une année en bascule. On pensait en rigolant au bouquin d'Orwell sans se rendre compte qu'il n'avait que quelques années de retard.

C'était l'automne à la réflexion. J'allais reprendre les cours à la fac peu de temps après. C'était notre saison Simple Minds. A partir du moment où on arrivait à empêcher Eric de nous balancer Duran Duran que j'ai toujours détesté, même dans mes pires années et là on est en plein dedans.

Il y a des instants qui restent c'est comme ça. Je me souviens d'une K7 avec des titres inscrits à l'encre violette. Giorgio me l'avait passé, dessus il y avait New Gold Dreams. J'aimais bien Big Sleep, je n'ai jamais su s'il y avait un rapport avec Raymond Chandler. Ce jour là Eric a mis Sparkle in the rain qui était sorti quelques mois plus tôt mais qu'il venait d'acheter. On n'était pas fort sur les nouveautés. J'avais abandonné ça, les sorties des nouveaux disques, la presse rock, j'avais abandonné beaucoup trop de choses.

J'avais quand même fait le malin lorsque j'avais reconnu la reprise de Street Hassle sur la 2ème face, même si je n'écoutais plus Lou Reed depuis quelques années. Il y avait quand même quelques restes.

Si on avait su, on aurait plutôt écouté les premiers albums, ceux d'avant le virage pop, Real to real cacophony, Empire and dance, Sons and fascination. Mais on ne savait pas et je crois surtout qu'on s'en foutait. On ne les aurait pas aimés. Ces albums là je les ai achetés bien plus tard, au gré de brocantes ou de magasins d'occasion. Les seuls qu'il m'arrive encore vraiment d'écouter d'ailleurs.

On avait fini l'après-midi comme ça, à boire des bières dans le salon ou à coté de la piscine suivant les rayons du soleil. Le salon avec les fauteuils en cuir blanc où je m'asseyais à l'envers. Parfois en travers des deux accoudoirs, les jambes pendantes. A écouter des disques et discuter sans rien faire d'autre, sans se poser de question.

Les choses et la temporalité étant ce qu'elles sont, on est passé à l'apéro. Allez remets nous Waterfront. Au départ c'était juste parce que j'aimais bien cette chanson et le tontondontondontondontondontondon insistant de la basse. On mettait un autre disque et puis ça revenait allez remets nous Waterfront. C'est devenu le running gag de la fin d'après-midi. Allez remets nous Waterfront, je veux entendre le tontondontondontondontondontondon de la basse. Elle a un son foireux cette basse pourtant mais ça ne faisait rien, Eric remettait la première face. Ainsi de suite.

Parfois on changeait, je disais remets nous Big Sleep et on écoutait la première face de New Gold Dream. Et juste derrière, allez remets nous Waterfront. Alors on se retapait toute la première face de Sparkle in the rain.

It takes two or three to make company, il y avait cette phrase sur Book of brillant things, sur la première face aussi, c'était exactement ça. Une compagnie. Au bord de la piscine ou dans le salon blanc avec les portes fenêtres ouvertes. Avec l'apéro, ça nous faisait marrer de plus en plus. Allez vas-y remets nous Waterfront. On épargnera les détails et les rires crétins d'une bande d'ahuris de plus en plus alcoolisés.

Je ne sais pas combien de fois on a dû écouter cette face ce jour là. Il a dû user son album en une journée. Allez remets nous Waterfront. Avec la chaleur de l'apéro on s'était installé près de la piscine à grignoter le saucisson, les petites saucisses et les chips en se resservant des coups tout le temps. On mimait le jeu de la basse, le tontondontondontondontondontondon, avec de plus en plus de conviction en dansant sur le bord de la piscine. Allez remets nous Waterfront. Le plus étonnant c'est que personne n'a finit tout habillé dans la piscine, c'était pourtant la spécialité maison, surtout quand il y avait des filles...

On avait attaqué directement les digestifs après l'apéro avec la nuit. On sentait de plus en plus d'hésitations dans la démarche d'Eric pour aller remettre le disque. Je ne sais plus jusqu'à quelle heure on l'a écouté. Vers la fin il y avait des grands blancs avant qu'un de nous ne dise allez remets nous Waterfront mais plus personne ne se levait pour aller le remettre. Je suis resté dormir chez Eric ce soir là. Les autres habitaient à cent mètres, c'était plus facile (quoique) pour rentrer.
Le lendemain matin on a évité de remettre ce disque. On avait bien essayé mais il renforçait notre mal de crane.

J'ai continué à écouter Simple Minds encore quelques années ensuite au début des années 90, c'était terminé il n'était plus question de les écouter. Je ne m'asseyais plus à l'envers dans les fauteuils non plus.

Ils ne sont pas terrible ces deux disques, bien sûr maintenant c'est évident. Mais c'est comme U2, il m'arrive de les écouter parfois, juste pour me souvenir de ces types dont certains sont partis dans le grand sommeil et d'autres perdu de vue volontairement ou non depuis longtemps, dispersés par la vie.

La dernière fois que j'ai vu la piscine c'est en me promenant sur les chemins qui serpentent sur les coteaux entre les pavillons. Il y en a un qui passe juste derrière la maison d'Eric. Il y a quelques années déjà. C'était un dimanche après-midi, c'était l'automne aussi. Cette fois là c'est certain, je m'en souviens bien. Il y avait des feuilles mortes qui flottaient sur la piscine. Intérieurement j'entendai le tontondontondontondontondontondon de la basse de Waterfront.

Pale Saints : Throwing Back The Apple (Album : In Ribbons 1992)

J'ai ressorti mes (pas si) vieux Lush, mes (pas si) vieux Pale Saints, les années 90 semblent lointaines et proches en même temps. Je shoegaze en chaussettes dans le salon avec les chansons de ce merveilleux album, idéal dans la voiture la vitre ouverte en plein soleil, à rouler tranquillement en sentant l'air s'engouffrer dans l'habitacle.
L'année est aux guitares électriques et aux voix éthérées. Il parait même que My Bloody Valentine pourrait enregistrer son fameux nouvel album cet été. C'est dire.