mercredi, avril 29, 2009

Loop : Collision (Album : Fade out 1988)

On vit une époque où les disques fuient comme le ciel. On n'aurait pas imaginé ça il y a 25 ans. On pourrait voir des gouttes de musique tombant d'un vinyle troué et c'est un peu ça. Des gouttes électriques. De la pluie musicale. Electrique comme le prochain Sonic Youth, il goutte encore.
C'est un peu l'inverse de la vie où on passe son temps à récupérer des morceaux de vie fuyant de partout. Là on récupère le futur, ça change un peu.

Alors on écoute des disques qui n'existent pas ou pas encore. Aberration temporelle. Voyage dans des fractures du continuum spatio-temporel. J'ai toujours aimé cette expression, continuum spatio-temporel. Après on s'étonne que je ne comprenne pas pourquoi le Grizzly Bear, écouté depuis déjà 2 mois, n'est toujours pas dans les bacs.

La concentration se disperse au travail. La tête se relève naturellement, le regard fuyant vers l'extérieur et les doigts qui, machinalement, tapotent des rythmes imaginaires sur l'arrête du bureau et le clavier noir.

Depuis deux jours le ciel derrière la fenêtre devient noir par instant, accentuant les contrastes, avec cette lumière dure et marquée d'avant l'orage comme je l'aime, dehors les gens courent pour éviter la pluie.

Le regard perdu, on sent l'électricité des guitares glisser sur l'apathie des passants comme de l'eau sur une toile de caoutchouc. On sent parfois un renoncement terrible et fataliste dans les démarches. Le quotidien en aspirateur géant tourne en boucle, avec cette impression de rester planté au milieu de mondes inconciliables en collisions perpétuelles.

Bill Callahan : Rococo Zephyr (Album : Sometimes I Wish We Were An Eagle 2009)

Retour difficile sous un ciel chargé, bureau aux murs étriqués.
On perd la lumière, celle des places des villages, celle des rues étroites, celle de la pierre, celle de l'eau translucide, ou celle profonde du cap Formentor.
On perd les odeurs. La partie la plus escarpée de Mallorca, la plus belle, a des odeurs de pierre chauffée au soleil, d'olives, d'agrumes cachés au fond de vallées encaissées entre des montagnes à la terre sèche, de pan amb oli aux légumes grillés.

On ne peut s'empêcher de penser à la pochette de More parfois, on a les références qu'on peut, avec ces moulins aux abords des villages sur des monticules de pierres.
Et puis les vieux ou les vieilles, alignés le long des murs, à l'ombre, ou à la terrasse d'un club de village, les gosses jouant au ballon dans la rue, les chats lézardant au soleil.

On perd les couleurs.
(il faut cliquer sur)








Libellés :


Bob Dylan : Visions of Johanna (alternate take) (AlbumBootleg : Blonde on blonde sessions 1965-1966)

On arrive à la 500ème chanson. Juste un bout de chemin.

A cause du (pas si mauvais) hors-série de Rolling Stone acheté à l'aéroport en partant vers Mallorca, j'ai parfois pensé à Dylan durant ces vacances, en prenant un café sur la terrasse de l'hôtel le matin, face à la mer turquoise. J'ai des crises de Dylan comme des retours de palu, on ne sait jamais quand ça arrive, quoiqu'avec le nouvel album on aurait pu s'en douter (moins bien que le précédent à moins d'être un fan de l'accordéon Zydecco).

On l'a peu écouté Bob, une seule fois, dans la voiture sur les routes sinueuses de la serra de Tramuntana, il n'y avait qu'un album dans l'ipod. C'est le problème des vacances, on veut toujours écouter le disque qu'on n'a pas. Il y a des médicaments qu'on devrait toujours prendre avec soi.

C'est quand même étonnant cette obsession doucereuse (douce heureuse?). Du coup j'ai mis les trois premiers vinyles de Biograph en rentrant de l'aéroport l'autre soir, histoire de faire un résumé rapide. Tu as demandé tu mets toujours Dylan en rentrant? Non, juste le disque qui a manqué durant les vacances. Ca fait le même coup à chaque fois. Ce n'est pas faute parfois d'en emmener des tonnes (enfin 30Go)(ce qui est peu en fait).

Ca méritait bien la 500ème chanson avec un Dylan nonchalant et ce "mercury sound", fin et sauvage. Il n'y avait pas eu de Dylan depuis la 364ème chanson. Ca commençait à faire.

Dans cette version (inédite) plus brute des Visions de Johanna, les fantômes de l'électricité soufflent encore plus fort. Ca fait partie des dix phrases préférées de Dylan ce The ghost of electricity howls in the bones of her face. Ca fait partie de l'obsession.

Bonnie Prince Billy : May it always be (Album : Ease down the road 2001)

Je me souviens que le premier post de mon premier blog parlait de cette chanson de Bonnie Prince Billy. C'était il y a sept ans à un ou deux jours près (on m'épargnera les bon anniversaire de toutes sortes même si je me doute qu'en disant cela...).

Sept ans et cela explique peut être le fait que parfois une lassitude s'installe. Tellement d'évènements se sont produits durant ce septennat, depuis cette première chanson. Tellement... il aurait même été difficile de les imaginer...

Mes sons, mes sons... plus facile de les écouter que d'en parler... Et comment faire pour que mes sons deviennent vos sons... Ca commençait comme ça. Il n'y a plus grand monde pour s'en souvenir. Il n'y avait pas encore de chansons à écouter, ça n'est venu qu'en août 2003.

Je n'écrivais pas avant. Le support aura créé le besoin. Ou bien était-il déjà là, enfoui, ne demandant qu'à sortir? Je ne sais pas. Je n'écrivais pas et je le fais plus ou moins tous les jours depuis sept ans. On pourra toujours arguer du fait que ce n'est pas vraiment de l'écriture. Parfois je le pense, parfois non. Peu importe en fait.

Toujours est-il qu'avant il n'y avait rien, en dehors des mails et de quelques chroniques de disques sans grand intérêt (les chroniques)(pas les disques) dont il n'y a plus trace. Comme ce premier blog d'ailleurs.

On ne sacrifiera pas à l'auto-promo en récapitulant, façon "best-of", certaines notes plus ou moins marquantes avec force liens. J'ai toujours préféré les albums originaux aux compils et je n'écoute jamais la face 2 avant la face 1.

Le passé est le passé. En même temps il n'est pas certain qu'il en reste grand chose de tous ces mots, toutes ces phrases. Ce qui reste, ce sont plus toutes ces personnes croisées durant tout ce temps. Plus que tout, je n'aurais jamais imaginé qu'en suant 4 lignes sur cette chanson de Bonnie Prince Billy, sept ans plus tard j'y serais encore. C'est comme quand tu brises un miroir, tu en prends pour sept ans.

Ce post est le 1 689ème tous blogs confondus (sans compter les différentes saisons de Killing Me Softly), je les ai comptés.

Je n'écoute pas ce disque très souvent, non pas qu'il ne soit pas bien, au contraire, même si je préfère son prédécesseur (et à chaque fois un peu moins (en dehors de Superwolf)(si ça intéresse quelqu'un) ceux qui suivront celui-ci (et ils sont nombreux)), mais il y a tellement de disques... comment faire pour tout écouter. Il n'empêche que cette chanson est toujours aussi belle. Son titre était peut être prémonitoire quelque part...

"Will Oldham, un drôle de type, un grand front, une grande barbe, des yeux hallucinés. Il se cache derrière des noms de groupes bizarres, il n'aime pas être en tête d'affiche Will. Au sein de Palace, il nous déversait une country déglinguée, mélancolique, aux antipodes du cliché Nashvillien. Avec Bonnie Prince Billy, le ton est un peu moins grinçant, plus doux, plus sensuel, tout autant mélancolique. Will Oldham chuchote ses chansons sur le pas de sa porte, au soleil couchant, et c'est beau." (KMS 04/2002)

The New Year : The End's Not Near (Album : The end is near 2004)

Jim Carroll venait juste de commander un "deubeul pernood" entre deux chansons du Velvet (you see what I mean) lorsque l'on est arrivé au bureau.
J'ai regardé ensuite le ciel bleu zébré par la traînée blache d'un avion derrière la fenêtre. Je me suis demandé si j'avais choisi de mettre ce disque à cause de sa pochette bleue comme le ciel. La pochette du suivant est rouge, on n'attendra pas que le ciel s'embrase pour l'écouter.

Il aurait fallu prendre son petit déjeuner au soleil en écoutant ce disque. Mais forcément...
Il n'est pas possible (i.e. : impossible) de ne pas aimer ce disque si on aime Low, Red House Painters, Codeine entre autres.
mardi, avril 14, 2009

The Feelies : Decide (Album : Time for a witness 1991)

Les guitares velvetiennes des Feelies. C'est ce qu'on dit toujours. Mais ceux là les aimaient vraiment. J'ai un bootleg où ils ne jouent que des morceaux du Velvet justement. Au son pourri forcément. Il faut tendre l'oreille.
Decide
Sur celle là on entend les guitares frôler les précipices dans l'enchaînement souples des virages de la section rythmique, les pneus crissent sur l'asphalte mais ça tient. La basse se permet même quelques accélérations pour montrer aux autres qui tient le volant.
C'est le croisement parfait entre Lou Reed et le Tom Verlaine du premier Television. Un peu hors du temps, forcément.

La dernière chanson de l'album est une reprise du Real Cool Time des Stooges. L'histoire s'arrête là-dessus d'ailleurs. Rideau. Ils se sont reformés l'année dernière et tournent aux US. Je ne veux pas savoir, Je n'aime pas les reformations, ça brise le rêve.



C'est quoi SOD? Song Of the Day. Trois lignes, ou plus ou moins, en vrac, sur la chanson du jour. La rubrique bouche trou pour les jours (ou les semaines) sans inspiration. Ca risque d'être souvent mais ça fera au moins quelque chose à écouter. Ca change quoi par rapport à d'habitude? Bonne question.

LSD March : Bisyonure No Kimi (Album : Under Milk Wood 2009)

Relache. Relachement. Week-end tranquille sans enfants. Vacances à suivre. S'il y a des mots, ils se perdent dans des brumes étranges. Voire invisibles. C'est un peu ça ce disque, des brumes invisibles.
C'est étrange quand même, ce rien qui ne s'écrit pas, après en avoir rempli des pages. Se dire que ça va passer. Se dire que ça va revenir. Si on ne se berce pas d'illusions, comment dormir.

To kill a petty bourgeoisie : The patron (Album : The Patron 2007)

Sous les paupières et dans les veines le même bruit sablonneux ressemblant au fond sonore de ce disque sans la voix aérienne posée dessus. L'impression que la voix et les pensées produisent le même bruit blanc.

Le vieux Bob était à Paris les jours derniers, je n'ai pas voulu le voir ni l'entendre. Sur les photos il n'est qu'une ombre, comme sa voix. On m'a dit il n'est pas une ombre, il s'y met c'est différent. Peut être.

J'avais écrit un texte dispersé, comme des mots cachés dans des coins et puis j'ai tout effacé. Tout cela est bien inutile.
J'ai repensé au Never ending tour de Bob, à Paris hier c'était le 2 117ème concert depuis 1988, savoir s'il arrêtera un jour, ou si un soir il s'effondrera sur scène subitement sur son clavier et ça serait la plus belle des fins.
Savoir ce qui le pousse encore à 68 balais, à faire le mariole un tiers de l'année sur les scènes du monde. Se demander aussi ce qui mourra avec lui. En nous. Se demander.
Puis arrêter le disque pour chercher la guitare et mal jouer Just like a woman, juste comme ça.

Earlimart : Just because (Album : Mentor Tormentor 2007)

Ce sont des matins
comme ça
avec un ciel
si sombre
que l'on se sent prisonnier
de quelque chose
sans être vraiment sûr
que cela soit la vie
mais quand même,
j'ai pensé à Elliott Smith
entre deux rues.

Hier soir, des vieux
Black Sabbath oubliés,
mû par une envie subite.
Comme l'envie de noyer
le monde extérieur
sous les riffs
de Tommy Iommi.
De la poussière humide
dans des caniveaux.
J'ai poussé le son.

Ecrire
trois lignes
quatre lignes
cinq lignes
même pas
des moitiés à peine.
Je me demandais
comment faire
pour désaccorder les mots
un ton et demi plus bas
comme Iommi ses cordes d'acier
parfois
ou un ton comme Elliott
juste pour
changer de tonalité
pour les rendre
plus graves.
dimanche, avril 05, 2009

The Wipers : Over the edge (Album : Over the edge 1983)

C'est le jeu des dominos, Ca marche toujours comme ça. Le premier fait tomber le suivant et ainsi de suite. Un premier disque en entraîne un second. Même sans le poser sur la platine. On en saute certains. Le temps manque tellement. Faut aller à l'essentiel.

Le point de départ n'est pas toujours un disque d'ailleurs. Celui là arrive par la bande. Parce qu'on lit que cela fait quinze ans que le Cobain s'est fait sauter le caisson (And I swear that I don't have a gun comme il disait). Si a 27 ans tu n'es pas mort tu rates ta carrière de rocker (mort).

L'occasion de ressortir les Wipers que Cobain avait eu le bon goût de reprendre (Return of the rat, D-7 et la Courtney, bien conseillée, cette chanson). Malgré cela les Wipers sont restés un peu oubliés (pas eu la chance d'être sur le post-mortem "débranché" contrairement aux Meat Puppets). Alors du coup...

Buffalo Springfield : Expecting to fly (Album : Buffalo Springfield Again 1967)

J'ai rêvé la nuit que je volais au-dessus des arbres à Paris la nuit. Je disais c'est une question de concentration, il faut rester concentré sur l'air. Mais malgré cela ils chutaient doucement en se frottant contre les feuilles, je les regardais du haut des arbres. Les lumières de la ville scintillaient étrangement. Je descendais, remontais, au gré de l'air, c'est une question de concentration, je le répétais systématiquement mais ils n'y arrivaient pas alors je planais au dessus de la Seine.

Ce n'était pas un rêve j'ai déjà volé quand j'étais enfant, les enfants volent plus facilement, c'est une question de poids. Vers six ou sept ans je volais dans ma chambre autour des appliques fixées sur le mur lorsque ma mère avait le dos tourné. Elle n'aurait pas compris. Les adultes comprennent difficilement les enfants volants.

Le ciel était clair dans le rêve, l'air doux et agréable. Je frôlais la cime des arbres. Je me suis réveillé avant de retoucher terre, de peur de brûler avec les deux pieds sur le sol...

The Human League : Don't you want me baby (Album : Dare 1981)

Je me souviens des synthés de Human League sur Don't you want me. La chanson passait tout le temps pendant sur Carbone 14, back in 1982.

C'était la folie des radios libres. Comme des gosses qu'on lâche dans la cour de récré après une interro difficile. Ca partait dans tous les sens. Ca n'allait pas durer très longtemps ce coté potache bon enfant, en attendant il fallait en profiter. Mitterrand avait ouvert les vannes et tout le monde s'engouffrait dans la brèche.

On avait soudain l'impression illusoire que l'on pouvait tout raconter, tout écouter, sur cette bande FM. On ne disait pas radios libres pour rien. Ca balançait de sacrés coups de pompes dans le cul des anciennes radios de la bande AM bien établies. Musicalement, ça tenait du fantasme de Radio Caroline. On entendait d'un seul coup, tout ce que l'on n'entendait pas avant. Ca partait dans tous les sens. Ecouter ça, c'était déjà en faire partie.

Carbone 14 était à part. La radio qui vous encule par les oreilles. Tout était dans le slogan. Les trois piliers étaient Jean Yves Lafesse, David Grossexe et Super Nana. Son émission passait la nuit, à partir de 23h ou minuit, l'horaire s'est perdu dans la nuit des temps. Poubelle night. Forcément il n'y a que les gens de la région Parisienne pour s'en souvenir. A l'époque les radios FM ne portaient pas très loin.

C'était insolent, impertinent, vulgaire, (très) sexuel, de mauvais goût et bordélique à souhait. On n'avait jamais entendu ça à la radio. Ca bousculait toutes les conventions. Tous les tarés de la capitale appelaient la radio après minuit. Ca tournait vite au graveleux, avec acte sexuel (simulé)(???)(pas écouté l'émission ce jour là) en direct, sodomisation (fictive)(??) de chien, on en passe... (des extraits)

On écoutait ça tard, jusqu'à pas d'heure dans la nuit, sur la petite radio. 3h voire 4h parfois. La musique était bonne, très marquée pop synthétique du début des 80's, OMD, Human League etc.

Forcément, il ne fallait pas rêver, ça n'allait pas continuer longtemps comme ça. Ca a duré un an. Fin 82 début 83 ça a commencé à se gâter. Une nouvelle loi a été votée. L'attribution des fréquences règlementées et la pub interdite. Tout ce qu'il fallait pour étrangler les radios les plus "libres". Ils ont commencé à se faire brouiller (comme d'autres d'ailleurs). Il fallait orienter la radio dans tous les sens, ou la mettre en hauteur, pour atténuer le sifflement pénible du brouillage. Malgré tout on écoutait toujours.

Et puis ça n'a pas raté, à l'été 1983, le matériel de Carbone 14 est détruit par la police. L'aventure s'arrêtera là.
Mais dés que j'entends le séquenceur d'intro de ce morceau tekllement associé à cette radio, je me souviens de ces émissions et des nuits passés à les écouter.