Dinosaur Jr : Puke + Cry (Album : Green mind 1991)

Un jour , un jour ou deux, dans les méandres, je trouverai pourquoi Dinosaur jr me rend si profondément nostalgique à chaque écoute. Deux albums en particulier. Pourquoi ces disques me font revivre des paysages passés où je ne les ai jamais, ou rarement, écoutés. Une nostalgie de mouvements, de lieux où on ne fait que passer. Rien d'autre.

Des images qui défilent comme des paysages derrière une vitre de voiture. Du soleil, du ciel bleu, et puis la voix de Jay Mascis. Cette guitare envahissante. A peine quelques silhouettes mal définies. Comme si le monde commençait derrière le pare-brise et pas avant.

Ca paraissait une évidence vendredi en écoutant ce disque et puis le sentiment se délite doucement, malgré les rayons du soleil couchant se réflétant sur mes mains tapant ses mots. Jeux d'ombres sur le clavier. La danse des doigts sur le fil des mots. Etranges sensations derrière la vitre.
mercredi, février 25, 2009

Duke Ellington : Money Jungle (Album : Money Jungle 1962)

Depuis le 26 janvier dernier, une pièce de 25 cents du district de Columbia a Duke Ellington en effigie. Le premier noir américain à apparaître seul sur une pièce de monnaie.

Ca méritait un bien un petit Ellington, c'est même le premier en plus de 1 000 chansons diffusées. En petit comité. La légende veut que les sessions avec Mingus et Roach étaient parfois orageuses. Avec de telles personalités cela n'aurait rien de surprenant. Il suffit d'entendre la contrebasse en colère de Mingus tout au long du morceau, la tension électrique des cymbales de Max Roach qui avait déjà poussé à l'époque son cri de We insist!. On ne fait pas dans le feutré avec ces deux là, et Ellington impérial, joue de l'esquive devant ces deux furieux. Une génération les sépare mais toutes ses notes soutiennent leurs combats et appuient le propos.

On pourra toujours ergoter qu'un quarter c'est vraiment peu cher payé pour un des plus grands musiciens du siècle dernier. Money jungle...

Orchestre Poly Rythmo de Cotonou : Se Tche We Djo Mon (Album : Volume One "The Vodoun Effect" 1973-1975 2008)

On trouve ici habituellement le texte nommé de l'anglicisme post, ou note en français voire billet. Ce texte plus ou moins long a parfois un rapport avec la chanson mise en écoute. Parfois il en parle, il la décrit. Parfois le texte n'en parle pas. Il évoque assez souvent des souvenirs de l'auteur, ses états d'âme, ou essaye de faire partager des émotions visuelles ou sonores en proposant pour l'illustrer quelques liens sélectionnés avec soin.

Mais voilà ce soir il n'y a rien. Pas de texte. Le temps a manqué ces jours-ci malgré le fait que l'auteur soit en vacances. Il n'a pas trouvé le temps d'écrire même une seule ligne depuis plusieurs jours. La faute à l'ordinateur qui ne ping pas. Il a également rendu visite à la Venus de Milo aujourd'hui en chantonnant une chanson de Television du même nom et aura vu quelques toiles Italiennes remarquables du XVème, avec des ciels traversés par un crucifix en flamme ou des saints avec une machette plantée au travers du crâne ou le corps criblé de flèches, ainsi que les funérailles de Monna Lisa en gris et blanc. Ce qui explique partiellement sans rentrer vraiment dans les détails, qu'il n'y ait rien ici à la place du texte habituel.

On aurait pu trouver pourtant, un petit texte en quelques phrases incisives et évocatrices pour parler de la musique exotique de l'orchestre Poly Rythmo de Cotonou, cet excellent afro funk choisi par l'auteur à titre de curiosité pour illustrer ses non-propos, malgré le fait qu'il aurait plutôt naturellement choisi un titre de Nick Cave ou même du Gun Club évoqué brièvement ce soir dont l'envie se faisait fortement sentir.

Mais la fatigue de l'auteur et son manque de courage feront qu'il préfèrera allez se coucher pour terminer Le cri du sablier de Chloé Delaume et que donc, ici même où habituellement on trouve un texte il n'y aura rien.

The Red Krayola : Pessimisty (Album : The Red Krayola 1994)

C'est à cause des questions sur le r*ck est m*rt. J'ai pris un Red Krayola pour la voiture. Pas Corky’s debt to his father parce que je ne l'ai pas en cd. Non, un autre, avec des handicapés en chaise roulante au bord d'une piste d'athlétisme. Il n'a pas de titre ce disque alors il faut dire le Red Krayola avec les handicapés en chaise roulante au bord de la piste d'athlétisme sur la pochette quand on parle de lui, ce qui n'est pas très pratique.

Avant on avait trainé un peu parce qu'en mangeant les céréales aux fruits je regardais David Grubbs n'arrivant pas à chanter correctement Horses et justement les questions portaient sur Horses. C'était plus intéressant que d'aller au bureau.

C'était très bien, dans ce beau matin froid, ce disque de Red Krayola, juste irréel comme il fallait. Ca m'a rappelé l'autoroute entre la Belgique et la France ce qui était idiot puisqu'on n'a pas écouté ça du tout l'année dernière en rentrant de Bruxelles. Il ne faut pas chercher à comprendre.

Sur ce disque il y a une chanson où il parle de peinture, de couleurs et de green on red dans les paroles. Ca m'a toujours fait penser aux toiles de Mark Rothko. La couleur de Red Krayola est plutôt l'orange. Il a fait beaucoup de disques oranges. Mark Rothko a bien fait un tableau Red, green on orange en 1951 mais il n'y a peut être pas de rapport. Même si ça ressemble un peu à ces mélanges de couleurs, la musique de Red Krayola.

Le ciel de ce matin était bleu. Et je n'ai pas répondu aux questions.

Gary Higgins : Unable to Fly (Album : Red Hash 1973)

C'est un disque improbable. Enregistré en 40h en 1972, juste avant que Gary Higgins ne soit emprisonné pour une histoire de revente de marijuana. Pris d'une inspiration subite, il convoqua quelques uns des membres des deux groupes dans lequel il avait joué précédemment. L'album ne fut édité qu'à 5 000 exemplaires ou quelque chose comme ça sur un label obscur et resta totalement méconnu avant de devenir culte dans les milieux du folk barbu dans les années80/90. Higgins avait semble-t-il plus ou moins arrêté la musique à ce moment là.

Jusqu'à ce que les folkeux lysergiques de Six organs of admittance ne reprenne un titre de cet album (Thicker Than a Smokey) sur l'excellent School of the flowers en 2004. Allant même jusqu'à demander sur la pochette des nouvelles d'Higgins. Résultat, pour faire court, Red Hash, fut réédité en 2005. Tout le monde en a parlé à ce moment là. Etant d'une nature lente, il m'aura fallu encore quelques années avant de l'écouter.

Ca c'est pour la petite histoire. Ou cela devient plus intéressant c'est que l'album est une pure merveille de folk pastoral teinté de brumes plus sombres, parallèles de celles de Nick Drake. On pourrait, sur certains titres, croire entendre l'influence qu'Elliott Smith n'aurait jamais avouée de peur d'en dévoiler le secret.

Brimstone Howl : They Call Me Hopeless Destroyer (Album : We came in peace 2008)

Il fait comment? Eric Besson. Le matin, ou le soir devant sa glace? Plutôt le soir tiens, avant d'aller se coucher, il fait comment pour se regarder en face? Ca ne le gêne pas d'être à la tête de ce ministère ignoble? Il fait comment quand il se regarde dans sa glace, il se supporte, il est bien dans sa peau?

Il est fier de lui le soir, de sa journée accomplie, fier d'avoir annoncé la mise en place des tests ADN? Il est fier d'avoir fait expulser dans des conditions inhumaines des hommes et des femmes comme pourrait l'être Ogima ou tant d'autres, même des enfants de cinq ans qui "refusent" de signer des procès-verbaux? (à lire absolument pour bien comprendre; ça se passe en France en 2009, c'est effarant !!!) Mais dans quel monde on vit là? Il y pense à ça Eric Besson? Devant sa glace ou devant ses enfants, il y pense à cette gamine de cinq ans?

Il leur raconte l'histoire de cette gamine à ses propres enfants Eric Besson? Il leur raconte comment ça se passe les expulsions? Il se voit dans leurs yeux ou il n'ose pas regarder? Il fait comment quand il regarde ses enfants Eric Besson, il n'a pas honte? Pas plus que quand il était un cadre du PS? Peut être même moins? Il n'avait pas honte déjà d'avoir rejoint Sarkozy et son gouvernement de peignes-cul (ça vaut combien un peigne- cul? Plus ou moins cher qu'un Casse toi pov' con?)? Il n'a pas honte devant ses enfants quand il leur raconte sa journée? Il a encore des amis cet homme là? On peut être "ami" avec quelqu'un comme ça?

L'autre d'avant, Hortefeux était tout autant haïssable, mais il n'y avait pas de surprise, il avait le cursus nécessaire. Quand est-ce qu'il s'est trahi lui même Eric Besson? Quand il était au PS ou à la tête de ce ministère honteux? Il n'avait pas de valeurs lorsqu'il a choisi d'adhérer au PS? C'était juste pour la carrière? Ca me fascine ça, comment peut-on vivre en portant cette politique infâme lorsque l'on a été pendant 15 ans au PS et membre du bureau national? C'est pas joli joli au PS mais quand même. Ca ne le gène pas Eric Besson cette histoire des tests ADN? Il n'a pas l'impression que ça va à l'encontre de ses valeurs passées s'il en avait? Il y a des choses, quelque soit la manière dont je les tourne, je ne les comprends pas. Comme Eric Besson.

Je hais ces gens de se rendre aussi haïssables, tout ce gouvernement de merde, d'engendrer autant de haine de ma part. Je serai la glace d'Eric Besson, je crois que je finirais par lui cracher à la figure. Un soir et peut être bien un matin aussi.


(NOTA : Il n'y a pas de rapport (quoique le choix de 1984...), mais j'ai lu une page 48)
(NOTA bis : Le choix d'un titre de l'excellent We came in peace de Brimstone Howl est bien entendu ironique (et écoutez cet album))
vendredi, février 13, 2009

Iggy Pop : No shit + Nazi girlfriend (Album : Avenue B 1999)

Je me souviens de l'Avenue B d'Iggy Pop, sorti il y a dix ans, à l'automne 1999, cet automne si étrange. Un disque surprenant pour l'iguane, tout en introspection, en confidences, très acoustique, aux antipodes de ses productions habituelles. Ca en fait son meilleur album depuis The Idiot. Les deux seuls albums d'Iggy Pop qu'on écoute encore, avec Lust for life de temps en temps. Mais les autres... Sur la pochette on y voyait son visage émacié, cabossé par la vie.

Je me souviens que le disque est caviardé de passages en spoken words assez étonnants, comme No shit, le morceau d'ouverture, où Iggy, sur le ton de la confidence, avec sa voix grâve, nous parle de son âge. L'hiver de ses cinquante ans, l'urgence d'en profiter, avant qu'il ne soit trop tard. Qu'il est devenu plus "bookish" et le terme anglais est tellement plus joli que le livresque français.
Est-ce qu'on imaginait, il y a dix ans, ce qu'on est maintenant? La cinquantaine paraissait encore bien loin, on pensait heureusement.

Je me souviens avoir été impressionné par ce texte et sa volonté de trouver un équilibre entre la joie, et la dignité, sur la fin de sa vie. A tel point qu'on s'est dit que ça devait être une voie à suivre, presque avec une naïveté d'adolescent, puisqu'on venait de décider d'être soi-même, après toutes ces années, il était temps.

Dix ans plus tard, on ne sait pas vraiment, où on en est, par rapport à la joie et la dignité, mais peut être pas si loin que ça. I didn't want to take any more shit, not from anybody, on s'était dit que ça serait pas mal aussi. On n'avait jamais été doué de ce coté là.

Dix ans plus tard on en sourit encore d'avoir transformé Iggy Pop en philosophe des temps modernes. Ca n'était pas très sérieux mais ça participait à la notion de joie. Ce n'était déjà pas si mal.
mercredi, février 11, 2009

Codeine : Loss leader (Album : The White Birch 1994)

Codeine, cet après-midi, un peu perdu dans les débuts avortés de la fièvre, ceux qui font courir des frissons sous la peau et plongent dans une semi torpeur comateuse. Fixant l'écran sans le voir for a minute there I lost myself, mais ça a duré un peu plus longtemps. Codeine c'est parfait quand on est dans cet état là. A regarder ses pensées se désagréger toutes seules. Sûrement à cause des guitares lascives et des rythmes mous.

(le lien pour le fichier est dorénavant sous le titre de la chanson)
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The Apartments : Paint the days white (Album : A life full of farewells 1995)

Il était peut être temps, après tout ce temp. De modifier le design de cette page. Le modèle utilisé était le même depuis le début, depuis 2002. En dehors des couleurs. On imaginera facilement que depuis 2002 la technique a légèrement évolué.

Le premier était blanc (saison I)(il ne doit pas y avoir grand monde pour s'en souvenir (à part Chryde et Manur, peut être 2 ou 3 autres mais guère plus)). Pour évoluer vers un gris foncé (saison II à IV) puis noir. Alors que tout le monde met des widgets partout, je passe enfin au CSS (et colonnes flottantes)(my pride and joy). Je ne dois avoir que 5 ans de retard.

Le blanc pour plus de lisibilité même si j'ai l'impression de trahir la cause. Peut être la conséquence de ma vue déclinante. Blanc et noir pour rappeler les touches du piano si l'on veut trouver une explication peu convaincante. Ces touches du piano qu'on trouve dans le bandeau, autre concession à la modernité (ah ah). Forcément pour ceux qui ne lisent qu'au travers d'un agrégateur ça ne changera pas grand chose.

Dérisoire modification s'il en est finalement. Si le blanc lasse il sera toujours possible de revenir au noir (comme dit AC/DC).
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Get Well Soon : Help To Prevent Forest Fires (Album : Rest Now, Weary Head, You Will 2008)

Les soirs bleus de nos matins gris. L'autre soir sur le pont, l'appareil dit 20h04 mais non ce n'est pas ça il est toujours à l'heure d'été et doit avancer de 25 ou 30mn.

Passer le quotidien à la passoire pour en garder quand même quelque chose de moins gris. Le ciel dans la marne, ce bleu du soir que les argentiques ne faisaient pas ressortir ainsi, l'or liquide des lampadaires, les traits de lumière des phares des voitures sur le quai. Dans le dos les voitures passent sans ralentir.

Il neige depuis plus d'une heure. Ce disque Allemand est idéal pour regarder la neige tomber les samedis après-midi (du moins ses huit premières chansons). Une moitié de disque c'est déjà ça.

Nota : Ah si, sur la seconde moitié, il y a une reprise du Born Slippy (nuxx) d'Underworld qu'on entendait dans Trainspotting. (et puis on peut cliquer pour voir le ciel en plus grand)
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The Cramps : Garbageman (Album : Songs The Lord Taught Us 1980)

Je me souviens de la première fois où j'ai entendu parler des Cramps, c'était dans un article de Philippe Garnier dans Rock & Folk en 79 ou 80 (septembre 79, n° 152 avec Bob Marley en couverture, je l'ai retrouvé).

Ca parlait d'une bande punks cinglés, branchés rockabilly et 45T collectors, d'un concert où à l'entrée de la salle il était écrit Couteaux et chapeaux interdits. C'était inscrit PUNKABILLY en grosses lettres grasses.

On y voyait une photo classique de Poison Ivy en haut talon, bas résilles et une Gretsch orange, pas la 6118 avec laquelle on prendra l'habitude de la voir, mais une solid body avec quand même le fameux vibrato Bigsby. Elle était impressionnante.

Oubliés aussitôt découverts. On se souvient quand même de l'article puisqu'on le retrouve trente ans plus tard. Les articles de Garnier à l'époque, c'était du rêve rock'n roll et américain en noir et blanc sur six ou huit pages en petits caractères serrés, presque tous les mois. Ca marquait une jeunesse.

Il a fallu un paquet d'années ensuite avant d'écouter un de leurs disques. C'était Look Mom no head au début des années 90. Avec une pochette aussi crétine que le titre. Il était déjà bien tard.

On se souvient de vidéos avec Lux Interior hurlant comme un possédé, torse nu, avec son pantalon en cuir moulant à la limite de l'outrage à la pudeur, se roulant par terre, le micro enfoncé dans la bouche, tandis que derrière, Poison Ivy dans ses bas résille faisait vibrer sa grossse gretsch orange, la 6118, dans un fracas métallique. A leurs débuts ils avaient donné des concerts dans des asiles psychiatriques où il était clair que les vrais cinglés, c'étaient ceux qui faisaient du bruit sur scène.

On a raté ça, tout ça. On a tellement raté dans les années 80.

Ce matin on a appris que Lux Interior était parti rejoindre Bryan Gregory et sa flying V à pois. Tout ça est une histoire de guitare. De violence, de sexe, de sueur et de mort aussi...
    (465)
Talk Talk : Ascension day (Album : Laughing stock 1991)

Je me souviens de cette fille qui avait étendu ses jambes sur moi dans le restaurant et avait demandé si on aimait Tac Tac. Elle s'était collée le dos contre le mur et, la banquette aidant, avait pris une position confortable. Je ne pensais qu'à ces jambes reposant sur mes cuisses elle avait dit ça ne te gêne pas si je me mets comme ça. Elle était en jean, j'avais pu répondre non, non bien sûr ça ne risquais pas de me gêner. En jupe le résultat aurait été moins probant au niveau de l'articulation.

Tac Tac, du coup, difficile de se concentrer dessus. Elle voulait dire quoi? C'est Agnès qui avait trouvé la première. Ah Talk Talk elle a dit. D'une voie froide. Ah Talk Talk. Elle était charmante avec ses jambes posées sur moi mais l'Anglais ça ne devait pas être son truc.

Fin 1984 ou début 1985. Un soir en semaine. Un restaurant de chaîne sur les Champs Elysées, une sorte de box dans un coin, qu'est-ce qu'on faisait là. Les quartiers fréquentés changent avec le temps. Trois garçons deux filles. Franck était arrivé avec la fille avec les jambes sur lesquelles j'avais fini par poser ma main timidement.

Elle expliquait qu'elle adorait Tac Tac, enfin Talk Talk comme on disait, elle trouvait ça génial, elle en chantonnait un extrait et les garçons souriaient, je voyais le regard noir d'Agnès posé sur cette fille. Pas de rivalité. Juste une sorte de regard écrasant. Un peu dédaigneux aussi.

C'était l'époque des tubes de Talk Talk, ceux dont le nom s'est perdu au fil du temps. Alors on cherche. C'est tellement facile de trouver maintenant. Such a shame. It's my life. J'aimais bien cette voix plaintive mais sans plus.

Il y a des choses qui restent malgré les années, comme les jambes de cette fille peu farouche et plutôt jolie dont le prénom s'est évaporé. Elle pouvait bien dire Tac Tac, les autres n'allongeaient pas leurs jambes comme ça sur moi.

Elle m'avait laissé spontanément son n° de téléphone en repartant avec Franck. Noté sur la pochette bleue cartonnée, fermée avec des élastiques, dans laquelle étaient rangées mes feuilles de cours. Au bic noir. Et son prénom au-dessus. Le prénom est oublié. Mais pas Tac Tac.
J'avais été bien assez bête pour ne pas l'appeler malgré le désir trouble qu'elle avait semé dans mon esprit. Longtemps j'avais regardé cette pochette avec ce n°. Sans jamais oser le composer. Le numéro est resté jusqu'en juin et les cours se sont arrêtés, les études aussi. Qu'est devenue la pochette? Je n'ai jamais revu la fille.

On oublie la fille comme on oublie Talk-Talk et ces années là. Sauf qu'un jour on découvre tardivement, après la sortie de l'album solo de Mark Hollis, le chanteur, quinze ans après cette soirée, que ça pouvait être autre chose que Tac Tac et les deux tubes oubliés.

On découvre ces réserves de rire dont le titre est bien ironique compte tenu de son ambiance introspective. On écoute ce disque à cause de Radiohead, on y arrive par la bande parce que dans les années 80 on s'est perdu en chemin et qu'il aura fallu des années pour le retrouver.

Laughing stock. Pas de tubes à l'intérieur. Juste des chansons hantées. A une époque où on se sent l'âme à vif. Il y a là dessus des chansons qui font comme de se raper l'épaule contre un mur. Une musique d'errance dans des rues humides et froides, de halo brumeux autour des lampes au sodium. Ca ne s'explique pas.

On passerait presque à coté sans le remarquer ce disque. Je me souviens que c'est d'ailleurs ce qui lui est arrivé.
dimanche, février 01, 2009
    (464)
Jay Munly : The Denver Boots (Album : Jimmy Carter syndrome 2002)

Ils annoncent la neige. Plus par crainte qu'autre chose. C'est dimanche soir. On a trainé toute la journée dans une douce torpeur. Jay Munly a la voix des dimanches soirs calfeutrés où l'on raconte des histoires.

Pour bien faire il faudrait pouvoir prendre sa retraite par anticipation. En profiter quinze ou vingt ans, et recommencer à travailler vers 65 ans. Après tout, pourquoi est-ce à nous à supporter le risque de ne jamais arriver à cet âge là et ne pas en profiter?

Edit de 7h58 : En fait si, il a neigé, entre 5 et 10cm et c'est encore beau.