Je me souviens j'écoutais Supertramp. Il y a longtemps. Très longtemps. Mais beaucoup.
Je me souviens aussi que j'ai sombré musicalement à partir du moment où j'ai acheté Breakfast in America. Début 80. J'avais résisté avant. Mais Supertramp plaisait plus aux filles que Magazine, PIL ou Neil Young. Alors j'ai sombré. Complètement. J'en ai pris pour presque dix ans. Presque dix ans d'errances musicales. Parfois réussies, parfois infâmes... A cause de Supertramp. Il faut bien un coupable finalement.
Avant je ne supportais pas leurs voix de faussets, ce Goodbye Stranger aigrelet qu'elles chantaient et adoraient. On est faible parfois alors on se perd facilement. On dira que c'était une erreur de jeunesse, de se perdre ainsi. Mais pas seulement.
Je me souviens de l'automne gris qui avait suivi la mort de mon père. On s'extasiait sur les anciens albums qu'on découvrait après coup. School ou Sister Moonshine dans les nuages sombres. Tout l'était. Bloody well right mon cul. J'aimais ça, point à la ligne.
C'est quasi insupportable à mes oreilles maintenant, tant par ce style ampoulé que par les chagrins cachés entre les notes. Les paroles surtout. Il faut bien plus de trente ans pour s'en apercevoir. Je ne sentais pas la tristesse là dedans. Je l'avais juste absorbée. Comme la mienne. Les samedis après-midi à zoner au centre commercial. The meaning jusqu'à la nausée. Mais le sens de tout ça on s'en foutait.
Il aurait fallu jeter ça et le reste à l'époque mais on s'y est enfoncé. C'était douillet et moelleux, il n'y avait pas de raison. C'était porteur d'espérances, on s'est illusionné avec durant quelques années avant de comprendre. On s'est fermé au reste, bercé d'ignorances et de certitudes.
Il y a dans les quatre albums mid seventies de Supertramp, le crime, la crise, les moments les plus calmes et le petit déjeuner, tous les kilomètres parcourus dans la voiture à en user les K7 sans dolby pour ne pas tuer les aigus, crachant leur souffle dans les haut-parleurs de la Renault beige. Des K7 usées à force d'en lécher l'amertume de ces soirées où l'on rentrait seul sans savoir qu'on portait tout ça. On en était léger de conneries, peut être que ce n'était pas plus mal. Le poids finit par peser c'est ça le problème. Alors on rentrait seul dans l'inconscience laudanum de chansons un peu sirupeuses.
J'ai tout gravé entre les notes, dans les silences inconnus. Quand on n'existe pas on en devient poreux comme une pierre ponce. C'était pour ça ces disques, à cause de la porosité. Tout est passé au travers et encore on ne dit pas tout. Même les filles passaient au travers. Elles pensaient que j'avais les bras pour les retenir mais elles passaient au travers, comme le reste. Je m'étais gommé en négatif, personne ne le voyait, même pas moi.
1981, une moitié de 82. Il n'en reste pas grand chose, quelques flashes comme des snapshots de mauvaise qualité. Il faudrait chercher dans les inversibles en 64iso, un jour peut être, pour reconstituer la mémoire disparue. 1981, l'année où je n'embrassais pas les filles en les ramenant après la fac, sur le boulevard en écoutant Supertramp.
Animal Hospital : Memory
Ben Frost : By the throat
Beak> : Beak>
Nisenenmondai : Neji/Tori
Ooioo : Armonico Hewa
David Ählen : We sprout in the soil
Broadcast and the Focus Group : Investigate Witch Cults of the Radio Age
Pan Sonic : Kesto 234.48.4
Current 93 : Aleph at hallucinatory mountain
Vic Chesnutt : At the cut + Skitter On Take-Off
Harmonia & Eno : Tracks and traces
Alice Coltrane : Ptah, the El daoud
John Coltrane : Sun ship
Linda Perhacs : Parallelogram
Sunn o))) : Black one
Boris : Akuma no ata
Neil Young : Archives Vol 1
Do Make Say Think : The other truths
Heldon : Electronique guerilla
The Pastels/Tenniscoats : Two sunsets
The Wedding Present : The Peel sessions
The Warlocks : The mirror explodes