mercredi, octobre 29, 2008
424 Chrono Zeppelinien : The Velvet Underground : Rock'n Roll (demo) (Album : Loaded (fully loaded edition 97) 1970)

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(J'avais écrit cette chronologie Zeppelinienne inutile comme ça d'un seul coup il y a quelques semaines, parce que ça m'était passé par la tête. Juste pour moi. Pour garder certaines choses avant qu'elles ne s'évaporent aussi. Elle ne devait pas sortir de Google docs. Quel intérêt... Et puis finalement... comme je suis en train de lire Rock'n Roll, le bouquin de François sur Led Zep ça occupera l'espace en attendant autre chose... j'ai juste ajouté la fin)(Certaines dates sont approximatives ou reconstituées à partir de la date de sortie des disques. Peut être que tout est décalé mais je m'en souviens comme ça)


Un mercredi de début 1974 : Je passe chez Kate, dans le grand ensemble après le bout de ma rue. Ils étaient plein à être là. Enfin plein, cinq ou six. Discussion de gosses de 13 (moi) ou 14 ans (les autres). Elle dit je mets le III de Led Zep. Ils revenaient des US, elle et son frère Steve. Avaient vécu quelques années là-bas. J'ignorais TOUT de cette musique. Aucun souvenir auditif. Juste la pochette, avec la roue mobile. D'ailleurs à part Steve et sa soeur, la musique avait plutôt suscité une indifférence polie ou des hochements de tête entendus de certains, juste histoire de se donner un air parce qu'en fait... Personne ne m'a reparlé de ce disque ensuite. Tentative ratée. Trop tôt. Pas prêt.

Un samedi après-midi, fin février 75 : Then one fine mornin' she puts on a New York station She couldn't believe what she heard at all et ma vie a été sauvée par le rock'n roll, comme dans la chanson de Lou Reed. C'était juste là. Ce samedi LA. Kashmir à la radio, Europe 1 ou RTL. Les Beatles et le Floyd, seules musiques avant ce jour là. Le déclenchement c'est là. Là d'un seul coup à la radio sans prévenir. Jamais entendu un truc pareil. Les tambours qui claquaient sec, la puissance de la voix, celle qui hurlait interminable ce where i've beeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeee yeaaaaaaaaaaaaaaaaaaa yeeeeeeeaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaahhhhhhhhhhhhh aaaaaaaaaaaaaahhhh, ce riff infernal, le son, la longueur du morceau, tout, je me suis tout pris dans la gueule. Tout. Kashmir extrait de Physical Graffiti, nouvel album de Led Zeppelin a dit le speaker. Je n'allais pas oublier.

Fin mars 75 : Achat de Physical Graffiti. Choc ENORME. Evènement fondateur (je souligne à dessein) . La révélation. De ce jour. Je n'ai cessé un seul instantd'écouter de la musique et d'acheter des disques. L'histoire de ma rencontre avec cet album, la découverte de Kashmir un mois plus tôt tient dans une nouvelle en cours d'écriture. Avec des filles pas embrassées dedans. Et une fausse batterie faite avec des barils de lessives vides et des poufs gonflables sur laquelle je tentais pitoyablement d'imiter John Bonham.

Décembre 75 : Achat du II, juste avant Noël, au BHV avec Domi. Souvenir d'avoir glissé dans la pochette les deux posters de Dark Side of the moon du Floyd (dont celui avec les pyramides bleues) que je ne voulais pas acheter car déjà sur une K7. Souvenir d'un disque sale, déçu par rapport à la littérature lue sur cet album.

Pâques 76 ou approchant : Sortie de Presence. Achat immédiat. Chronique dans Rock & Folk avec David Bowie en couverture sur fond noir. Ces images persistantes qui restent. Dans la voiture des parents, sur la route entre Loches et Bléré, dans la forêt, avec la fille des amis, Royal Orleans à la radio, Karine, elle s'appelait Karine, mimant la guitare en riant, un ou deux ans de plus que moi.

Octobre ou novembre 76 : The song remains the same. Achat de l'album. En boucle le soir en rentrant du lycée. Impression de marcher dans un tunnel sombre de la sortie du bus à la maison dans ces rues peu éclairées à la nuit déjà tombée. Sur les murs de la chambre, Jimmy Page en poster avec sa double manche Gibson. Je sautais du lit en mimant le solo de Stairway. La 3ème face est la plus usée à cause de No quarter seul bon morceau au final. Et Stairway. La 4ème la moins écoutée. Jamais supporté Moby Dick et le meddley sur Whole lotta love.

Même époque : Mercredi après-midi à Paris où je traîne mon cousin voir The song remains the same le film. Quartier inhabituel pour moi. Je ne sais plus lequel. Juste ce souvenir. Obligatoirement impressionné. Voir ça, à 15 ans, on ne peut qu'être impressionné. Du moins à l'époque, maintenant ça serait autre chose...

Décembre 76 : Mon père, assureur, devait visiter un de ses clients disquaires, près de la bourse de Paris. Me demande une liste de disques à tout hasard me dit-il. Je le revois entrant dans ma chambre ce soir là. J'étais assis à mon bureau, éclairé par la lumière jaune du tube sur le mur devant moi. Il me tend un Wishbone Ash (New England) et Houses of the holy qui n'étaient pas les premiers sur la liste. Toujours détesté le son de la voix de Plant sur la première face. Jamais supporté D'yer maker ni The Ocean. No quarter la préférée encore une fois. Et Over the hills and far away. Sentiment (très) mitigé.

Février ou mars 77 : Un mercredi après-midi pluvieux. Course entre Gibert Jeunes, un magasin situé en face sur la place, disparu depuis des décennies, la Fnac Chatelet encore existante et un magasin boulevard de Sébastopol (Radio Shak ???). Sous la pluie. Pour trouver le IV (et le premier Peter Gabriel)(pardonne mais n'oublie pas). Retour à la maison. Black dog/Rock'n roll. Toujours été déçu par Rock'n roll. Pas compris le son de When the levee breaks. Adoré Four sticks. Version studio de Stairway pour la première fois.

Inconnu. 77 après l'achat du IV en tout cas : Achat du III enfin. Since I've been loving you. La 2ème face impeccable. Passé des heures à tourner la pochette circulaire pour regarder toutes les photos.

Vacances de Pâques 77 à Perpignan : Lors de courses au supermarché local, j'extorque à mes parents l'achat en K7 du I. How many more times, Bébé je vais te quitter et Your time is gonna come en boucle pendant les semaines suivantes. VRAIMENT en boucle. Et en K7 ce n'est pas facile. Avec cet entêtement des adolescents.

Eté 77 : Premier job. Septembre. Achat d'une guitare électrique, pâle copie japonaise de Gibson Les Paul noire pour remplacer ma mauvaise acoustique eu en cadeau pour mon BEPC en 75. Une Les Paul comme Robert Fripp et Jimmy Page. Ampli Fender par contre, un petit à lampe. Je n'aurais jamais dû le revendre avec la guitare à Marc quelques années plus tard.

Début 78 : Achat d'un songbook Led Zep avec Stairway en tablatures (rare à l'époque). Découverte de l'open tuning avec Bron Yr Aur Stomp. En slide, je découvre le seul moyen de jouer sur l'acoustique pourrie à l'action beaucoup trop haute.

Printemps ou été 78 : Achat d'une pédale de distortion et récupération des grilles d'accord de tous les morceaux de Nevermind the bollocks. Les Sex Pistols c'est plus facile et plus gratifiant à la guitare. Ce qui explique en partie tout le phénomène punk.

Printemps 78 à été 79 : De moins en moins d'écoute de Led Zep puis oubli total. Exception faite de la 3ème face du live de temps en temps. Vague punk. Reggae aussi. Début new wave, post punk. Moi écouter Led Zep? Vous déconnez à plein tubes les gars.

Eté 79 : Sorti de In throught the outdoor. Je travaille au service courrier de la boîte d'assurance de mon père, Me fait avoir et achète ce disque dans le magasin derrière la bourse. Déception totale. Impression d'avoir perdu mon argent. Ecouté trois fois. Terminé Led Zep pour moi. J'abandonne la guitare à la même époque.

79 à 90 : Led qui? Appris par hasard la mort de Bonham assez longtemps après alors qu'il est mort un mois et demi après mon père. Jamais écouté Coda. Découvert son existence par hasard à la Fnac un samedi après-midi. Jeté un regard dédaigneux à la pochette. Errance musicale durant quelques années. Puis gros détour par le classique et le jazz. En 1989 j'écoute les Smiths, petit à petit je reviens au rock.

1990 : La nostalgie camarade... Achat du coffret Remasters. Led Zep madeleine Proustienne par excellence. Redécouverte de pas mal de chansons oubliées... La qualité bien supérieure de ma chaîne Hi-Fi me permet d'entendre des détails inconnus comme le couinement de la pédale de grosse caisse de Bonham sur Since I've been loving you et ça me fascine. Je fais écouter ce couinement à tous mes amis sur mes grosses enceintes. Et l'attaque de la basse et de la grosse caisse sur Immigrant song. Fort.

1994 : J'ai racheté une guitare. Electrique. Je repars de zéro. Je gratouille plein de chansons de Led Zep. Tout ce que je n'arrivais pas à faire quand j'avais 16/17 ans. Réunion Page/Plant. Je résiste assez longtemps mais je finis par craquer (je suis faible), en 95 et j'achète l'album. Belles versions acoustiques. Kashmir superbe avec l'orchestre Egyptien.

Fin 97 ou début 98 (???) : Sur un coup de tête, alors que j'avais ignoré superbement Walking into Clarksdale (produit par Albini pourtant), je vais les voir à Bercy. Rêve de gosse de voir Page sur scène. Pas si mal que ça en fait, je m'attendais à pire. Seuls les morceaux de Led Zep valaient le coup cela dit.

1999 : Gros bouleversements de toutes sortes. Prise de conscience du choc fondateur de 75. Le texte de Kashmir me hante quelques mois sans écouter pour autant la chanson. Il faisait rêver une fille. Avec l'accès à internet, récupération de quelques pirates écoutés à peine une fois.

21ème siècle : Nouvel oubli. Peut être écouté Physical Graffiti une fois en 5 ans. Jamais les autres (surtout pas le IV).

Printemps 2008 : François Bon parle de Led Zep. De son futur bouquin. Je remets Physical Graffiti, surtout la 3ème face, sur la platine de temps en temps, le III aussi, la 2ème face. Je commence à écrire cette nouvelle sur la découverte de ce disque et l'année 75 si importante, nouvelle loin d'être terminée... (et à l'allure où je vais...)

Octobre 2008 : Je commence à lire Rock'n roll de François Bon. J'ai remis le I l'autre matin au début des vacances. Led Zep va faire une tournée sans John Bonham (excusé) et sans Robert Plant. My god je préfère ne pas voir ça. We're only in it for the money comme disait Zappa. On en est là.
mardi, octobre 28, 2008
423 Listen : Beat Happening : Teenage caveman (Album : You turn me on 1992)

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Vacances. Relâchement. Rien. Encéphalogramme plat.
Depuis quelques temps je sens bien que rien ne sort. Les mots, les phrases, tout ça, ça reste en dedans, en admettant qu'il y ait effectivement quelque chose à l'intérieur. Je commence à en douter sérieusement. Ou bien ai-je épuisé mon stock de mot, j'aurais dû la jouer développement durable, limiter la consommation. C'est raté.

J'ai ressorti des vieux Beat Happening hier, ce groupe devrait être culte, il reste globalement méconnu. Une sorte de mélange oscillant (sauvagement, comme dirait Johnny Marr) entre les Cramps et le Velvet Underground avec innocence et fraîcheur. La musique parfaite pour les rayons de soleil automnal sur les feuilles mortes.
Masquer sa vacuité sous un flot de musique peut être la solution.
vendredi, octobre 24, 2008
422 Jesus gonna be here : Jesus and Mary Chain : Head (Album : The power of negative thinking : B-sides and rarities 2008)

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Jesus vient me voir au bureau depuis lundi. Ca surprend un peu mais c'est pourtant la vérité.
Jesus et Mary Chain. Pas celui à la croix (trop inconfortable pour se déplacer)(et puis il n'a pas sorti de coffret avec ses faces B récemment). La semaine a été grinçante comme les larsens de cette chanson. Peut être pour ça que j'ai écouté ce coffret toute la semaine.

Ils ont testé les alarmes l'autre midi au bureau. Sifflements continus. Un instant j'ai confondu les larsens avec le hululement de l'alarme c'était très beau les deux mélangés. Le sifflement de l'alarme a une propagation particulière. Le seul fait de bouger la tête amène une modulation de son signal. Comme lorsque l'on mets ses mains en évent derrière ses oreilles et en les faisant bouger (les mains pas les oreilles). Cela annule le son venant de l'arrière, les aigus sont plus présents (essaye tu verras).

Je me suis amusé (la porte était fermée) à mixer la musique et le sifflement de l'alarme en bougeant la tête avec les mains en conque derrière les oreilles. Un jour ils finiront bien par me prendre pour un dingue au travail.
Ca m'a amusé 5mn mais après ça me gâchait les frères Reid (raides?). Mais pendant le temps d'une chanson c'était parfait.

Je suis très eighties en ce moment. Comme si en traînant mon passé derrière moi je lui faisais remonter le temps à ma suite...

(pour les oreilles sensible, la chanson 38 est garantie sans larsen)(mais tout aussi superbe)
mercredi, octobre 22, 2008
421 Soft pavement : Siouxsie and the Banshees : Cascade (Album : Nocturne 1983)

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Parfois les trottoirs deviennent mous comme de la guimauve grise. On s'y enfonce comme dans des sables mouvants. On s'engloutit. On s'efface de la surface. On veut s'envoler et on s'enfonce. Jour après jour. Poids de tout. On en perd sa philosophie.

Quand j'entends la basse de Steven Severin le temps devient mou comme de la guimauve bleue. Ta la la la la ta la ta la ta ta en descente, tout est descente. Je m'engloutis dans le passé sur des chemins d'étés 83 ou 84. Le son de la basse. Rien que le son. Ta la la la la ta la ta la ta ta. En descente. Le son me rappelle les soirées en extérieur de ces années là, sous le ciel de la Bretagne. Je peux encore sentir l'odeur de l'herbe humide sur laquelle on s'allongeait après avoir dansé.
Il y a des disques que l'on n'a pas assez écouté, voire pas du tout.
Que cherche-t-on dans la guimauve bleue du temps? Ce que l'on n'est plus ou ce que l'on aurait dû être? Il est trop tard de toute manière. On s'enfonce dans des trottoirs qui ont la consistance du temps. Ou inversement. Seule la couleur change. Finalement.

Derrière il y a un arbre rouge, rouge automne. Rouge sombre. La couleur des feuilles est-elle la seule bonne chose de cette saison aux trottoirs mous et poreux. Le rouge et le jaune s'enfuient aussi. Pendant que l'on s'enfonce dans les trottoirs de guimauve grise.
On vit nos vie comme des saumons, remontant les cascades, pour aller mourir à la source.
lundi, octobre 20, 2008
420 Bone machine : Robert Wyatt : The sight of the wind (Album : Dondestan 1991)

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C'était étrange cet après-midi dans la salle du conseil, pendant la réunion, le vent soufflait dans je ne sais quelle interstice de la baie vitrée dans mon dos par instant. Cela produisait un sifflement. Un genre de son flottant, comme une musique des Andes joué par des fémurs. Pour l'image.
Ca s'arrêtait. Recommençait. Je me suis retourné plusieurs fois, comme si je m'attendais à voir un elfe égaré soufflant dans un os troué, produisant ce sifflement un peu lugubre. Toujours plus intéressant que la réunion...

J'ai repensé à cette chanson de Wyatt même s'il faisait jour et soleil. La chanson de Wyatt est une chanson nocturne de brouillard anglais. On le voit très bien si on ferme les yeux. On y entend le vent qui souffle. Ce qui est un peu normal puisque c'est le titre de la chanson. Mais quand même. Je connais des chansons qui parlent de vent et où l'on n'entend rien. Là si. On sent même le froid de la brume, ce froid humide qui glace les os. Les fémurs dans lesquels passe le vent en sifflant.
Pourtant ça ne parle que du vent sur la plage. Une plage bizarre où personne ne marche. Même pas les chiens.

Parfois je me demande, ce qu'ils en penseraient les autres, s'ils savaient où partent mes pensées lors de ces réunions, où ma façade fait de la figuration parfois active et où le reste est en voyage dans des pays de brume et de vent où chante Robert Wyatt...
(je crois que je fatigue...)

(si un jour je pars sur une île déserte, j'espère ne pas oublier d'emmener avec moi Dondestan et Old Rottenhat qui sont des merveilles. A chaque fois que je les écoute je me demande pourquoi je ne les écoute pas tous les jours...)
samedi, octobre 18, 2008
419 Lacanau : Mendelson : Bienvenue à Lacanau (Album : Live 2001)

    (419)

Il est passé où le temps aujourd'hui. Je dois être une vraie passoire. Pas possible autrement.
Tiens, Lacanau alors. J'y suis allé aussi, à Lacanau. Je n'en reviens pas que ça fasse quinze ans déjà. Cette grande plage, les surfeurs, les pins derrière, et je ne sais pas mais, quelque chose d'étrange, une atmosphère impalpable, un peu limite, un peu dangereuse, comme si tout pouvait basculer dans la seconde dans un état un peu glauque, ou quelque chose de sexuel et humide. Ou bien était-ce parce qu'elle était nue sous sa robe. Bienvenue à Lacanau.

Je m'étais dit que dans une maison face à l'océan l'hiver, on devait écrire de drôles d'histoires. En regardant les surfeurs en combinaison et leurs minibus Volkswagen bariolés. Des feux sur la plage aussi , le soir tard.
Une maison face à l'océan et de grandes baies vitrées. De drôles d'histoires. Ce sable partout. Les épines de pin aussi. Les vagues.

J'imaginais l'ambiance l'hiver. Ou durant l'automne. Maintenant. Les rues un peu désertes. Le soleil tombant dans l'océan en fin de journée, jaune, rouge. Le vent balayant les rues, le boulevard le long de l'océan, et la rue perpendiculaire, avec les boutiques, les maisons avec les rambardes en bois blanc, usées par le sel. Le sable dans les chaussures. Sur les pieds, blanchis par l'eau salée. Et le vent encore. Les gens un peu ici un peu ailleurs en même temps.

Je ne suis pas retourné à Lacanau. Faut écouter ça. Cette chanson. Y a un peu de ça. Pourtant ça ne parle pas de Lacanau. Comme toujours chez Mendelson, les phrases comme ça qui restent, j'ai dit c'est ça voisin c'est ça, on aura qu'à dire, comme ça, qu'elle est parti, comme quelqu'un qui s'en va... et ces guitares, râpeuses, comme le sable dans les chaussures, tu vois y a un rapport un peu.


(tout ce concert dont je n'arrive pas à me lasser est à charger sur leur site)(et achetez leurs disques)

(et puis aussi toujours l'autre KMS avec une superbe song 34)
jeudi, octobre 16, 2008
418 Keep the faith : Cure : Other Voices (Album : Faith 1981)

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Le ciel suinte sa tristesse depuis lundi. Les feuilles mortes dégoulinent des arbres. Une ambiance de Toussaint. Toujours pas le temps. Alors on va écouter un disque. Un autre. Un disque de vieux encore mais moins que le Van Morrison. Tant que ce disque me fascine je me dis que je reste jeune. Illusion d'optique.

1981 tu faisais quoi cette année là. Moi je n'écoutais pas les Cure c'est certain. Des trucs infâmes inavouables. Ma part d'ombre. Cure ça viendrait vers 1983, avec le maxi Let's go to bed et sa pochette noire (de mémoire). On l'a usé celui là. Dix fois, cent fois, je ne sais même plus dire tellement... C'était celui d'Eric. Avec cette basse proéminente. Et puis rien avant la sortie de The head on the door. Mais c'est Staring at the sea l'année suivante qui m'aura fait regarder en arrière. Vers la trilogie, 17 seconds, Faith et Pornography. Encore une part d'ombre. Mais pas la même. Plus profonde.

Faith a toujours été mon préféré. Pour cette atmosphère brumeuse et humide, grise, plombée comme un traître de la mafia. Ce disque ne respire pas la joie de vivre. Rien que les titres (Funeral party, The Drowning man, All cats are grey). Tiens, All cats are grey, quand Robert commence à chanter, à chaque fois, je n'y peux rien, c'est comme si je me liquéfiais à l'intérieur. La fin de la deuxième face avec Faith me fait pareil. Un disque de granit froid.

C'est pas un hasard le gris de la pochette non plus. Je me suis usé les yeux sur la pochette du vinyle pour essayer de deviner ce qu'on voyait sur la pochette derrière les brins d'herbes (Une maison? Une porte? une église en flammes?). Je n'ai jamais trouvé. Ca reste une énigme. C'était le genre de disque pour les types qui croient tenir la vie dans leur main et qui finalement ne roulent qu'un peu de cendre froide entre le pouce et l'index.

Tu prends ça au premier degré tu te pends dans l'heure qui suit. Et puis la basse te tire vers le fond comme le ferait irrémédiablement des gueuses de plomb scellées aux chevilles. C'est un disque de basse. Il ne tient que par ça. Comme les 27 minutes et 51 secondes de Carnage visors qu'on trouve sur la réédition cd de luxe. Ce morceau très hypnotique et un peu chiant parfois annonçant le post rock de Mogwaï et compagnie 25 ans avant. Avec peut être juste un peu plus de classe.

Ce matin avant d'allumer la lumière dans le salon, et le matin il fait nuit encore lorsque je me lève, je voyais derrière le tulle des rideaux, les reflets brillants de la pluie dans l'éclat des globes lumineux blancs devant l'immeuble. C'est ce qui a dû me décider à prendre ce disque.

Il y a des travaux partout ici en ce moment. Et les embouteillages qui vont avec. On roule lentement. On a le temps d'écouter de la musique. Je suis arrivé au bureau lorsque Faith commençait mais j'avais remis deux fois Other Voices. C'est à cause de cette chanson que j'ai acheté Faith. Pour la basse ENAURME de l'intro. Il faut écouter fort. Ce n'est pas marqué mais il faut écouter fort. Pour trembler avec la basse.

Il pue l'hiver à plein nez ce disque. L'hiver froid, brumeux et humide. Faith est le cercueil dont Pornography ne fera qu'enfoncer les derniers clous rouillés (forcément rouillés) l'année suivante.
Ce matin, sous cette pluie pisseuse, avec les feuilles mortes jonchées partout sur les trottoirs et dans les caniveaux avec les mouvements lents des véhicules autour c'était parfait. Distant noises, other voices...
lundi, octobre 13, 2008
417 Semaine astrale : Van Morrison : Ballerina (Album : Astral Weeks 1968)

    (417)

Pas le temps. En ce moment. De penser, d'écrire. Rien. Alors on va écouter un disque et ça sera déjà bien. Ou pas, parce que ça fait 7 minutes tout rond et ce n'est pas facile de prendre 7 minutes pour écouter une chanson.

Mais ce matin je repensais à celui là, coincé dans les embouteillages en maudissant les autres, le travail, tout ce qu'on veut juste pour le fait d'être là, coincé au milieu des autres, tous dans le même sac, en route vers rien, et il faut sacrément ouvrir ses yeux pour réussir à accrocher quelque chose de beau dans tout ça. J'ai repensé à ce vieux disque parce qu'il y avait du soleil et que j'ai toujours pensé à ce disque comme un rayon de soleil qui se lève sur la campagne et ne cherche pas à savoir pourquoi. De toute manière la campagne Irlandaise c'est sûrement mieux que mes embouteillages de ce matin.

C'est juste comme ça. Peut être aussi parce que j'ai lu un truc sur The way young lovers do je ne sais plus où ce week-end (qu'on trouve sur la première face pour ceux qui ignore ce disque). Pourtant dans la voiture j'écoutais les Walkmen, à moins qu'il n'y ait un peu du vieux Van caché dans ce disque. Peu importe. Disons que c'est le soleil. Et l'envie de campagne. Ca oui, c'est certain. L'envie de campagne. Parce que sinon il n'y a pas de raison de penser à ce disque un lundi matin en attendant que les voitures devant veuillent bien avancer et en même temps je me demande bien pourquoi je suis pressé qu'elles avancent parce qu'à part aller au bureau je ne vais pas bien loin...

Un disque que j'ai mis du temps à aimer. Un peu comme un vieil armagnac qu'il faut chauffer au creux des mains pour en extraire toutes ses saveurs. Un disque de vieux à coup sûr. D'ailleurs il est sorti j'avais 7 ans. Une époque où il y avait moins de monde sur la route le matin, du moins la mienne. Un disque de vieux parce que je me sens vieux et fatigué en ce moment, et c'est peut être aussi pour ça, ce disque, à l'esprit, ce matin, dans la voiture. Alors voilà, Ballerina, et ça s'écoute aussi bien le matin quand le soleil se lève qu'à la nuit quand il n'est plus là.

Le pire c'est que je n'aime pas Van Morrison. Juste cet album, et le suivant, Moondance. Mais Astral weeks c'est une merveille. Pas mal pour un album enregistré en deux jours. Lester Bangs avait écrit un article terrible sur ce disque. Rien à voir avec mes pensées embouteillées. Enfin en attendant de retrouver un peu de temps...

N'empêche, il nous faudrait ça, une semaine astrale, je ne sais pas ce que c'est mais ça a l'air bien. Une semaine astrale.
samedi, octobre 11, 2008
416 Presse purée : My bloody valentine : Cigarette in your bed (Album : You made me realise EP 1988)

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Il y a une citation de Voltaire (je crois)(pas certain mais peu importe), dont je me suis souvenue hier soir, elle dit "Si vous voyez un banquier Suisse sauter par la fenêtre, sautez derrière lui il y a certainement de l'argent à gagner.

C'est peut être parce qu'il n'y a plus d'argent à gagner que les banquiers ne sautent plus par les fenêtres mais je suis persuadé du contraire. J'ai cru lire ce matin que certains dirigeants de grandes banques françaises auraient fait de gros profits en revendant leurs stock-options à temps. Tout le monde appréciera.

J'ai trouvé hier une (très) belle vidéo de cette chanson, une face B de mon EP préféré de My Bloody Valentine. Les reformations, c'est comme les couples qui se remettent ensemble, ça ne donne jamais rien de bon. J'ai cru lire qu'ils allaient sortir deux (2) nouveaux albums (sic)... Je préfère mes vieux EP's (hippies?).

J'ai décidé de réécouter tous les albums des Smiths (sans les compils de singles) cet après-midi. Sûrement parce qu'hier je n'ai pas reconnu la pochette de Meat is murder.
La semaine m'a passé le cerveau au presse-purée. La prochaine sera encore pire. Je suis allé au petit caviste du coin ce matin. Il a une toute petite boutique en longueur, au coin d'une petite rue étroite simili piétonne. A quatre dedans on se bouscule. Il a de beaux vins, pas très connus, mais très bons. Et surtout il en parle bien, il donne envie de goûter à tout. Si t'es pressé faut pas aller là. Chez lui on prend son temps. Ce matin j'ai pris mon temps. Tout ce que je n'ai pas fait cette semaine.

(et aussi de la musique et des citations bizarres).
mercredi, octobre 08, 2008
415 Krach : A Certain Ratio : Crippled Child (Album : The Graveyard And The Ballroom 1980)

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La crise la crise. "Avant" les banquiers sautaient par les fenêtres avec un tel krach. Les hommes d'affaires se faisaient sauter la cervelle en se tirant une balle dans leur bureau feutré, laissant ensuite échapper délicatement de leur crane fracassé reposant sur leur sous main en cuir pleine fleur, un filet de sang absorbé le buvard vert. Les traditions se perdent. L'honneur est une notion perdue.

A Paris, à New-York, à Londres, Hong-Kong, les banquiers, comme dans une fête païenne, se jetant par les fenêtres et s'écrasant sur les trottoirs dans une flaque de sang et de cervelle. Crac.
Je pensais à ça ce matin. Il n'y avait pas une chanson qui parlait de ça, de banquiers se jetant par la fenêtre? Je ne sais pas, je ne sais plus ou je confonds, je me confonds moi même aussi parfois.

J'ai rêvé la nuit dernière, qu'on habitait dans une tour très haute située sur une colline, un truc très laid. L'ascenseur était à l'extérieur, une sorte de benne métallique à ciel ouvert, on voyait le sol au travers du plancher je n'aimais pas ça je me disais ça va pas te plaire et la benne se balançait dans tous les sens avec le vent on manquait de tomber tout le temps, le type qui me faisait visiter me disait oh il y a des morts tous les jours mais c'est la vie. Qu'il disait. Le type qui me faisait visiter. Il y a des morts mais c'est la vie.

Je me disais non, on ne va pas venir habiter là quand même. Il y avait un énorme trou au centre de la tour. On était dans cet appartement vide et très très très haut dans cette tour sur cette colline, ah bien sûr on voyait toute la ville. Et la colline en face où il y avait des arbres.
Il y avait des passerelles chancelantes pour passer d'une tour à l'autre, très hautes au dessus du vide, oh il y a des morts tous les jours, et en même temps une autoroute aérienne passait quasiment sous nos fenêtres. Je l'ai même prise à contresens ensuite en voiture. Je n'y comprenais rien, on n'y comprend rien à ces rêves là.
J'avais écouté Monochrome Set et A Certain Ratio avant d'aller me coucher, c'était peut être pour ça. Le post-punk funky Joy Divisionesque et froid de ces derniers a peut être hanté mes rêves.

Alors voilà, la bourse s'effondre, Paris, Tokyo, New-York, Moscou, Londres. J'imaginais, dans tous ces buildings verre et acier, les hommes d'affaires en costumes sombres et cravates bleues se jetant par les fenêtres, seule solution à leur désespoir financier. Mais non rien, c'est une déception. Je pensais naïvement que les banquiers allaient choir comme le CAC 40. Que dalle.
lundi, octobre 06, 2008
414 Curfew : Gastr Del Sol : Eight corners (Album : Mirror repair EP 1995)

    (414)

Journée sous tension. Electricité. Mal dormi la nuit dernière, ou plutôt pas moyen de trouver le sommeil. Bizarrement je n'arrêtais d'entendre Blackout (ah ah la chemise et les lunettes d'Adrian Belew), le motif de guitare, le passage où il chante I'm under japanese influence et surtout après, get some direction wo-ooh (le wo-ooh est essentiel). Ca passait et repassait dans ma tête. Je me suis même demandé si ce n'était pas le riff de guitare qui m'empêchait de dormir à tourner comme ça de manière obsessionnelle. Et j'entendais la version de Stage, pas celle d'Heroes. Le genre de détail insignifiant.

C'est un peu crétin, une insomnie à cause de Bowie. L'automne était terrible hier. Le vent, la pluie, les feuilles.
C'est une chanson d'automne. Il faut juste fermer les yeux, s'arrêter un instant, respirer, je sais parfois ça devient difficile. Le piano, le truc qui part en vrille au milieu et à la fin, comme des tourbillons de feuilles mortes. Mais c'était bien moins joli hier.

(et aussi de la musique sur l'autre KMS)
samedi, octobre 04, 2008
413 Clean air : Under Byen : Kyst (Album : Kyst 1999)

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Joli concert d'Under Byen hier soir, avec la jolie Henriette qui partage son prénom avec feue ma grand-mère paternelle mais les ressemblances s'arrêtent là.
Les rues étaient plus belles après, en sortant. Il y avait du monde sur les trottoirs dans les rues autour, plus qu'à l'habitude. Peut être une belle soirée d'une manière générale. Ou bien est-ce la crise qui fait sortir les gens avant qu'il ne soit trop tard.

Les lumières de la ville avaient une belle couleur de l'autre coté du fleuve, juste avant qu'on ne sorte de Paris, les installations industrielles aussi. Les lumières oubliées dans les bureaux de verre faisaient une mosaïque étonnante. Comme si le froid avait éclairci l'atmosphère pour rendre l'air aussi net, comme nettoyé. D'habitude ici tout est un peu brouillé, la vue comme les pensées.

Je suis passé trop vite, on passe toujours trop vite, pas moyen de s'arrêter à cet endroit. Ca allait bien avec le Modest Mouse qui tournait dans la voiture, ces paysages urbains et industriels nocturnes.

J'ai ressorti Novövision et Rose Poussière, comme des souvenirs perdus de nuits d'automne lointaines où je m'inventais une existence future en lisant leurs mots et phrases brisées en écoutant Low et Heroes. La trajectoire a bien dévié, la vie est une histoire de balistique.


(D'autres photos d'Under Byen hier soir) (on peut cliquer sur la photo aussi)
mercredi, octobre 01, 2008
412 Chou préfabriqué : Prefab Sprout : Desire as (Album : Steve McQueen 1985)

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Les années 80 sont loin. J'en ai pris conscience hier matin bêtement. Sans savoir pourquoi mais comme une évidence subite. Loin les après-midi où l'on écoutait Prefab Sprout. Assis sur l'herbe dans le jardin de Georgio. On écoutait ça tout le temps à la fin de l'été. Le soir tard, en 1985. Il n'y a pas que l'été qui se terminait. Toute une époque aussi. Fin des études, de la fac et de la belle vie finalement. Quelques semaines ou mois plus tard ça serait le travail et moins de temps, beaucoup moins de temps, mais au début c'est nouveau alors on ne s'en plaint pas. Ca vient après, rapidement.

Mais là on s'allongeait sur la pelouse devant la fenêtre de sa chambre et on montait le son pour écouter Prefab Sprout. De toute manière c'était marqué sur la pochette, PLAY LOUD. La 2ème face était idéale sous les étoiles. On la remettait plusieurs fois de suite.
C'est marrant si on regarde la photo de la pochette. Le garçon sur la moto avec la fille qui le sert dans ses bras. Les deux autres autour comme des cons parce que pas de jolie fille pour leur tenir la taille.
On était plutôt de ceux là cette année là. De ceux qui rentrent seuls pendant que l'autre s'en va sur la moto de Steve McQueen avec la fille collée dans son dos. C'est pas grave, ceux là écoutaient Prefab Sprout sous les étoiles des heures durant, en pensant aux filles qui un jour prochain leurs serreraient la taille comme ça.

Et puis l'automne est arrivé, ça a continué mais à l'intérieur, allongés dans la chambre, à refaire le monde, avec ce disque derrière. Le Head on the door des Cure est arrivé ensuite et l'a remplacé, mais dans le souvenir, c'est Steve McQueen qui est resté.

Les visages me sont revenus, les rires, les plaisanteries récurrentes. Des visages disparus ou pas revus depuis longtemps mais ce ne sont plus les mêmes maintenant, le temps est passé par là, a gommé les cheveux des uns, ou les a fait blanchir, fait pousser le ventre des autres, et puis la peau s'est plissée autour des yeux, le visage s'est usé, d'autres ne sont plus là.

Dans le souvenir, les visages et les sourires ont gardé un peu de l'insouciance de ces instants. C'était la fin du stock. Ces jours ensoleillés où l'on écoutait Prefab Sprout tard le soir. On sentait bien, sans l'exprimer, que c'était la fin de quelque chose. On n'en a jamais parlé mais ça flottait dans l'air, comme une présence invisible. On n'a plus fait ça ensuite. Plus comme ça.

Ce ne sont rien que des souvenirs rapides comme les images fugaces défilant derrière mes yeux, le temps des quelques minutes de cet album. Les souvenirs et la musique finalement c'est quelque chose de très personnel et très égoïste.

N'écoutez pas cette chanson, elle ne vous dira rien, elle ne vous plaira pas, sauf si vous l'écoutiez en 1985, allongé sur l'herbe avec de vieux copains, ou avachis sur un canapé avec juste deux bougies pour vous éclairer. C'est juste une vieille chose perdue sous les feuilles d'automne du temps.

(j'ai repensé à ces moments à cause de ça, trouvé juste après m'être dit que les années 80...)