lundi, septembre 29, 2008
411 In bed with Boduf : Boduf Songs : Quite when group (Album : How Shadows Chase the Balance 2008)

    (411)

On a tous fait ça. Sûrement... Enfant, le soir, après que la lumière soit éteinte dans la chambre, s'enfouir sous les couvertures pour s'inventer des histoires, un monde imaginaire, on ne sait même plus quoi. S'inventer des dialogues avec des personnages. En chuchotant, pour que les parents n'entendent pas. Et puis parfois, des histoires qui font peur aussi, parce qu'on aime bien se faire peur. Un peu.

C'est pour ça qu'il chuchote sur ses chansons Mat Sweet, monsieur Boduf Songs, j'en suis sûr, c'est pour ça qu'il chuchote.
Ses chansons, elles me font penser à ces instants, enfouis dans la mémoire et sous les couvertures, ces chuchotements, parfois rassurants, parfois inquiétants. Il chuchote pour endormir les monstres, ou ne pas les réveiller.

Et puis on s'endormait comme ça sans savoir quand on avait arrêté d'imaginer et le rêve peut être se poursuivait sur la lancée de nos histoires... C'était doux et chaud. Comme cette musique.

A de rares exceptions près, les deux premiers disques de Boduf Songs sont passés inaperçus. Complètement. Je ne sais quel sera le sort réservé à celui-ci, le 3ème. Pas certain qu'on en parle beaucoup plus. Ce type est sûrement discret comme sa musique. Elle est agréable au toucher en tout cas, comme les pochettes cartonnées de ses deux disques précédents.
samedi, septembre 27, 2008
410 Au coin : Miles Davis : Mtume (take 11) (Album : The complete on the corner sessions 2007)

    (410)

La période électrique de Miles Davis me fascine. D'In a silent way en 69, à 75 et Get up with it. J'y reviens tout le temps.

Endormi et réveillé toute la semaine avec le coffret des sessions d'On the corner où Miles déverse des torrents de lave électrique en fusion. Sans jeu de mot. Sur fusion. On pourrait.
La musique fascine, les longues pièces sans queue ni tête étirées comme une distorsion du temps, et en même temps, ou peut être à cause de, elle résonne comme un plaisir solitaire. Pas une musique qu'on partage vraiment. Sans pouvoir expliquer ce sentiment.

Tout le coffret est dominé par la basse énorme de Michael Henderson. Il tient dans ses deux mains toute la musique de cette époque, avec des lignes de basses fluides et profondes même si cela ne veut rien dire. Je m'amusais l'autre matin à suivre son groove sur Ife, en imaginant la danse de ses doigts sur le manche. Me suis levé en retard du coup.

On trouve le fabuleux He loved him madly dans ce coffret, l'aboutissement de la quintessence des idées d'In a silent way, comme une approche tangentielle du silence, ma face la plus écoutée sur Get up with it où on le trouvait à l'origine. Ce morceau dont Brian Eno dira qu'il a changé sa vie. Après ça Miles s'était tu. Pendant plusieurs années.
Ses plus de 32mn en font un obstacle à la diffusion ici (fichier trop gros). Et puis c'est un morceau addictif. Souvent, je l'écoute deux fois de suite pour en prolonger l'atmosphère. Un voyage émotionnel. Une expérience.
J'ai gardé le cd où on le trouve, le quatrième, pour la semaine prochaine. Je risque encore d'arriver en retard le matin...
mercredi, septembre 24, 2008
409 Brume : Autistic Daughters : Gin over sour milk (Album : Uneasy Flowers 2008)

    (409)

Il y avait une humidité fraiche et parfaite ce matin, un léger voile de brume fine et légère au dessus de la Marne, sur le pont, où si je pouvais je prendrais une photo tous les matins pour montrer comme le fleuve est différent, jour après jour, et parfois je me demande si ce n'est pas la seule chose qui change. L'aspect du fleuve. Le matin lorsque je passe sur le pont.

Mais pas moyen de se garer facilement. De la voiture ce n'est pas facile, le parapet gâche la vue (étonnant de voir comme l'oeil le gomme d'ailleurs, ce que ne fera pas l'appareil photo) et on passe souvent trop vite. Alors on jete un regard trop rapide mais c'est déjà ça. Ce matin l'eau faisait des ondes à contre-courant, comme si elle voulait remonter vers la brume emprisonnée dans les arbres sur les berges dans la courbe du fleuve. Même dans le petit parc chez moi, la brume semblait planer au dessus de la pelouse.

Après ça, c'est l'agression de la ville et des automobiles hargneuses, la ville qui enfle et étouffe de plus en plus. On le sent bien ici, on respire de moins en moins. On a l'impression que la ville, la grande, la région autour, agit comme un aimant surpuissant attirant petit à petit, de plus en plus de monde. Ma polarité a dû s'inverser, je sens qu'elle me repousse.

(Cette chanson, c'est un peu la musique de la brume...)
lundi, septembre 22, 2008
408 Hasta siempre : Spacemen 3 : Revolution (Album : Revolution 1989)

    (408)

Je regardais les gens se presser sur la route ce matin, entre les maisons, les arbres. Les gens aux arrêts de bus ou de car, il y a des cars ici comme à la campagne, sur les trottoirs, sur le quai du RER quand je passe sur le pont étroit au-dessus des voies. Les enfants allant à l'école ou attendant, eux aussi, le bus ou le car.
Il était un peu plus de 8h00 et tous ces gens déjà dehors, tirés de leur sommeil. Dans le froid comme une gifle sèche sur la peau parce qu'il faisait froid, j'ai regardé sur le tableau de bord de la voiture il faisait 8°. C'est à peine l'automne et à 8h00 tous ces gens s'en vont vers des endroits qu'ils ne désirent pas.
C'est ça notre vie, aujourd'hui, demain encore. Je n'étais pas né pour ça. Je ne la voyais pas comme ça. "Avant". La vie.

J'ai monté le son des guitares des Feelies pour gommer l'extérieur. Ne plus voir ces gens comme si je me regardais dans un miroir. Eux moi nous tous pareils.

Elle deviendrait comment la ville, si on diffusait la musique de Spacemen 3 dans les rues. Il faudrait distribuer des drogues aussi. J'imagine les plaintes, les habitants affolés déboulant dans les Mairies, les manifestations dans les rues pour faire stopper cette ignominie, les vieux terrassés par des crises cardiaques affalés sur le trottoir, les jeunes Sarkozistes manifestant violement, escaladant les lampadaires pour en décrocher les haut-parleurs, l'armée intervenant.
Sous le regard amusé des freaks, squattant les pelouses.

Comme certains lundis sont difficles...
vendredi, septembre 19, 2008
407 Be 4 : Mogwaï : Devil rides (Album : Batcat EP 2008)

    (407)

Il fait froid dans l'appartement. Trois jours déjà. J'ai cru un instant que c'était parce que j'avais feuilleté à nouveau Un homme qui dort. Il fait tellement froid dans ce livre. J'ai relu au hasard, quelques passages marqués d'un coup de crayon de papier dans la marge. Etrange de retrouver le "tu", utilisé pendant des années.

Etrange aussi de voir qu'à partir d'un moment de sa vie on commence à penser systématiquement en terme d'"avant". Par exemple je n'avais pas froid comme ça "avant". J'étais moins fatigué "avant". J'en passe.
En rentrant du bureau, j'ai mis les chaussures et je suis allé courir quelques kilomètres, pas beaucoup, j'en faisais plus "avant". D'ailleurs je courais plus vite "avant".
Plus on vieillit plus on a la nostalgie du futur...


(C'est ce vieux cinglé de Roky Erikson qui chante sur cette chanson, méritant à elle seule l'achat de cet EP)
mardi, septembre 16, 2008
406 Vert pomme : Pink Floyd : Paintbox (Album : Masters of rock 1974)

    (406)

Richard Wright est mort hier. Il jouait des claviers au sein de Pink Floyd. Richard Wright est mort et ça m'a rendu un peu triste, comme si j'avais appris la mort d'un vieil oncle éloigné, pas vu depuis l'adolescence mais qui m'aurait à l'époque glissé à l'oreille quelques secrets essentiels.

Rick Wright est responsable de quelques uns de mes premiers vrais émois musicaux et rock (Sheila m'avait beaucoup troublé lorsque j'avais 7 ans)(Polnareff ensuite avec son cheveu sur la tête à Mathieu mais on notera quand même le saut artistique entre ces deux là). The piper at the gates of dawn des Pink Floyd est le deuxième disque rock que j'ai écouté.

Un copain me l'avait prêté fin novembre 74. Avec Dark side of the moon. Le coté marrant c'est qu'il avait mis Dark side avec Piper dans la même pochette, celle de A nice pair qui groupait les deux premiers albums du Floyd. J'avais mis un peu de temps avant de comprendre que les titres sur la pochette ne correspondaient pas au disque.

Philippe m'avait alors expliqué qu'il m'avait passé le premier album et le dernier. Je n'ai jamais su pourquoi il les avait mis dans la pochette de A nice pair (peut être pour que je ne lui pique pas les posters dans Dark side), mais celle-ci avait un avantage énorme pour un gamin de 13 ans en 1974 c'est qu'on y voyait une paire de seins nus (d'où le titre une belle paire, notez la subtilité...) parmi le patchwork de photos composant la pochette. (la pochette a même été censurée avec un autocollant aux USA).

Je n'y connaissais rien. Ce que j'entendais le plus dans ce premier disque du Floyd, que je préférais à Dark side parce qu'il était plus bizarre et qu'il était potentiellement plus effrayant pour mes parents, c'était l'orgue Farfisa aux sonorités parfois orientalisante de Rick Wright. Je rêvais de jouer de l'orgue comme lui. La guitare est venue ensuite. Au départ c'était l'orgue. A cause de Richard Wright.

Peu de temps après, pour mon anniversaire, et c'était un samedi en 1974, mon père m'avait amené chez la disquaire qui se trouvait à Alfortville. Un tout petit magasin carré avec quatre bacs par genre musicaux : variété française danse et accordéon, classique, jazz et pop, où la vendeuse ressemblait à Denise Glaser.

Je n'y connaissais rien. Les deux seuls groupes que j'écoutais alors étaient les Beatles et Pink Floyd. Et comme j'avais déjà une K7 et Sgt Pepper des Beatles j'ai pris Masters of rock du Floyd. Je me demande si je ne l'ai pas choisi parce qu'à l'arrière de la pochette, on y voyait les autres albums en photo. Je crois qu'il n'y avait que celui là et Dark side que j'avais enregistré soigneusement sur mon magnéto K7, avec le micro posé devant le gros haut-parleur mono qui servait de couvercle au tourne-disque familial. Ma chambre étant situé au bout de l'appartement j'y étais tranquille et j'avais prévenu en collant des affiches sur les portes réclamant un silence absolu.

Sur la 2ème face il y avait deux chansons de Rick Wright, des chansons un peu oubliées. It would be so nice et Paintbox. Les deux chansons qui me touchaient le plus avec Julia Dream qui arrivait ensuite.

Je m'étais rapidement imaginé qu'elles seraient la bande son idéale de ma tentative de séduction d'une jolie jeune fille de 13 ans (j'en avais à peine 14) qui, cet hiver là, portait un magnifique ciré vert pomme sur lequel s'étalaient ses jolis cheveux blonds. Un mercredi après-midi j'étais allé au ciné avec elle accompagné par Philippe et une autre fille de la classe au prénom lessivier d'Ariel. La jolie petite blonde n'était pas dans ma classe, elle était même en 4ème, ça la rendait encore plus désirable. Elle était adorable dans son ciré vert pomme. On était allé au cinéma Club 123, ex Royal, à la gare de Maisons-Alfort. Il n'existe plus depuis déjà un paquet d'années, une résidence dite de standing a pris sa place. Combien de petits cinémas de banlieue ont disparu de la sorte...

J'habitais juste de l'autre coté de la voie de chemin de fer, pas très loin, à coté du pont, après le film on s'est tous retrouvés dans ma petite chambre en longueur. Assis en ligne sur mon petit lit recouvert d'un couvre-lit vert à carreau La Redoute vintage, Philippe a lui immédiatement profité du fait que j'avais mis Masters of rock sur l'électrophone posé sur le meuble où je rangeais mes BD pour embrasser Ariel mais je l'ai toujours soupçonné d'avoir préparé le terrain durant le film.
Je restais sagement assis à coté de ma jolie jeune fille qui avait posé son ciré vert pomme au porte manteaux dans l'entrée. Dire que l'on parlait vu le peu de mots échangés est très certainement exagéré. J'avais commencé à me rapprocher durant It would be so nice (ah ce message subliminal, comment pouvait-elle l'ignorer? je me suis souvenu trop tard qu'elle faisait allemand première langue) et je m'étais dit que Paintbox serait le moment idéal.

J'adorais plus particulièrement le passage à la fin du couplet, juste avant qu'il ne chante Be a be a be a be. L'ironie de la chose, c'est qu'à un moment, un de mes moments préférés il chante Trying to impress but feeling rather empty. Je ne comprenais pas les paroles à l'époque. Et pourtant je devais ressembler à cette description...

Je ne sais ce qui avait germé dans mon esprit mais c'était là, sur cette chanson qu'elle m'embrasserait. C'était peut être le coté sautillant de la chanson, teinté d'un peu de mélancolie, je ne sais, mais je l'avais imaginée m'embrassant, ses cheveux blonds volant au ralenti, et j'entendais les crissements de son ciré vert pomme lorsque je la serrais dans mes bras . J'avais répété cet instant des dizaines de fois dans ma tête depuis une semaine...
La réalité fut plus cruelle. La réalité est toujours plus cruelle.

J'avais délicatement posé ma main sur son épaule, me rapprochant un peu plus. J'étais encore naïf, je tentais encore ma chance avec les filles, ça n'allait pas durer bien longtemps. Mais là, cet après-midi là, oui j'avais essayé. La pop psyché de Paintbox sortait du haut-parleur, le moment de vérité était arrivé. Même si j'avais bien senti un mouvement légèrement inverse à mon approche mais les deux autres la gênait, toujours enlacés sur mes coussins. Elle a gentiment tourné la tête lorsque j'ai voulu l'embrasser en faisant non de la tête doucement. Je n'ai pas insisté. Je n'ai jamais insisté avec les filles.

Alors on est resté là comme deux imbéciles, assis cote à cote, pendant que les deux autres s'embrassaient à langue abattue à coté de nous. Le disque s'est terminé. J'en avais trois à l'époque, je n'ai pas mis longtemps pour en choisir un autre, et puis Ariel est repartie avec ma jolie jeune fille dans son ciré vert pomme puisqu'elles étaient voisines, dans le grand ensemble se trouvant au bout de ma rue. Philippe est rentré chez lui dans la direction opposée.

Après leur départ j'ai dû me repasser le disque, la 2ème face, celle avec les chansons de Rick Wright, histoire de comprendre où j'avais merdé. Je n'ai jamais trouvé... Comment avait-elle pu dire non en écoutant cette chanson?

Je n'ai jamais embrassé la fille au ciré vert pomme. Quelques mois plus tard, à l'automne 75, le Floyd sortait Wish you were here. Il n'y avait plus de filles à faire venir dans ma chambre alors j'écoutais les nappes planantes de l'orgue de l'intro seul, dans la lumière vibrante de spots bleus installés sur le dessus des meubles de ma chambre. Et puis j'ai oublié ces disques et commencé à vraiment écouter d'autres musiques. Peut être pour chercher le disque idéal, celui qui ferait tomber les filles dans mes bras. Parfois je me demande si ce n'est pas ce disque là que je continue de chercher inlassablement...


(la photo du cinéma provient du site Silver Screens qui évoque les cinémas disparus)
dimanche, septembre 14, 2008
405 Has anybody seen the bridge? : Death Cab for Cutie : Bixby Canyon Bridge (Album : Narrow Stairs 2008)

    (405)

Il y a dans les chansons de Death Cab for Cutie, la nostalgie de souvenirs que l'on n'a pas vécu. Quelque chose d'approchant. Je ne sais pas pourquoi, dans l'articulation des notes sûrement. Ce disque est sorti cette année, il n'est associé à aucun souvenir. C'est la musique seule qui évoque ces sensations.

Je me suis toujours demandé ce qui faisait que l'on était touché par certaines mélodies et moins par d'autres. Quel peut être le vécu, le passé affectif et culturel commun entre plusieurs personnes ayant des sensations, des sentiments équivalents à l'écoute d'une même mélodie. C'est quelque chose qui me fascine.

Pourquoi chez moi le passage de la chanson où il chante all the way from San Francisco" me fait ressentir une sorte de tristesse voilée, une mélancolie un peu nostalgique alors qu'elle n'évoque peut être strictement rien pour d'autres personnes. Question sans réponse...
vendredi, septembre 12, 2008
404 Not found : Public Image Ltd : Religion I+II (Album : First issue 1978)

    (404)

On est vendredi et je suis fatigué. Je ne suis pas là. Les chansons parlent seules. Elles n'ont pas besoin de mots dérisoires pour les accompagner.
Fatigué. Nerfs électriques. Est-ce ce mois ou est-ce moi? Sentiment récurent de frustration. Comme de ne pouvoir s'envoler à cause de poids aux pieds.
Sans vouloir sombrer dans le passéisme ou la nostalgie plus qu'à l'habitude, il me semble néanmoins, ne rien trouver d'aussi fort que ce disque dans la production discographique de ces dernières années. Pour ne pas dire plus. Ce disque est énorme. Je recommence. Ce disque est ENORME. Même s'il peut paraître inaudible pour une bonne partie de la planète.
On est vendredi, je suis fatigué. Je ne suis pas là.
mercredi, septembre 10, 2008
403 Motion sickness : Modest Mouse : Dramamine (Album : This is a long drive for someone with nothing to think about 1996)

    (403)

Ah il faudrait écrire. Ici. Ou là. Peu importe. Ecrire. Mais ça tourne. En rond. Avec ces raideurs dans le dos. Qui se diffusent partout dans le corps.

Ecrire. La ville qui enfle. L'envie de promenades d'automne, avec, sous les pieds, le craquement des feuilles mortes. Les quais, le fleuve. Peu importe lequel. Mais le fleuve. Flaner.

Mais je branche la guitare. Pour trois notes de rien. Avec plein d'écho. Puis je passe à autre chose. Pas en place. Pas la tête. Plus tard. Quand j'aurais le temps de penser.

Ca tourne. A en avoir le mal de mer. C'est pour ça. Dramamine. Et la Souris Modeste. Toujours en déséquilibre. Inquiétant. Quasi hivernal. Avec le vent qui siffle.


(Antony Gormley : Learning to think 1991)
lundi, septembre 08, 2008
402 Question en forme de () : Burial : Distant Lights (Album : Burial 2006)

    (402)

Les bruits de la ville, grondements, crissements sur le béton, malaxage sonore des bruits automobiles du lundi, esprit chiffonné. Des musiques électroniques déstructurées. Il faudrait monter le son pour couvrir celui des autres.

(Existe-t-il une écriture électronique? Une écriture techno ou electro. Comme on a pu qualifier de jazz l'écriture de Kerouac. Ou de rock celle de Lester Bangs ou d'Hunter Thompson même si c'est plus le mot, la phrase en eux mêmes qui étaient rock plutôt que le rythme, contrairement à l'écriture ternaire de Kerouac.)

(Quelle pourrait être l'écriture des musiques électroniques de Burial, aux rythmes urbains hachés, de ceux déstructurés d'Autechre, de l'hypnotisme velouté de Basic Channel, de la trance-goa, de la house, de l'ambient en passant par les stridences minimales de Fennesz? )

(Peut être est-ce le cut-up du vieux Burroughs qui s'en approche le plus, dans La machine molle ou Nova express. Ce vieux Bill fasciné par les transes, les infra-sons et l'orgone accumulator de Wilhelm Reich (lire cet article de Burroughs à propos de Led Zeppelin et du pouvoir du son et de la musique)(dans la partie The Interview (mais pas l'interview) pour ceux qui ne veulent pas tout lire)).

dimanche, septembre 07, 2008
401 Transition : Gravenhurst : Diane (Album : Black Holes In The Sand EP 2004)

    (401)

Dimanche à 2 de tension. Ciels nuageux, masses sombres en mouvement. Le dos en miette. Déplacements lents.
Passé l'après-midi d'hier dans l'électricité grésillante d'Hüsker Dü qui signifie te souviens tu en Danois. Joli nom pour un groupe disparu.
Dimanche tout s'arrête. Il manque le fleuve auprès duquel aller marcher et s'arrêter pour regarder l'eau couler.
Fausse tranquilité dans la torpeur hébétée du mauvais sommeil de la nuit dernière. Fausse journée.


(Rappel : La saison 3 de Killing Me Softly a débuté il y a une semaine, et puis la radio pour écouter les chansons à la suite )
(et bien sûr Diane est une reprise d'Hüsker Dü))
jeudi, septembre 04, 2008
400 Si rien ne bouge : Mark Kozelek : Bad boy boogie (Album : What's next to the moon 2001)

    (400)

En ce moment, je me sens un peu comme un manchot qui voudrait jouer au basket.
Dans la voiture, Ben Gibbard chantait quelque chose à propos du Bixby Canyon bridge, à Big Sur, là où Lawrence Ferlinghetti avait sa maison, celle qu'il prêtait à Kerouac, ce canyon terrifiant sur le Pacifique qu'il décrit dans Big Sur, justement. "Mais vous levez les yeux vers le ciel, la tête renversée en arrière, bon Dieu, vous êtes là, juste au dessous de ce pont vertigineux..."
Des gouttes de pluie molles et paresseuses s'écrasaient sur le pare-brise. Je pensais à la 400ème chanson. Je me demandais. La 401ème et la 402ème aussi. Un peu comme la mille et deuxième nuits du conte. La chanson idéale c'est toujours celle que l'on ne connait pas encore.

Je me sens un peu comme un manchot qui voudrait jouer au basket. Je n'arrive à rien. J'ai des histoires dans la tête, des morceaux de fil les reliant, des disques, des bons des moins bons, la banlieue d'avant, celle où il y avait des boulangeries et des épiceries partout, des garçons, des filles. Des histoires de temps perdu et puis pas un mot sur la feuille. Rien. Je ne sais pas. Ca ne sort pas. Rien. Peut être qu'il s'est trop évaporé le passé.

Kerouac ne se serait pas posé tant de question. J'ai vu l'autre jour, il n'y a pas si longtemps, je ne sais plus où, une photo du bus des Merry Prankster de Ken Kesey, celui que raconte Tom Wolfe dans Acid test, une photo de l'intérieur du bus, avec surtout Neal Cassady torse nu, impressionnant. Il a conduit ce foutu bus de grillés au LSD pendant un paquet de kilomètres. Peut être même plus que n'en a fait son avatar Dean Moriarty dans Sur la route. Pourquoi je pense à ça... le Bixby canyon oui voilà, la chanson des Death Cab for cutie... Mais ça ne sera pas ma 400ème chanson. Ca ne s'explique pas c'est ainsi.

Un manchot qui voudrait jouer au basket. Je vais finir par les écrire comme un pied ces histoires et puis ça ira à la benne. C'est surtout pour raconter la ville, celle qui n'existe plus, quand il y avait encore de la mousse verte entre les pavés des trottoirs. On verra bien.

La 400ème chanson. Je n'arrive jamais à prendre la première qui passe. Par ricochets hasardeux j'ai pensé que la 400ème ça pouvait être Steely Dan, le nom d'un godemichet dans Le festin nu de William Burroughs, le vieux Lee de Sur la route. On bouclerait avec le Bixby Canyon. Quand même pas Steely Dan non. Tout ça c'était hier. Parce que ce matin j'ai écouté du Funkadelic en boucle au bureau. Le premier. Au son sec.

Un manchot qui voudrait jouer au basket. Tout ça pour raconter des histoires de filles jamais embrassées il y a plus de trente ans, ou de copains fans de Deep Purple ou Satus Quo. Status Quo quoi merde. J'ai jamais pu leur expliquer que ça ne valait rien. Ils gueulaient quand je mettais Neil Young, je n'écoutais que ça cet automne là, celui où l'on avait tous les trois acheté le même caban noir, les mêmes chaussures imitation Weston à glands... on marchait à trois de front sur les trottoirs, ceux où poussait encore de la mousse entre les pavés. Fallait en être un de gland pour porter des pompes pareilles et pour écouter Status Quo des mercredi après-midi entiers avant que je ne réussisse à placer autre chose sur la platine. Des manchots qui voudraient jouer au basket.

La 400ème chanson... j'aurais dû repiquer un Status Quo d'un des deux vinyles qu'ils avaient réussi à me faire acheter et que je n'ai jamais revendu d'ailleurs je n'ai jamais revendu un seul vinyle. C'était plus pour leur plaire, écouter la même chose qu'eux, je n'en sais rien finalement pourquoi surtout maintenant, mais ils avaient réussi ceux deux salauds, j'ai toujours été faible alors à quinze ans je ne t'en parle même pas. Je suis certain qu'après tout ce temps il n'y en a aucun des deux qui a un Neil Young chez lui. Les salauds.


(et l'original de Bad Boy Boogie ressemble à ça ! )
mardi, septembre 02, 2008
399 Velours : Fuck Buttons : Sweet Love For Planet Earth (Album : Street Horrrsing 2008)

    (399)

Il faudrait une musique ressemblant au bruit des doigts caressant le velours. Musique de ville irréelle. J'y pensais en passant le pont sur la Marne ce matin. Si l'on ouvre son esprit il se ferme au bruit de la ville. Les voitures autour se taisent. Il ne restait plus que le bruit des doigts caressant le velours.
Le bruit filtré des pneus sur l'asphalte. Le bruit filtré des pas des passants sur le trottoir. Transformé en ce bruissement doucereux.

Attendant le feu rouge le temps s'était arrêté comme mon regard sur le fleuve. Peut être parce que j'aurais voulu être assis sur la berge. Plutôt que là, dans la voiture, direction le bureau.
Le bruit des doigts caressant le velours. Le bruit de la ville étouffé par le coton de l'esprit qui s'évade. Ca ressemblait à la musique de ce groupe au nom idiot. Le feu est passé au vert.

Septembre débute à peine. J'en suis déjà fatigué. Je n'aime pas cette rentrée.