dimanche, août 31, 2008
398 Saison 3 : The Wedding Present : The trouble with men (Album : El Rey 2008)

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I am the DJ, I am what I play comme le chantait Bowie vu dans The man who fell to earth sur Arte l'autre soir (en VF en plus...) et qui est un sacré navet. Le seul plaisir étant de retrouver au fil des images les pochettes de Station to Station et Low dont les photos proviennent du film.

I am the DJ, I am what I play donc. J'y reviens toujours. C'est reparti avec de la musique qui s'évapore sur Killing me softly, en aveugle, sans titre, juste pour le plaisir de la surprise, de la découverte, avec des photos floues, ou une phrase jetée comme ça, courte, sèche, ou des mots d'un autre, ou rien. Tous les jours. Ou pas. Suivant l'envie.
La seule certitude, les chansons ne resteront pas plus de 2 ou 3 jours. Les chansons, c'est comme des gouttes de pluie sur des pierres chaudes, ça s'évapore...

(et cet album des Wedding Present mérite largement qu'on y consacre quelques instants)
vendredi, août 29, 2008
397 Wasted : Mazzy Star : Mary of silence (Album : So tonight that I might see 1993)

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La voix d'Hope Sandoval glisse sur le velours des guitares forcément Velvetiennes. Cette chanson est comme un tunnel. Sombre. Dès lundi on repart dans le tunnel de la routine quotidienne.

Je me souviens avoir vu Hope Sandoval sur scène il y a déjà quelques années. Elle restait dans la pénombre devant son micro, on la distinguait à peine, parfois les projecteurs dessinaient un peu plus les contours de son joli visage. Comme effrayée elle reculait légèrement pour se fondre dans l'obscurité.

On compte les années on se dit combien encore et puis ça fait toujours trop de toute manière. Même si on s'évade tout au long du chemin.

Elle devenue quoi la belle Hope? On garde ses vieux disques comme des souvenirs personnels. C'est un disque qu'on écoutait dans le noir, forcément, avec un tel climat. Sur le site il est indiqué qu'elle chante sur le prochain Massive Attack annoncé pour l'année prochaine. On pourrait presque croire être revenu quelques années en arrière à lire ces noms comme des personnes disparues.

Alors voilà lundi c'est reparti. C'est surtout tous ces gens de plus en plus nombreux ici, comme si trop de voix parlaient en même temps et que l'on ne distinguait plus rien. Comme si à chaque rentrée il y en avait encore plus. Juste parce que pendant quelques semaines on a oublié un peu comment c'était...
mercredi, août 27, 2008
396 Les duels de l'été #5 :

Can : Paperhouse (Album : Tago Mago 1971) Vs. Faust : J'ai mal aux dents (Album : The Faust tapes 1973)

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Puisque Arte a la bonne idée de diffuser demain soir un documentaire sur la Kosmiche Musik et pour mettre fin aux duels de l'été...

Can, devenu au fil du temps influence majeure (Stereolab, Radiohead, le post-rock et j'en passe...) de la musique actuelle, composé d'anciens élèves de Stockhausen, limitant volontairement leur virtuosité pour développer leur créativité, et Faust, tout aussi influent mais plus underground, proto-indus, expérimental et avant-gardiste, enregistrant des bétonneuses en action (entre autres) par dessus des mélodies froide comme l'acier.

La musique Allemande des années 70 est la parfaite bande son du monde industriel, déshumanisé et oppressant qui se bâtit au quotidien. Si Can tente l'évasion vers des villes imaginaires, Faust les détruit violemment à coup de masse.

Le charisme de Damo Suzuki (I am Damo Suzuki chantera Mark E. Smith plus de dix ans plus tard), un génie du son en la personne d'Holger Czukay, âme de Can. En face, les bricoleurs iconoclastes de génie de Faust. Un goût prononcé pour la répétition chez les deux (au même titre que Steve Reich, Philip Glass ou Terry Riley). Deux groupes majeurs de ce que la presse Anglaise appela le Krautrock (le rock choucroute). Faust nommera ainsi pour se moquer un morceau de l'album suivant.

Après le départ de Suzuki, Can perdra petit à petit de son intérêt et s'arrêta rapidement. Faust profitera des 90's pour revenir (même si Jim O'Rourke dira de Rien qu'il a produit en 94, que justement, ce n'était rien...) et continue de fracasser des télés (à regarder absolument).

Musique d'avant-garde, non planante (aucun rapport avec Tangerine Dream ou les hippies d'Ash Ra Tempel), Can et Faust (avec Neu!) ont également eu une influence importante sur l'éclosion du mouvement punk (et post-punk) en Angleterre.

Il faut dire que John Peel passait sans cesse leurs disques à l'antenne (pendant le même temps en France on comparait Can à Pink Floyd, j'en ris encore). Johnny Rotten n'hésitant pas à diffuser un extrait de Tago Mago lors d'une célèbre émission radiophonique en 77 ou 78.

Deux des groupes encensés (à juste titre) par Julian Cope dans l'INDISPENSABLE Krautrock sampler.

Résultat : Impossible à départager (et regardez le doc sur Arte)
dimanche, août 24, 2008
395 Les duels de l'été #4 :

Stina Nordenstam : Bird on a wire (Album : People are strange 1998) Vs. Cat Power : (I can't get no) Satisfaction (Album : The covers record 2000)

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Deux disques de reprises, deux jolies filles. La Suédoise Stina Nordenstam avec un choix de titres pour le moins étrange mais les gens sont étranges quand vous êtes étrange. Un grand écart entre Prince, Tim Hardin, les Doors et même la vieille scie de Rod Stewart Sailing. Et ce Bird on a wire de Leonard Cohen.

Déconstruit et méconnaissable, de la même manière qu'elle malaxe une rythmique quasi industrielle sur le Purple Rain de Prince tout en la balayant par des cordes subtiles, la parant du coup d'une beauté virginale, la chanson de Cohen perd ses attaches terrestres et s'envole vers des paysages glacés.

Difficile de retrouver l'original dans les reprises de la brumeuse Suédoise. Nordenstam prend des risques dans ses reprises, ses arrangements parfois sublimes, et s'en sort admirablement.

De la même manière, l'Américaine Chan Marshall dépouille le vieil hymne Stonien à l'extrême, supprime le refrain, le passe de majeur en mineur et le rend ainsi méconnaissable. Le choix des reprises est impeccable, peut être même trop. Dylan, les Stones, le Velvet, Smog, Moby Grape, Nina Simone...

Tout ici est dépouillé, une guitare, un piano. Ca fait merveille comme sur Satisfaction et I found a reason, mais parfois Chan Marshall se noie dans son whisky et bave sur son clavier comme sur Wild is the wind.

Autant l'album de Nordenstam surprend à chaque chanson sans lasser, autant Cat Power nous enveloppe un peu trop sur la longueur dans son climat dépressif parfois lourd à porter malgré sa beauté.


Résultat : SUEDE 1 : USA 0 après prolongations
jeudi, août 21, 2008
394 à Dieu vat toi empereur noir ! : Godspeed you black emperor ! : Moya (Album : Slow riot for new zero Kanada EP 1999)

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Il faudrait se taire pour la musique sans parole. Juste monter le volume parce que ça s'écoute fort. Ce disque s'écoute fort. C'est ainsi.

Tu me demandais ce qui était inscrit sur la pochette. C'est de l'Hébreu. Ca dit "Tohu va vohu". C'est extrait de la Genèse. Ca signifie paraît-il "Sans forme et vide". Un message énigmatique.

En même temps au verso on trouve le schéma de fabrication d'un cocktail Molotov. Avec les légendes en Italien, alors va savoir. Et puis la pochette s'ouvre à l'envers mais c'est normal puisque c'est écrit en Hébreu. En fait c'est peut être un peu n'importe quoi mais c'est beau.

En vinyle, la face 1 avec Moya est en 45T et l'autre en 33T. Ces gens là sont bizarres. Le morceau en 33T a d'ailleurs un rapport avec un chanteur intérimaire d'Iron Maiden. Comme quoi c'est bien n'importe quoi. Mais c'est beau.

C'est un disque pour les voyages en train en solitaire mais je ne l'ai jamais écouté dans le train. Ca va avec. Un genre de mouvement immobile. En noir et blanc.
Encore un disque d'automne.
mardi, août 19, 2008
393 Chapeau de girafe : Arab Strap : Autumnal (Album : Elephant shoe 1999)

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Chaussure pour éléphantBelle and Sebastian venait de ressortir Tigermilk. L'album où sur la pochette la fille tient Tigrou sur ses seins nus. C'était quoi? Fin juillet. Fin juillet 1999. Forcément je n'avais rien entendu de Belle and Sebastian avant. On dort mais le monde lui continue d'avancer. Je dormais profondément, je me réveillai seulement. Les gars m'ont dit écoute The boy with the arab strap. Arab Strap tout court aussi. Philophobia.

Je me suis rendu compte hier soir que ce disque impeccable avait dix ans. Je mesure parfois le temps qui passe aux dates inscrites à l'arrière des disques, toujours en petit, en bas.
On m'avait montré le chemin, j'ai trouvé Elephant shoe tout seul tout de suite après. Elephant shoe, c'est paraît-il, une phrase prononcée par les jeunes Ecossais lorsqu'ils ont peur de dire I love you. C'est de la lumière en opposition à la part d'ombre de Philophobia.

A l'automne j'écoutai le laudanum sonore des Ecossais. Ces musiques délétères et pernicieuses, dans l'humidité de ces mois là, où tout était prétexte au désir, aux sensations comme des bouffées de chaleur érotiques. Haschich et thé au jasmin. On restait parfois, dans l'apathie somnolente post fusionnelle, en écoutant la voix traînante d'Aidan Moffat nous raconter ses errances sexuelles et ses déchirements dépressifs.
Le vent du temps a dissipé depuis longtemps les vapeurs érogènes de ces mois troubles.

J'ai rêvé de la guerre la nuit dernière. On fuyait sous un ciel noir de fumée, des corps partout, du sang, de la poussière. On fuyait, c'était la guerre et j'avais peur.
Je me suis réveillé.
Il était 5h20.
Elephant shoe.
lundi, août 18, 2008
392 Down by the river : Dakota suite : Pillows In The Water (Album : Signal Hill 2000)

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Longer un fleuve. Une rivière. La campagne. La douceur. Un village fantôme. Une maison enfouie comme abandonnée sous la verdure. Certains souvenirs aussi. Deux vieux immuables dans la cour de leur ferme, celle juste après le leger virage à droite. Comme si ces trentes années n'avaient pas existé. Toujours au même endroit. A en douter du temps qui passe.
De vieilles routes. Avec même, la musique de l'époque. Juste un hasard mais il n'existe pas. In the light you will find the road. On y viendra un jour. Tiens Manset chantait qu'il y en avait une de route, cette année là, la première fois où je les avais vu ces deux vieux.
Longer un fleuve. Une rivière. Se rendre compte qu'ici, ça devient de plus en plus invivable.
jeudi, août 14, 2008
391 Les duels de l'été #3 :

Red House Painters : Katy Song (Album : I (Rollercoaster) 1993) Vs. Smog : Cold Discovery (Album : Dongs of sevotion 2000)

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Des groupes d'un seul homme. Le beau Mark Kozelek pour Red House Painters. Le bien peigné Bill Callahan pour Smog où on ne s'étend pas dans le superflu. C'est du sec. Il n'y a pas de gras. C'est le muscle asséché sous la peau. Pas de surcharge pondérale. Kozelek est plus moelleux. Plus fataliste. Vautré dans les coussins sirotant un thé au jasmin. Plus douillet.

Là où Kozelek se coupe mollement les veines dans un bain chaud, Callahan se pend froidement à la poutre en chêne de son salon. Smog est souvent râpeux, là où les Peintres de la Maison Rouge sont comme un vent chaud sur la peau.
Les deux ont des histoires pesantes comme des gueuses de plomb. On fait par contre dans la parcimonie au niveau des notes.

Et puis la voix. Les voix. Celle chaude, très intérieure de Kozelek. Celle grave, très épidermique, en surface, de Callahan, plus énigmatique.

Kozelek et ses paroles, plus mélancoliques, plus romantiques, fait dans le souvenir nostalgique, le cliché jauni réveillant les souvenirs enfouis. Bill, comme pour la musique, se veut plus économe, plus froid, plus dans le présent, dans la description glacée sans concession, avec parfois un humour (Dress sexy at my funeral, for the first time of your life sur le même album) faisant défaut à Kozelek. Without you what does my life amount to? chante Kozelek alors que Callahan lui répond You're the one that will remain.

Aussi essentiels l'un que l'autre, même si objectivement, Smog est plus défendable que les Red House Painters mais je suis attaché sentimentalement à leurs disques... donc du coup...

Résultat : RED HOUSE PAINTERS vainqueur par décision de l'arbitre
mardi, août 12, 2008
390 There is a war : Chauchat : Slayer Bitch (Album : Upon thousands 2008)

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Août en touches humides et molles c'est étrange, cette atmosphère, pas désagréable, étrange.
On a vu dimanche, les photos floues de Miroslav Tichy et ses appareils bricolés à se demander comment il a fait pour réussir à prendre toutes ces photos. Touchantes, belles, aux vapeurs érotiques, avec toutes ces jambes de femmes.

Touches humides et molles, le piano en obsession le soir, le matin, sauf hier, remplacé par du brouillard, mais je n'avais plus écouté les dernières sonates pour piano de Beethoven par Pollini depuis plus de quinze ans, j'avais oublié toute cette beauté. Mémoire passoire.

Ecouté Chauchat tout l'après-midi, ça me paraissait flou, c'était bien, pour ne pas voir le monde.
Chauchat comme Mme Chauchat dans La Montagne Magique de Thomas Mann. La femme qui offre à Hans Castorp la radio de ses poumons sur laquelle il fantasme. Probablement aussi floue que les clichés de Tichy...

Et puis ce soir, comme les autres soirs, le journal sur France 2 a ouvert avec ces J.O. de merde pendant qu'ailleurs, ailleurs, il y a la guerre...
samedi, août 09, 2008
389 Les duels de l'été #2 :

Leonard Cohen : Hallelujah (Album : Various positions 1984) Vs. John Cale : Hallelujah (Album : I'm your fan 1991)

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Cohen part avec un avantage conséquent : il a écrit la chanson. Un texte superbe, une suite d'accords limpide (The fourth, the fifth The minor fall, the major lift et c'est exactement ça, Sol, Fa, La mineur et Do). Une de ses plus belles compositions même si pas dans les toutes premières (elle ne rivalise pas avec Famous blue raincoat ou Suzanne ou Avalanche). Mais voilà. L'original de Cohen est pourri. Comme beaucoup de ses disques postérieurs à New skin for the old ceremony, ses chansons sont noyées par une production inadaptée et de seconde zone.
Gâchée par des synthés baveux (oh bon sang celui qui égrène les arpèges à partir du 2ème couplet...), la batterie clinquante et insupportable, les choeurs féminins dégoulinants, la guitare électrique hors phase typique des années 80 qu'on entend par instant (et par pitié descendez moi ce batteur !!!), la version de Cohen est indigeste.

John Cale fait dans la sobriété, le minimalisme et la chanson s'en trouve transcendée. Sa version est IMPECCABLE. La version de référence. Ou plutôt celle de Jeff Buckley mais elle est basée sur celle de Cale. La première version connue de Buckley est sur le live at Sin-é datant de 1993. Avait-il entendu la version de Cale, enregistrée pour le tribute I'm your fan en 1991? La guitare remplace le piano mais c'est globalement la même version. D'ailleurs Rufus Wainwright en fera une version miroir pour la bande originale de Shrek.

Simplicité, sobriété, sans pathos, tout en souplesse, en douceur, sans cassure, la version de Cale rend hommage au texte, qui disparait dans la version de Cohen ce qui est un comble. Bien sûr il y a la voix de Cohen, grave, profonde. Celle de Cale tient néanmoins la route même s'il n'atteint pas les hauteurs de Jeff Buckley. Sans hésitation aucune, Johnny Viola remporte la mise.

Résultat : John Cale VAINQUEUR AUX POINTS.
jeudi, août 07, 2008
388 Les duels de l'été #1 :

Marquis de Sade : Iwo Jima song (Album : Rue de Siam 1981) Vs. New Order : The him (Album : Movement 1981)

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La classe de Philippe Pascal et des jeunes gens modernes de Marquis de Sade. La fébrilité touchantes des New Order, perdus sans leur chanteur mort. Le graphisme impeccable de Peter Saville. La pochette moche de Rue de Siam mais Prévert et "Rappelle-toi Barbara, Il pleuvait sans cesse sur Brest, Et je t'ai croisée rue de Siam, Tu souriais." La basse de Peter Hook et le romantisme sombre des Rennais. Le saxo insistant des Marquis et la voix hésitante de Bernard Sumner. La cold wave des deux. Le son remarquable du vinyle de Rue de Siam. Le 50ème disque de Factory. La fin pour Marquis de Sade. Quelque chose d'émergent pour New Order.

Résultat : MATCH NUL
mardi, août 05, 2008
387 Mélancellocolie : Jean-Sébastien Bach : Suite n°1 pour violoncelle en Sol majeur : Prelude (Album : Paul Tortelier : Suites pour violoncelle 1983)

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La jeune fille blonde joue de son violoncelle. Une suite de Bach, la première. En Sol majeur. Une tonalité franche, droite, très rock. Ses longs cheveux blonds bougent en même temps que son bras, le droit, celui qui tient l'archet. La jeune fille blonde joue de son violoncelle, elle sourit, elle est belle. L'endroit est un peu incongru, sur cette place de petite ville de Bretagne. Pas un village non. Une ville. Mais petite.
La place est noire de monde, touristes et autochtones. C'est jour de foire, partout autour, des étals de vêtements ou de spécialités charcutières bretonnes, les gens les enfants les chiens.

La jeune fille joue comme étrangère à toute cette agitation, tout ce bruit empêchant d'entendre convenablement son violoncelle. Et ses cheveux blonds dans le vent des notes de Bach. C'est un instrument épidermique le violoncelle. A cause de l'archet qui frotte les cordes. Les notes du violoncelle, elles frottent la peau, comme pour nous faire partager la sensation de l'archet sur les cordes.

Un gros type devant moi en short et chaussettes/sandales a dit pffff c'est triste on y va à sa femme. Pourtant dans Bach, bien souvent, la tristesse se cache entre les notes, c'est pour ça qu'il y en a beaucoup, des notes, pour bien cacher la tristesse. C'est la raison pour laquelle Glenn Gould jouait Bach lentement. Pour laisser transparaitre la tristesse enfouie entre les notes.

La jolie jeune fille joue plutôt vite. Ce n'est ni Casals ni Tortelier mais peu importe. Elle joue bien, souple et coulée, sûrement de manière un peu trop légère mais on ne va pas demander à une jolie jeune fille de 20 ans de jouer en portant le poids de toute la misère de l'humanité. Elle joue, nimbée de sa beauté, de façon aussi légère que ses cheveux volent autour de ses épaules et avec PLAISIR.
Ca se voyait. C'était ça l'important. Avec PLAISIR.

Elle est heureuse de jouer Bach devant tous ces gens qui pourtant l'ignorent dans leur grande majorité. Elle est heureuse et certains passants trouvent la musique triste, mais avec un tel sourire ça ne peut être triste surtout quand ça ne l'est pas déjà, à l'origine. Les gens ne voient pas, n'entendent pas ou quoi. Ne prennent pas le temps surtout.

Ils passent quasiment tous indifférents. Ca se voit à leur démarche, sans ralentissement, sans marque d'intérêt. La fille s'en fiche elle ne les voit pas. Ses doigts dansent et glissent sur le manche pendant qu'elle sourit, dessinant des arabesques dans l'air et sur les cordes avec son archet. Elle s'en fiche et elle a raison, perdue dans sa danse immobile.

J'aurais pu la prendre en photo mais il aurait manqué quelque chose. Comme d'attraper de l'eau dans le creux de ses mains. On en fait quoi après? Il faudrait gommer les gens autour, ceux qui trouvent ça triste, juste garder la fille, ses doigts fins, son violoncelle et ses longs cheveux. Mais les notes. Sur les photos, c'est difficile de montrer les notes, ou alors parfois la nuit, dans la fumée. Mais là, en plein soleil...

Alors l'imaginer, sur son pliant, avec son beau violoncelle, au coin d'une rue, sur la place centrale de Sarzeau, 6 941 habitants, sûrement bien plus l'été, le jour de la foire, avec ses cheveux blonds dans le vent, son sourire, et les notes s'envolant au hasard, rebondissant sur le granit gris dans son dos, ne demandant qu'à être attrapées...
dimanche, août 03, 2008
386 Singer : The Dodos : Fools (Album : Visiter 2008)

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Mon arrière-grand-mère maternelle avait la même machine à coudre que la grand-mère la soeur du grand-père de François Bon et probablement bien d'autres grands-mères. Nous les gosses on adorait appuyer sur la pédale de la machine puisqu'elle fonctionnait ainsi. Une grande pédale en fonte noire, très large, qu'on actionnait en appuyant dessus des deux pieds et qui entraînait la grande roue sur le coté droit, entraînant elle même le mécanisme de la machine avec une courroie. Elle nous traitait de beurdins, ça nous faisait rire. Alors on remettait un pied sur la pédale juste pour faire râler l'arrière grand-mère. Elle ne servait plus la machine mais au cas où, on ne pouvait pas jouer avec.

Toujours habillée en noir, probablement depuis son veuvage, les cheveux blancs immuablement fixés en chignon sur sa tête avec des épingles noires qu'elle semait partout. Je ne l'ai jamais vue autrement qu'en noir. Parfois, elle sortait des bonbons de dessous son tablier noir et nous les donnait. Généralement ils étaient mauvais mais on ne disait rien. On allait les cracher dans la poubelle discrètement. Avant de revenir tenter d'appuyer sur la merveilleuse pédale de sa machine à coudre.

Elle est morte en août, forcément en août, il y a un peu plus de trente ans, les dates s'évaporent. La machine à coudre est restée chez ma grand-mère chez qui elle vivait et puis je ne sais pas. Où elle est passée. La machine à coudre. Peut être qu'une de ses filles l'a récupérée à sa mort, elles sont cinq, il y avait le choix. Ce n'est pas ma mère qui l'a en tout cas. A moins que ça ne soit un de ses cinq fils qui ait voulu l'avoir chez lui mais je ne suis pas certain. Où qu'elle soit j'espère seulement qu'il y a toujours des enfants pour s'amuser à appuyer sur la grosse pédale noire.


(Le duo des Dodos (guitare/batterie), c'est un peu les Animal Collective en moins barrés et sans le délire psychédélique. Superbe disque d'été)
samedi, août 02, 2008
385 Opium : Morphine : The night (Album : The night 2000)

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Ces soirs derniers, avec la chaleur, revenir à la musique moite et fraiche en même temps de Morphine. Avec le sax en frisson épidermique et Mark Sandman, marchand de sable doré parti trop tôt, au même âge que Baudelaire puisque...
Hier soir, sur la place Ste Marthe, sous les feuillages, par instant je croyais entendre le ronronnement de sa basse à deux cordes balayer les pavés, ou bien était-ce le souffle de sa voix chaude dans les branches.
Je ressors les disques écoutés il y a une dizaine d'années, comme si la musique voyageait en vagues sinusoïdales la faisant apparaître ou disparaître au fil du temps.