samedi, mai 31, 2008
363 Music : Why? : Light leaves (Album : Elephant Eyelash 2005)

    (363)

Les notes éthérées de Mogwaï s'enfuient par la fenêtre ouverte. J'ai déjeuné de fraises à la crème. Pas le courage d'écrire. Ou pas l'envie.

J'ai fait une Muxtape sans queue ni tête. Un vrai foutoir. C'est d'ailleurs ce que dit la première chanson.

Quoique le sens premier du mot foutoir désigne un lieu où l'on faisait l'amour. Un bordel. Pas vraiment un lieu sans queue ni tête finalement...

NOTA : Profitez des dernières semaines de Killing me softly (on brade)

jeudi, mai 29, 2008
362 Shitty time : Merzbow : Klo Ken Phantasie (Album : Venereology 1994)

    (362)

Semaine de merde. Stress constant au travail. Des tas de pénibles qui m'empêchent de penser pour ne pas dire pire. A la maison, la connexion chie dans la colle et, loin des 18 méga annoncés, me donne un débit digne d'un vieux modem 56k asthmatique ("un technicien doit vérifier la ligne sous 48h", nous verrons bien demain soir ce qu'il en est...). Je me croirais revenu dix ans en arrière lorsque j'ai commencé à me connecter sur le net. Dix ans déjà...

Je serais le maître du monde j'éradiquerais bien volontiers là tout de suite au moins 80% de la population de la planète histoire de respirer un peu mieux.

Ce matin, une personne entrée dans mon bureau avant que je n'ai eu le temps d'arrêter la musique, a trouvé le moyen de me dire que c'était joli (certes c'était le cas)(le nouveau Spiritualized) mais ce n'était pas le jour pour.

J'ai mis Merzbow immédiatement derrière, qui a l'avantage de réfléter exactement mon humeur du moment. Au moins on ne risque pas de me dire que c'est joli.
Je ne sais si on peut qualifier de musique la production de Merzbow (plus de 375 disques ou supports divers tout de même). Expérience sonique extrême serait certainement plus juste. Venereology ferait passer
Metal Machine Music pour une berceuse pour enfant et ressemble à la bande son de l'apocalypse ultime. En plus bruyant.

En poussant un peu le volume, l'esprit et le corps sortent comme nettoyés après une telle écoute. C'est justement ce dont j'avais besoin.

(Expérience déconseillée aux femmes enceintes, aux enfants de moins de 12 ans, aux cardiaques...)(N'écoutez fort qu'en toute connaissance de cause)
(Il eut fallu mettre Ananga-Ranga, meilleur titre de cet album, pour bien s'imprégner du flux sonore impressionnant, mais ses 29 minutes en font un trop gros fichier. Celui-ci est "légèrement" plus calme (enfin tout est relatif))
mardi, mai 27, 2008
361 Traces sonores : Carla Bozulich : Pissing (Album : Evangelista 2006)

    (361)

7h10 : La chaîne sur la table de chevet se met en marche. Je suis réveillé par Fire of the mind, première chanson sur The Ape of Napples, ce superbe album de Coil que j'écoutais hier soir avant d'éteindre. C'est parfois un peu étrange la sensation d'être réveillé par la même musique que celle avec laquelle on s'est endormi. Comme si la nuit avait été gommée.

7h56 : Ladies and gentlemen we are floating in space dans la voiture. J'ai eu envie de Spiritualized hier soir. J'arrive au bureau en écoutant Stay with me. Bien longtemps que je n'avais pas écouté ce disque. Il va bien avec la météo du jour.

8h25 : J'allume l'ordinateur. Drukqs. Pas envie de parole. Je commence ce compte rendu musical. Bruits de machines. Je lis les nouvelles.

9h42 : L'écoute de la musique au bureau est extrêment hachée entre les appels téléphoniques, les instants où je dois sortir du bureau ou lorsque des personnes y entrent. Sa présence est néanmoins insdispensable. Les passages lents sur Drukqs sont souvent magnifiques. Comme April 14th. Moment de calme après avoir couru dans les couloirs ce matin.

10h01 : Je mets très très rarement le lecteur en shuffle. J'ai une culture album. J'écoute un ensemble. Le shuffle n'est qu'une suite de chanson sans queue ni tête. Le choix d'un disque c'est la volonté d'installer une ambiance ou de la rechercher. Histoire de changer de paysage. Comme de changer la couleur des murs tristes du bureau. C'est pour cela que j'arrête l'Aphex Twin à la fin du premier disque. Je mets les Television Personalities, besoin de ce chant à limite, de cette fragilité étrange.

10h04 : Ah la chanson de mercredi. Je regarde par la fenêtre la rue humide de pluie fraîche. Ca sent l'Angleterre. Comme ce disque.

11h02 : Je reprends l'écoute du T.P après une intervention en C.E. C'est le disque du jour. La musique qui va avec le suintement des pneus sur l'asphalte mouillée derrière la vitre. (Diary of a young man, I know where Syd Barrett lives)

11h27 : Changement d'univers. Je sais que je vais me lasser rapidement des jeunes garçons d'A place to bury stranger mais en attendant j'aime bien leur disque. Le rythme s'accélère, il faudrait que j'avance. Du mal ce matin.

11h45 : Another step away à un petit coté Spiritualized en fait. Je n'avais pas remarqué avant.

12h18 : Je vais me chercher à manger. Reprise du Spiritualized où je l'avais laissé ce matin dans la voiture. Penser à écouter A&E (le nouvel album). La pluie redouble d'intensité. Constat amer de n'avoir aucun disque des Spacemen 3 à la maison...

12h36 : Je mange avec l'Evangelista de Carla Bozulich. J'écoute ce disque quasiment tous les jours au bureau depuis la semaine dernière. Obsession passagère. Sa plainte donne l'impression de racler les murs avec des ongles de métal. Ca doit être ce qui me plait dans ce disque.

13h16 : Tout le monde est parti déjeuner les couloirs sont calmes, j'en profite pour mettre un vieux Morphine. Encore un disque qui s'accorde parfaitement avec la pluie.

13h19 : The saddest song est toujours aussi chargée de souvenirs vécus ou non. C'est la voix de Sandman passant sous la peau qui fait cet effet là.

13h33 : I can tell you taste like the sky cause you look like rain... c'est vrai que c'est beau la pluie. Plus elle est forte et plus elle est belle.

13h56 : La fin du Morphine me surprend alors que mon regard se perdait sur le triangle d'herbe pelée situé sous ma fenêtre. Le problème au travail c'est que mon choix est limité par la (petite) taille du disque dur. Je ne sais pas trop quoi mettre.

14h02 : Spiderland sera parfait pour ne pas trop déranger ma torpeur tout en me maintenant éveillé.

14h18 : J'arrête le Slint pour mettre Where you been. Obsession dinausorienne du moment.

15h41 : Forcément en étant dérangé toutes les 5mn j'ai parfois des disques qui durent tout l'après-midi. Après quelques tergiversations je mets Windsor for the derby que je n'écoute finalement qu'au bureau. Peut être parce que cette musique va bien avec la lassitude de l'après-midi.

17h43 : Enfin un peu de calme. L'excellent Elephant Eyelash. Dehors les sirènes des ambulances hurlent à tout va dans le flot incessant des voitures. Ce temps humide irait bien avec une campagne herbeuse et sereine.

17h51 : Je me demande si cela sert à grand chose de mettre de la musique ici. Je crains que personne n'écoute. Personne en tout cas n'a encore remarqué que la chanson du jour n'était pas accessible... pourquoi j'ai laissé passer cet album de Why? lorsqu'il est sorti? Why? Justement.

18h37 : Light leaves, la dernière chanson de ce disque est vraiment superbe.

18h42 : Je finis la journée au bureau avec Imperial wax solvent de The Fall. Je serais incapable d'expliquer pourquoi j'écoute ce disque. The Fall c'est toujours bien quand on ne sait plus quoi écouter.

18h51 : I'm a fifty year old man braille Mark E. Smith... je pourrais chanter ça aussi bientôt... ça risque d'arriver vite... quand j'avais 20 ans je n'arrivais même pas à imaginer ce que je pourrais être à 40... à 20 ans on savait qu'on allait changer, on n'imaginait que du mieux... à l'approche de la cinquantaine on ne voudrait surtout plus changer... rester comme ça serait déjà bien...

18h59 : Il est l'heure de retrouver Spiritualized dans la voiture pour rentrer à la maison.

19h57 : J'upload Pissing et l'écoute en même temps. Combien de personne écouteront cette chanson.

20h39 : Je dîne ou plutôt grignote pendant que le beau Fading trails de Magnolia Electric Co. tourne sur la platine. Encore un disque humide puisque la journée s'y prête...

20h56 : Le clic-clic typique du bras au bout du sillon m'oblige à me lever pour mettre la 2ème face. Jason Molina a dans la voix une souffrance masquée.

21:11 : Le dernier Cloudland Canyon me fait penser à Neu !

21:32 : Y a t'il une raison à cette boulimie musicale? A ce refus du silence? Sonic Youth accuse Ted Hughes. Presque l'album idéal de là tout de suite maintenant. Comme dit Joseph, [...]à le fréquenter si assidument [Sonic Youth], on ne voit surgir ni ses rides, ni les nôtres. Mon visage dans la glace tendrait malheureusement à prouver le contraire...

22:28 : L'heure avance et pousse au calme. Il y a des soirs ou pour évacuer le stress (somme toute relatif mais néanmoins présent), je mets la tête dans un seau de bruit, d'autres ou la sérénité est de mise. Rest porte bien son titre. Même si je lui préfère son précédent. Gregor Samsa est de toute manière un nom de groupe parfait pour qui aime Kafka.

22h54 : Il y a des disques qu'on voudrait aimer mais malgré plusieurs écoutes cela ne passe pas. Le dernier Gregor Samsa en fait partie. Du coup je me finis au David Karsten Daniels.

23h22 : L'heure d'aller lire au lit et de terminer cette note inutile et sans intérêt. Témoignage d'une addiction auditive et musicale. Reste à choisir le disque pour accompagner ma lecture... et qui me réveillera demain matin...
dimanche, mai 25, 2008
360 So much older then : Ida : Boots Of Spanish Leather (Album : Tribute to Bob Dylan Vol3 1998)

    (360)

Les gens vieillissent, on oublie parfois. Les gens vieillissent, on fait pareil, on voudrait bien l'oublier. Dylan a eu 67 ans cette semaine. Il était déjà grand quand j'écoutais Highway 61, à 16 ans ou 17 ans, en regardant les cheminées de la centrale EDF, ces vigies dérisoires et aveugles, sur l'autre rive de la Seine. Grand dans tous les sens du terme. Mais peut être qu'à l'époque, ces vingt ans d'écart me paraissaient moins importants.

Hier j'ai pris la centrale en photo de la fenêtre de mon ancienne chambre. Ensuite je suis passé sur les quais de Seine, ils ont cassé l'ancien pavillon de mes grands-parents. C'est aussi à ce genre de choses que l'on voit le temps passer même si on ne veut pas le voir. Le paysage change. Ni meilleur ni pire parfois, il change c'est tout.
On ne voyait pas grand chose derrière les palissades blanches mais on voyait bien assez pour comprendre qu'il ne restait plus un mur debout. J'aurais peut être dû m'arrêter pour essayer de récupérer une brique du pavillon. Comme ça. Mais comme ils ont cassé le pavillon voisin et la petite usine située derrière, je n'aurais pas su faire le tri dans les gravats. Et puis tout semblait être entièrement déblayé ou presque.
On ne s'est pas arrêté. On a juste regardé le monde s'effondrer un peu plus tous les jours en passant au ralenti en voiture...
vendredi, mai 23, 2008
359 We're already dead : The Ruts : Babylon's burnin' (Album : The crack 1979)

    (359)

La sirène de la défense passive située sur la barre HLM en face s'est mise à brailler comme tous les mercredis midi. Sauf qu'il était 9h28 et non midi. Sauf qu'il était jeudi 22. Contrairement à l'habitude.
C'est étrange cette scorie guerrière, cet ancestral exercice d'alerte mensuel. Du moins j'ai toujours trouvé ça étrange. Forcément, si un jour tout ça se mettait à hurler sans que l'on soit le premier mercredi du mois... Et là c'était le cas il était jeudi 22 à 9h28, et pas mercredi midi.

Peut être que personne n'a noté qu'il était 9h28, non midi, et peut être sommes nous tous morts dans d'horribles souffrances liées au bombardement d'un gaz hautement toxique ou de 17 bombes atomiques de haute puissance ou que sais-je. C'est la fin du monde et on ne le sait pas... "It's one hundred years from today and everyone who is reading this is dead. I'm dead. You're dead." Comme le disait Elliott Murphy dans ses notes de pochette du Live 1969 du Velvet Underground.

On est tous mort. Des survivants un siècle plus tard, découvriront fortuitement mon corps fossilisé, figé dans un horrible dernier rictus devant cet écran où j'étais en train d'écrire que la sirène de la défense passive avait retentie à 9h28 et non à midi.
Comme à la fin de Notre Dame de Paris, "quand on voulut le détacher de l'écran qu'il embrassait, il tomba en poussière."

(je crois que je fatigue...)  (Music from the tomb)
mercredi, mai 21, 2008
358 In bed with Jay Mascis : Dinosaur Jr : Not the same (Album : Where you been 1993)

    (358)


Est-ce ainsi que les hommes vivent? Je ne cesserai jamais, je crois, de me poser la question. Lassitude intense de ce monde en déliquescence. Lassitude tout court.

Je m'enveloppe dans le brouillard des guitares de Dinosaur Jr depuis deux jours.

(J'ai fait une muxtape Costello pour compléter la Chevreuil's tape)(Et ça y est CA MARCHE !!!)


Nota : (les plus observateurs auront remarqué le n° de la chanson à coté du lecteur. Si vous cliquez dessus vous pouvez aussi écouter la chanson (ou l'enregistrer)(dans le bon format))
lundi, mai 19, 2008
357 Mai mais : Claude Nougaro : Paris Mai (Album : Paris Mai 45T octobre 1968)

    (357)

"Le casque des pavés ne bouge plus d'un cil
La Seine de nouveau ruisselle d'eau bénite
Le vent a dispersé les cendres de Bendit
Et chacun est rentré chez son automobile"


J'ai toujours trouvé que cette belle chanson de Nougaro était un instantanné parfait des images fantasmées de mai 68. Sur fond d'orgue Hammond joué par Eddy Louiss (Un B3)(c'est un détail mais en fait non).

J'avais sept ans en 68, les souvenirs sont très vagues, très flous. Je me souviens juste d'un après-midi où j'avais été très surpris de voir mon père descendre les escaliers en face de chez nous alors que ce n'était pas son heure habituelle. Je jouais devant le café de mes grands-parents sur le trottoir et je l'ai vu descendre les marches. Pour moi Mai 68 c'est ça, cette image. Aussi le fait qu'il ait raconté avoir reniflé des gaz lacrymo en sortant du métro et qu'il avait fait demi tour.

Je ne devais pas être à l'école ou bien était-ce un jeudi je n'en sais rien. Le grand-père, très respectueux de l'ordre établi, avait dû, avant même De Gaulle, balancer quelques chienlit derrière son comptoir en servant des ballons de rouge aux habitués dont je peux facilement deviner la moue approbatrice et avinée.

D'une manière générale je me souviens que la famille en bloc condamnait les actions des étudiants et des grévistes (tas de feignants à envoyer en mine de sel ou une amabilité de ce genre, c'était bien le style du grand-père). Mon père avait peut être une opinion différente sur le fond mais il ne l'exprimait pas, ou pas en ma présence, et surtout pas devant son père. Il en réprimait en tout cas certainement la forme, les pavés qui volaient, les barricades et tout le joyeux bordel. Mais ce n'est qu'une simple hypothèse de ma part.

Dix ans et quelques mois plus tard plus tard, j'entrais à mon tour à la fac. Je me suis souvent demandé ce que j'aurais fait, où je me serais trouvé, si les "évènements" de mai avaient eu lieu le printemps de mes dix huit ans. Si j'aurais eu le courage de participer à ce mouvement, ou si j'aurais juste apporté un soutien muet et passif, mais entier et total, aux manifestants en continuant à écouter des disques tranquillement dans ma chambre. La réponse est certainement dans le vent... ou sous un pavé...
samedi, mai 17, 2008
356 Kyoto song : Derek Bailey : Body and soul (Album : Ballads 2002)

    (356)

Un coup de gong éveillant des souvenirs anciens, presque morts. Sans savoir pourquoi, ou juste parce que dans Black out il disait être under Japanese influences, je mets Warszawa revu par Glass, en tourbillon centripete. Chemins détournés.
Les pensées accrochent au travers de la fenêtre, comme un idéogramme à l'encre noire sur un miroir. Des envies de Japon, présentes depuis longtemps déjà. Le soir je commence enfin cette histoire fondatrice couvée depuis longtemps. Mais les mots s'entechoquent, sortent difficilement, peu gracieux.

Pendant que les aubergines cuisent, je mets Derek Bailey dont la guitare aux notes brisées sonne parfois comme un shamisen.


(et puis la playlist)
jeudi, mai 15, 2008
355 Rain : Smog : All your women things (Album : The doctor came at dawn 1996)

    (355)

Matin poisseux après nuit de pluie. S'il y a eu de l'orage on ne l'a pas entendu.
Des notes humides, comme de grosses gouttes de pluie sur des feuilles, en équilibre, prêtes à s'écraser par terre. La saveur toujours particulière de la pluie après des journées chaudes. L'odeur de la poussière mouillée. Cette odeur qui fait frémir. Quand la pluie lave les rues.

Mais hier soir il n'y avait pas cette odeur. Juste l'humidité sur la peau. Une souplesse de l'horizon. La musique minimaliste des gouttes.
Juste avant la moiteur des corps après l'étreinte.
mercredi, mai 14, 2008
354 Balayage : Tindersticks : The Other Side Of The World (Album : The Hungry Saw 2008)



Il y a parfois des notes, des sons, avec une telle consistance que l'on pourrait les mâcher. La trompette hier soir avait cette saveur. Une trompette longue en bouche. Comme un excellent vin blanc. Et puis on dort dessus, vent frais de la fenêtre ouverte.

La voix de Stuart Staples rase les murs. La musique de Tindersticks est comme une ombre portée, épaisse. J'ai toujours pensé que leur musique s'écoutait assis dans un vieux fauteuil en cuir, posé près de la fenêtre, juste éclairé d'un lampadaire à l'abat jour au motif désuet et aux couleurs verte et rouge diluées par le temps, projetant une silhouette accablée sur le jaune pisseux du papier peint. Avec le cendrier débordant de mégots sur l'accoudoir du fauteuil. So cliché.

Sur ce disque, Stuart balaye dans l'ombre les cendres tombées à terre depuis trop longtemps. Comme si on sentait là aussi, le vent frais passant par la fenêtre ouverte. De la même manière qu'il fait toujours moins chaud sur les photos en noir et blanc.

Les jours comme ça ou malgré l'envie les mots ne viennent pas. J'aurais dû faire comme Stuart, passer un coup de balais. Au cas où.
lundi, mai 12, 2008
353 Pourquoi : Why? : A Sky For Shoeing Horses Under (Album : Alopecia 2008)



On s'habitue très vite à ces jours fériés et à ces petites semaines. Hier on en a profité pour aller visiter le château de Moulinsart avec les enfants.
Je m'habitue aussi de plus en plus à la campagne tourangelle, aux bords de Loire entre Blois et Chinon. Je crois aussi que c'est la ville que je supporte de moins en moins. Cette chape de plomb urbaine qui pèse trop fort sur mes épaules.
Je crois qu'il y a cette époque aussi, que j'ai du mal à comprendre. Je ne suis peut être qu'un homme du passé. Ou bien suis-je simplement effrayé par la tournure que prend le monde...
Après il est normal que je m'entoure de musique comme pour me protéger.

Cette chanson de Why? commence comme du Steve Reich et puis on change d'horizon, comme les images accélérées d'un ciel en mouvement où les nuages semblent fuir à toute vitesse. J'ai toujours été lent. Le monde va trop vite pour moi.
vendredi, mai 09, 2008
352 Room 201 : Chet Baker : Moon and sand (Album : Sings and play from the film Let's get lost 1988)



Dans les carnets de voyage de Kafka, hier soir : "Il est impardonnable de voyager - et même de vivre - sans prendre de notes. Sans cela, le sentiment mortel de l'écoulement uniforme des jours est impossible à supporter."
Peut être devrais-je m'astreindre à poser plus souvent quelques mots ici. Le temps ou son absence est toujours un mauvais prétexte au silence.

Repensé à Chet Baker aujourd'hui. Mardi cela fera vingt ans qu'il est passé par la fenêtre de la chambre 201 du Prins Hendrik hotel à Amsterdam.
La rumeur dit que lorsque l'on est venu ramasser son corps, celui-ci n'avait pas de plaies. Mais ses os étaient brisés, comme du cristal... (rien qu'une vieille note pour de vieilles notes)(5 ans déjà... 20 ans déjà...).

Je reverrai bien Let's get lost, vu un soir d'hiver sur le boulevard St Germain.
J'aime bien sa version de Moon and sand, ce morceau idéal pour les soirées d'été sous les étoiles. On s'y croirait presque ces jours-ci.

(Ah et de la musique encore et aussi une belle compil' du matin)
mercredi, mai 07, 2008
351 Books I read part two : Belle & Sebastian : Put The Book Back On The Shelf (AlbumE.P : 3.. 6.. 9 Seconds of Light 1997)



(On a lu quoi et à quel âge la suite donc...)


Eté 1977. J'ai seize ans, je passe mon bac de français en dilettante il faut bien l'avouer. Il faisait chaud cet été là (mais pas autant que l'année précédente). Rock & Folk avec les Humanoïdes associés lancent la collection Speed 17 qui seront les premiers à traduire Bukowski.
Eté 1977, Speed 17 sort S.T.P : A travers l'Amérique avec les Rolling Stones, et moi je découvre la masturbation (ok je n'étais pas très précoce...).

Celui là pour le trouver il faudra aller traîner à Paris mais je sais où le dénicher. Chez Gibert, place St Michel, je le trouve du premier coup. Plutôt que de réviser Diderot, Voltaire et Rousseau, le soir, en écoutant Exile on main street au casque, je dévorais ce bouquin décrivant (romançant diront certains) la tournée sulfureuse 1972 que Robert Frank filmera. (Malheureusement il n'aura l'autorisation de projeter Cocksucker blues qu'une fois par an mais c'est une autre histoire).

Ce bouquin c'était du rock'n roll liquide qui coulait dans mes veines, c'était toute la mythologie sexe, drogue et rock'n roll là dans mes mains sous mes yeux. Quand je lisais ces pages, je me retrouvais en prison avec Mick et Keith, libéré grâce à l'action du maire, j'allais donner un concert mythique en plein milieu de la nuit, dans Boston rongé par les flammes. Sans parler des groupies.
C'est pour cela aussi, qu'après avoir lu quelques chapitres, avec ce putain de disque en bande son, je me branlais la fenêtre ouverte en regardant les étoiles, pour évacuer toute cette tension, toute cette adrénaline.

17 ans. Je crois. Les dates sont floues pour les livres et parfois d'une précision diabolique pour les disques. Je suis en terminale. Au ciné-club du lycée je vais voir Le sel de la terre, Family Life de Ken Loach. Je suis dans une phase, très théorique, sociale et politique.
J'avais vu A l'est d'Eden à la télé avec un James Dean éclatant peu de temps avant, mais ce sont Les raisins de la colère que je lis. Ce livre qui sent la poussière de la vallée de Salinas et la sueur des Okies. Une douzaine d'années plus tard, en voyage en Californie, je ferai un détour pour passer dans cette vallée aux collines rondes.

Dans l'âme des gens les raisins de la colère se gonflent et mûrissent, annonçant des vendanges prochaines. J'ai toujours cette phrase en tête, depuis un peu plus de trente ans. Les raisins de la colère continuent de gonfler. On attend toujours les vendanges.


J'ai 28 ans. Je prends le train pour aller à la montagne quelques jours. C'est l'hiver. Je commence Le voyage au bout de la nuit en voyage. Je l'ai fini au retour, toujours dans le train. Sous un ciel gris, dans des vallées tristes et industrielles aux fumées sombres. Coup de massue. Mais trop tôt. Il m'a fallu le relire deux ou trois ans plus tard pour totalement le pénétrer.
Je l'avais acheté à la Fnuc quelques jours avant de partir. A l'époque j'achetais encore à la Fnuc. C'est bien fini depuis longtemps.
Sûrement le livre où j'ai mis le plus de petits trais de crayons de papier pour souligner des phrases. Pour ces mots acérés, pour cette froide lucidité sans espoir sur l'âme humaine. Ce livre est un rouleau compresseur. J'y retourne tout le temps. J'y retournerai encore.


1997. Je passe un midi à La griffe noire, la librairie à coté du bureau. Sur une des multiples piles vient juste d'être posé un livre avec des vinyles sur la couverture. Haute Fidélité de Nick Hornby. Ca suffit pour attirer mon regard.
Dans cette librairie ils mettent leur avis sur les livres. Sur des petits cartons et même dans la vitrine. Des avis plein de mauvaise foi souvent et c'est ça qui en fait leur charme (du très enthousiasme à la descente en flammes)(il y a même une poubelle en vitrine pour les mauvais livres)

Mais là pas un mot, les vinyles de la couverture et le texte de présentation me suffisent. Quelques jours plus tard, lors d'une émission télé un type chauve et anglais parle de son bouquin. Ok je le commence le soir même. Quelques pages et puis soudain : What came first? The music or the misery? Did I listen to music because I was miserable? Or was I miserable because I listened to music? Do all those records turn you into a melancholy person?
Ca parle de moi ou quoi? Plus j’avançais et plus je me disais que ce type écrivait plus ou moins ce qui se passait dans ma tête. Et puis les disques, les Top 5, les compils, les déceptions sentimentales, tout y était. Résultat presque tout ce que j'écris ici peut être qualifié de Nick Hornbysme.


2004. On commence à ne plus oser dire l'âge. Encore à la griffe noire. Sur celui là, sur la grande table à l'intérieur avec tous ses piles de livres, il y avait un petit carton jaune. Je crois qu'il était marqué dessus ENORME, notre préféré. Ou quelque chose comme ça. Et puis le titre, Le manuel des inquisiteurs. Je repars avec. Il est resté un an sur les étagères, attendant son heure.
Dès les trois premières pages j'ai compris. L'écriture d'Antonio Lobo Antunes allait m'écraser. Si j'écrivais, je voudrais écrire comme lui. Pareil. La narration, le verbe. Avec ces retours dans le passé incessants. Avec ces répétitions pour enfoncer le clou. Avec ce regard désabusé et cette incompréhension de l'absurdité du monde et des hommes en général. Et Lisbonne en prime. Un des rares auteurs, comme Céline, où je sens leurs mots s'enfoncer sous la peau, dans la chair, profondément.


(On aurait également pu trouver dans cette sélection Au-dessous du volcan de M.Lowry (énorme), Ulysses de Joyce (ENORME aussi) et Bob Morane (contre tout chacal)(ah ah). J'ai fait des choix...)
dimanche, mai 04, 2008
350 Books I read part one : The Go-Betweens : Karen (Album : 78 'Til 79: The Lost Album 1999)



(A l'invitation de François Good (hum... pardon), l'évocation de souvenirs importants de lecture et de livres essentiels. J'avais dit que ça ne tiendrai pas en deux lignes, effectivement, ça tiendra en deux parties. Voici la première.)

Le premier souvenir de lecture était une sorte de recueil de Bugs Bunny. Je n'arrive pas à me souvenir si c'était un dans un Mickey Parade mais je ne crois pas compte tenu des personnages. Ma mère me l'avait acheté chez le marchand de journaux juste en face de chez nous en haut des escaliers, de l'autre coté de l'avenue.. Je devais avoir 7 ans. Mes souvenirs sont trop flous pour les dater plus précisément mais j'étais dans mon ancienne chambre donc c'était avant 1969. Le matin après le petit déjeuner je me recouchais et je lisais ces histoires. Surtout la première dont je ne me souviens pas d'ailleurs. Je sais juste que la première était ma préférée. Je m'en souviens parce que presque systématiquement je mettais un des disques de mes parents en même temps. Toujours le même, un 45T de Jean Ferrat à la pochette rosâtre où il y avait La montagne. L'association de cette bande dessinée et de cette chanson suscitait en moi des émotions particulières, probablement un certain plaisir que je cherchais systématiquement à retrouver à chaque fois. Le premier vrai plaisir de la lecture associé à celui de la musique. Finalement ça remonte à loin...

Vers 8 ou 9 ans, je me suis fait opérer des amygdales dans une clinique pas très loin de chez nous à Maisons-Alfort à coté du cinéma Pompadour. Ma mère m'avait acheté Le lotus bleu de Tintin. Lorsque je suis rentré à la maison après quelques jours passés à la clinique, et compte tenu de ma difficulté à manger, ma mère me faisait souvent des bouillies au chocolat. J'ai fini par avoir tous les Tintin, mais durant des années, à chaque fois que je relisais Le lotus bleu je sentais l'odeur de la bouillie au chocolat. Peut être aussi parce que je crois me souvenir en avoir renversé sur la couverture.

Plus tard, sûrement vers 10 ans, un bibliothèque verte, peut être une histoire des Six compagnons ou du Clan des sept. Je suis incapable de me souvenir, je ne sais plus comment s'appelle ce livre, je ne l'ai jamais retrouvé chez ma mère. Il m'avait en tout cas fasciné. Il racontait l'histoire d'un village englouti par la construction d'un barrage ayant entraîné la création d'un lac, et dont la cloche de l'église sonnait parfois la nuit. Depuis ce livre, je ne peux voir un lac artificiel sans me demander si il y a en dessous un village englouti. (Nota : Il est possible que cela soit Michel en plongée).

On achetait les livres à la maison de la presse, rue Etienne Dolet, chez Mme Herpe. Son fils allait au collège avec moi, on a fait de la 5ème et la 3ème ensemble. C'était une toute petite boutique, avec à gauche les livres sur des présentoirs tournants pour les collections de poche. Les formats plus grands se trouvaient sur les étagères. A droite il y avait le présentoir de la presse avec tous les magazines. A quatre dans la boutique c'était la cohue. On y allait souvent pour y feuilleter tranquillement les illustrés. Tant qu'on ne les abîmait pas, Mme Herpe ne nous disait rien. Plus tard on en profiterait pour regarder les pages centrales de Lui et Absolu qui nous exciteraient énormément.
On avait tous un grand respect pour cette dame, je ne sais pas pourquoi. Il y a toujours eu des livres à la maison et mes parents disaient rarement non pour m'en acheter de nouveaux. J'ai ainsi lu pas mal de bibliothèque verte dans laquelle on trouvait des Jules Verne, des Agatha Christie et des Conan Doyle.

J'ai 14 ans je suis en troisième et je découvre depuis quelques mois la musique rock. On est en mars 75 je n'ai que deux Beatles, un Pink Floyd et dans quelques jours j'achèterai Physical Graffiti de Led Zeppelin (mais c'est une autre histoire) et j'achète mon premier n° de Best (Avril 75, Peter Gabriel en couverture) au marchand de journaux en face de chez moi, le même que celui du Bugs Bunny mais le propriétaire a changé ainsi que la vitrine.

En juin j'achète mon premier Rock & Folk (Juillet 75, n° 102 avec Jimi Hendrix dessiné par Druillet sur la couverture). Jusqu'en juin 80 j'achèterai chaque n° de ce magazine (je les ai encore) (tous). Je commandais également des anciens n°. Ce magazine a changé ma vie par la musique et les disques qu'il m'a fait découvrir, par les livres qu'il m'a fait lire, par la (contre) culture qu'il m'a fait connaître, par les films qu'il m'a fait regarder. Si plus tard (malheureusement seulement plus tard) j'ai lu Kerouac, Burroughs, Chandler, Ballard, Bukowski et j'en oublie, c'est grâce à Rock & Folk et à ses auteurs de l'époque (Garnier en tête). Ce n'était qu'un magazine mais il était essentiel quand on n'avait pas de grand frère ou de grande sœur pour nous montrer le chemin, pour nous expliquer. Mon grand frère ces années là, c'était Rock & Folk.

14 ans toujours, presque 15. Je dévore quasiment tous les Lovecraft (découvert au travers de Rock & Folk d'ailleurs) qu'on pouvait trouver en poche à l'époque. Son univers fantastique, sombre, terrifiant, torturé et pessimiste (les histoires finissent mal chez Lovecraft) conviennent parfaitement à mon adolescence solitaire.
Je profitais des courses avec mes parents (supermarchés, BHV, autres...) pour me faire payer mes livres. Je gardais mon précieux argent de poche pour m'acheter des disques et uniquement des disques. Les livres je pouvais encore me les faire payer par mes parents même si j'avais droit à des réflexions sur mes lectures. Lovecraft, je le voyais bien (en plus mon père en avait lu quelques uns), ne les satisfaisait pas.
Il y avait une écriture chez Lovecraft, une manière de tirer les phrases pour amener irrémédiablement du coté obscur, vers Cthulhu. J'en ai gardé une méfiance pour Bowie (pour ceux qui n'auraient jamais lu Lovecraft, Cthulhu et toutes ses incarnations ont les yeux vairons, c'est même leur signe distinctif). Bien entendu, je n'était attiré que par le coté fantastique. Je ne me suis jamais rendu compte de la xénophobie avouée (pour ne pas dire pire) de l'auteur. Parfois l'innocence fait bien les choses.

15 ans. La prof de français en avait parlé. Je ne sais plus pourquoi. Ce n'était pas un livre que l'on devait lire, il ne faisait pas partie du programme bien entendu. Mais elle en avait parlé. C'était une prof plutôt jeune, soixante-huitarde probablement, nous sommes fin 75 ou début 76. Alors parler des Libres enfants de Summerhill d'A.S Neill devait être une évidence pour elle.
J'ai pris une baffe en lisant ce livre. Je découvrais ainsi, au travers d'une école particulière qui prônait la liberté totale pour l'éducation des enfants, qu'il existait une pensée alternative à celle des parents, du gouvernement, de la télé, du système d'une manière générale. Du moins cela m'apparaissait comme tel.
C'est sans doute pour cela que j'ai dû lire ce livre deux ou trois fois la même année. Ou bien était-ce juste la révolte adolescente qui exultait au travers de ces pages. Peu importe, ce livre est essentiel pour moi. Même si je suis probablement loin d'en appliquer les méthodes éducatives maintenant.
J'ai prêté le livre à une fille il y a plus de vingt ans je ne l'ai jamais revu (la fille non plus d'ailleurs). Du coup je viens de le racheter d'occasion sur price minister, exactement l'édition que j'avais, avec la couverture rouge et blanche. Peut être juste afin de pouvoir le donner à lire à ma fille dans quelques années...

(à suivre...)


NOTA : Le choix de cette chanson des Go-Betweens n'est pas innocent, puisqu'elle raconte l'histoire de Karen, dont le chanteur tombe amoureux parce qu'elle travaille dans une bibliothèque et qu'elle l'aide à trouver les ouvrages de Joyce, de Genet, de Brecht...
jeudi, mai 01, 2008
349 Dream of life : Patti Smith : Beneath the southern cross (AlbumBootleg : with A Silver Mt Zion at Pop Montreal festival 2007)



Exposition Patti Smith à la Fondation Cartier cet après-midi. Je ne savais pas trop à l'avance à ce que j'allais trouver. Et cette exposition est extrêmement touchante. Par sa mise en scène, intimiste dans le sens chaleureux, et surtout par la qualité des polaroids de Patti, présentés dans des petites vitrines et qui semblent marquer le chemin d'une existence. On y retrouve également tous les fantômes/obsessions de Patti Smith. Rimbaud, Brian Jones, Dylan (Bob et Thomas), Fred "Sonic" Smith et Robert Mapplethorpe bien sûr, omniprésent, dont tout une pièce superbe en voiles noirs et projection de vagues en mouvement est dédiée à sa mémoire.

Il y a parfois une certaine naïveté dans ses clichés mais elle reste touchante et ceux-ci sont systématiquement émouvants, parfois juste par le jeux des ombres capturés sur le film à développement instantané ou par le flou de la mise au point décalée. Un peu comme si elle avait ouvert ses émotions intimes à tous, en toute simplicité.
Comme cette photo du lit de Virginia Woolf (autre de ses obsessions puisque dans une des vitrines on y trouve un galet provenant de la rivière où elle s'est suicidée en s'emplissant les poches de pierres...), qui m'a rappelé la pochette recueillie et douloureuse de Down Colorful hill des Red House Painters.

Ensuite on est allé boire un thé à la menthe à la mosquée de Paris. Une sorte de Perfect day...



P.S : Si quelqu'un sait où je pourrais récupérer le morceau de Patti Smith accompagnée d'Oliver Ray, enregistré spécialement pour l'expo de d'Andrea Branzi qui se déroule en même temps et diffusé en boucle, je lui en serai extrêmement reconnaissant. Comme un crétin je pensais me souvenir du nom du morceau mais je me souviens juste de Wool quelque chose et gougueule reste muet sur le sujet.