mardi, avril 29, 2008
348 Dream a little dream : The Dream Syndicate : When you smile (Album : The days of wine and roses 1982)



J'ai fait un rêve étrange dans la deuxième moitié de la nuit. Avec des anciens amis, on montait une sorte de complot visant à assassiner un certain Nikolaï Sarkozescu (le nom du protagoniste principal a été modifié)(je ne tiens pas à voir débarquer la moitié des services secrets et 3 529 CRS armés jusqu'aux dents dans mon appartement à 3h du mat')(c'est un REVE !!!). On l'attendait sur une petite place pavée du 13ème, me rappelant des endroits de la butte aux cailles, avec plusieurs bancs verts typiquement parisiens sur lesquels nous l'attendions.

Il était dans une maison blanche avec des fenêtres à croisillons, accompagné de deux pétasses huppées mais sans service de sécurité. Les souvenirs du rêve sont un peu flous, j'ai du mal à revoir vraiment les images de son assassinat mais je crois bien me souvenir qu'on l'étranglait avec sa cravate en tirant tous de chaque coté, un peu à la manière du Crime de l'Orient Express où chacun participe. On le voyait sortir d'une pièce avec sa démarche typique et on lui sautait dessus. On le tuait dans l'entrée de cette maison blanche sous les cris d'orfraies des deux filles, tailleur chic et chemiser en soie blanche, qui disparaissaient ensuite subitement.

Je ne me souviens pas bien de ce que l'on faisait du corps ensuite, si on le laissait là par terre où si on le jetait dans une bouche d'égout. La deuxième solution devait être mon idée. Toujours est-il que notre plan semblait parfait. Il nous paraissait évident dans le rêve que si l'on se débrouillait bien pour s'éparpiller dans la nature nous ne risquions rien.
Tout le monde avait l'air serein et tranquille malgré la petite pointe d'inquiétude dans le regard de chacun. La suite du rêve était une fuite deux par deux, l'air de rien, alors que l'on voyait bien les forces de l'ordre investir le quartier. On ressentait une certaine exaltation qui restait néanmoins contenue. On filait dans la ville comme cela, d'escaliers sombres en rues discrètes. Le dernier endroit dont je me souvienne était une boutique de pizza à emporter dans laquelle nous rentrions par la fenêtre, on se cachait ensuite derrière des cartons à pizzas ouverts.

J'ai ouvert les yeux à ce moment là. Quelques minutes avant que les filles d'Au revoir Simone ne nous réveillent. Je crois bien que je souriais.


NOTA : J'adore ce premier album des Dream Syndicate dont personne ne parle jamais. Juste le premier parce qu'ensuite c'est moins bien. Je place ce disque Velveto-Reedien (et quasi proto Sonic Youth et Jesus and Mary chains sur certains titres) à coté du Crazy Rythms des Feelies.
dimanche, avril 27, 2008
347 Back : Idaho : Hearts of palm (Album : Hearts of palm 2000)



Rentré hier.
Commencé le Journal de Kafka cette semaine. Obligatoirement lorsque que l'on tente de tenir un pseudo journal depuis 2002, la lecture interpelle. Je n'ai jamais réussi à faire de cette page un vrai journal. Peut être tant mieux peut être tant pis. Non pas que j'ai l'outrecuidance de vouloir me comparer à Kafka. La véritable question étant de savoir ce que l'on souhaite dire. Je ne suis pas certain d'avoir une réponse.
Mercredi, en découvrant Piriac, je me serais bien vu installé là-bas. Dans une maison Bretonne, granit, fenêtre sur la mer et les rochers. Il y avait déjà une petite boutique de livres d'occasion, même si je ne suis pas certain qu'elle soit ouverte toute l'année. En dehors des vacances scolaires je crains que ce genre d'activité soit assez peu florissant. C'est bien là le problème.
Ecouté presque tous les soirs April qui est certainement le plus beau disque de ce début d'année. Enchaîné presque systématiquement avec le Tokyo 96 de Keith Jarrett, comme s'il y avait une énigme insaisissable dans l'enchaînement de ces deux disques (et la réponse n'est pas la superbe version de I remember April sur ce dernier).
En fin de matinée, les nuages s'éffilochaient, laissant de légères fumeroles blanches dans le ciel bleu, me faisant systématiquement penser à des chansons d'Idaho, pour leur beauté traînante.
Rien écrit en une semaine, du moins pas sur l'ordinateur ni sur papier. Cela faisait longtemps que cela n'était pas arrivé...
vendredi, avril 18, 2008
346 Remaster : Neil Young : Ambulance blues (Album : On the beach 1974)



Back in the old folky days...
Départ demain matin histoire de voir la mer... et la plage...
En relisant ce texte lundi dernier, je me suis rendu compte que je l'aimais bien. Ce n'est pas si souvent. Alors comme l'activité sur cette page a des chances d'être proche de zéro durant une semaine, je remets ce long texte.

Pour les mêmes raisons, je laisse deux semaines de playlist, ça fait un peu de musique à écouter.



Sur la plage donc...

C'est peut être juste le ciel uniformément gris de ce matin. Un pas de plus vers l'automne, l'hiver. Et ce disque, même s'il s'appelle On the beach est un disque d'automne et n'a rien d'estival. J'ai dû l'acheter vers 17 ans. Comme d'habitude je ne me souviens plus exactement quand. Ca reste probablement mon album préféré de Neil Young. Pour toutes les après-midi d'automne, passées, solitaire, avec lui, le regard perdu derrière la fenêtre, vers les cheminées de la centrale EDF de l'autre coté de la seine, plantées comme deux bougies sur un gros gâteau rectangulaire bleu et blanc avec

Mais qu'est-ce que tu fais toute la journée enfermé dans ta chambre?
avec les longs rubans de fumée qui s'en échappaient et par dessus tout l'envie d'être ailleurs sans savoir où. C'était les week-ends les plus longs. Ces samedis ou dimanches, à la maison, sans sortir de la chambre parce que pour quoi faire si ce n'est croiser des parents qui ne comprenaient rien à tout ça alors les disques suffisaient et la solitude est parfois si envahissante

Mais qu'est-ce que tu fais toute la journée enfermé dans ta chambre?.
si envahissante qu'il n'y a pas de place pour autre chose ou pour quelqu'un. Des samedi ou des dimanches à rêver à des amours improbables.

La pochette est une de mes préférées, une des plus belles pochettes du rock. On y voit Neil, pieds nus, sur une plage, de dos, avec un ciel un peu chargé, face à une mer sale, regardant vers l'horizon, avec l'aile de cette Cadillac dépassant du sable comme dernier vestige d'un monde en décomposition. Un parasol jaune, une table, deux chaises avec un tissu à fleur et un journal jeté sur le sable par le vent sur lequel on peut lire "Senator Buckley Calls for Nixon to Resign" (mais il ne faudra pas beaucoup d'années avant que Neil ne chante Even Richard Nixon has got soul dans Campaigner… alors que dans Ohio… mais c'est une autre histoire...).
Cette photo est empreinte d'une solitude terrible et c'est peut être pour cela que j'ai écouté ce disque, en regardant par la fenêtre, parodiant la pochette dans l'espoir d'un mimétisme dérisoire, mais aussi parce que dans une chronique...

Mais qu'est-ce que tu fais toute la journée enfermé dans ta chambre?
Et encore, rester à la maison était toujours mieux qu'un de ces foutus repas familiaux du dimanche midi chez la grand-mère. "I see a crowd of people but I can't face them day to day" et cette phrase tournait et tournait dans ma tête. Tu ne reprends pas de la viande? Pourquoi tu ne prends pas de fromage, de gâteau, de légumes de ce que voulez mais
tu aimais bien ça quand tu étais petit pourtant je ne comprends pas que tu n'en veuilles pas

l'envie terrible de fuir d'arrêter tout cela, je voulais qu'on me laisse tranquille moi, avec cette musique dans la tête et j'aurais pu lui expliquer quoi à la grand-mère. Lui chanter I ended up alone at the microphone et je comprenais parfaitement ce qu'il voulait dire dans la chanson éponyme, comme une douleur lancinante qui ouvrait la 2ème face. Toute la 2ème face est d'ailleurs plombée par une tristesse et une solitude terrifiante, celle que Neil Young ressentait après tous ces morts qui lui pesaient sur la conscience.
Ou le And there ain't nothin' like a friend, Who can tell you you're just pissin' in the wind d'Ambulance blues et ces années là, des amis, je ne crois pas que j'en ai réellement eu. Isolé dans un monde dont je fermais moi-même les portes hermétiquement, ne soupçonnant pas que quelqu'un d'autre pouvait comprendre mes tourments solitaires et ce désert sentimental chronique. Désert et non des échecs car un échec c'est un non. Le vide c'est autre chose.

Mais qu'est-ce que tu fais toute la journée enfermé dans ta chambre?
dans une chronique de Rock & Folk on pouvait lire que ce disque était idéal à écouter les jours gris, see the sky about to rain, en regardant par la fenêtre. C'était exactement ça. Le disque idéal. Et Neil Young l'avait enregistré à la suite de Tonight the night, son album le plus sombre, tellement sombre que finalement On the beach sortira en premier, histoire de ralentir la descente aux enfers.
Mais quand même tu aimais ça avant répétait la grand-mère sans comprendre que cette époque était révolue, l'enfance... Oui adulte maintenant du moins je voulais ça, adulte, alors les attentions de la grand-mère non c'était fini. Adulte adulte et c'est avec ces maigres arguments que je réussissais à convaincre mes parents de me laisser seul à la maison

Mais qu'est-ce que tu fais toute la journée enfermé dans ta chambre?
seul à la maison lorsqu'ils partaient en week-end mais ce n'était pas pour faire la fête pour voir du monde non juste écouter les disques plus fort qu'à l'habitude et je finissais souvent encore, avec ce disque, en fin de journée, et cette pochette posée en évidence parce que la musique c'est aussi avec les yeux. Cet album m'obsédait tellement que j'avais fini par acheter le songbook pour avoir les paroles, et celui-ci était une merveille de graphisme psychédélique.

Il pensait à quoi Neil, en regardant cette mer terne. A se demander s'il n'avait pas envie d'aller s'enfoncer dans les vagues et ne plus voir cette Amérique dont finalement on trouvait ici trois symboles et pas obligatoirement les plus reluisants (la cadillac, la démission de Nixon avec le Watergate, une bouteille de bière Coors et il faut voir la tête des pubs pour cette bière…). Je me demandais s'il refusait le monde ou si c'était celui-ci qui se refusait à lui et probablement que je m'interrogeais de la même manière. D'ailleurs on le voyait bien sur la pochette, Neil Young était à coté de ses pompes.

Mais qu'est-ce que tu fais toute la journée enfermé dans ta chambre?
Je cultivais silencieusement, derrière ma fenêtre, les terres stériles du jardin des frustrations adolescentes, ce fameux Teenage wasteland du Baba O'Riley des Who.
C'est pour ça que le Revolution blues de la première face était salvateur...

Mais quand même tu aimais ça avant
Avant quoi? J'imagine qu'ils devaient se poser la question. Avant que je n'essaye difficilement de devenir moi? J'aimais quoi? Je ne sais même plus. Je savais que dorénavant j'aimais ça. Cette musique. Plus que tout autre chose. L'adolescence est souvent synonyme de révolte, la mienne était purement
I got the revolution blues, I see bloody fountains
purement cérébrale mais il n'empêche que je braillais les paroles de cette chanson en jouant de l'air-guitar dans ma chambre

Mais qu'est-ce que tu fais toute la journée enfermé dans ta chambre?
ma chambre face aux posters qui couvraient les murs. Revolution blues. Exprimant par procuration au travers de cette chanson, que je mimais avec toute la rage que je pouvais y mettre, mes frustrations adolescentes. Peut être juste parce qu'il y avait le mot révolution. Mais les paroles, les paroles
Remember your guard dog? Well, I'm afraid that he's gone.
It was such a drag to hear him whining all night long.

les paroles aussi et la voix de Neil Young était tellement dangereuse lorsqu'il chantait ces deux vers que j'avais l'impression de devenir dangereux moi-même en les chantant ce qui était probablement assez pathétique...

Je ne savais pas à l'époque que cette chanson parlait de Charles Manson, une sorte d'halluciné messianique qui, en dehors du fait que son patronyme accolé au prénom d'une blonde célèbre médicamentée aura permis au guignolesque Brian Warner de donner un nom à son groupe plus de vingt ans plus tard, aura fait perpétrer durant l'été 1969 par les membres de sa "famille", des carnages sanglants, dont celui commis au 10050 Cielo drive resté dans les mémoires, où cinq personnes dont Sharon Tate
Well, I hear that Laurel Canyon is full of famous stars
Sharon Tate, femme du cinéaste Roman Polanski, seront massacrées.


Manson était assez proche du milieu rock Californien des années 60. Il était ami avec Dennis Wilson (des Beach Boys), et avait croisé Neil Young quelques fois. Le plus surprenant dans cette histoire, c'est que Charles Manson a commandité ces meurtres à ses disciples parce qu'il aurait soit-disant entendu des messages lui étant spécifiquement destinés dans le White album des Beatles.

Et pas seulement dans Helter Skelter, ayant acquis une funèbre célébrité suite à ces meurtres, puisqu'on retrouva inscrits sur les murs avec le sang des victimes, les mots HELTER SKELTER. Même si la chanson parle d'un toboggan circulaire, Manson a cru que les Beatles lui annonçait un conflit racial à venir.
On retrouva aussi les mots RISE et DEATH TO PIGS sur les murs de la maison des La Bianca, également massacrés la nuit suivante par la troupe de Manson.

But I hate them worse than lepers and I'll kill them in their cars

Charly, qui avait certainement un peu trop forcé sur certaines substances à moins que le soleil Californien ne lui ait grillé le cerveau, avait entendu dans la chanson Piggies des Beatles un message (What they need's a damn good whacking) lui indiquant que la révolution pouvait commencer. Les La Bianca avaient même été tués avec des couteaux et des fourchettes parce qu'il en est fait mention dans la chanson ( Clutching forks and knives). Mrs La Bianca fut frappée plus de quarante fois dont vingt fois après sa mort. Terrifiant.

But I'm still not happy, I feel like there's something wrong

Manson considérait les Beatles comme les quatre cavaliers de l'apocalypse du nouveau testament, venus lui ordonner, au travers de leurs chansons, de préparer l'holocauste en s'enfuyant dans le désert. Dans Revolution #9, il entendra, et c'est probablement la seule personne à avoir entendu dans ce collage bruitiste OnoLennonien autre chose qu'un bordel sans nom, Lennon chanter Rise (au lieu de right), et que de ce fait il intimait la communauté noire à se dresser contre les classes moyennes blanches. Le number nine lancinant et glacial répété inlassablement faisait référence pour Charly au chapitre 9 du Livre des Révélations qui décrit l'apocalypse à venir.

Mais qu'est-ce que tu fais toute la journée enfermé dans ta chambre?
J'imagine maintenant la tête qu'aurait fait ma mère si elle avait su ce que racontait cette chanson et toute l'histoire qu'il y avait derrière, et Neil Young, se mettant dans la peau de Manson, la rendait encore plus forte, dans un concentré de paranoïa urbaine
I keep 'em hoppin', till my ammunition's gone
paranoïa urbaine dont tous les mots étaient lourdement chargés.

Ce massacre, au même titre que le meurtre de Meredith Hunter par des Hells Angels lors du festival d'Altamont pendant le concert des Rolling Stones (que l'on peut voir dans le film Gimme Shelter), marquera en un sens la fin du flower power, comme si en cette année 1969, on officialisait d'une manière ou d'une autre, l'accession à un degré de violence supplémentaire en déchirant les brouillards vaporeux et utopistes des hippies d'un grand coup de poignard acéré. C'est peut être également ce que symbolisait cette cadillac jaune enfoncée dans le sable sur la pochette, comme si elle s'était écrasée, tombant du ciel. Le rêve américain se crashant dans un fracas de tôles froissées...
So you be good to me and I'll be good to you

C'est peut être parce que Manson aura trouvé la justification de ses actes dans des chansons des Beatles, que le milieu du rock en général lui paiera un tribu important (Hey Satan, pay my dues chantera AC/DC dix ans après…)
Que ce soit Trent Reznor qui ira jusqu'à louer la maison du 10050 Cielo drive pour y enregistrer The downward spiral, les ridicules Gun's and roses, qui sur The spaghetti incident?, reprendront une chanson de Charles Manson (la chanson cachée (ah ah) du disque), Sonic Youth dans Death valley 69, les Ramones sur Glad to see you go, ou le Charlie Manson blues sur le premier album des Flaming Lips et j'en oublie certainement des tonnes. La longue suite figurant sur la 2ème face d'Obsolète de Dashiell Hedayat ne se nommant sûrement pas par hasard Cielo drive… Manson lui-même sortit un album en 1970 pour financer sa défense...

Mais qu'est-ce que tu fais toute la journée enfermé dans ta chambre?
Je chantais Revolution blues. Et en même temps je faisais ma propre révolution bien sagement. Ignorant tout de cette putain d'histoire hallucinante. Baigné dans ce blues de l'adolescence. Le regard se perdant par la fenêtre. La fenêtre d'où je voyais les deux grandes cheminées
Yes, that was me with the doves, setting them free near the factory
de la centrale EDF de l'autre coté de la Seine...


Note informative à l'attention des curieux : Les informations sur l'interprétations des chansons des Beatles proviennent du livre de Steve Turner : L'intégrale Beatles : le secret de toutes leurs chansons
mercredi, avril 16, 2008
345 Electrical banana : Donovan : Sand and foam (Album : Mellow Yellow 1967)




On en parlait hier soir, Donovan est injustement mésestimé. Pourtant ce type a écrit jusqu'à la fin des années soixante des chansons magnifiques.
Un jour, un jour ou deux, j'aurai du temps pour parler de Donovan et de ses chansons campagnardes.
En attendant une chanson ici et une autre .
C'est déjà ça.
Ou pas.
En attendant les vacances à la fin de la semaine.

mardi, avril 15, 2008
344 Smoke factory : Talking Heads : Electricity (Drugs) (Album : The name of this band is Talking Heads 1982)



Les villes gomment les souvenirs plus vite que la mémoire. De la fenêtre de ma chambre, durant des années, j'ai regardé les deux énormes cheminées de la centrale EDF sur l'autre berge de la seine à Vitry. Elles étaient juste en face. Même de mon premier appartement je les voyais mais de la fenêtre de la cuisine cette fois ci. Elles n'étaient pas peintes à l'époque, juste du béton nu et brut. Des cheminées sévères.

Lorsque j'étais à l'école primaire, la centrale lâchait parfois la pression dans un fracas terrifiant et de longs jets de vapeur ou de fumées s'échappaient des deux tubes de béton. Au début on était terrifié et puis on s'habitue au milieu industriel et à ses contraintes. Dans les années soixante, l'environnement n'était qu'un mot dans le dictionnaire. Les explosions ont ensuite cessé début des années 70.
Adolescent, le regard traînant derrière la fenêtre, je les regardais sans les voir durant des heures en écoutant des disques (Neil's Yard part 2 et Neil's Yard part 3).

Il y a quelques années ils ont détruit les cheminées plus petites à la limite de Choisy, celles qui ressemblaient à la fusée de Tintin dans On a marché sur la lune.
J'apprends aujourd'hui en cherchant sur google que la centrale fermera à priori en 2015. Je suppose qu'ensuite les cheminées seront démolies. On ne la regrettera pas non plus, j'en ai certainement des traces dans les poumons ou dans les veines.
Je me rends compte que je n'ai pas de photos de ces cheminées alors que je les ai eues sous les yeux durant plus de vingt ans. Cela fait plusieurs fois que je me dis d'aller prendre des photos de ma banlieue, avant que tout ne soit cassé...

(Photo : Flick'r)
samedi, avril 12, 2008
343 Soul to be sold : The Pastels : Yoga (Album : Mobile Safari 1995)




Samedi. Je me suis coupé les cheveux puisqu'il a fallu se lever tôt.
Depuis deux soirs je suis replongé dans Antònio Lobo Antunes (Le traité des passions de l'âme), et son écriture me fascine toujours autant. Elle écrase aussi un peu. Fait effleurer du doigt ce que l'on n'atteindra jamais. S'il y a bien un auteur dont je voudrais avoir le style, la force de l'écriture c'est lui. Satan je signe un pacte avec toi quand veux. Mon âme décatie contre cette écriture puissante.
Aux dernières nouvelles Satan serait devenu sourd. Le monde fait sûrement trop de bruit maintenant pour que Dieux et Diables entendent quoi que ce soit de nos plaintes.
Mobile Safari s'est révélé le disque idéal de cette fin d'après-midi. On ne saura jamais pourquoi.


NOTA : Moi aussi j'ai ma muxtape (hem... enfin presque).
mercredi, avril 09, 2008
342 (h)ELP : Sun Kil Moon : Lucky Man (Album : April 2008)



Je ne sais pas dire. Ce que me fait la voix, la musique de Mark Kozelek. Ca se passe à l'intérieur. C'est personnel, voilé par une sorte de pudeur.
Dans cette chanson, il parle de sa jeunesse dans l'Ohio. Il raconte qu'il écoutait Lucky man. Une chanson d'Emerson Lake & Palmer, groupe abominable de rock progressif des années 70. C'est forcément une coïncidence, mais ça fait un parallèle avec mon histoire sur U2. Les souvenirs sont des acides lents qui viennent grignoter l'intérieur des années plus tard.

Lucky man... j'aimais bien cette chanson de Greg Lake lorsque j'avais 14 ans. Quand j'étais en 3ème il y avait un type dans ma classe qui l'avait en 45T, je ne sais pas pourquoi je me souviens de ça.
J'écoute ce disque tous les soirs depuis le début de la semaine. Il a des vertus appaisantes. Le plus beau disque de Kozelek depuis Ocean Beach des Red House Painters. Et ça fait du bien.
dimanche, avril 06, 2008
341 La compagnie électrique : U2 : The Electric Co. (Album : Boy 1980)



Je sais bien que U2 c'est mal. Pas bien. Pas terrible. Mal. Mais à l'époque, ce n'est pas ce que je pensais...

Cet été là, en 1983, le premier et le troisième album de U2, Boy et War, on n'arrêtait pas de les écouter. Chacun sur une face d'une K7 C90. On écoutait ça sur cette soundmachine plutôt plastique que le Georgio avait amené avec lui. On mettait le loudness et j'ai souvenir que malgré les enceintes de piètre qualité, la basse sonnait d'enfer. The Electric co.

C'est de la pure nostalgie parce que je repense aux vacances de cet été là, il y a vingt cinq ans, sur l'île aux moines, à la tente dans le champ de Felix, à Kergonan, aux deux filles que l'on avait prises en stop en allant à Carnac. On y allait pour voir les menhirs. On avait récupéré les filles à Port Blanc. On s'était tous tassé dans la voiture. Par chance il y en a un de nous qui était resté sur l'île, espérant avoir une ouverture avec la fille du café tabac du bourg, ça faisait un peu plus de place.
On n'a jamais vu les menhirs, on avait trouvé plus judicieux d'aller boire des bières avec les filles dans un troquet loin de la plage (et loin des menhirs). On les avait finalement ramenées sur l'île avec nous ensuite pour un jour ou deux, avec leurs sandales hippies et leurs sacs à dos.

Le premier album avec le gosse, et puis War avec le même gosse un peu plus de deux ans plus tard, on les avait écouté tout l'été. Le petit gosse sur la photo c'est le frère de Gucci, un des chanteurs des Virgin Prunes, groupe dans lequel on trouve également le frère de The Edge. Si tu savais comme à cette époque là j'en avais aucune idée de tout ça, des Virgin Prunes et du frère de The Edge.
On écoutait aussi un Simple Minds, je sais c'est mal aussi. Dans mon esprit j'entends la basse de l'intro de Waterfront, celle qui fait ton tonton tonton tonton, mais l'album n'est sorti que l'année suivante alors ça devait être New Gold Dreams, celui avec Someone, somewhere in summertime.

Autour de cette musique il y a surtout les souvenirs et les visages qui s'y attachent. The Electric Co.
Au milieu il y a celui d'Eric. Ce n'était pas vraiment son disque celui là, plutôt celui de Georgio. Eric préfèrera Under a blood red sky dans quelques mois. On pouvait être sûr que si en allant dans une soirée on nous demandait d'amener des disques il prenait Under a blood red sky. Il avait fini par corner toute la pochette à force de le trimballer partout. On braillait dessus en soirée avec New year's day, je t'en parle même pas.

On était là tous les quatre dans ce champ où on avait eu l'autorisation de planter notre grande tente. On était venu passer une semaine de vacances sur cette île mais là c'était la fin et il fallait rentrer.
Les filles étaient allongées sur les matelas pneumatique. Il y avait un ciel de traîne typique de la Bretagne. Une chaleur un peu humide. On démontait dans un joyeux bordel cette foutue tente et la sound machine braillait ce disque de toute la puissance de ses piles et les quatre garçons faisaient les choeurs, les wo wo wo The Electric Co. On faisait les cons pour faire marrer les filles, on dansait autour du poste.

C'est là que je revois le sourire d'Eric. Je ne sais pas pourquoi mais c'est là que je le revois. D'autres moments aussi bien sûr. Mais là surtout. Quand j'entends ce disque et cette chanson, j'entends nos rires. J'entends nos rires...
Et encore toujours, l'image de ce gros poste gris au milieu du champ, avec la basse lourde et Georgio qui mimait le jeu du bassiste, les autres braillant les paroles en sautant en l'air. Des conneries de jeunes.
J'avais 22 ans, Eric 23, les autres plutôt 20. Si on avait su la suite on aurait chanté dansé et rit encore plus. On était certainement heureux, mais on n'en savait rien.

Pour ça qu'il me fait un pincement aux tripes à chaque fois ce disque. Juste les souvenirs de ces quatre copains. Surtout parce qu'Eric est mort en 1999. C'est quand tes copains commencent à mourir à l'approche de la quarantaine que tu comprends que la vie à partir de ce moment là ne sera plus qu'une grande descente.
J'ai raté sa mort. C'est idiot de dire ça mais j'ai raté sa mort. C'est le sentiment qui me reste. J'étais dans trop de tourments divers et variés lié à ma séparation et à une nouvelle relation compliquée et éloignée. J'ai raté sa mort parce que j'avais trop de choses en tête. Pas disponible pour le souvenir, pour la pensée. Tout ce qu'il aurait mérité à ce moment là. The Electric Co.

Et puis un jour à la radio, peut être un an plus tard, j'ai entendu par hasard une chanson de ce premier album, je ne sais plus laquelle, peu importe. L'étagère du haut où j'avais stocké tout ça par manque de disponibilité s'est écroulée. Comme si toute l'eau du ciel me tombait dessus subitement, sans pouvoir respirer. Je n'aurais jamais cru qu'une chanson de U2 ça pourrait me mettre les larmes aux yeux. Mais dans la voiture ce jour là, et je crois que c'était un samedi, plaf, j'ai tout pris.
L'autre jour en rangeant le bureau, j'ai retrouvé deux photos que sa femme m'avait envoyées après sa mort. Elles datent de ces vacances là. Des vacances avec U2. Pourquoi a t'elle envoyé des photos datant justement de ce jour là? Ca reste un mystère pour moi. Pourquoi juste ces photos alors qu'elle en avait certainement plein d'autres où nous étions ensemble. Je me pose encore la question.

Sur les tirages de mauvaise qualité on nous voit sur un parking à Auray en fin de journée, avec les filles de l'auto-stop qui repartaient je ne sais où continuer leurs vacances. Il y a ma voiture de l'époque, coffre ouvert. Nous on rentrait sur Paris. C'était le soir du démontage de la tente, il faisait encore beau et je peux facilement imaginer la chaleur montant du bitume du parking. On avait bu une bière avec les filles avant de repartir. Cette nuit là sur l'autoroute il avait failli mourir déjà. On se suivait en voiture et un type avait fait un tête à queue à contre sens sur la file de gauche juste devant Eric. On s'était évité de justesse.

Je suis passé sur l'île l'année dernière pendant les vacances. J'ai eu un mal fou à retrouver le champ tellement tout a changé. On y avait construit des maisons comme partout sur l'île. Il y avait encore le vieux calvaire rouillé, à la croisée des chemins où l'on bifurquait pour retrouver l'endroit où l'on campait, mais c'était bien tout. Sur le port il y a toujours le café Chez Charlemagne où on allait boire des coups. L'ambiance un peu particulière de cet endroit, les rires, tout ça était parti dans le vent et les nuages depuis bien longtemps. The Electric Co.

Je n'écoute plus U2 depuis des années. Ou juste pour repenser à mes amis, à ces années. Comme un plaisir honteux et solitaire. Il y a des jours où je m'autorise un peu de nostalgie quand je farfouille mes piles de disques et que je tombe sur Boy.
Je me mets une face, rarement deux, comme une madeleine de Proust et je me déteste d'avoir ce pincements dans le ventre. Mais à chaque fois, j'e n'y peux rien, je revois ce champ et ces quatre couillons en train de brailler et le sourire d'Eric dans le soleil. Je n'ai pas cinq disques dans toute ma discothèque qui me fasse cet effet là.

Voilà c'est con, rien que de l'écrire ça me file envie de chialer. Putain chialer sur du U2 merde. On ne pleure jamais que sur soi finalement; sur l'insouciance perdue; sur la jeunesse et les rires envolés; sur des instants qu'on ne vivra plus, parce que c'est fini.
Parfois, je crois que je lui en veux pour ça, pour me faire chialer sur du U2. Et d'être parti trop tôt. Surtout d'être parti trop tôt. The Electric Co.
vendredi, avril 04, 2008
340 Pornography : The Cure : Cold (AlbumBootleg : A l'Olympia 07/06/82 1982)



Ils ont enfin enlevé les échafaudages devant mes fenêtres j'ai l'impression d'avoir changé d'appartement. Cela faisait quatre mois que je ne voyais plus la lumière et là hier soir en rentrant je me suis demandé ce qui se passait. On y voyait clair, il y avait même le jaune du soleil couchant. J'avais oublié comment était la lumière.

J'ai commencé la journée au bureau en mettant ce pirate des Cure à l'Olympia en 1982. Je ferais le malin je dirais que j'y étais mais tu penses bien que non, il me faudrait encore un peu de temps avant d'entendre les Cure, j'ai loupé la meilleure période. J'ai loupé toutes les meilleures périodes. J'ai toujours été en retard.
Il y a des chansons des Cure de cette époque qui sont comme une pellicule de sueur froide sur la peau lorsque l'on est malade, ou comme les effets d'une mauvaise drogue.
J'ai l'impression parfois d'avoir traversé ces années là comme un no man's land. Il ne m'en reste rien. A partir de 83 oui. Mais les années 81/82 restent un espace blanc et vide. Pas des zones d'ombre. Juste du vide.

J'ai des périodes de jour blanc en ce moment. A la montagne, l'hiver, on dit qu'il fait jour blanc lorsque les conditions météo sont telles que l'on ne distingue plus le relief. Le blanc des nuages se fond avec le blanc de la neige. On ne voit plus rien, ni la pente ni les bosses et les trous.
J'ai mis un autre pirate des Cure. C'était la journée sûrement. Ou juste que parfois j'aime me sentir entourer de choses connues, comme des objets familiers, juste rassurants par leur présence habituelle. Comme ces vieilles chansons de Robert Smith.
Je végétais comme ça en m'endormant à moitié devant mon écran, après avoir avalé mon panini et ma part de tarte aux abricots.

I must fight this sickness, find a cure...
mercredi, avril 02, 2008
339 : Syd Barrett : Opel (Album : Opel 1988)



Tentative d'identification n° 1 : être Syd Barrett et vivre dans la cave de la maison de sa mère. Regarder les émissions débiles à la télé. Peindre et déchirer les toiles que personne ne verra. Aller faire ses courses en maillot de corps style débardeur et des boites de soupes et du céleri dans mon grand cabas.
Question : Syd avait-il son permis de conduite? Syd avait-il une Opel?
Tentative d'identification n°1 suite : Etre Syd Barrett et ne plus voir le monde.Autour. Est-ce que le temps s'arrête dans ces cas là? La folie est-elle la seule solution de détachement extrême?
Syd cherchait-il une location pour ses vacances? Allait-il à Brighton ou restait-il dans sa cave? Il doit y avoir une odeur particulière quand on lâche la rampe.
Jouer sur une guitare débranchée et oublier de chanter.
Des petits insectes sur les murs.
Remarque : Mais Syd est mort. Réponse : Et alors. Considérer ça comme un avantage.
Je dirai des mots sans sens et sans suite devant une boîte de soupe à la tomate.
Vide.
Comme une antilope autour du parasol.
Etre Syyyy ** *** yyy d Barrett. Jardinage.
Pendant 10 ans.
Après on verra.
Un nuage de lait. Surtout le dimanche.
Oh non, ou juste un éléphant effervescent.
Barré comme Barrett.
Syd.
Comme un Elvis mort.
Dans la campagne anglaise.