samedi, décembre 29, 2007
299 Floating in space : Brian Eno : By this river (Album : Before and after the science 1977)



Les Brigittines à Bruxelles présentent actuellement les Cocons de lumière de Dimitri Parimèros (qui avait fait une présentation similaire dans le cadre de la nuit blanche 2007 (bourgeons lumineux)(pas vu)).
Plongé dans l'espace vide de l'ancienne chapelle des Brigittines et le noir total, subjugué par la beauté, on regarde ces cocons lumineux s'animer lentement au gré des variations d'intensité lumineuse, allant parfois jusqu'à l'extinction, avec ces coeurs bleus battant parfois sur un drôle de rythme et ces fibres optiques comme des doigts d'extra-terrestres.
Dans le silence à peine troublé par des craquements orchestrés (*) et l'élévation du lieu, on ressent un calme et une sérénité amniotiques. L'impression d'être débarrassé de la pesanteur, et flottant dans l'espace, d'assister à la naissance d'une galaxie d'étoiles. Un moment étonnamment magique.
On ne peut résister à poser les doigts sur la résine des cocons en espérant presque sentir une chaleur ou un battement caractéristique.
Il faudrait avoir une pièce avec cette installation à disposition, pour s'y émerger, sentir tout le stress quitter le corps, et y écouter des musiques lentes et pénétrantes, comme cette superbe chanson de Brian Eno (de 1977).

(*) : Du moins jusqu'à ce qu'une connasse entre en braillant OH COMME C'EST BEAU t'as vu chéri c'est fait en quoi C'EST DINGUE NON T'AS VU avant d'aller cogner violemment sur les cocons comme sur des tambours... même si mon chut courroucé l'aura fait taire, cette pétasse aura tué la magie du moment où nous étions seuls, toi et moi, dans ce lieu au spectacle étonnant.
(on peut aussi cliquer sur la photo)

Nota : Et une belle playlist sur Killing me Softly (ah la chanson de dimanche...)
dimanche, décembre 23, 2007
298 Going going gone : Television : Elevation (Album : Marquee moon 1977)



Cela faisait longtemps que je voulais faire ça. Pour une fois j'avais le temps, alors samedi après-midi, j'ai fait ma propre compilation de Bob Dylan (tout ceci est très égocentré : Ma compil de Mes chansons préférées). Naïvement je m'étais fixé deux cd's. Ma sélection en remplissant quatre il a fallu faire des choix. Plus ou moins terribles (limiter les Basement tapes au seul I'm not there...) . Pour finir par ne remplir que trois cd's à ras bord avec 51 chansons (pour les curieux : CD 1, CD 2, CD 3).
Impossible de faire moins. 50 chansons c'est un bon chiffre et un bon objectif à atteindre pour de futurs compilateurs. La 51ème, Father of night, et ses 1m29s, permet de compléter habilement un des disques. Sans surprise, seules quatre chansons datent d'après 1977... malgré quelques regrets comme Cold Iron Bounds laissé de coté, que reprend magnifiquement Tom Verlaine (de Television)(et puis Tom Verlaine pour illustrer un type qui vénère Rimbaud...) sur la B.O de I'm not there.

C'était un week-end Dylanien. Ou bien c'était seulement histoire de finir l'année comme on l'avait commencée, mais on est allé voir I'm not there de Todd Haynes sur les grands boulevards cet après-midi. Le film est certainement trop un jeu de piste pour initiés (je ne peut que renvoyer à la belle analyse de François Bon), mais il y a cette scène où j'ai senti tous les poils de mon corps se dresser dans un grand frisson, lorsque le petit noir qui joue Dylan jeune, découvre dans le journal que Woody Guthrie est hospitalisé et saute du train dans cette campagne jaune et verte pour le retrouver à l'hôpital où il lui joue silencieusement de la guitare en pleurant, pendant que l'on entend en fond sonore, le vrai Dylan chantant Blind Willie McTell (qui fait partie des quatre chansons d'après 77...).
Comme celle également, où Charlotte Gainsbourg/Sara va chercher les enfants au parc pendant que Dylan chante A simple twist of fate... Et puis aussi, une Cate Blanchett étonnante en Dylan circa 65/66, avec un mimétisme remarquable allant jusqu'aux ongles longs et jaunis de nicotine et les mimiques du Dylan de Don't look back.

(But I'm not there, I'm gone... pour quelques jours... le temps d'une semaine de musique...)
jeudi, décembre 20, 2007
297 Hiver blanc : Richard Hell & The Voidoids : Blank generation (Album : Blank Generation 1977)



Les arbres étaient blancs ce matin avec le givre de la nuit. Même le port à Bonneuil était gelé pour la première fois, signe d'un froid plus intense. Demain c'est l'hiver. Ces paysages givrés ont une sérénité toute particulière. Une fois qu'on passe le pont sur la marne tout ça disparaît.

Demain c'est l'hiver. C'était plutôt une journée à écouter Time out of mind mais ces choses là ne s'expliquent pas. Je le mettrai ce soir. Ou demain matin dans la voiture. Les arbres seront peut être encore blancs.

Demain c'est l'hiver. Le froid semble laver la ville. Il y a des choses comme ça, des choses qui ne durent pas. Il est 16h26 le soleil se couche déjà. Au travers des lamelles du store du bureau, ses rayons peignent des rayures jaune orange sur le mur en face de moi.

Demain c'est l'hiver. Il fera sûrement trop froid pour les tee-shirts déchirés. La blank generation a plus ou moins bien vieilli. J'avais déjà rempli trop de blancs quand je l'ai acheté ce disque. Sur la pochette il ne faut pas oublier qu'il est écrit thanks to Lizzy Mercier (Descloux).
Demain c'est l'hiver. Encore une fois.


NOTA : et puis la playlist aussi.
mardi, décembre 18, 2007
296 Golden year : David Bowie : Blackout (Album : Heroes 1977)



J'ai mis un des disques des Montreal Tapes de Charlie Haden que m'a donné Philippe ce midi, et la contrebasse ronronne dans le bureau comme un vieux poêle tranquille. Il y avait ça chez mes parents, un poêle à charbon en fonte noire, situé dans un angle de la salle à manger, qu'on ne faisait fonctionner que la journée. Jusqu'en 1969, l'année où mes parents ont fait les travaux d'agrandissement de l'appartement, et viré les poêles à charbon pour des convecteurs électriques plus modernes.

Il y en avait dans les chambres également mais on les allumait moins. Un gros tube sortait de l'arrière du poêle et se "branchait" dans la cheminée au moyen d'une plaque métallique adaptée. Mes parents remontaient le charbon de la cave dans un grand seau en acier galvanisé avec une sorte de bec verseur. Il permettait de verser le charbon en ouvrant une trappe sur le devant du poêle avec un tisonnier. Je me souviens que j'aimais à ce moment là regarder à l'intérieur pour voir les morceaux d'anthracite devenus rouge sous l'effet de la combustion. Il fallait surtout faire attention à ne pas toucher le poêle brûlant, combien de fois m'a t'on répété de surtout pas mettre la main dessus…

Il semble difficile d'imaginer qu'il y a 40 ans à Paris et en proche banlieue, c'était un type de chauffage très répandu dans les immeubles anciens ne bénéficiant pas du chauffage central qu'on trouvait principalement dans le logement social... Lorsque le poêle fonctionnait à plein régime, on entendait la chaleur ronronner. La basse de Charlie Haden sur le disque avec Geri Allen au piano m'a rappelé ce ronronnement. Etrange parfois, ces évocations sonores.

J'ai décidé de finir l'année sur des chansons de 1977. J'aurais dû éteindre les lumières pour illustrer celle-ci, mais finalement avec ses paroles obscures elle colle à la suie du charbon.
Je ressens systématiquement quelque chose de physique à l'écoute de cette chanson, une sorte de frisson intérieur lorsque Bowie chante le passage Get me on my feet, get some direction, ooh-ooh toutes guitares hurlantes. Il est assez ahurissant de penser que Bowie a sorti ce disque la même année que Low. D'ailleurs je ne l'ai acheté que plus tard, cela faisait trop pour mes maigres finances de l'époque.
Je me disais hier soir en cherchant le sommeil, que mes chansons préférées sont celles qui laissent des traces physiques. Des petites morsures que l'on essaye systématiquement de retrouver ensuite, à chaque écoute.
dimanche, décembre 16, 2007
295 Time's up : Wire : Lowdown (Album : Pink Flag 1977)



Dimanche soir. Encore une semaine avant quelques vacances attendues. Je me demande si au fil des ans, ces mois de novembre et décembre ne deviennent pas de plus en plus pesants. Comme si ces mois là, une certaine lassitude ne pouvait faire autrement que de remonter à la surface. Ou bien cette période, qui me voit vieillir toujours un peu plus, me fait prendre de plus en plus conscience du temps perdu.

Encore un disque essentiel de 1977 (même si je l'ai acheté bien plus tard (du temps perdu encore)). The time is too short, but never too long chante Colin Newman.
Comme l'écrit James Joyce dans Ulysses, "On ne peut rien ravoir du passé. Comme de tenir de l'eau dans sa main. Voudriez-vous? Revenir en arrière? Recommencer tout. Voudriez-vous?"
vendredi, décembre 14, 2007
294 Wonderful life : Suicide : Frankie Teardrop (Album : Suicide 1977)



Je ne sais pas pourquoi mais j'ai envie de rester un peu musicalement en 1977.
Cet album est terrifiant. La première fois que je l'ai écouté c'était au casque, sur une K7. Il était tard et j'étais allongé sur mon lit. Je crois bien que je m'étais légèrement assoupi sous la lancinance de l'orgue de Martin Rev. J'avais poussé un peu le son parce que ce disque n'est pas enregistré très fort. C'est sur ce morceau que j'ai failli avoir une crise cardiaque, en entendant les cris d'effroi d'Alan Vega.
La légende dit (et comme il est dit dans The man who shot Liberty Valence, When the legend becomes fact, print the legend) qu'Alan Vega s'est évanoui après l'enregistrement de la chanson en raison de ses cris trop violents. Un sacré disque punk (et post punk avant l'heure) sans une seule guitare. Essentiellement essentiel.

Cette chanson est terrifiante, sur fond de boîte à rythmes pourrie et d'orgue asthmatique déglingué, pleine de cadavres (même pas exquis), une histoire moderne de stress, de pression, de type au bout du rouleau qui perd son job et massacre sa femme et son fils de six mois par désespoir. Bienvenue dans le monde moderne et ça dure depuis combien de temps déjà?


NOTA : La playlist de la semaine est sur Killing Me Softly et il y a de belles choses (en même temps comme c'est moi qui choisit les chansons je ne vais pas dire qu'elles sont nulles)(faut être logique)
mercredi, décembre 12, 2007
293 Tête pensée : Talking Heads : No Compassion (Album : Talking Heads : 77 1977)



"C'est, semble t'il, parce qu'un visage offre toute la force de sa signification lorsqu'il est de face, et que tout doit partir de ce centre pour aller nourrir, fortifier ce qui est derrière, caché. Je suis navré de le dire si mal, mais j'ai l'impression - comme lorsqu'on tire en arrière du front et des tempes les cheveux - que le peintre tire en arrière (derrière la toile) la signification du visage.

Les bustes de Diego
peuvent être vus de partout : trois quarts, profils, dos..., ils doivent être vus de face. La signification du visage - sa ressemblance profonde - au lieu de s'accumuler sur la face s'enfuit, s'enfonce à l'infini, en un endroit jamais atteint, derrière le buste.
(Il va de soi que je tente surtout de préciser une émotion, de la décrire, non d'expliquer les techniques de l'artiste.)"


Jean Genet : L'atelier d'Alberto Giacometti

Comment, plus que Jean Genet, pourrais-je trouver les mots pour décrire l'impression extraordinaire à la vision de ce buste de Diego (cliquez pour le voir de profil), ou plutôt du platre du buste dans l'atelier d'Alberto Giacometti dimanche dernier. Le platre en lui même est peut être encore plus révélateur que le bronge du travail manuel de Giacometti. On y voit, je crois, plus clairement les mouvements de ses pouces, de ses doigts pour modeler la matière.

Mais ce qui frappe le plus, c'est le volume époustouflant de ce visage malgré son extrême finesse. Ce buste exerce une fascination incroyable pour le regard, telle une illusion d'optique dont on cherche en vain la clé, l'explication, et, comme l'explique Genet, donne au visage une profondeur incroyable (auquel le piètre scan des illustrations du livre de Genet ne rend pas hommage).

Peut être est-ce aussi parce que la profondeur et la finesse sont deux traits de personalité que j'apprécie fortement, que ce buste m'a tant émerveillé. Peu importe. Il est tout simplement remarquable.
lundi, décembre 10, 2007
292 Peinture écaillée : La chanson de lundi sur Killing Me Softly



Il y a avait hier à l'exposition de l'atelier d'Alberto Giacometti, deux photos, probablement banales parmi toutes les autres.
Sur ces deux photos on voit Giacometti et sa femme, ils sont dans la rue, devant son atelier dont il peint visiblement l'entrée puisqu'il a une toile sur un chevalet devant lui, et l'on aperçoit en arrière plan, un morceau de ce qui semble être un volet de son atelier. Mais le bois usé et la peinture écaillée m'ont rappelé les volets de bois du café de mes grands-parents.
J'ai repensé à ces photos récupérées à noël dernier chez ma mère et dont je n'ai toujours pas fait le tri. Je pensais à ces petits détails de la mémoire, le souvenir de la texture de ces copeaux de peinture écaillée que je grattais de l'ongle, l'angle de la rue, la mousse verte poussant entre les pavés disjoints du trottoir, la barre de fer que posait mon grand-père pour clore les volets. Et la couleur rouille, ocre de cette peinture mate et usée qui laissait une poussière blanche sur mes doigts. Cette couleur tellement visible sur cette photo noir et blanc qui montrait d'autres volets que ceux que je voyais.
samedi, décembre 08, 2007
291 Just : Kraftwerk : Spule 4 (Album : 2 1971)



Juste parce que KarlHeinz Stockhausen est mort hier.
Juste parce qu'il restera une influence majeure de la musique contemporaine toutes tendances confondues (de Miles Davis en passant par les Beatles (revolution #9) Terry Riley, La Monte Young, Philip Glass, Steve Reich et bien sûr Can puisque certains de ses musiciens avaient étudié avec Stockhausen, mais aussi Kraftwerk et tout le Krautrock Allemand ainsi que toute la musique électronique de manière générale)(excusez du peu).
Juste aussi parce que j'ai envie de lire une page 48 mais laquelle.
Juste parce que j'ai reçu le coffret d'In Rainbows ce matin et que c'est un bel objet même si le 2ème disque est uniquement en cd, pas en vinyle (ça craint quand même)(celui que je préfère en plus).
Juste pour ce morceau de Kraftwerk, très Stockhausenien (sic).

NOTA : Et la playlist complète de la semaine sur Killing me Softly.
jeudi, décembre 06, 2007
290 Cogito ergo sum : Radiohead : Last Flowers to the Hospital (Album : In Rainbows bonus CD 2007)



A quoi je pense?
Nous sommes probablement déjà tous morts. Pour vivre ça. Cette vie. On nous laisse l'illusion mais nous sommes probablement tous déjà morts. Pourtant Mark E. Smith éructait dans l'autoradio en laissant planer le doute. Mais rangés comme ça dans des voitures-cercueils en file indienne dans des directions improbables, nous sommes tous déjà morts c'est sûr.

A quoi je pense?
Ce temps gris, pluvieux, on croirait Manchester et ses belligerent ghouls. Manchester où je n'ai jamais mis les pieds. J'entends le chuintement des pneus des voitures sur la chaussée mouillée. C'est dans quel film où il pleut tout le temps comme ça. A un tel point que les murs de certains immeubles deviennent friables. J'ai ce souvenir. Blade Runner sûrement. K.Dick. Do androids dream of electric sheep?. A croire que toutes les frayeurs du monde moderne se sont échappées des pages de ses livres.

A quoi je pense?
J'écris ces lignes sans sens en écoutant le deuxième disque d'In Rainbows. Impression de dilué moins forte que pour le premier disque. Deux perles dans les gouttes de pluie. Deux chansons intemporelles et humides. Un piano en avant.

A quoi je pense?
Je revois les feux d'artifice crachés par les postes à soudure ce matin en passant à coté de ce hangar métallique en construction, et les ouvriers sur leurs petites plates-formes élévatrices, les plaques d'acier qu'ils assemblaient dans des gerbes d'étincelles silencieuses.

A quoi je pense?
Go slowly et les dernières roses pour l'hôpital me font penser à la lumière douce et dansante de la flamme d'une bougie. Je serais à la maison, j'en allumerai dans les petits photophores posés sur le vieux piano désaccordé et sur les étagères au-dessus des disques. Et la vie se diluerait dans l'écho en chambres closes.

A quoi je pense?
Un jour on s'évadera sûrement. Sûrement.


NOTA : Et toujours la playlist de la semaine sur Killing Me Softly (avec une merveille pour la journée de vendredi).
mardi, décembre 04, 2007
289 Liste : Can : Don't Turn The Light On, Leave Me Alone (Album : Soundtracks 1970)



Le dégoût de la banlieue, de la circulation, du gris, du poisseux.
Un filet d'air froid qui remonte le long du dos en descendant l'escalier pour retourner à mon bureau.
Des vieux disques d'une autre époque. La fin de quelque chose ou, avec le recul, le début de la fin. C'est toujours la fin d'une époque pour quelqu'un.
Une bouteille d'eau. Une baguette de pain. Des objets quotidiens.
Une envie de vin blanc. Et de fromages. Les deux ensemble.
Des feuilles mortes dans le caniveau.
Des chiffres encore toujours.
Des traces de peinture. Une fille aux jambes nues marche sur le trottoir.
Des sirènes, ambulance, police, pompiers. Le reflet du soleil dans une vitre de l'immeuble en face.
La farine du pain sur le cuir marron de la manche droite de mon blouson.
Le bruit de pas sur le gravier. Crounch crounch.
Un disque post punk. Un garçon la tête baissée les épaules rentrées qui passe une fois deux fois dix fois combien de fois dans le couloir.
Un porte clé en plastique vert avec une étiquette blanche et des lettres tracées au stylo noir (illisible).
Fatigue
lassitude
ras le bol
envie de rentrer la maison
envie de campagne humide et de musique

Le Monde. Les nouvelles sont mauvaises d'où qu'elles viennent. Une envie de chocolat.
Une jolie (très) chanteuse Danoise qui s'appelle Henriette comme ma grand-mère paternelle.
Une sonnerie de téléphone ignorée. Un disque (vraiment) superbe. Le souvenir d'un ponton en bois s'avançant vers la mer et d'un restaurant fait avec des planches de bois sur la plage, servant des soupes et des salades.
L'indifférence.
Des scooters au pot d'échappement trafiqué.
Le jour qui baisse, baisse. La lampe de bureau à la lumière jaune. Des voix étouffées provenant de quelques bureaux plus loin. Des enfants qui passent le trottoir.
La nuit maintenant. Les gens partent.
Le faisceau des phares des voitures entrant par la fenêtre lorsqu'elles tournent au carrefour.
Le silence dans les couloirs. La musique dans le bureau plus forte. Des bruits de papiers froissés, manipulés, imprimés, jetés, classés.
Par moment des bruits de talons claquant sur le sol du hall. Le silence à droite. Le bruit de la circulation sur le boulevard à gauche. Bruits de fond.
Et puis quoi.
Partir.
dimanche, décembre 02, 2007
288 Different music : Steve Reich : Europe - During the War (Album : Different trains 1988)



J'ai pensé à cette oeuvre de Steve Reich d'un seul coup cet après-midi. Le motif répétitif et insistant des cordes m'est revenu, un peu comme se forme une image sur le papier photo sous l'action du révélateur.
J'ai pensé à ce disque en regardant un tableau carré, noir et blanc. J'y avais vu presque immédiatement un paysage, avec ses arbres verticaux. Un de ces paysages que l'on regarde parfois le regard perdu derrière la vitre d'un train. Un de ces paysages en mouvement donnant l'impression que c'est le monde qui bouge et non le train, parce que nos pensées, elles, malgré leur fulgurance, ont la pesanteur de l'immobilisme. Avec l'impression vague mais persistante d'avoir laissé échapper quelque chose.
Spontanément en regardant le tableau, j'avais entendu un piano éthéré à la Esbjörn Svensson. J'aime les tableaux où j'entends des musiques. Ils me parlent encore plus.

Et puis Phédia a raconté les trains auxquels a pensé une personne en regardant le tableau. Ce tableau carré, noir et blanc. Et la musique a changé.
C'est là que j'ai commencé à entendre celle de Steve Reich. Comme si quelqu'un montait lentement le son. Different trains comme une évidence.
Elle était devenue si forte la musique que je l'entendais toujours dans la voiture en rentrant. Je repensais à ces notes de juin dernier (08 juin et 9 juin) de Philippe De Jonckheere (à qui j'ai promis des disques depuis plusieurs semaines...) suite à sa visite d'Auschwitz et de Birkenau. J'étais resté sans voix à l'époque, devant ces deux textes et ces photos (surtout, cliquez sur les liens pour voir les photos).
Peut être qu'à l'époque, en filigrane, j'avais déjà entendu cette musique, comme un bruit de fond entêtant.