Ainsi donc il n'a pas écouté la deuxième face. Je me suis toujours posé la question. Savoir s'il s'était pendu pendant ou après la première ou la deuxième face de The Idiot. Dans Control, il est clair que c'est la première face qu'il écoute. On le voit nettement poser le disque sur la platine. Le dessin du sillon découpant les différentes plages du disque ne laisse aucun doute. Sur la deuxième face il n'y a que trois chansons. Ici c'est la première. Et il ne le retourne pas. Il laisse le bras de la platine posé sur le disque. La dernière chanson écoutée par Ian Curtis a donc été China girl et j'ai trouvé ça terriblement triste. Mass production, qui clôt la seconde face, aurait eu une autre dimension. Mais c'est un détail...
Control.
Je me souviens, Londres, octobre ou novembre 1986, un hôtel vers King Cross, un hôtel de week-end Londonien finalement moins pire que d'autres. Une chambre sans fenêtre avec trois lits pour les trois garçons, dessus de lit marron/vert, papier peint dans les mêmes tons représentant des scènes de chasse au renard, un mobilier de bois sombre, une odeur de rance mêlée à celle du tabac froid. Et puis le samedi en fin d'après-midi, avant de repartir se mêler à l'atmosphère des pubs, on rentre et on s'assoit quelques instants pour se reposer. Il y en a un qui déballe ses achats et il y a une K7 blanche avec une image funéraire dessus. Joy Division a répondu François à ma question, Closer, on m'a dit que c'était bien. Je n'écoutais que du vide à cette époque, ne lisait plus la presse rock depuis six ans, j'avais complètement décroché. Pour bien comprendre, j'avais dû acheter un Fleetwood Mac en CD ce jour là, puisque ce format commençait seulement à se développer. Il n'y a pas besoin d'en dire plus...
Il a mis sa K7 dans son walkman et a commencé à écouter. Nous, avec l'autre garçon, on discutait de je ne sais plus quoi mais il y devait y avoir un rapport avec les filles qui étaient à trois dans la chambre des filles au fond du couloir. Au bout d'un moment, après avoir retourné sa K7 il nous a dit quand même c'est vachement bien alors j'ai dit vas-y fait écouter et dans les écouteurs j'ai entendu ce que je ne savais pas encore être la fin de Heart and soul. Juste ensuite, c'est là que le choc s'est produit, en entendant la grosse basse de Peter Hook jouant le riff de 24 hours. Bon sang c'était quoi ça. Il faut comprendre, j'étais dans le coma à cette époque, je n'écoutais que des disques vides. Et là ce riff de basse, je ne sais pas comment dire, ça m'a fait comme un électrochoc, avant même d'entendre la voix de Ian Curtis, une voix d'outre-tombe et je ne connaissais pas son histoire, j'ai dû en avoir la chair de poule. Je suis revenu en arrière pour écouter une nouvelle fois ce morceau et ses changements de rythmes nerveux.
Control donc...
Avec l'esthétique superbe du noir et blanc granuleux d'Anton Corbijn, le mimétisme étonnant de Sam Riley, mais aussi des déceptions liées principalement au fait que le film est tiré du livre écrit par Deborah Curtis qui donne SA vision des choses. Est-ce pour cela que les aspects créatifs, musicaux, sont tant laissés de coté, parce que Deborah n'était pas là dans ces instants?
Il est dommage de ne pas avoir parlé de la Factory, de ce lieu (et du label) d'une importance primordiale dans la musique de Joy Division et Mancunienne en général. Le regretté Tony Wilson est montré comme une sorte d'excentrique un peu futile. PAS UN MOT sur Martin Hannett, que l'on aperçoit juste 30s derrière sa console, alors que l'on connaît son importance sur le son de Joy Division et sur leur musique. Pas un mot là dessus. Sur le son. Pas un mot sur Closer non plus. Comme s'il n'avait pas existé. Pas un mot sur l'album enregistré sous le nom de Warsaw jamais sorti à l'époque. Le reste du groupe est présenté, à part peut être Bernard Sumner, comme une bande de crétins. Pas un mot non plus sur Peter Saville et l'importance de son graphisme.
Il y a par contre le plaisir de voir John Cooper Clarke en personne dans une scène, où on le voit introduire le groupe lors d'un de ses premiers concerts. Il y a aussi cette plaisanterie de Rob Gretton à l'attention de Ian Curtis, après que celui-ci ait fait une crise d'épilepsie sur scène, "ça aurait pu être pire, tu aurais pu être le chanteur de The Fall".
On insiste dans le film, sur la pression pesant sur les épaules de Ian Curtis mais il ne faut pas oublier qu'à l'époque, Joy Division était un groupe quasi inconnu en dehors d'une scène et d'un public spécialisé ayant quelque intérêt dans le post punk naissant. On est loin de la pression qui pesait sur un Kurt Cobhain après ses millions de Nevermind vendus. Mais c'était peut être déjà trop pour Curtis.
A la vue du film, on pourrait penser, comme le présente sûrement Debbie Curtis dans son livre que je n'ai pas lu, que le suicide de Ian est lié à cette pression et à un déchirement entre elle, Debbie, et cette fille, Annick, dont Curtis était visiblement très épris (on peut le comprendre)(du moins au vu de l'actrice qui tient son rôle…). L'explication de son geste, présentée comme cela dans le film, me paraît un peu trop simpliste, même si la peur de l'évolution de ses crises d'épilepsie est également un élément important.
La pression, Curtis l'avait peut être, l'angoisse de ces concerts où il se vidait de toute son énergie beaucoup plus certainement. Néanmoins il paraît évident que Ian Curtis avait encore des choses à dire, des musiques à chanter...
Malgré tout, ces réserves n'arrivent pas à gâcher le plaisir pris à voir ce film très esthétique dont les 2h filent comme un rien, avec des angles de vue parfois d'une beauté sublime, le passé de photographe de Corbijn ressortant pleinement lorsqu'il filme les extérieurs de cette banlieue grise de Manchester.
Control.
Il a bien dû se passer un an au moins avant que je n'achète ce disque, ainsi qu'Unknown Pleasure. Non que je l'ai oublié, mais le vide était sûrement encore trop prégnant en moi. J'étais en état de mort musicale, il faut bien comprendre. Les deux années qui avaient suivies, je m'étais plongé dans le jazz comme dans un sas de décompression. Petit à petit, par petites touches, je revenais à ma vérité. Je n'écoutais presque plus de rock, hormis les premiers Cure (que je venais également de découvrir), les Smiths et Joy Division.
Peut être pour cela que je me souviens aussi bien de cet électrochoc de ce samedi en fin d'après-midi à Londres, de la grosse basse de Peter Hook jouant le riff caractéristique de 24 hours et de la voix de Ian Curtis glissant sur ma peau.
Now that I've realised how it's all gone wrong, Gotta find some therapy, this treatment takes too long. Deep in the heart of where sympathy held sway, Gotta find my destiny, before it gets too late.
17 secondes. 17 secondes comme seventeen seconds. Kid A avec le même Kid A mais avec 17 secondes de décalage. Les deux en parallèle. 17 seconds A MEASURE OF LIFE plus tard. Chaque chose à la bonne place mais avec 17 secondes de décalage . En miroir 17 secondes plus tard. Et des harmoniques, des échos, des 17 secondes de décalage choses étonnantes, qui naissent se dédoublent et meurent en réminiscences fantômes. Une sorte 17 secondes de décalage d'approche de musique fractale. 17 seconds A MEASURE OF LIFE comme cette pochette dans le flou en échos noyés. 17 secondes et cette musique qui se 17 secondes de décalage défocalise. Il fallait y penser. Mais pourquoi seventeen seconds ? Etrange. eTRANGE; Etonnant. 17 secondes de décalage Etonnant. Idiotique. Idiotique. 17 secondes de décalage Anecdotique. Anecdotique. I'm bleeding, quadrophenic.
Sur la route, avant le port industriel de banlieue, il y a ces affiches répétées, cinq, six fois, je ne sais plus, de l'ex futur Belge Jeannot Hallyday avec sa gueule de crétin et ses problèmes fiscaux dérisoires faisant de la pub pour un lunetier. Comme un symbole affiché de la vacuité de ce monde de parvenus. Elle m'est devenue totalement insupportable sa tronche. Tous les matins, tous les soirs, défilant sous mes yeux. Que tout le monde pirate ses disques à cet abruti, enfin ceux qui auraient envie de l'écouter brailler et je comprendrai que ça ne fasse pas grand monde même si ce n'est certainement pas le cas, au moins comme ça il sera sûr de payer moins d'impôts. Tout cela ne pourrait être qu'une interrogation cinématographique, des images en tentatives de questionnement existentiel sur la pertinence de ma présence dans un tel environnement mais il en reste plutôt un grand sentiment de solitude au milieu de ce monde qui marginalise.
Hier soir après dîner j'ai mis le premier album des Evens, cela faisait longtemps que je ne l'avais pas écouté mais comme à chaque fois je trouve ce disque superbe. Ca donne envie de jouer de la guitare baryton, avec ce son si particulier mais j'ai sûrement les doigts trop frêles pour cela, de toute manière pour ce que je fais comme musique… Il est bien à écouter à deux cet album, c'est un disque intime. Pas intimiste, intime. C'est important.
Pendant ce temps là, les députés de la majorité de ce gouvernement de peignes culs, nous montrent un spectacle pitoyable à l'assemblée (début de l'histoire). Je me demande, si les gens qui ont voté pour ces guignols ne finissent pas par avoir honte de toutes ces magouilles merdiques et ces copinages éhontés...
NOTA : Puisque je parle de publicité, je suis presque certain d'avoir entendu ce morceau de Fred Frith (qu'on trouve sur Cheap at half the price) dans une pub télé, si ça dit quelque chose à quelqu'un j'aimerai bien connaître laquelle, vu le peu de temps que je passe devant la télé (et en plus sur des chaînes exotiques) je ne suis pas certain de l'entendre à nouveau (je ne sais même pas si elle passe encore).
Camarade. Mon camarade. Ca m'a énervé toute la journée cette histoire de lettre mais plus encore le fait que l'on en change les termes. Camarade. Ca fait "ringard" camarade selon Guaino, qui se révèle de plus en plus comme un personnage particulièrement débectant. Bien entendu il fallait gommer toutes références d'engagement communiste. La mémoire de Guy Môquet après avoir été exploitée pendant des années par le parti communiste, l'est à nouveau par ce gouvernement de droite qui n'hésite pas, à cette occasion, à appliquer de bonnes vieilles méthodes Staliniennes en réécrivant l'histoire. Camarade. Mon camarade. Je me suis souvenu tout à l'heure, pendant que j'étais dans les embouteillages en rentrant du bureau, de cette chanson de Léo Ferré. Mon camarade. Elle n'a rien de politique la chanson du vieux Léo mais elle m'est venue à l'esprit. En plus le seul membre du parti communiste que j'apprécie vraiment c'est Robert Wyatt, quoique je ne sache pas s'il a encore sa carte. Je n'aime pas qu'on change l'histoire c'est tout. Question de principe. Ca heurte mes convictions. Ca gagne en plus toute cette chienlit. Il suffit de regarder le résultat des élections Suisse de ce week-end. Si j'ai bien compris, c'est comme si chez nous Le P*n avait le plus grand nombre de siège au parlement sans en avoir la majorité. Ce nationalisme qui enfle dans les pays européens me fait peur.
Il faisait beau ce matin. Je serai bien allé me promener en forêt juste pour voir toutes les couleurs des feuilles mortes. Le besoin de prendre l'air aussi sûrement...
J'ai, je le crois bien, plus de musiques à faire écouter, que de mots à écrire.
NOTA : (Ma reconnaissance et mon admiration (éphémère)(l'éternité n'est pas de ce monde) pour toute personne connaissant The Homosexuals (vraiment)(en même temps, doit pas y en avoir des tonnes non plus)(je le crains)).
J'ai eu envie d'écouter Bach hier soir en terminant (enfin) Le temps où nous chantions. C'est ce que j'entendais en lisant les dernières pages. Mais j'avais toujours le coffret des complete Bitches Brew sessions dans la chambre et pas envie de me relever. Et puis Lonely Fire est bien assez passionnant avec cette partie de basse INCROYABLE de Dave Holland, la cathédrale de cristal improvisée par ces musiciens impressionnants et le grain du sax au début et le sitar et le reste...
N'empêche, j'entendais du Bach en lisant les dernières pages de cet excellent livre. J'entendais des doigts agiles sur un pianoforte plutôt qu'un piano mais je pensais que je n'avais pas les Variations Goldberg jouées au pianoforte ou au clavecin. Juste cette version de Glenn Gould au piano, assez extraordinaire, d'une intériorité, d'une gravité incroyable. Bach c'est parfois une musique noire et blanche. Les mêmes couleurs que ce livre. La couleur des mots sur la page blanche. J'entendais ça. Mais je ne me suis pas relevé. Scotché par la basse de Dave Holland sur Lonely fire.
Le ciel de ce matin ressemblait à une impasse borgne mal éclairée, il ne manquait que les odeurs de pisse (allez lire) pour y croire, surtout qu'il tombait une pluie pas franche, un peu sournoise. Et puis j'ai suivi les voitures, avec les phares coulant mollement dans les gouttes d'eau accrochées au miroir du rétroviseur. J'ai suivi les voitures, comme les autres en fait, on faisait une file, je me demandais si celui qui était en tête savait où il allait. J'en ai suivi d'autres ensuite. Il n'y a plus d'horizon ici, on est toujours derrière quelqu'un, quelque chose, un mur de béton gris ou un voile de fumées d'échappement. On ne voit plus au loin qu'on n'en voit même plus le bout de ses doigts. Les miens, parfois, je les distingue seulement lorsqu'ils remontent le long de tes bas en les faisant crisser.
J'ai mis une musique avec de la pluie, plus tard, parce que ce matin j'étais encore à écouter ces gens avec leurs problèmes de pouvoirs, de territoire, de jalousies mesquines. Ils doivent prendre mon silence pour un acquiescement, un signe éventuel de compréhension alors ils s'épanchent, balancent leurs rancoeurs, leurs saloperies .
Ils n'écoutent pas de musique. Ou de la mauvaise. Ou ils l'écoutent mal. Je le vois, je le sens. Dans leurs mots, leurs attitudes. Pour eux je suis certain, il y a un coté futile dans la musique. Ou il faut qu'elle soit sérieuse (mais pas sérielle). Je dis ça mais je n'en sais rien finalement. J'ai juste envie de le penser. Dans la voiture de l'un d'eux, l'autre jour, j'ai vu un cd, remasterisé, forcément remasterisé, d'un disque à gros succès bien américain de la fin des années 70. Un truc surproduit avec des cloches dedans et un chanteur gras du bide. Je l'ai toujours trouvé infâme ce disque. J'avais une copine à la fac qui l'aimait beaucoup mais je ne lui en ai jamais voulu, peut être parce qu'elle avait de gros seins.
J'ai mis une musique de pluie parce que celle sournoise de ce matin je trouvais qu'elle ne faisait pas de bruit, je trouvais ça louche. La pluie ça fait du bruit, des sons, de la musique. Il y avait même un chanteur Toulousain qui trouvait qu'elle faisait des claquettes sur le trottoir à minuit. J'ai tourné la tête pour regarder l'heure sur le combiné téléphonique, il n'était que 16h49. Il ne pleuvait plus depuis longtemps de toute manière. J'écrivais ça au lieu de mettre des chiffres dans des cases. C'était ma récréation.
Mal réveillé, envie de rien, ça sent la journée merdique d'entrée de jeu. Il faisait froid dans le bureau. Comme un imbécile, j'ai bougé le thermostat du radiateur électrique sur le coté de mon bureau pendant une heure avant de comprendre que le bouton était sur arrêt.
Pas moyen de trouver un disque satisfaisant dans cette atmosphère de chiotte. Je passe de l'un à l'autre après une ou deux chansons dans le choix malheureusement limité (mais constamment renouvelé) dont je dispose au bureau. Après un pirate des Ramones très méritant, l'album des Battles (celui avec la batterie jaune sur la pochette déjà évoqué plusieurs fois) a curieusement presque emporté la mise ce midi mais comme bien souvent, j'abandonne l'écoute avant la fin. Il faut bien comprendre que je ne sais faire que ça, écouter des disques. Ce n'est pas si simple. Il faut trouver le bon. Celui qui colle le mieux possible au moment présent. Celui qui fait basculer la journée du bon coté.
Finalement quand je n'accroche sur rien, je me rabats sur le bizarre afin de sortir des sentiers battus. L'album de Fred Frith (oui encore lui)(c'est sa saison) et René Lussier était parfait aujourd'hui, avec la voix de Tenko Ueno sur ce titre (pas obligatoirement représentatif de l'ensemble), dansant sur les nerfs épileptiques de mes lassitudes professionnelles. Il est étrange ce disque, à l'atonalité subtile et maîtrisée, parce qu'il me fait penser à un tableau qui serait réalisé avec des tessons de bouteilles et du verre pilé. Quelque chose de beau, de transparent, mais également coupant, blessant si on n'y prend pas garde. Et puis comme le hasard n'existe pas, un des premiers disques de René Lussier s'appelle Fin du travail, c'est juste ce que j'espère...
Je vais entrer dans une sale période, pleine de réunions déprimantes, de brassages de chiffres inutiles auxquels on fera semblant de donner de l'importance, avec des gens qui eux ne doutent absolument pas de la leur d'importance pourtant si dérisoire. Une sale période où je vais avoir du mal à trouver le temps de penser. Tout ce que je déteste. Alors on ferme les yeux et on attend que ça passe...
NOTA : L'album d'iLiKETRAiNS (je respecte leur choix de typo alternant minuscule/majuscule même si je trouve ça toujours un peu ridicule ces petits effets inutiles et un peu prétentieux) n'est pas toujours à la hauteur de cette chanson, mais celle-ci est vraiment très belle dans sa noirceur.
Je me suis endormi hier soir avec les sessions de Bitches Brew de Miles Davis. Pharaoh's dance. Toujours aussi beau. Ce matin j'attrape le 2ème album de Marquis de Sade pour la voiture. Rue de siam. Cette musique va toujours bien avec les matins d'octobre gris et brumeux.
En arrivant au bureau, je mets le premier album de This heat, celui à la pochette bleu horizon, une merveille, et la batterie de Charles Hayward change l'atmosphère, la rendant plus irréelle et c'est peut être juste ce que je souhaitais. Charles Hayward que je vais sûrement aller voir en concert bientôt, puisque hier je me suis rendu compte qu'il passait en février à la maison des arts de Créteil avec Massacre, le groupe de Fred Frith. Parfois mes parcours discographiques quotidiens ressemblent à un immense échiquier où je saute de disque en disque comme de case en case (je suis très fort en clichés et métaphores minables). Je suis parti en réunion avant que le This Heat soit terminé. Ca rompt le charme. Dommage. Du coup, au retour de réunion (baillements), je me remets This heat qui se révèle vraiment être un bon choix pour la journée.
Faute d'avoir le coffret Bitches Brew sous la maison, je mets le nouveau Radiohead mais il semblerait que je n'ai pas envie de paroles en ce début d'après-midi (je mets ça sur le compte de la fatigue sûrement où d'une certaine lassitude)(la musique instrumentale finalement c'est comme du silence pour moi)(puisqu'il semblerait que celui-ci m'angoisse compte tenu que je suis toujours en train de le combler avec tous ces disques). Je suis donc passé à Mäander du Kammerflimmer Kollektif puisque l'on avait la bonne idée de me laisser tranquille cet après-midi.
Tout à l'heure dans la voiture je continuerai Rue de Siam laissé en plan à l'arrivée dans le parking. J'écouterai Iwo Jima song qui est peut être la seule raison pour laquelle j'ai pris ce disque ce matin puisque hier soir, dans le Temps où nous chantions (je sais je traîne pour le lire)(peut être que je fais traîner exprès)(mais le soir avec la fatigue je ne vais que par petites doses) je lisais un passage sur l'explosion de la première bombe atomique sur Hiroshima et pendant des années j'ai cru qu'Iwo Jima n'était qu'une manière différente d'écrire Hiroshima alors que non pas du tout. C'est en tombant par hasard sur un article parlant de cette bataille, probablement à l'occasion d'une quelconque commémoration, que j'ai compris mon erreur.
Metal box dans la voiture. La basse lourde et entêtante d'Albatross, comme la fatigue qui bat les tempes et brûle les yeux dès le matin. La guitare aigrelette grinçante et oxydée. Comme la Metal box, la vraie, celle avec les maxis à l'intérieur. Une chanson hypnotique, guide somnambulique matinal me tirant sur le chemin du bureau.
Je sens mon corps oxydé comme cette vieille Metal box après toutes ces années. Les paupières sableuses, l'impression d'être enveloppé d'une gangue aux pointes hérissées vers l'intérieur. La basse traîne et balaye derrière moi les particules de poussières du sommeil désagrégé se détachant de ma peau. Arrêté sur le pont, la Marne semblait légèrement cotonneuse. Albatross again.
C'est étrange la fatigue parfois, c'est comme si les veines charriaient de la boue. Je crois que ça fait du bruit aussi, la fatigue, une sorte de bruit de fond. Incessant. Un grondement sourd et lointain comme une machinerie infernale souterraine, inatteignable, comme des acouphènes en fréquences basses. C'est le matin qui plombe en fait. 5h50. Blink. L'heure de l'évaporation. L'humidité retombe plus tard, après 7h00 mais c'est trop tard. La semaine c'est trop tard. Getting rid of the albatross... Le sommeil envolé, il reste des matinées lourdes comme des fins de journées, avec des gueuses en plomb à traîner à chaque pied.
Le week-end est passé comme ça en coup de vent. Demain on retourne au chagrin. J'adore cette expression, retourner au chagrin. Jeff chante le vent dispersant nos corps poussières sur un disque sans label. Il y a une belle photo à l'arrière du livret du cd, avec une myriade d'oiseaux volant sur un ciel nuageux avec des trouées lumineuses. Des chansons de poussière et de vent avec plein de cordes pincées. Des chansons de chagrin aussi. Puisqu'on y retourne.
NOTA : On trouve dorénavant le disque de Jeff Zentner chez CD Baby. Il y a encore quelques mois (mars) on ne pouvait lui acheter que directement. On avait alors le plaisir de recevoir un mail de Jeff avec, en remerciement, un mp3 d'une belle reprise de Townes Van Zandt. Un signe bon goût.
Mon fromage s'appelle Robert et Wyatt Robert sort son nouveau disque demain ou lundi je ne sais plus le VINYLE ne sera disponible qu'à la fin du mois à dit Julie de Ground Zero alors j'attendrai un mois de plus même si ça fait déjà bien un mois que je l'écoute alors on y reviendra. Mon fromage s'appelle Robert je l'achète chez mon fromager au marché le dimanche matin et il est aussi bon que le disque de Wyatt Robert aussi crémeux mais il faudra attendre comme pour la maison mais moins longtemps. L'ambiance est MOROSE je trouve partout alors on se crée des niches ou quelque chose d'équivalent, des NICHES intérieures comme quand j'étais petit le soir avant de m'endormir dans mon lit je m'enfouissais sous les couvertures et je m'inventais un monde souterrain que j'étais le seul connaître qui m'attendait tous les soirs dans lequel je m'enfonçais. je trouve que ça fait pareil, on se ferme aux autres on se replie le monde fait peur c'est peut être pour ça l'extérieur les autres l'enfer de Sartre alors on met la tête dans la niche on s'enferme et j'ai l'impression que c'est ça en ce moment dans la rue PARTOUT ce nouveau gouvernement tout ce foutage de gueule EADS et les DELITS d'initiés ou non l'école qu'on brade et les sans-papiers reconduits honteusement par milliers la monde qui vacille qui fond qui explose qui est-ce qu'on pourra vivre un peu avant de mourir parce que ça va aller vite. Ah le PIANO c'est à cause du temps où nous chantions que je déguste comme un alcool fort je vais doucement et j'entends du piano en le lisant je rêve de faire ça au piano cette chanson en chantant comme Robert ou comme KEITH Jarrett qui a commencé le piano a TROIS (3) ans j'ai trop de retard c'est sûr mais qui ne chante pas ou plutôt SI il chante mais pas des chansons. Peut être que je vais commencer le Dylan de Bon pour faire durer le temps où nous chantions. Gling glong BLING fait Robert sur le piano mais non ce n'est pas LUI qui joue je crois c'est marrant comme cette CHANSON ressemble à ces gens qui marchent dans la RUE en ce moment quand le ciel est gris et il faisait gris dans sa tête de Robert quand il a écrit cette chanson quand tu tombes par la fenêtre il fait toujours gris elle va je le crois ennuyer les GENS cette chanson mais peu importe parce qu'il faut savoir l' ECOUTER dans sa TETE dans sa niche en regardant marcher les gens dans la rue quand il fait GRIS et ça fait comme s'ils avaient un flou de bougé derrière eux comme une image FANTÔME ou que le vent le vent ait soufflé la POUSSIERE de leur visage de leurs vêtements ou de leur CORPS parce que nous avons des corps poussières tu sais. Mon fromage s'appelle Robert c'est un drôle de NOM pour un FROMAGE.
Il y avait du brouillard ce matin et j'adore le brouillard mais il ne reste jamais longtemps ici. Trop de pollution, toute cette circulation insupportable, tous ces camions, tout... Je rêve parfois de jours entiers dans le brouillard. J'ai pris un vieux pirate des Cure pour la voiture ce matin, parce que j'en parlais hier. Les vieux Cure ante 1985 vont toujours bien avec le brouillard c'était un hasard. Avec ces morceaux traînants, cette basse suintante et cette guitare passée au phaser comme sortie du brouillard justement. Un enregistrement datant d'un paquet d'années, bien avant que Robert Smith ne se mette à ressembler à un gros veau aux hormones.
L'album de Mick Harvey va bien avec le brouillard aussi. Avec l'automne. Des teintes de feuilles mortes au parfum d'amours chancelantes ou de vies hésitantes, un peu sépia, aux couleurs un peu passées. C'est une des choses que j'aime plus particulièrement dans la musique, cette capacité à créer des atmosphères, à peindre avec des sons. Les musiques s'accordent avec les saisons, avec les sentiments, comme on accorde un plat et un vin.
Il aurait sûrement mieux valu ce matin aller se promener en forêt dans le brouillard qui laissait quand même deviner les formes estompées des arbres pour tenter d'y faire quelques photos. Au lieu d'aller au bureau.
Un jour j'arrêterai. Je n'irai plus. Un matin comme ça, je resterai au lit, ou j'irai me promener en forêt. Je n'irai plus au bureau je déciderai ça au dernier moment. Juste quand le réveil se mettra en route même si c'est pour être réveillé par Richard et Linda Thompson comme ce matin. Un matin comme ça où je dirai stop, en plein brouillard.
Surprenant ou pas, ce disque de Thurston Moore est un disque d'automne. Un automne noir et blanc un peu triste et humide. Un automne à marcher seul dans les feuilles mortes sous un ciel uniformément gris. Gris et humide. Une musique de rues en pente aux pavés gris. Petites maisons aux jardins étriqués. Couleurs ternes, jaune, rouge, et la boue qui colle aux chaussures. Ce n'est pas tant le violon même si, bien sûr... si mélancolique que l'on dirait un violoncelle. Un disque d'automne et j'aime bien les disques d'automne ça doit être ça.
Ca fait partie des instruments que j'aimerai bien avoir, le violoncelle. Pas le seul. J'ai envie d'avoir plein d'instruments. Le problème c'est d'en jouer. Déjà la guitare et le piano ce que j'en fais est plutôt minable (le piano c'est le pire), la mandoline ça bafouille terrible.
Mais j'ai envie de plein d'instruments. Un sax soprano. Même si je n'irais sûrement jamais plus loin que la mélodie de My favorite things. Une contrebasse. J'adore le son de la contrebasse. Faire des lignes en walking pas trop compliquées juste pour sentir les vibrations de l'instrument. Ou la ligne de basse de Fever. En boucle. Une batterie. Comme pour la contrebasse il faut de la place mais une batterie oui. Une batterie jaune. Ou pas. D'autres encore. Un sitar. Et un violoncelle. Pour sa plainte mélancolique même si je n'arriverais peut être jamais à en tirer deux notes. Ma chérie dit que je suis comme le père de Raymond dans Mauvais garçon de Willy Russell, qui stocke les instruments sans savoir en jouer. C'est peut être quelque part, uniquement pour finir par en trouver un où je serais moins mauvais qu'avec les autres...
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