dimanche, septembre 30, 2007
257 Quatre accords : Clem Snide : Uglier than you (Album : You were a diamond 1998)



Je pourrais raconter mon week-end (voiture en panne)(achat de disques)(quatre)(hyper raisonnable)(le Thurston Moore n'est pas encore sorti en vinyle et le Robert Wyatt pas encore sorti tout court comme le Beirut)(un château Talbot 1990)(un peu décevant)(mais qui s'est laissé boire quand même)(un dimanche tranquille)(filets de rouget et fenouil) et puis à quoi bon (dont j'ai acheté le bouquin sur Dylan)(ah ah).

Je pourrais aussi faire la liste de tous les disques écoutés ce week-end mais je n'ai rien noté (Isaac Hayes vendredi soir, Magnolia Electric Co)(Okkervil River, Pinback, Zombie-Zombie et Bill Evans samedi)(Animal Collective, New Order, Roxy Music, Buzzcocks, Swell Maps, Nick Drake là tout de suite)(Et Dylan tous les jours)(j'ai oublié les autres) mais je devrais le faire sur une semaine. Noter un à un tous les disques écoutés. Ca pourrait être intéressant.

Alors quoi? A part que cette chanson me passe toujours au travers du corps quand je l'écoute. Un phénomène physique. Ca part du haut et ça descend. Ca me fouille les intestins quand Eef Barzelay pousse sa voix sur les fins de vers. Sans parler du refrain quand il braille uglier thaaaan YEEEAAAAUUUHHHHH.

C'est rien cette chanson. Rien ou presque. Quatre accords majeur de débutant (La/Do/Sol/Fa). Hyper simple. Une guitare et un mec qui se sort les tripes en chantant. Rien d'autre. Tout ce que je rêve de faire et tout ce que je n'arrive pas à faire. J'écoute cette chanson depuis quand... 2002, quand j'ai découvert ce groupe par hasard sur scène (j'étais venu voir Mercury Rev). Et depuis ça me fait le même effet à chaque fois que je l'écoute. Ca me passe à travers du corps. Ca m'envahit. La voix. La mélodie. Cette chanson est terrible. Terrible. Il n'y a peut être qu'à moi que ça fait cet effet. Je ne sais pas. Mais terrible.

Alors je pourrais raconter mon week-end mais...
jeudi, septembre 27, 2007
256 Tears of rage : Bob Dylan : The Death Of Emmett Till (Album : Freewheelin' outtakes 1962)



"Sais-tu ce qu'est le temps?" Sa voix est si douce que je crois l'avoir inventée. "Le temps est notre manière d'empêcher que tout se produise d'un coup."
Je lui réponds ainsi qu'il me l'a appris, il y a longtemps, l'année où ma voix a mué. "L'heure qu'il est? Tu sais ce qu'est le temps? Le temps c'est juste une chose après l'autre."

Richard Powers : Le temps où nous chantions

Une chose après l'autre, une note après l'autre... Il est beaucoup question de musique d'ailleurs dans ce livre. D'intervalles, de gammes, de notes. De temps aussi. Et de deux frères musiciens métis (père juif, mère noire), de leur famille, au temps de la ségrégation raciale, au travers de l'histoire contemporaine américaine.
J'ai repensé à Another Country de James Baldwin que j'avais beaucoup aimé, complètement différent, en moins viscéral, mais qui aborde aussi le racisme ambiant de la société américaine dans les années 50/60 sur fond de jazz.

Hier soir, je lisais un chapitre racontant l'histoire d'Emmett Till, histoire que je ne connaissais pas. Dylan en avait fait une chanson en 1962, jamais publiée, trouvable uniquement sur le bootleg des outtakes de Freeewheelin' mais je dois avouer que je n'avais jamais fait attention aux paroles.
Etrange de voir comme parfois des pièces de puzzles différents s'emboîtent comme cela par hasard. Surtout que je suis actuellement dans une phase d'obsession Dylanienne, où je récupère un nombre important d'enregistrements pirates de concerts à la recherche de versions différentes de Tangled up in blue.

J'avais des envies de meurtre hier soir dans mon lit, à la lecture du récit du lynchage d'Emmett Till par deux bouseux sudistes. Avec ce sentiment terrible d'injustice, puisque ces deux assassins avaient été déclarés non coupable par un tribunal de bons blancs bien sudistes.

La mort d'Emmett Till fit grand bruit aux Etats-Unis, grâce au courage et à la pugnacité de sa mère, qui enleva elle-même les clous et les vis du cercueil de son fils, afin d'en voir le corps, puisque les pompes funèbres refusaient de l'ouvrir suite à la demande de l'état du Mississipi. Quand elle vit le corps de son fils, complètement défiguré par les coups, elle s'évanouit. A son réveil, elle voulut que le monde entier sache ce qu'il avait subit. Le magazine Jet publia une photo d'Emmett dans son cercueil qui fut ensuite reprise dans toute la presse. Cette photo qui bouleverse tant les deux frères du roman. Sa mère décida également de laisser le cercueil ouvert durant la cérémonie funéraire, afin que tout le monde puisse voir son fils, afin de montrer comment étaient traités les noirs dans ce pays.

Deux semaines après l'enterrement d'Emmett Till, les deux bouseux furent acquittés (make me feel ashamed to live in a land where justice is a game chantera Dylan (toujours lui) quelques années plus tard à propos d'Hurricane Carter). Ce jugement et les photos du cadavre d'Emmett suscitèrent une telle indignation, qu'ils précipitèrent l'essor du mouvement des droits civiques américains. On était en 1955.
Emmett Till avait été battu à mort pour avoir "mal parlé" à la femme d'un des deux bouseux et parce qu'il était noir... Il avait 14 ans...

Twas down in Mississippi no so long ago,
When a young boy from Chicago town stepped through a Southern door.
This boy's dreadful tragedy I can still remember well,
The color of his skin was black and his name was Emmett Till...
mardi, septembre 25, 2007
255 Réaction épidermique #2 : Angels of light : Not here/Not now (Album : We are him 2007)




Je lis dans Le Monde que Nicolas S., président de son état, dans la lettre de mission donnée à la ministre de la culture, indique qu'il veut imposer des obligations de résultats aux structures subventionnées, théâtres, scènes nationales etc. Ceux-ci devront être jugés sur la popularité (je souligne à dessein) de leurs spectacles. Je vois bien ce qui se profile derrière ces propos, rien d'autre qu'un nivellement par le bas de la culture comme du reste.
Que l'on fasse de la culture populaire c'est une chose, de la culture populiste en est une autre. Que ce président à l'inculture crasse veuille nous imposer en sous main ses goûts minables de parvenu (Bigard, Chimène Bady, Johnny Hallyday, C.Clavier et j'en passe…) est insupportable.
Imposer des critères de résultats, de popularité, c'est la négation de la création artistique, dans un pays où l'enseignement de la culture est déjà quasi-inexistant à l'école. Privilégier la popularité à l'enseignement de la culture, à l'ouverture, à la création, voilà le programme sans surprise de ces peignes cul.

Je crains que bientôt, on ne voue aux gémonies, des livres, des artistes, l'art moderne. Le spectre des autodafés de Fahrenheit 451 se profile à l'horizon.
Je me souviens avoir vu au collège, il y a bien longtemps, j'étais en 5ème ou en 4ème, on était en 1973 ou 1974, une troupe de comédiens donner une représentation théâtrale tirée du livre de Bradbury dans une salle des bâtiments en préfabriqués qui servaient d'annexes au collège. Cette représentation était-elle populaire auprès des élèves de l'époque moi compris? Non. Mais plus de trente ans après je m'en souviens et j'ai perçu, même si cela n'était qu'effleurement, l'importance des livres, le sens du mot autodafé et la fragilité de la liberté d'expression.
Je crois que je vais le relire ce livre, pour me maintenir en colère...

(Pour ceux qui ont la vue basse, sur la guitare de Woody Guthrie il est écrit "This machine kills fascists". We need more guitars... )
dimanche, septembre 23, 2007
254 Porno cooking : Cure : Siamese twins (Album : Pornography 1982)



J'ai mis Pornography en rentrant du marché va savoir pourquoi. J'ai toujours une petite appréhension avec ce disque, lorsque la pointe de la cellule entre en contact avec le vinyle. La même appréhension que l'on peut avoir enfant, avant d'ouvrir une porte vermoulue dans une cave sombre. C'est un disque terrifiant. It doesn't matter if we all die c'est dit d'entrée de jeu, faudra pas s'étonner de la suite, on n'est pas là pour rigoler.

J'ai préparé le thon rouge. Je voulais l'accompagner d'une petite purée d'agrumes. J'ai épluché un pamplemousse et un citron vert. J'ai allumé le gaz et mis les quartiers à chauffer en même temps que je dansais sur les tambours martiaux de The Hanging garden. C'est marrant comme les têtes sur la pochette ressemblent à la flamme du brûleur de la cuisinière.

On arrivait en fin de première face et Siamese Twins m'a fait sortir de la cuisine. La grosse caisse comme des coups de marteaux, I choose an eternity of this, la basse oppressante de Simon (pronounced Saïemone), Is it always like this, j'ai mimé le jeu de basse en tournant autour de la table du salon et je suis retourné remuer ma purée d'agrumes qui, je le voyais bien, était trop liquide. J'ai monté le gaz.

Ce disque, c'est un château hanté, rempli de nos frayeurs nocturnes, enfantines et animales. J'ai monté le son pour la basse, toujours la basse. J'ai mis la deuxième face et le thon au four. Sept minutes au gril, pas plus, cinq si le four est vigoureux (enfin tout dépend de l'épaisseur du thon). Ca continuait pareil, la même oppression humide et froide et cette batterie migraineuse. Ma purée d'agrumes ne serait jamais purée. Finalement après tout ça, A Strange day fait figure de chanson joyeuse (ah ah je me comprends).

La minuterie a sonné, j'ai sorti le thon du four et l'ai servi. Cold a sonné le glas de ma purée. C'était raté, ça ressemblait à de la confiture et j'avais trop forcé sur le gingembre. Peut être à cause de ce disque obligeant à assurer ses arrières, j'avais exagéré la cuisson. (Ou alors c'est parce que je n'arrêtais pas de me resservir de ce petit Sancerre que j'avais ouvert...)

J'ai connu un type, qui tous les jours (tous les jours), écoutait exactement les mêmes chansons. Il s'était fait une playlist sur son lecteur mp3, et tous les soirs il écoutait sa trentaine ou quarantaine de chansons à la file, toujours dans le même ordre, tous les jours. Il devait ajouter une nouvelle chanson tous les six mois et encore. Tous les soirs, les mêmes chansons, dans le même ordre. Et tous les soirs, son programme se terminait invariablement par Pornography (la chanson) qu'il connaissait bien entendu entièrement par coeur. I must fight this sickness, Find a cure..., tous les soirs. Invariablement. Terrifiant...

Finalement ma purée confiture n'était pas si mauvaise pour accompagner le thon mi-cuit. On a finit le Sancerre avec le fromage.
J'ai enchaîné avec Faith et j'ai mis la tarte aux quetsches au four...


P.S : Ca devient vraiment n'importe quoi ici...
vendredi, septembre 21, 2007
253 Silencio #2 : Hood : They Removed All Traces That Anything Had Ever Happened Here (Album : Cold House 2001)





Photos : Phédia Mazuc (faut cliquer)(pour voir la suite du triptyque)
jeudi, septembre 20, 2007
252 : The Flaming Lips : Mountain side (Album : In a priest driven ambulance 1990)



Je crois qu'on entre dans 1984 de plain-pied.

Il faudra bientôt fournir son ADN lors des contrôles d'identité.

La politique s'organise uniquement sur la communication télévisuelle, un président omniprésent, omnipotent, bientôt son portrait géant ornera les façades des immeubles.

Les mots vacances, congés seront rayés du dictionnaire.

On travaillera tant que l'on sera en état. Je suppose qu'ensuite, on se débarrassera des retraités d'une manière ou d'une autre afin qu'ils ne pèsent pas sur la société, un peu comme dans Soleil vert où on en faisait des granules alimentaires.

Je pressens une résurgence du mystique basé sur l'adoration d'idoles télévisées.

La planète est en train de fondre, l'épaisseur de glace de la banquise a fondu d'un mètre en six ans, soit la moitié de son épaisseur.

Je regardais la banlieue luire de ses lumières artificielles et de sa pollution ce matin dans la descente,

And if I'm standing on your mountainside

où la vue s'étend au loin sur les cités blafardes, les échangeurs de voies express, la voie du TGV et les portiques jaunes de la gare de triage, là-bas, au milieu de rien.

Avec de vagues fumeroles délétères comme des cris d'agonie. Au loin. Gris sur gris.

Je crois que les Flaming Lips chantent un peu faux sur cette chanson, And I'm crashin' through your dreams, les guitares font le bruit des tôles froissées.


Un peu barré.
Un peu n'importe quoi.

back to nowhere





Comme ce que je raconte...
lundi, septembre 17, 2007
251 Beautiful maladies : Lou Reed & Zeitkratzer : Part 2 (Album : Metal Machine Music 2007)



"[...] 8. Tous les proprios sont des salopards doucereux qui laisseraient les ruines de Pompéi s'effondrer sur votre lit à baldaquin sans lever le petit doigt. Ils méritent tout ce qui leur arrivera, et MMM est le briseur de bail garanti. Tout locataire d'Amérique devrait posséder un exemplaire de cet album. Soyez prémunis !
9. Spud, mon bernard-l'ermite favori, qui parfois reste des jours durant blotti dans sa coquille, si bien qu'il faut vérifier qu'il n'est pas mort, aime beaucoup MMM. Chaque fois que je le passe, il sort et se met à ramper joyeusement sur le sable, en grimpant aux barreaux. En fait, c'est la seule fois où je le vois prendre un peu d'exercice. Ou alors il danse."


Lester Bangs : Le plus grand album de rock jamais enregistré, Creem 1976, in Psychotic reactions & autres carburateurs flingués


Je me demande ce qu'en penserait le bernard-l'hermite de Lester Bangs, mais les gens de Zeitkratzer ont fait une chose dingue, ils ont osé reprendre Metal Machine Music de Lou Reed (vous savez le disque idéal pour faire partir les invités à la fin d'une soirée)(et vous fâcher définitivement avec eux pour peu que le volume sonore eut été suffisant) en version acoustique/orchestrale. Une transcription note pour note (ou plutôt son pour son...) de la tuerie bruitiste/punk de Lou parue en 75. Ce sont les instruments de l'orchestre qui "jouent" les feedbacks et autres bruits blancs. Etonnant. Lou himself a participé au projet. Ce que j'ai du mal à comprendre c'est pourquoi ils se sont limités aux seules trois premières parties. La quatrième est passée à la trappe. Les mauvaises langues diront que de toute manière, personne n'est capable de discerner une partie de l'autre. Certes... mais quand même. Ca fait un disque bancal comme une table à trois pieds.

Le traitement orchestral rend MMM encore plus troublant, car entre fumisterie complète et chef d'oeuvre avant-gardiste, le disque original laissait assez peu d'espace à l'indifférence ou à des jugements mitigés (n'oublions pas que Lou Reed l'avait enregistré parce qu'il devait encore un album à sa maison de disque)(en ce sens, ce disque est un des plus gros doigt d'honneur fait à l'industrie du disque et rien que pour cela Lou mériterait une statue). En clair, on vomit ou on adore MMM.
Ici, dans cet enregistrement, il se dégage indéniablement une beauté sophistiquée de la musique (si, si), voire une douceur céleste (non je n'exagère pas) qui le rend plus abordable (tout est relatif...) que l'original. Même si MMM sans bruit, ce n'est plus tout à fait MMM de mon point de vue.

J'écoutais ce disque au bureau aujourd'hui pour oublier que je n'avais pas envie d'être là. Histoire de brouiller l'environnement ambiant dans un shimmy sonore. Mais au final, ce disque est presque aussi fascinant que l'original que je pose systématiquement sur la platine dans les moments de vide où je ne sais plus quoi mettre, parce qu'écouter ces quatre faces d'affilée c'est comme mettre ses doigts dans la prise électrique pour s'arrêter de penser.

A l'époque Lou avait écrit dans les notes de la pochette originale : je ne connais personne qui ait écouté ce disque en entier, même pas moi. Il n'est pas fait pour ça. Il avait même ajouté que quiconque est capable d'écouter ce disque jusqu'à la quatrième face est encore plus malade que moi. (forcément son point de vue a bien changé depuis que ce disque est une référence pour tous les bruitistes de la planète)(sacré Lou).
C'est au moins la confirmation de la part d'un spécialiste que je suis un malade. C'est peut être aussi pour cela qu'ils n'ont pas joué la quatrième partie...

NOTA : Compte tenu de la longueur du morceau (16mn09), j'ai réduit la qualité sonore afin que le fichier ne soit pas trop gros mais il faut quand même être patient pour le charger.
dimanche, septembre 16, 2007
250 Indian summer : Pinback : How We Breathe (Album : Autumn of the Seraphs 2007)



On a acheté des tomates jaunes et orange dans un joli château, ainsi que des épices que je vais devoir ranger dans des petits bocaux en verre, mais je n'en ai pas sous la main alors en attendant elles embaument la cuisine et le salon.
C'était l'été ce week-end, indien ou non. C'était bien de le passer dans un manoir avec piscine au bord de la Loire et de visiter ces beaux châteaux. Ca donne envie d'aller s'installer par là, ou ailleurs, dans un endroit vert, loin de la ville du stress et de la pollution. On se demandait si ouvrir un gîte, ou des chambres d'hôtes ne serait pas la solution.
C'était l'été ce week-end, indien ou non. Presque l'automne pourtant. Il y avait même des girafes rouges, mais c'était un peu exceptionnel...
jeudi, septembre 13, 2007
249 Jet lag : Joni Mitchell : Don Juan's reckless daughter (Album : Don Juan's reckless daughter 1977)



Je passe mes journées depuis quelques temps dans les fatigues errantes des matins chaotiques aux réveils aléatoires. J'ai perdu du sommeil quelque part, ou bien, au fil des ans, celui-ci s'étiole et s'effiloche comme un tissu moisi.
Je refuse encore ces nouveaux rythmes, mais peut être que s'ils s'installent définitivement je devrais m'y accommoder et me lever à 5h ou 6h du matin. Mais si le corps est éveillé, mon cerveau est encore dans les limbes du sommeil. La fatigue vient peut être de là, de ce décalage entre les deux.
Je crois que je suis en décalage horaire avec moi-même...


NOTA : Tiens il a trente ans aussi ce disque, c'est un hasard, mais comme on parlait de Joni Mitchell dans les commentaires... Il est peu oublié cet album, pas très aimé non plus mais moi je l'adore je ne sais pas vraiment dire pourquoi.
(Jaco Pastorius joue de la basse sur ce titre mais il reste très discret et fait juste des gros "boums" tout en glissandos sur son manche, sans démonstration de virtuosité et c'est ça qui est bien. J'adore la guitare à la rythmique étrange de Joni, les gling gling des petites percussions et les voix qui s'élèvent à la fin après Self indulgence to self denial, Man to woman, Scales to feathers, you and I. Peu importe les raisons, j'ai toujours eu un faible pour la fille insouciante de Don Juan (hum... et pour la dame toute nue sur la robe de Joni Mitchell.))
mardi, septembre 11, 2007
248 Low profile : David Bowie : Breaking glass (Album : Low 1977)



Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai pensé tout à l'heure qu'il y a trente ans (putain trente ans !!!), David Bowie sortait la même année Low et Heroes, deux de ses meilleurs albums. Low, premier volet de la trilogie Berlinoise, et début de la collaboration avec Brian Eno, reste mon préféré. Pour ses deux faces complètement différentes. La première et ses miniatures cyniques pop/new wave avant l'heure. La deuxième en nappes électroniques froides. Ce mélange de rock et d'électro(nique) semblait déroutant et nouveau, même si tout cela (surtout la 2ème face) était plus que très influencé par le Krautrock, Kraftwerk en tête et la musique électronique allemande en générale (l'influence de Can et Neu ! se faisant plus sentir sur Heroes).
Sur la pochette orange, on voit Bowie de profil… Low profile, profil bas, je me suis toujours demandé si c'était fait exprès et si la signification tenait au fait que c'est un de ses albums où il est le plus discret au chant. Bref...

Je l'avais écouté au magasin blue spot situé dans le centre commercial de Créteil, à deux pas de mon lycée, et où j'allais quasiment tous les midis écouter des disques puisque le magasin offrait cette possibilité. Il devait y avoir trois ou quatre points d'écoutes situés à un comptoir avec une plaque de verre fumé sous laquelle on voyait tourner les platines. Les écouteurs des casques étaient fixés sur des montants plats en aluminium entre lesquels on plaçait sa tête, certainement pour éviter qu'un mec ne parte en courant avec le casque.
Malheureusement ceux-ci étaient fixés un peu trop haut pour mes 1m67. J'étais obligé de me mettre plus ou moins sur la pointe des pieds pour écouter. C'était un bon test. Si je tenais toute la face sans remettre les pieds à plat ce qui me privait d'une grosse partie du son, c'est que le disque en valait la peine.

Ce disque, j'ai dû aller l'écouter quatre ou cinq midis d'affilés. Les deux faces. Dans mes souvenirs, c'est un des rares disques dont je me souvienne autant de l'écoute dans ce magasin.
Quand même, passer 40mn à me grandir afin d'écouter un disque appelé Low, il y avait de quoi sourire...
dimanche, septembre 09, 2007
247 45 RPM : Yo La Tengo : Some kinda fatigue (Album : May I sing with me 1992)



Alors quoi?
J'ai acheté le nouveau 45T de Beirut hier. J'aime bien les 45T mais je les écoute rarement. C'est parce que ma platine est un modèle audiophile et donc d'un dépouillement extrême. A savoir que pour passer la vitesse en 45T, il faut ôter le plateau (en verre), changer la courroie de poulie, et repositionner le plateau. Même chose à l'inverse pour repasser en 33T.
De ce fait, les 45T, je me les fais en série, comme la quasi intégrale des singles des Smiths. Ou quand j'écoute mes albums qui sont en 45T. Comme Metal box de P.I.L., Your funeral my trial de Nick Cave ou Hail to the thief de Radiohead (liste non exhaustive). Le pire, c'est un double 45T de Hood. Le premier disque est en 45T, le deuxième en 33T. Ces gens là sont des vicieux, ce n'est pas possible autrement.

Du coup, je n'ai pas encore écouté le Beirut. De toute manière, je crois que je l'ai acheté pour sa pochette ce 45T...
samedi, septembre 08, 2007
246 Listen : Kammerflimmer Kollektif : Jynx (Album : Jinx 2007)



C'est toujours aussi difficile de se lever le samedi matin pour emmener ma fille à l'école. Même si ça n'est que tous les quinze jours, j'ai un mal fou.
Je crois que ce blog ressemble à une bougie en plein vent, à la flamme vacillante, prête à s'éteindre.
Il faudrait que je parle de Kammerflimmer Kollektif mais ça sera une autre fois. I am the DJ, I am what I play. En tout cas, cette musique étrange et superbe avec ces hésitations matinales dans la voix allait bien avec le soleil de ce matin et la belle lumière dans les arbres qui commencent à se teinter de jaune.
mercredi, septembre 05, 2007
245 What's your name : Gregor Samsa : What I can manage (Album : 55:12 2006)



Hier soir au lit, on parlait des noms des personnages de roman. Ceux dont on se souvient, ceux qu'on devrait connaître, ceux, nombreux, oubliés. On en parlait à propos de L'étranger que tu relis. Je n'arrivais plus à retrouver le nom de Meursault. Forcément ensuite, enfin pas tout de suite parce que... ensuite j'essayais de me souvenir d'autres noms de héros de romans.
Je pensais à Geoffrey Firmin, le consul sous le volcan. Bardamu bien sûr, au bout de la nuit. Je pensais aux remords de Raskolnikov. Je pensais à Dean Moriarty, à Sal Paradise, à Humbert Humbert, au procès de Josef K., à Citroën dans L'arrache coeur de Vian (et j'oublie toujours le nom des deux autres trumeaux)(Joël et Noël), à Rob dans High Fidelity, au Winton Smith resté en 1984, à Holden Caulfield auquel Mark Chapman, l'assassin de John Lennon s'identifia, à Bateman dans American Psycho, à Halvard Sanz dans Le chameau sauvage de Jaenada et tant d'autres oubliés sur lesquels j'ai dû m'endormir.

Ce matin, en faisant tourner la molette de l'ipod avant de monter sur mon vélo, j'ai souri en voyant le nom de Gregor Samsa. Je l'avais oublié celui là mais cela m'est revenu subitement. Gregor Samsa, bien sûr, le cafard de La Métamorphose...

NOTA : Free n'étant pas très nerveux, il faut être légèrement patient pour écouter les chansons et attendre qu'elles soient entièrement chargées....
lundi, septembre 03, 2007
244 20 ans : Vic Chesnutt : Marathon (Album : North Star Deserter 2007)



J'ai pris conscience ce matin, dans un glacement d'effroi, qu'il me restait (au moins) vingt ans à travailler avant la retraite.
Soit à peu près le nombre d'années que j'ai déjà passé au travail depuis la fin de mes études...
PUTAIN DE MERDE !!!


NOTA : Le dernier album de Vic Chesnutt, enregistré entre autres avec Thee Silver Mt Zion et Guy Picciotto (Fugazi), a la beauté pâle et laiteuse d'un clair de lune. Superbe.

NOTA bis : Ce blog a retrouvé le nom qui était le sien au tout début il y a plus de cinq ans, nom qui avait subit quelques mutations au gré des errances de la vie. Back to Kill Me Sarah donc.
dimanche, septembre 02, 2007
243 Sleepless : Chet Baker : Almost Blue (Album : Sings and Plays from the Film "Let's Get Lost" 1989)



J'aime bien Chet Baker et sa douce nonchalance le dimanche. Plutôt les dimanches gris et pluvieux d'automne. Pas le cas aujourd'hui mais mon état de semi torpeur, lié au fait que je n'ai pas fermé l'oeil avant 5h30, y est sûrement pour quelque chose.
Elle a une histoire cette reprise. C'est une chanson d'Elvis Costello. Elvis l'a écrite en pensant à Chet et lui avait envoyé la chanson sur une cassette en 1982 en espérant que peut être... Il n'a jamais eu de nouvelles ni de la cassette ni de la chanson même si Chet Baker aura joué de la trompette sur Shipbuilding (chanson écrite à l'origine pour Robert Wyatt) deux ans plus tard.
Sept ans plus tard, fin 1989, Elvis Costello assistait à une avant première de Let's get lost, le film de Bruce Weber sur Chet Baker. Chet était mort l'année précédente, sur un trottoir d'Amsterdam.
Lors de la dernière scène du film, Elvis Costello eut un pincement au coeur, la chanson qui accompagnait les images était la sienne, jouée par Chet Baker, Almost blue, celle qui était sur la cassette, envoyée sept ans plus tôt.